Janvier 2010. Arsène Wenger a enfin trouvé son équipe. Mais un jeune frappe lourdement à la porte : s'il ne manque pas de talent, il est manifestement trop jeune. Indécis, le coach français décide alors de le confronter à la rudesse de la Premier League en le prêtant à une équipe réputée davantage pour sa force physique que pour son jeu léché : Bolton.
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Janvier 2010. Arsène Wenger a enfin trouvé son équipe. Mais un jeune frappe lourdement à la porte : s'il ne manque pas de talent, il est manifestement trop jeune. Indécis, le coach français décide alors de le confronter à la rudesse de la Premier League en le prêtant à une équipe réputée davantage pour sa force physique que pour son jeu léché : Bolton. Voilà donc Jack Wilshere, avec son 1m69 et ses 18 ans, dans un environnement hostile. Du moins, a priori parce que depuis quelques semaines, Bolton est entraîné par un nouveau manager, Owen Coyle, adepte du beau jeu. D'emblée, Wilshere trouve quelqu'un à qui parler. " Le premier jour, il a pris un coup de Kevin Davies à l'entraînement mais il s'est relevé et est allé au duel directement avec lui. Là, je me suis dit que s'il était capable de ne pas s'abaisser devant mon capitaine, c'est qu'il était mon homme ", raconte Coyle. " Il est capable de faire une passe assassine, de marquer et de mixer les deux. Il était bien plus mature que ses 18 ans pouvaient le laisser supposer. Il était très respectueux des anciens qui l'ont immédiatement intégré. Cette saison, alors qu'il était retourné à Arsenal, il est venu saluer l'équipe à l'hôtel lors d'un séjour à Londres avant un match contre West Ham. Cela prouve qu'il avait un grand respect pour ce que Bolton lui avait apporté dans sa carrière. La classe ! " A Bolton, Wilshere devient vite le chef d'orchestre d'une équipe qui réalise un brillant deuxième tour. Alors qu'il occupait un siège de reléguable à Noël, le club se sauve. Retour en juin à Arsenal, sa patrie, sa maison. C'est là qu'il devait réussir. Lui, dont la mère supportait ardemment les Gunners alors que le père penchait davantage pour West Ham, est devenu un symbole de l'académie d'Arsenal. Si le club londonien est réputé pour son vivier international, Wilshere a, lui, franchi toutes les étapes avant d'éclore au plus haut niveau. " Le club est fier de Jack parce qu'il est passé par toutes les étapes de l'Académie et au bout du compte, il est capable de rivaliser avec les joueurs de l'équipe première ", résume le consultant et ancien joueur, Martin Keown. Dès son plus jeune âge, il fait l'unanimité : " Un talent pareil, on n'en rencontre pas tous les jours ", a affirmé Liam Brady, icône vivante et responsable du développement des jeunes au sein de l'Académie. Après avoir débuté le football à quatre ans et être passé par le Knebworth Youth Football Club et Luton Town, il rejoignit Arsenal en 2001. Là, son talent s'affine. A 14 ans, il est surclassé et est sélectionné avec l'Angleterre des -16 ans. Onze mois plus tard, le voilà en -17 ans. Toujours surclassé. Toujours avec des joueurs plus grands, plus forts et plus vieux. Et toujours au-dessus du lot. En février 2008, alors qu'il n'a que 16 ans, il est intégré à la Réserve de l'équipe pro avec laquelle il fait ses grands débuts, en septembre de la même année, en Carling Cup, face à Sheffield United (6-0). " Sa capacité de mouvement et sa vision du jeu ont pris par surprise la plupart des mes joueurs, bien plus expérimentés ", se remémore le manager de Sheffield, à l'époque, Kevin Blackwell. " Il n'était pas tétanisé de jouer contre des séniors, pas effrayé de jouer devant 60.000 personnes. " Fin 2008, il signa son premier contrat pro pour Arsenal et commença à monter de plus en plus souvent au jeu. Et lorsqu'il fallut pointer du doigt les futures pépites d'Arsenal avant la confrontation face au Standard, Sport/Foot Magazine avait déjà relevé son nom aux côtés de celui d' Aaron Ramsey. Un an plus tard, Wilshere est titulaire, rejetant des garçons comme Andrei Arshavin ou Tomas Rosicky sur le banc. Et dans l'ombre des stars que sont Cesc Fabregas ou Samir Nasri, le jeune Anglais s'est épanoui. Au point de porter dans le dos l'étiquette de futur meneur de jeu de l'équipe d'Angleterre : à 19 ans seulement. Si la presse anglaise a pris l'habitude de prêter une grande carrière à des puceaux sans talent, là, elle a trouvé quelqu'un qui en regorgeait. Wilshere, c'est la vision du jeu de Fabregas et l'abattage de Nasri. Aujourd'hui, c'est Fabio Capello, le sélectionneur de l'Angleterre, qui se frotte les mains. Il l'a déjà appelé en août pour un match amical contre la Hongrie. Jack Wilshere, que les journalistes comparaient à Alexander Hleb à ses débuts au point de le surnommer Baby Hleb, a aujourd'hui dépassé le maître et les fans d'Arsenal le rapprochent davantage d'une légende vivante du club : Brady. Un groupe Facebook s'est d'ailleurs créé - God created Jack Wilshere because he is missing Liam Brady. (Dieu a créé Wilshere parce que Brady lui manquait). La réputation suit : 40.000 abonnés à son compte Twitter. Et une arrestation après une bagarre dans un pub. Oui, ce garçon a de l'avenir dans le championnat anglais ! PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTO: REPORTERS" Dieu a créé Jack Wilshere parce que Liam Brady lui manquait " (le nom d'un groupe Facebook)