C'était il y a tout juste dix jours : à Linz, en Autriche, l'Espagne battait la Grèce 1-0 en finale du Championnat d'Europe des -19 ans. Dans l'équipe espagnole, évoluait un certain CarlosCoto (né le 11 février 1988) qui vient de débarquer à Mouscron. Le président PhilippeDufermont n'était pas peu fier en le présentant à la presse, jeudi passé : " Tout le monde se plaint de l'exode des jeunes joueurs belges vers l'étranger. Nous, on fait venir des jeunes joueurs en Belgique. Espagnols et champions d'Europe, de surcroît, ce qui n'est pas courant ". Le pluriel est de mise, car MarcoBernabéBallester, surnommé Berna (et aujourd'hui âgé de 25 ans), fut également champion d'Europe Juniors, en son temps. La saison dernière, il était le capitaine de l'équipe B de Valence (qui évolue en Segunda B, l'équivalent de notre D3) avant qu'une blessure au tendon d'Achille ne brise son élan. Il a été opéré le 2 mars et est toujours en rééducation à l'heure qu'il est, mais en bonne voie de guérison.
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C'était il y a tout juste dix jours : à Linz, en Autriche, l'Espagne battait la Grèce 1-0 en finale du Championnat d'Europe des -19 ans. Dans l'équipe espagnole, évoluait un certain CarlosCoto (né le 11 février 1988) qui vient de débarquer à Mouscron. Le président PhilippeDufermont n'était pas peu fier en le présentant à la presse, jeudi passé : " Tout le monde se plaint de l'exode des jeunes joueurs belges vers l'étranger. Nous, on fait venir des jeunes joueurs en Belgique. Espagnols et champions d'Europe, de surcroît, ce qui n'est pas courant ". Le pluriel est de mise, car MarcoBernabéBallester, surnommé Berna (et aujourd'hui âgé de 25 ans), fut également champion d'Europe Juniors, en son temps. La saison dernière, il était le capitaine de l'équipe B de Valence (qui évolue en Segunda B, l'équivalent de notre D3) avant qu'une blessure au tendon d'Achille ne brise son élan. Il a été opéré le 2 mars et est toujours en rééducation à l'heure qu'il est, mais en bonne voie de guérison. Comment l'arrivée de deux joueurs espagnols, dans un club relativement modeste comme Mouscron, a-t-elle été possible ? " Grâce à AmedeoCarboni ", affirme Dufermont. " L'Italien était venu au Canonnier, il y a quelques mois, à l'époque où il était encore le directeur sportif du FC Valence. Aujourd'hui, il a quitté le club à cause d'un conflit avec l'entraîneur QuiqueSanchezFlores, mais il a eu le temps de nous mettre en contact avec certaines personnes ". Entre autres, avec le bureau de management BahiaInternacional qui, outre Coto et Berna, possède également dans son écurie des joueurs du calibre de FernandoTorres (passé de l'Atletico Madrid à Liverpool), PeterLuccin (Atletico Madrid) ou RaulGarcia (passé d'Osasuna à l'Atletico Madrid). C'est la première fois que ce bureau traite avec la Belgique. " Un nouveau marché s'ouvre pour nous ", se réjouit JuanManuelBarberoSanchez, l'agent des deux nouveaux renforts hurlus. Barbero définit Coto comme un joueur de grand avenir. " Un joueur offensif, dont la place de prédilection est le flanc droit mais qui peut également évoluer sur le flanc gauche ou comme deuxième attaquant. Il possède de grandes qualités techniques et physiques. Il est rapide, déroutant et possède un jeu très vertical ". Une définition qui agrée le principal intéressé. " J'adore accélérer le jeu ", confirme Coto. " J'essaie de porter le danger le plus rapidement possible devant le but adverse, un peu comme le font LionelMessi à Barcelone ou SergioGarcia à Saragosse. J'ai une bonne conduite de balle, et je pense que la vitesse est une qualité importante dans le football moderne, davantage encore que la technique ou le sens tactique. Ceux qui maîtrisent ces trois qualités font partie des tout grands. Je suis à l'aise dans les trois positions décrites par mon agent, et je les ai d'ailleurs toutes les trois occupées durant le Championnat d'Europe, mais je préfère malgré tout évoluer sur un flanc. Je m'y sens plus libre de mes mouvements ". C'est donc auréolé d'un titre de champion d'Europe des -19 ans que Coto a débarqué au Canonnier. " Tout s'est déroulé comme dans un rêve ", sourit-il. " J'étais titulaire dans une équipe qui a remporté le titre suprême, que demander de plus ? On a très bien travaillé, tant lors de la préparation à Madrid que sur place en Autriche, et je pense que notre victoire finale est totalement méritée ". En deux mois, l'Espagne a donc décroché deux titres continentaux chez les jeunes, puisque en mai, BojanKrkic (formé au Barça comme Coto) et ses partenaires avaient décroché le titre en -17 ans en battant l'Angleterre en finale à Tournai, après être passés par le chas