NOTRE REPAS DE FETE

Knowledge Musona (27 ans) : " Petits, quand nos parents nous emmenaient à Harare, nous enfilions nos meilleurs vêtements. Nous avions belle allure et c'était important car il pouvait très bien s'écouler six ans avant que la famille n'effectue une nouvelle excursion dans la capitale. Nous vivions à Norton, un ghetto situé à une quarantaine de kilomètres de Harare. Nous ne nous rendions dans la capitale que pour visiter le Harare Agricultural Show ou fêter la Noël. Ce show est une bourse annuelle en plein air : des entreprises de tous les coins du Zimbabwe viennent promouvoir leurs produits à Harare. On peut par exemple y acheter des tracteurs. Mais mes frères, mes soeurs et moi nous intéressions surtout à la foire et au lunaparc.
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Knowledge Musona (27 ans) : " Petits, quand nos parents nous emmenaient à Harare, nous enfilions nos meilleurs vêtements. Nous avions belle allure et c'était important car il pouvait très bien s'écouler six ans avant que la famille n'effectue une nouvelle excursion dans la capitale. Nous vivions à Norton, un ghetto situé à une quarantaine de kilomètres de Harare. Nous ne nous rendions dans la capitale que pour visiter le Harare Agricultural Show ou fêter la Noël. Ce show est une bourse annuelle en plein air : des entreprises de tous les coins du Zimbabwe viennent promouvoir leurs produits à Harare. On peut par exemple y acheter des tracteurs. Mais mes frères, mes soeurs et moi nous intéressions surtout à la foire et au lunaparc. Quand nous allions à Harare pendant les fêtes de Noël, nous allions au cinéma puis au restaurant. Mais en général, nous restions à la maison. Nous mangions du riz et du poulet. C'était notre repas de fête. Dans les basses sphères des banlieues, là où nous vivions, beaucoup de gens ne pouvaient se permettre pareil repas qu'une fois par an. Nous, nous pouvions nous en offrir quatre fois par an. Au quotidien, nous mangions de la sadza, une préparation à base de farine de maïs. On peut l'associer à la viande, aux légumes, à la soupe, à tout en fait. Le vrai Zimbabwéen veut de la sadza tous les jours. Sans elle, il ne dort pas la nuit. Peter Ndlovu est le meilleur footballeur zimbabwéen de tous les temps, pour moi. Il était mon idole de jeunesse. Il est devenu le premier joueur africain noir de Premier League à 17 ans. Il s'est produit pour Coventry City, Birmingham City et Sheffield United. On l'appelle la Légende au Zimbabwe. Il est toujours le meilleur buteur de l'équipe nationale. Il haussait le niveau de l'équipe et il mettait tout en oeuvre pour son pays. Il gagnait bien sa vie en Angleterre et parfois, il proposait de l'argent pour organiser un camp d'entraînement pour l'équipe nationale ou acheter de la nourriture aux joueurs. C'est un honneur de travailler avec lui en équipe nationale. Il en est maintenant l'entraîneur-adjoint. Je ne veux pas que mon nom soit mêlé aux commentaires politiques. Je ne dirai donc pas grand-chose sur Robert Mugabe(le président qui a démissionné le mois passé, sous la pression de l'armée, après 37 ans au pouvoir, durant lesquels il s'est bâti une solide réputation de dictateur, ndlr). Naturellement, tout ne va pas bien dans notre pays. Notre économie est dans un état épouvantable. C'est le premier problème à résoudre. Les banques n'ont pas d'argent. On ne peut donc pas retirer cent dollars au guichet, même si on en possède mille sur son compte. Pour trouver du liquide, il faut aller en rue : des gens y vendent de l'argent. Ceux qui veulent cent dollars en liquide doivent leur en verser deux cents via leur GSM. De plus en plus d'entreprises ferment leurs portes parce que l'argent ne circule plus dans le pays. Il n'y a pas de travail et beaucoup de gens vivent dans la misère. J'espère que la situation va s'améliorer à présent. Je veux ce qu'il y a de mieux pour le Zim. Pour vous montrer le plus beau côté du Zimbabwe, je vous emmènerais à l'ouest, au Hwange National Park. On peut y voir le big five (buffle, lion, léopard, éléphant et rhinocéros, ndlr) et encore bien d'autres animaux sauvages. Dans la même région, à la frontière de la Zambie, il y a les chutes Victoria. Je les ai découvertes au mois de juin. C'est à couper le souffle. L'eau dévale de plus de cent mètres de haut. Quand on s'en approche, on a l'impression qu'il pleut. J'ai adoré sentir l'eau gicler sur mes joues. Les chicons au gratin. Je ne comprends pas comment vous pouvez avaler ça. Quand j'en aperçois, je fais demi-tour. "