Aucun autre Anderlechtois n'est davantage exposé au changement, en ce début de saison, que Silvio Proto. Hormis un nouveau coach, valable pour tous les Sportingmen, le n°1 mauve doit composer aussi avec un entraîneur des gardiens new-look, une défense inédite, ainsi que deux nouveaux concurrents à son poste.
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Aucun autre Anderlechtois n'est davantage exposé au changement, en ce début de saison, que Silvio Proto. Hormis un nouveau coach, valable pour tous les Sportingmen, le n°1 mauve doit composer aussi avec un entraîneur des gardiens new-look, une défense inédite, ainsi que deux nouveaux concurrents à son poste. Silvio Proto : J'ai l'impression de revivre mes premiers pas à La Louvière, en 2001. A l'époque, Jan Van Steenberghe est titulaire et je fais office de doublure pour lui, au même titre que Michaël Cordier, qui nous rejoint dès 2004. A présent, c'est moi le routinier. Avec, pour compléter le podium, deux jeunes loups aux dents longues, Thomas Kaminski et Davy Roef, qui ont pris les places laissées vacantes par Davy Schollen et Mika. D'une loyauté à toute épreuve également. Les play-offs pliés, j'ai d'ailleurs insisté pour que l'un et l'autre me remplacent chacun à leur tour lors des dernières rencontres. Une manière de les remercier pour tout ce qu'ils ont fait pour moi durant tant d'années. D'autant plus qu'à ce moment-là, leur avenir n'était pas encore clair. S'afficher est une bonne pub dans ces conditions. Bizarrement, c'est quand on s'est rapprochés qu'il a pris la décision de ne pas rempiler. Longtemps, on a bien travaillé ensemble mais sans qu'on puisse parler de réelle complicité entre nous. Filip s'en est toujours tenu au strict minimum dans ses analyses, alors que moi j'ai besoin de dialoguer pour savoir à quoi m'en tenir. Je m'en suis ouvert auprès de lui il y a quelques mois et notre relation a changé du tout au tout. Dès cet instant, j'ai eu droit à un feed-back beaucoup plus important et je m'en suis mieux porté. Si j'ai un regret, par rapport à notre vécu commun, c'est que la connivence ne s'est faite que sur le tard, entre lui et moi. Même s'il n'y a rien à redire sur la façon dont il m'a préparé durant tout ce temps. Si j'ai fait de bonnes saisons, c'est sûrement à lui que je le dois aussi. Comme tout Hollandais qui se respecte, il est plus volubile. J'ai parfois des difficultés à le comprendre, alors on passe à l'anglais ( il rit). Pour le reste, les fondamentaux sont toujours les mêmes. Ce qui a changé, c'est l'importance accrue de l'explosivité. Normal, dans la mesure où je dois quelquefois parer au plus pressé pour venir à l'aide de mes défenseurs. Il faut se hâter sur ces coups-là, sans quoi on s'expose au pire. A Courtrai, j'ai d'ailleurs failli le vérifier à mes dépens. Tout à fait. A cette nuance près que le changement ne date pas de cette saison, contrairement à ce que certains disent. A mon sens, c'est le passage de Cheikhou Kouyaté à l'arrière, il y a un an, qui a tout révolutionné chez nous. Au départ, on ne sait alors pas trop à quoi s'attendre sur ce coup : c'est la première fois qu'il est amené à reculer dans le jeu. Au fil des matches, on se rend compte que notre Sénégalais n'est pas seulement doué dans le marquage mais qu'il est en plus doté d'une vitesse de course peu banale. Une rapidité qui lui permet d'aller rechercher un attaquant, qui a quelques mètres d'avance. Il n'en faut pas plus, dès ce moment, pour qu'on se mette à évoluer plus haut. Plus qu'un pas. Suite à ce changement, je suis moi-même passé de la ligne des 6 mètres au point de penalty quand le ballon est en notre possession. Cette saison, dans le même cas, je suis à hauteur de ma surface de réparation. Je ne suis plus seulement gardien, mais aussi un point d'appui. Je sais que quelques-uns s'en sont offusqués. Notamment lors du déplacement à Lokeren, dans la phase classique, quand la défense a multiplié les passes en retrait pour que je bascule le jeu. Moi, je ne demande pas mieux. J'adore être impliqué de cette manière. Il faut me comprendre : la plupart du temps, je suis plus spectateur qu'acteur sur le terrain. A choisir, mieux vaut être sollicité par un de ses équipiers que par l'adversaire ( il rit). C'est dû à notre nouveau système, puisque le 4-4-2 a remplacé le 4-2-3-1 d'Ariel Jacobs. Et encore ce schéma se mue facilement en 4-2-4 en possession de balle. Voire, carrément, en 2-4-4 en phase offensive car les backs ne sont jamais autant monté que cette saison. Ma seule hantise, ce sont les ballons droppés derrière la défense et qui m'obligent parfois à sortir tel un