de l'aiguille en demi-finales face aux Diablotins emmenés par EdenHazard. " L'Espagne a toujours possédé de très bonnes équipes de jeunes ", souligne Coto. " Les -17 figureront parmi les favoris du Championnat du Monde en Corée du Sud, ce mois-ci. Krkic est un an plus jeune que moi, mais il nous est arrivé de jouer ensemble dans les catégories inférieures. Je lui souhaite bonne chance. Quant à savoir pourquoi la Seleccion ne parvient pas poursuivre dans cette voie victorieuse au niveau adulte, c'est une autre question à laquelle je ne trouve pas directement de réponse ". Barbero, son agent, s'y risque. " Vous savez, dans la Liga, les postes d'attaquants dans les grands clubs sont presque tous occupés par des joueurs étrangers de classe mondiale. C'est donc très difficile, pour les meilleurs jeunes, de se faire une place au soleil. La Seleccion en pâtit. En outre, les clubs sont ultra-puissants et leurs intérêts passent avant ceux de l'équipe nationale. Les phases finales des Coupes du Monde et des Championnats d'Europe se déroulent souvent en juin, et c'est sur les genoux que les joueurs abordent les grands tournois, dans la foulée d'une longue saison qui les a vus enchaîner les matches de championnat, de Ligue des Champions, de Coupe du Roi et même des tournées intercontinentales ". L'équipe nationale A, Coto espère un jour en faire partie... et rompre avec cette malédiction qui veut que l'Espagne échoue toujours dans les grands tournois. " Au pays, tout le monde se demande quand la Seleccion remportera enfin un titre majeur. C'est incroyable, avec tout le talent dont regorgent les équipes de jeunes, que l'on ne parvienne pas à prolonger cette moisson de succès au plus haut niveau. On échoue toujours face à des équipes comme la France, l'Allemagne ou l'Italie. Mais, un jour, j'en suis convaincu, on parviendra à nos fins. Chaque footballeur rêve d'enfiler un jour le maillot de son équipe nationale et d'un grand club européen, et je n'échappe pas à la règle. Comme j'ai été international chez les jeunes depuis les -17 ans, je pense que je peux décemment y prétendre. Je suis optimiste, mais je devrai gravir les échelons progressivement, sans brûler les étapes. D'abord, m'imposer à Mouscron, puis essayer de conquérir une place dans l'équipe nationale des -21 ans, et puis, qui sait ? Le dernier palier est toujours le plus difficile à atteindre. Pour réussir, il n'y a pas de secret : il faut travailler tant et plus ". Comme tout jeune footballeur, Coto a des idoles. " Plutôt que d'idoles, je parlerais de références. Chaque footballeur a tendance à se focaliser sur certains joueurs qui répondent un peu aux mêmes caractéristiques que les siennes et desquels il essaie de s'inspirer. Dans mon cas, il s'agit de CristianoRonaldo. C'est un joueur très vertical, et également très altruiste : il ne joue pas uniquement pour lui-même. Un footballeur exceptionnel, qui possède une classe phénoménale. Je pense qu'un jour, il sera le meilleur footballeur du monde. A 22 ans, il est déjà une icône dans la PremierLeague anglaise. C'est un joueur qui me plaît beaucoup et j'essaie d'observer les moindres détails de son jeu afin de pouvoir m'en inspirer : ses feintes, sa conduite de balle, ses dribbles. C'est, pour moi, l'exemple à suivre. Au même titre que Lionel Messi. Leo est un ami, j'ai eu le privilège de jouer avec lui dans les catégories inférieures, bien qu'il ait un an de plus que moi. Le travail ne l'a jamais rebuté et ses efforts ont payé, puisqu'il a intégré le noyau A alors qu'il avait à peine 16 ans. A 20 ans, il est déjà une figure clé de Barcelone et est capable de faire la différence par ses actions. Il incarne l'avenir du Barça, par son talent de footballeur mais aussi par son comportement. CescFabregas est aussi l'un de mes amis. Il a choisi, très jeune, de tenter l'aventure en Angleterre. Il ne lui manque plus grand-chose pour devenir, lui aussi, un tout grand. C'est un honneur, pour moi, d'avoir pu évoluer aux côtés de ces footballeurs d'exception ". Coto est originaire de Figueras, au nord de la Catalogne : un lieu de passage bien connu des touristes qui se rendent à la Costa Brava. Après s'être affilié au club local, où son père était entraîneur, c'est au FC Barcelone qu'il a fait ses classes. " J'ai reçu des propositions tant de l'Espanyol que du Barça, et j'ai finalement opté pour les Blaugranas. J'ai rejoint la capitale catalane à 12 ans, soit 12 mois plus tard que prévu car mes parents estimaient que j'étais encore trop jeune pour déménager, mais j'ai passé six années formidables là-bas. J'ai beaucoup appris des entraîneurs et des directeurs sportifs que j'ai côtoyés au centre de formation du Barça. On m'a