Si, dans un premier temps, Bart Verhaeghe s'est surtout occupé de la restructuration du Club, depuis deux ans, il intervient de plus en plus dans la gestion de la fédération, tout comme son manager général, Vincent Mannaert, au sein de la Pro League et de l'association des grands clubs européens. Avant d'aborder ce thème, le président revient sur le passé du Club Bruges, qui fête ses 125 ans cette année.
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Si, dans un premier temps, Bart Verhaeghe s'est surtout occupé de la restructuration du Club, depuis deux ans, il intervient de plus en plus dans la gestion de la fédération, tout comme son manager général, Vincent Mannaert, au sein de la Pro League et de l'association des grands clubs européens. Avant d'aborder ce thème, le président revient sur le passé du Club Bruges, qui fête ses 125 ans cette année. BART VERHAEGHE : Bruxelles est la capitale du football, grâce à Anderlecht et ses nombreux titres. Je pense que le Club s'est forgé, lui, au fil des ans, une solide réputation de challenger avec quatorze victoires en championnat, onze coupes nationales et deux finales européennes. Ces apothéoses datent des seventies, certes, mais elles figurent sur notre palmarès. VERHAEGHE : Oui. Le Club possède le matricule 3 et a, par là même, contribué à écrire l'histoire, à ses débuts, mais surtout au niveau local. Tout s'est accéléré après la Deuxième Guerre, avec l'introduction progressive du football rémunéré. Nous n'avons pas initié le mouvement mais nous l'avons suivi, en imposant aussi notre griffe. Tantôt avec audace, en embauchant un coach comme Ernst Happel. Tantôt via les succès, sur la scène belge voire européenne. VERHAEGHE : No sweat, no glory : c'est notre slogan. Et il a toujours été d'application chez nous, aussi loin qu'on remonte dans le temps. Sans sueur, pas de gloire ou de gloriole. Chez nous, on attend des joueurs qu'ils donnent tout sur le terrain, de la sorte qu'ils n'aient rien à se reprocher au coup de sifflet final. Notre devise n'est rien d'autre que le reflet de la mentalité de la région. Historiquement, de nombreux citoyens de notre province se sont toujours éparpillés un peu partout dans le pays pour trouver du travail. Comme mon père, qui est allé travailler à Bruxelles. VERHAEGHE : Oui, sans doute. Mais ce rôle de challenger n'est pas négatif. Il en faut dans toutes les compétitions. Il convient cependant de ne pas sombrer dans une résistance aveugle mais se muer en force positive, écrire sa propre histoire. C'est ce que fait le Club Bruges de nos jours. J'en reviens à notre ADN : il importe de se battre jusqu'au bout, en croyant qu'on peut réussir. Quels que soient les joueurs et l'entraîneur, nous essayons de transmettre cette valeur. Sans doute attirons-nous aussi des types de ce genre, des battants. Il serait bizarre de ne recruter que des joueurs racés. VERHAEGHE : Fernand Boone ! Je l'ai connu mais je ne l'ai jamais vu jouer. Il a été le premier Soulier d'Or du Club, c'est quand même spécial. Ernst Happel aussi. Son manteau en fourrure et tout ce qu'on raconte sur lui... Je ne l'ai pas connu mais il a été une figure marquante. Après, je passe très vite à la génération de Bastijns, Krieger, Le Fèvre... J'arrive alors à la levée de Ceulemans et de ses coéquipiers, de Jan à Franky Van der Elst. Raoul Lambert est une constante dans cette phase de transition. Une figure très marquante, plus que René Vandereycken ou Daniel De Cubber. Raoul n'était pas capitaine mais il avait l'ADN du Club. Jan l'a transmis. Comme Timmy Simons. Ce sont les trois personnes qui ont veillé à cet ADN pendant plusieurs dizaines d'années. Plus Boone, dans la génération précédente. Chacun à sa façon. VERHAEGHE : Je suis là depuis cinq ans et je suis de près le football depuis 2006, environ. Tout va de plus en plus vite. La digitalisation de l'information s'accentue, le football s'est mondialisé, de la Chine au Brésil, avec tout ce qu'il y a entre les deux. Nous ne déterminons pas le rythme ni les mouvements, c'est clair. Faut-il être pour autant fataliste et rester les bras croisés ? Non ! Les Belges ont surtout besoin d'une grande unité entre tous les clubs, professionnels et amateurs. Nous devons suivre le mouvement. C'est possible en se tenant très bien au courant de ce qui se passe dans le monde. En général, les Belges sont bons dans cet exercice. Nous devons chercher notre voie ensemble. VERHAEGHE : Il y a différentes pistes possibles. Plusieurs pays peuvent collaborer ou bien nous devons nous débrouiller seuls. Tout dépend de la politique que vont adopter l'UEFA et son nouveau président car la confédération a subi une métamorphose