Il est là. Le regard fier, le bouc soigné et la chemise bleue bien boutonnée. Plus de deux ans qu'on ne l'avait plus vu. Ou plutôt, qu'on n'a fait que l'entrapercevoir. Lors des 27 derniers mois, la victime préférée du Docteur Maboul n'a joué que deux bouts de matches (67 minutes). En cumulé, il a été absent quatre ans (1554 jours) et n'a disputé que 30 heures depuis 2010/2011, soit presque deux fois moins qu'une seule saison de Santi Cazorla.
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Il est là. Le regard fier, le bouc soigné et la chemise bleue bien boutonnée. Plus de deux ans qu'on ne l'avait plus vu. Ou plutôt, qu'on n'a fait que l'entrapercevoir. Lors des 27 derniers mois, la victime préférée du Docteur Maboul n'a joué que deux bouts de matches (67 minutes). En cumulé, il a été absent quatre ans (1554 jours) et n'a disputé que 30 heures depuis 2010/2011, soit presque deux fois moins qu'une seule saison de Santi Cazorla. En neuf ans à Arsenal, le médian de 29 ans a battu des records. Mais pas les bons : 180 apparitions, 19 buts, 16 assists, 2 cartons rouges et... la bagatelle inégalée de 42 blessures. Pourtant, Abou Diaby est bien venu signer son contrat mercredi dernier. Comme un revenant. Mais le problème, c'est qu'il n'est pas encore revenu. Le 1er juillet, le compte Twitter d'Arsenal poste les noms des joueurs qui n'ont pas vu leur contrat renouvelé. Parmi les noms qui n'ont pas percé à l'Emirates, un ressort plus que les autres : Diaby. Arsène Wenger, qui l'avait extrait de la mine d'or auxerroise, choisi de s'étendre un peu plus sur " le plus grand regret de [sa] carrière " : " C'est l'un des moments les plus tristes pour nous de ne pas avoir eu l'occasion de tirer le meilleur parti d'Abou. Je suis très triste parce que ce garçon a un immense talent. Il est triste aussi parce qu'il ne méritait pas ce qu'il a obtenu. " Non, Wenger ne s'est pas remis de ce 1er mai 2006. Alors que les Gunners mènent 3-0 contre Sunderland, le bourreau d'Abou entre en scène. " Il restait 20 ou 25 minutes à jouer. Je savais qu'on allait perdre et nous étions déjà relégués. Kevin Ball m'a dit : 'Tu es jeune, vas-y, donne tout ce que t'as.' Tu as 18 ans, tu joues devant 30 ou 40.000 personnes, tu es forcément hyper-motivé ", confesse Dan Smith, vague promesse des Black Cats, à So Foot. " Je voulais que les fans voient que j'étais prêt à défendre nos couleurs. Ce n'était vraiment pas de chance. Je voulais juste donner le meilleur de moi-même. " Résultat : cheville droite fracturée, 8 mois d'absence, pas de finale de Ligue des Champions ni de Championnat d'Europe Espoirs. Il faudra attendre 2009/2010, qui reste son unique saison - presque - pleine (29 matches, 6 buts, 3 assists), pour revoir Diaby à son meilleur niveau. Mais, comme à l'accoutumée, l'Abou ne brille qu'un temps. En 2011, il subit des complications suite à une opération à la cheville. En mars 2012, il fait son retour après six mois d'absence et sort 27 minutes après son entrée en jeu. Un an plus tard, il revient à l'entraînement pour se blesser aussitôt. Wenger s'arrache les cheveux : " Diaby n'a pas un problème mental, il a un problème physique. Il a été détruit par un tacle horrible. Le football requiert une grande mobilité au niveau des articulations. Quand celle-ci est réduite, vous compensez. " Alors Abou compense avec sa " force mentale ", comme il peut. Parce que ses grands compas savent qu'ils sont toujours attendus au tournant. Mais la patience folle d'Arsène a eu ses limites. Et l'OM a flairé le bon coup. Car si l'on met de côté l'infirmerie, Diaby est un joueur de classe mondiale qui s'est déclaré très tôt. " On était une centaine à participer à une journée de détection pour jouer à Auxerre. C'était en 2002 ", se souvient Julien Gaillard, éphémère espoir français. " Il avait marqué deux buts et dribblé accessoirement quatre joueurs avec une nonchalance déconcertante sur chaque action. Il avait remonté le terrain des 30 mètres pour frapper du gauche puis, cinq minutes plus tard, rebelote du droit. " Logiquement, l'AJA n'hésite pas à recruter le phénomène. A l'époque, Abou sort de trois ans de préformation à l'INF Clairefontaine, où il fait l'objet d'un documentaire de Canal +, dans lequel on retrouve également Hatem Ben Arfa et Ricardo Faty. Déjà, Diaby fait étalage de sa capacité à briser les lignes et son abattage lui valent des comparaisons avec Patrick Vieira. Pourtant, le nouvel Olympien est définitivement plus porté sur l'offensive. Sa technique hors-norme interpelle d'ailleurs au vu de sa grande taille (1m88). Un paradoxe qu'il explique dans L'Équipe en 2010 : " Quand j'étais jeune, je n'étais pas super grand non plus, j'avais un centre de gravité assez bas. J'ai pris des habitudes gestuelles à ce moment-là. Je n'ai poussé qu'après quatorze ans, mais j'ai gardé cette habilité, ces mouvements de hanche et une souplesse de cheville. " Cette même souplesse qui permet à sa tête de commander son déhanché fou que son corps n'est pas censé assumer. " S'il est vraiment guéri, alors ça pourrait être le meilleur coup de l'OM depuis longtemps, et un cadeau formidable pour le championnat de France ", lance Guy Roux, son ex-mentor, dans les colonnes du Parisien. " Diaby est un joueur fabuleux, discipliné et agréable. Il a du talent, une chose rare, et qui manque cruellement au football français aujourd'hui. " En le faisant signer, avec un faible salaire fixe mais des primes de matches élevées, l'OM fait le pari d'une doublette Lassana Diarra-Diaby qui, si elle fonctionne, rappellera sans doute celle que formait Makelele et Vieira. Et Abou s'est même permis le luxe de refuser une offre plus généreuse de Liverpool pour évoluer aux côtés de son pote Lass'. " C'est plus qu'un ami. On est venus ensemble à Arsenal et en équipe de France. C'est vrai que, pour moi, ça faisait partie de mes rêves de pouvoir jouer avec lui. " Ce sera déjà ça de réalisé. PAR NICOLAS TAIANA - PHOTO REUTERSEn 9 ans à Arsenal, Diaby a battu des records négatifs : 180 matches, 19 buts, 16 assists, 2 rouges et... 42 blessures.