kamikaze. Et les lobs, aussi. Il y a quelques spécialistes en championnat à l'image de Frank Berrier et de son ballon en cloche qui a bien failli surprendre Eiji Kawashima lors de Standard-Zulte Waregem. Pour éviter cette situation, je demande à mes défenseurs de reculer quand il n'y a pas de pressing sur le porteur du ballon dans l'entrejeu. Je préfère des arrières qui défendent. Mais là, c'est le gardien qui parle, bien sûr. Si je fais abstraction de mon rôle, il est évident que des backs offensifs constituent des armes essentielles dans le foot moderne. Et Anderlecht évolue sans aucun doute dans cette direction. D'accordéon, à mes débuts ici, on est passé petit à petit à la notion de bloc, qui avance et recule en fonction des circonstances. Même si le tout a longtemps été fragmenté, avec des défenseurs censés me protéger et des attaquants pour alimenter le marquoir. A présent, il y a plus d'enchevêtrements. Avec des latéraux qui appuient résolument les offensives et plus de permutations entre joueurs. Je remarque aussi une tendance plus accrue à faire circuler le cuir au lieu de le porter. On s'oriente incontestablement vers un football total avec John van den Brom. Mais la base on la doit à Ariel Jacobs. A 29 ans, j'entre dans mes belles années. Je reste sans doute sur ma saison la plus aboutie. Sans vouloir me pousser du col, j'ai été l'Anderlechtois le plus régulier en 2011-2012. Quelques-uns ont connu des périodes fastes. Je songe à Matias Suarez tout au long de notre parcours en Europa League ou à Dieumerci Mbokani lors des play-offs. Moi, j'ai été constant du début jusqu'à la fin. Pourtant, j'ai eu peur par moments. A Gand, au cours du premier tour, je me souviens avoir eu les jambes lourdes à l'échauffement. Pas moyen d'avancer ni de décoller. Et pourtant, après ça, je réalise un match-canon. Parfois, des choses dépassent carrément l'entendement. Je me suis déjà posé la question. Si j'ai bonne souvenance, ce match a eu lieu le dimanche après-midi. Tantôt, tu joues à 13, 15, 18 ou 20 heures. C'est différent du samedi ou les rencontres ne sont programmées qu'en soirée. Moi, ce qui me botte le plus, ce sont des matches où chaleur et humidité sont au rendez-vous. Par exemple une température de 30 degrés et un terrain bien arrosé. Là, je suis dans mon élément. Toujours. En première mi-temps, au moment de rejoindre mon but, je cours puis je fais mine de toucher la latte sur ma dernière battue. C'est un héritage de mes années louviéroises. Après la pause, je suis toujours le premier à monter sur le terrain. Là, j'attends les autres, un à un, afin de les encourager. Comme la plupart des joueurs, sans doute. J'en connais qui jouent toujours avec les mêmes protège-tibias, par exemple. Match après match, ils les remettent sans même les laver. Moi, je joue toujours avec les mêmes sous-vêtements. Mais ils sont clean à chaque utilisation ! Non, je ne peux vraiment pas dire combien de fois j'ai tenu le zéro. Je sais que j'ai franchi la barre des 300 matches en D1 mais de là à tenir des stats, non. Tout ce que je sais, c'est que j'ai battu le record du club, voici deux ans, avec une douzaine de parties sans encaisser. Je n'en fais pas une idée fixe. Même si je me rends compte que le fait de tenir ce fameux zéro m'interpelle quand même de plus en plus. Peut-être est-ce lié à l'évolution de ma carrière. A La Louvière, il n'est pas vraiment anormal de prendre un but. Au Beerschot, on ne te regarde pas de travers non plus quand t'en concèdes un. Mais à Anderlecht, l'ampleur est différente. Ici, tu sais que si tu gardes tes filets intacts, tu prends minimum un point. Ce point-là, je le considère un peu comme un point d'honneur. Le hasard a peut-être bien fait les choses ( il rit). En réalité, j'ai choisi la couleur en cours de saison passée, bien avant l'embrigadement de John van den Brom. J'ai toujours aimé les tons flashys : le vert pomme, le bleu luisant. Cet orange-ci présente la particularité d'être valable en toutes circonstances, car il ne peut être confondu. Sauf contre la Hollande, bien sûr. Je peux le garder, même si je joue contre une formation qui se produit en rouge. Cela s'est vérifié contre Ekranas. J'ai toujours une couleur de rechange : c'est encore une fois le bleu, mais plus attirant. C'est ce qu'on me dit. S'il peut agir comme un aimant, tant mieux. Mais je pense qu'il en faut davantage pour déstabiliser l'opposant. Dans mon équipement, la tenue n'est pas l'essentiel. J'accorde beaucoup plus d'importance aux gants par exemple. J'ai mes paires d'entraînement et celles de match. Elles sont en latex très soft et tiennent