complète. Avant, la Russie avait une voix. Maintenant, elle en a bien 10. Idem avec la Yougoslavie. Il y a une inflation de pays, qui diminue le pouvoir des nations traditionnelles du football. Ce mécanisme est un peu en porte-à-faux avec l'économie et l'histoire des clubs. Le Club a disputé beaucoup de rencontres européennes mais il n'a pas plus à dire qu'une équipe moldave. Beaucoup de pays sont dans la même situation. Le football est tellement nombriliste qu'un grand match national l'emporte toujours sur un Übermatch au niveau européen. Je n'aurai jamais la même affinité avec le Real ou Barcelone qu'avec le Club Bruges. VEERHAEGHE : C'est possible mais on ne renie pas ses origines, son entourage, son pays. Les équipes belges nous toucheront toujours plus que le Real. VERHAEGHE : Je sais qu'une tendance se dessine vers une compétition européenne, voire mondiale, entre une série de grands clubs. Que va faire l'UEFA. Elle n'a pas intérêt à ce que seize ou vingt clubs prospèrent mais que la pyramide s'effondre. A un autre niveau, c'est aussi le souci de la Pro League et de sa relation avec les amateurs belges. Il faut avoir ce souci, il faut bâtir une pyramide solide. C'est pareil pour l'UEFA. J'attends d'elle du leadership. Ensuite, c'est à nous, petit pays, de dire, avec le Danemark, la Suisse, les Pays-Bas, la Croatie, etc. : le football est le sport principal chez nous et il a un rôle social important. Nous ne pouvons pas empêcher une série d'évolutions. Je suis réaliste mais optimiste aussi. VERHAEGHE : Les trois premières années, nous nous sommes concentrés sur notre club. Nous avons travaillé d'arrache-pied et les résultats ont suivi. Troisième, deuxième, premier, deux finales de Coupe, nous avons gagné les deux derniers championnats réguliers et sommes allés loin en Europe à une reprise... Ensuite, il faut le dire : nous sommes le Club Bruges, l'équipe la plus populaire du pays. Nous ne pouvons pas rester indifférents à ce qui se passe à la Pro League, à la fédération ni en Europe. Nous devons assumer nos responsabilités. Pas pour défendre nos propres intérêts mais ceux du football belge. Nous nous y attelons depuis deux ans. Pas pour les postes, mais pour le contenu, en espérant que les gens tiennent compte de nos arguments. Mais jamais nous ne rivaliserons avec Manchester United, City, le Real ni le Barça. VERHAEGHE : Il faut aussi des Leicester. Le football est devenu une matière complexe, dans laquelle l'Europe a son mot à dire. Les grands clubs de football peuvent vouloir quelque chose mais ne peuvent aller à l'encontre des règles européennes de compétitivité : monter, descendre. VERHAEGHE : Je ne pense pas. L'Europe ne le veut pas. Ceci dit, les choses ne vont pas rester en l'état. Les changements du football vont être spectaculaires dans les cinq années à venir. Nous devons nous préparer sereinement à ce débat en Belgique car c'est important. Le football touche les émotions et si des normes et des valeurs sont transmises, c'est bien par l'intermédiaire du football. Un match commence à une heure déterminée, les fautes sont sanctionnées, on distribue des cartes. Les règles du jeu, la sportivité... VERHAEGHE : Nous essayons. Quand nous nous déplaçons à l'étranger, les gens savent qui nous sommes. L'année dernière, j'ai donné un cours sur la gestion d'un club à des anciens internationaux qui suivaient un cours UEFA au Parc des Princes. Beaucoup de clubs belges travaillent à un niveau qui intéresse les clubs étrangers. VERHAEGHE : On nous l'a déjà demandé, en Asie et en Amérique du Nord mais il n'est pas toujours opportun d'accepter, compte tenu de notre calendrier : les PO, les tours préliminaires européens... Pour partir en tournée, il faut bien tout organiser à l'avance mais il faut attendre le 20 mai pour connaître son sort en championnat. C'est trop tard. Nous ne sommes absolument pas le Real, qui pense en termes de merchandising. Nous recevons des invitations parce que notre équipe nationale est bien classée à la FIFA et que nous avons un track record européen. Equipes et pays veulent savoir comment nous travaillons, comment nous formons. Il est intéressant d'y répondre mais nous sommes handicapés : nous avons du mal à programmer six semaines de préparation en accordant aux joueurs trois ou quatre semaines de vacances. Le calendrier est trop chargé. Nous allons devoir le réduire. PAR PETER T'KINT - PHOTO ID" Les changements dans le monde du football vont être spectaculaires dans les cinq années à venir. Nous devons nous y préparer. " BART VERHAEGHE " Une équipe belge finira par disputer la finale de l'Europa League. Dnipro y est bien parvenu. " BART VERHAEGHE