enseigné que l'apprentissage de la vie de footballeur était très dur et qu'il fallait consentir de nombreux sacrifices pour réussir, mais que la récompense pouvait être très belle. Je me sentais parfaitement intégré au sein de cette grande famille qu'est La Masia, qui accueille les jeunes footballeurs du Barça originaires d'ailleurs, mais aujourd'hui je dois oublier Barcelone pour me concentrer sur cette nouvelle expérience en Belgique. Je jouais avec les Juniors A. Je m'entraînais parfois avec l'équipe Réserve, qui évolue en Segunda B, mais les places sont chères dans un grand club comme celui-là. J'aurais sans doute pu prétendre à l'équipe B cette saison-ci, et cela m'aurait plu d'évoluer sous la houlette d'un grand entraîneur comme PepGuardiola, mais j'ai pris une autre décision. J'espère que ce sera la bonne ". A 19 ans, Coto a opté pour une expérience en D1 belge. Une destination encore peu prisée par les footballeurs espagnols. " La décision n'a pas été facile à prendre ", reconnaît-il. " Je l'ai prise en concertation avec mes parents et mes amis ". Pour un jeune footballeur espagnol, il est donc préférable d'évoluer en D1 belge qu'en D2 ou en D3 dans son pays ? " Je pense que oui. Car l'accès à l'équipe Première est très difficile. Certains parviennent à faire le saut directement, depuis les catégories d'âge, mais ils sont rares. Cette saison en Belgique devrait me permettre de m'aguerrir. Mouscron est un club de D1, même si la Ligue Jupiler est moins réputée que la Liga. Les matches, ou des extraits de matches, sont retransmis à l'étranger sur Eurosport ou des chaînes à péage. Je viens pour une saison. Après, on verra. J'espère me faire remarquer. En jouant bien, en inscrivant des buts, en remportant des trophées. J'espère ainsi susciter l'intérêt de clubs de D1 de mon pays. J'espère que je serai heureux ici avec ma famille et que, lorsque je partirai, je laisserai un bon souvenir dans la Cité des Hurlus. Le club a misé sur moi parce qu'il me considérait comme une jeune promesse, et j'en suis reconnaissant au président Dufermont et au directeur sportif GilVandenbrouck. J'espère ne pas les décevoir et apporter ma pierre à l'édifice, dans la construction des succès futurs du club ". CesarFernandez, le représentant de Frinver (le nouveau sponsor maillot de Mouscron), se réjouit de l'arrivée de deux joueurs espagnols dans la Cité des Hurlus. " C'est très important pour nous ", assure-t-il. " Car ces joueurs nous assureront une belle publicité en Espagne. Marca et As, deux importants quotidiens sportifs espagnols, ont déjà consacré des papiers à l'Excelsior, alors qu'avant, ils ne s'y intéressaient quasiment pas, pour ne pas dire pas du tout ". Frinver investira 300 millions d'euros en quatre ans dans la région de Mouscron. Ce n'est pas rien. " Nous sommes une société immobilière ", précise Fernandez. " On construit des maisons, mais aussi des centres commerciaux et des hôtels. La région de Mouscron dispose de beaucoup d'atouts pour la réalisation de nos projets. Elle est proche de la France et au centre d'une zone très peuplée. La popularité du football doit nous aider à nous faire connaître ". Si Berna a signé pour deux ans, Coto ne l'a fait que pour un an, avec option pour une saison supplémentaire, et Barcelone a demandé la priorité pour un rachat éventuel. Preuve que le grand club catalan croit en lui. " Mais l'option dont dispose l'Excelsior peut être importante pour l'avenir du club ", estime l'agent, Barbero. " Coto est un joueur qui pourrait rapidement acquérir une grande valeur. Cet été, déjà, il avait fait l'objet de plusieurs propositions, émanant de clubs espagnols de D2. Quant on est jeune, international et tout récent champion d'Europe, on suscite forcément de l'intérêt. Dufermont, grâce à son ambition, a su convaincre le joueur que Mouscron pouvait être un bon tremplin pour lui. Il y a un objectif à réaliser, qui est de se rapprocher des places qualificatives pour la Coupe de l'UEFA. Je sais que ce sera difficile, étant donné la concurrence des grands clubs, mais Carlos est un joueur ambitieux qui fera tout pour réussir. C'est aussi le cas de Berna. Ce défi qu'ils s'apprêtent à relever représente une motivation supplémentaire pour eux, et leur mentalité pourrait déteindre favorablement sur celle de leurs partenaires ". " Ce n'est pas l'argent qui a motivé ces joueurs à venir à Mouscron ", précise le président Dufermont. " Pour eux, c'est surtout une occasion de se montrer. Il y a énormément de bons joueurs en Espagne et c'est très difficile d'atteindre l'équipe Première. On sait qu'on ne les gardera pas cinq ans. En attendant, on en profite ". par daniel devos - photos: reporters/ thys