une, voire plusieurs rencontres, en fonction des conditions de jeu. Sur terrain sec, le grip s'arrache lors de chaque contact au sol. Quelquefois, il faut changer à la mi-temps, tant la surface est râpée. On ne peut avoir que du respect pour une équipe qui a réussi à battre le Partizan Belgrade, adversaire de sinistre mémoire pour nous. L'AEL a également réussi la belle performance de terminer le championnat chypriote devant l'Omonia et surtout l'Apoel Nicosie, qui s'est distingué en Ligue des Champions la saison passée. On est prévenu. Evidemment. C'est le genre de traumatisme qui ne s'efface pas. Je n'ai pas connu la mésaventure, deux ans plus tôt, face à BATE Borivov. A l'époque, c'est Daniel Zitka qui avait pris place dans le but. Mais en 2010, j'y ai été exposé au premier degré. On a vécu la même chose que le Club Bruges avec Copenhague mercredi dernier, en ce sens qu'un but valable de Romelu Lukaku nous avait alors été refusé pour un hors-jeu imaginaire. Sans quoi c'est 3-2 et, après le 2-2 à l'aller, on passe. Petite cause, grand effet ! Personnellement, je peux dire que j'ai fait mon boulot ce jour-là. Je m'interpose sur deux envois et j'effleure le troisième. Difficile de faire mieux. Par contre, on a joué de malchance avec les ratés successifs de Matias Suarez, Lucas Biglia et Mbark Boussoufa. Même si d'autres s'y sont cassé les dents aussi, depuis lors. Dieu et Guillaume Gillet en savent quelque chose cette saison ( il grimace). J'ai beau le leur dire, rien n'y fait ( il rit). Je ne pense pas qu'il existe réellement un truc en la matière. Et si c'était le cas, je ne le dévoilerais pas, de toute façon. Chaque situation est différente. Je me souviens que lors d'un déplacement à Genk, j'avais dû me mesurer à Orlando Engelaar. Dès l'instant où il a déposé le ballon sur le point de penalty jusqu'au moment de la frappe, il n'a fait que fixer le coin droit. D'emblée, je me suis dit : - Celui-là veut m'induire en erreur et va la mettre de l'autre côté. Et ça s'est bel et bien vérifié. Parfois, ce n'est pas le regard mais la course d'élan et, surtout, le dernier impact qui peuvent te venir en aide. Mais la vérité n'existe pas. A partir du moment où un penalty est bien tiré, il est inarrêtable. Si on me désigne dans une série, je ne vais pas me défiler. Même si je préférerais rester concentré sur ma mission première, qui est de protéger en premier lieu mes propres filets. Je suis encore de l'ancienne école : pour moi, dans l'absolu, les défenseurs - dont je fais partie - sont censés défendre tandis que les attaquants sont appelés à marquer. Le tout premier, c'est la qualification pour la phase des groupes de la Ligue des Champions. J'ai vraiment à c£ur qu'on touche enfin au but après les épisodes très malheureux de 2008 et 2010. Avec le recul, je me dis qu'on n'a pas eu très souvent la baraka ces dernières années : évictions européennes, test-matches perdus face au Standard. J'espère que le vent tournera cette année. A plus longue échéance, j'espère aussi qu'on renouvellera notre titre parce que, cette fois, il n'y aura plus de club comme Chelsea pour joueur les trouble-fêtes et le champion belge sera automatiquement qualifié en poules en 2013. Marc Wilmots a son trio de gardiens et je le respecte. La Belgique compte sur une bonne génération à ce poste et des choix s'imposent. Tu ne peux pas faire que des heureux dans ces conditions. Moi, je ne jalouse personne. Et, surtout, je n'ai pas la moindre animosité envers ceux qui ont la chance de représenter notre pays. A ce niveau, c'est même l'entente cordiale. Après l'obtention du 31e titre, l'un des tout premiers à me féliciter n'aura été autre que le papa de Thibaut Courtois. Je me suis empressé de faire de même après le succès de son fils avec l'Atlético Madrid en Europa League. Certains veulent nous opposer. Mais ceci est la preuve qu'on est plus proches que beaucoup le croient. Je suis bien où je suis. J'ai eu l'occasion de partir à l'étranger avant de signer au Sporting. Je ne l'ai pas fait et je ne m'en plains pas, vu le chemin accompli depuis lors. Je ne suis pas encore trentenaire. Il n'est pas interdit de penser qu'un séjour à l'étranger me sera peut-être réservé un jour. Mais je n'en fais pas une fixation. Ce qui me botte, c'est d'ouvrir une école de gardiens en Belgique au cours des années à venir. Je veux m'inspirer de ce que Guy Martens fait à Genk, lui qui a formé des garçons comme Logan Bailly, Courtois ou encore Koen Casteels. Je le sens bien. Voilà ( il rit). PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Filip De Wilde et moi, on a mis du temps à se trouver. "