Si une image peut symboliser la mentalité de Robbie McEwen durant sa carrière de seize ans, c'est sans doute celle de Tignes, la station de ski qui accueillait l'arrivée d'une étape du Tour en 2007. Seul, largué à une demi-heure de la limite de temps, l'Australien s'est littéralement hissé au-delà de la ligne d'arrivée. McEwen, qui avait déjà été victime d'une chute dans ce Tour, avait compris, dès le premier des trois grands cols, qu'il ne servait plus à rien de s'entêter mais le mot abandon n'a jamais figuré dans son dictionnaire.
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Si une image peut symboliser la mentalité de Robbie McEwen durant sa carrière de seize ans, c'est sans doute celle de Tignes, la station de ski qui accueillait l'arrivée d'une étape du Tour en 2007. Seul, largué à une demi-heure de la limite de temps, l'Australien s'est littéralement hissé au-delà de la ligne d'arrivée. McEwen, qui avait déjà été victime d'une chute dans ce Tour, avait compris, dès le premier des trois grands cols, qu'il ne servait plus à rien de s'entêter mais le mot abandon n'a jamais figuré dans son dictionnaire. A l'âge de 17 ans, il a été classé par le sélectionneur de l'Australie, Charlie Walsh, qui l'a écarté du noyau des pistards pour emmener d'autres coureurs en Europe. L'humiliation a survolté McEwen, qui s'est battu pour arracher une place à l' Australian Institute of Sports, au sein des routiers. En 1996, grâce à plusieurs victoires, notamment au Tour de l'Avenir, il a obtenu son premier contrat pro sur le Vieux Continent. Rabobank, sa première formation, n'a pas déroulé le tapis rouge sous ses pieds. " Quand, après un certain temps, j'ai été prêt à devenir leader, Rabobank a continué à me considérer comme un nouveau venu ", a raconté McEwen un jour. L'Australien a donc offert ses services à la phalange de Patrick Lefevere, mais il s'y est étiolé. " Fin 2001, Lefevere a voulu se débarrasser de moi et j'ai signé chez Lotto. " De 2002 à 2008, McEwen, qui s'est installé avec son amie flamande à Everbeek, porte le maillot de la Loterie nationale. Le kangourou démontre alors qu'il ne s'est pas battu pour rien, pendant toutes ces années, qu'on l'avait classé trop vite. Le jovial Aussie émarge à l'élite mondiale du sprint. Il récolte les fruits de ses années en BMX. A trois reprises, McEwen revient du Tour avec le maillot vert et en 2004, il l'enfile même alors qu'il a deux vertèbres brisées. Il a remporté douze étapes du Tour. De tous les sprinters, seuls André Leducq (25 étapes), André Darrigade (22), Mark Cavendish (20) et Freddy Maertens (15) en ont gagné davantage. McEwen n'a jamais été un sprinter de salon. D'ailleurs, il n'a jamais hésité à rouler des classiques, avec un certain succès. Il s'est ainsi adjugé la Vattenfall Cyclassics de Hambourg, A Travers la Flandre, le GP de l'Escaut et - un record - Paris-Bruxelles à cinq reprises. Il ne lui manque qu'un sacre mondial pour figurer dans la galerie des plus grands sprinters. En 2002, sur le circuit de Zolder, il a offert à l'Australie sa première médaille au Mondial sur route - l'argent. Si l'Australie est devenue une puissance du cyclisme, elle le doit largement à McEwen. Il rêvait de terminer sa carrière au sein d'une équipe australienne du World-Tour et il y est parvenu. Dimanche, le coureur de Brisbane, âgé de 39 ans, entame le Tour de Californie, son ultime compétition, au service d'Orica-GreenEDGE, la formation dont il va bientôt entraîner les sprinters. BENEDICT VANCLOOSTER