A deux, l'entraîneur des Brugeois et celui de Westerlo ont disputé, du temps de leur jeunesse, l'impressionnant total de 869 matches de championnat en D1. Jan Ceulemans, 48 ans, en a pris 517 à son compte dont 110 au Lierse (39 buts) et 407 sous les couleurs du Club Bruges (189 buts). Si le grand attaquant qu'était Caje n'a eu que deux amours, Herman Helleputte, 51 ans, a accompli toute sa carrière de médian et d'arrière central au Lisp (352 rencontres, record du club et 24 buts). Ces deux amis auront bien besoin de toute leur science du football afin de rester debout après Club Bruges-Westerlo, un des combats les plus attendus de la dixième journée du championnat. Personne n'attendait Westerlo au milieu du ring et Bruges dans les cordes... Même pas Ceulemans qui fut le coach campinois pendant six ans ?
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A deux, l'entraîneur des Brugeois et celui de Westerlo ont disputé, du temps de leur jeunesse, l'impressionnant total de 869 matches de championnat en D1. Jan Ceulemans, 48 ans, en a pris 517 à son compte dont 110 au Lierse (39 buts) et 407 sous les couleurs du Club Bruges (189 buts). Si le grand attaquant qu'était Caje n'a eu que deux amours, Herman Helleputte, 51 ans, a accompli toute sa carrière de médian et d'arrière central au Lisp (352 rencontres, record du club et 24 buts). Ces deux amis auront bien besoin de toute leur science du football afin de rester debout après Club Bruges-Westerlo, un des combats les plus attendus de la dixième journée du championnat. Personne n'attendait Westerlo au milieu du ring et Bruges dans les cordes... Même pas Ceulemans qui fut le coach campinois pendant six ans ? Jan Ceulemans : Les réalités chiffrées du classement prouvent que nous traversons des moments difficiles alors que Westerlo vit en plein boom. Bruges ne peut plus gaspiller de points : ce match est très important. Après cela, mon club se mesurera au Rapid Vienne en Ligue des Champions avant de retrouver la D1 et Anderlecht. J'espère que Bruges va retrouver une partie de ses éclopés. Le groupe a été décimé par les blessures et tout le monde sait que c'est notre plus gros problème. On a subi une mue importante en été et parmi les blessés, il y a cinq piliers de la précédente saison. Bruges cherche, se tâte, constate que cela ne tourne pas à plein régime. L'apport de deux ou trois joueurs plus expérimentés, comme Philippe Clement ou Rune Lange, enfin débarrassés de leurs soucis, devrait, j'espère, faire la différence. Bruges a aussi traversé des moments délicats la saison passée. Mais l'expérience et la taille de ses joueurs lui ont souvent permis de résoudre ses problèmes quand cela tournait moins bien. Pour le moment, je ne dispose pas de ces atouts. Bruges n'a plus de grande force aérienne et est pour le moment une armée terrestre. J'ai constaté que c'est important en D1 mais encore plus en Ligue des Champions. La Juventus et le Bayern comptent tout au plus un joueur de 1,70 m, les autres sont beaucoup plus grands avec, en plus, un solide bagage technique. Je connais Westerlo et, avec le vécu de ses joueurs de base, c'est une équipe bien équilibrée, unie, en pleine confiance, difficile à manier. Elle sait percuter de la ligne médiane et en pointe, il faut sans cesse se méfier de Jaja Coelho et Peter Utaka. Herman Helleputte : Avec ses 20 points au classement général, Westerlo est sur la troisième marche du podium. Pour nous, c'est du bonheur. Mais nous gardons les pieds sur terre. Mon groupe n'a perdu qu'un match jusqu'à présent et en déplacement, où ce n'était même pas mérité, à Mouscron. Westerlo étonne mais je ne suis pas trop surpris. J'ai hérité d'un très bel outil de travail mis au point durant des années par Jan Ceulemans. Durant six ans, il a bâti une équipe à sa ressemblance. Westerlo a ajouté, cette saison, quelques renforts qui ont tout de suite atteint un haut rendement : Ronny Gaspercic, Nico Van Kerckhoven, etc. L'atmosphère de travail est différente. Tout n'est pas parfait chez nous mais il n'y a que le côté positif qui est mis en lumière dans les médias. Les carences de Westerlo n'intéressent pas le grand public. Par contre, ce qui pose problème à Bruges se retrouve immédiatement dans tous les médias. Le facteur chance n'est pas à négliger non plus quand une équipe se met en place. A Roulers, Emmanuel Coquelet a raté une énorme chance d'égaliser alors que nous menions 0-1. Au lieu de cela, nous avons doublé notre avantage et gagné. Contre Beveren, Gaspercic s'en est bien tiré en percutant un attaquant adverse en dehors de son rectangle. L'arbitre n'a pas bronché mais, pour le même prix, c'était la carte rouge. Ce ne sont que des détails mais ils ont aussi leur importance. Nous savons que rien ne sera facile à Bruges qui ne peut pas s'éloigner davantage de la tête. A mon avis, sa bonne deuxième mi-temps à Charleroi l'a rassuré. Westerlo vit sa réussite sereinement. Si on termine le championnat en cinquième ou sixième position, ce sera parfait aussi. Jan Ceulemans : Mon travail est différent de celui de Trond Sollied. On ne peut comparer deux entraîneurs que si les noyaux sont identiques. Ce n'est pas le cas. Au départ, le but était de continuer en 4-3-3 même si j'estime qu'un groupe comme le nôtre doit être en mesure de maîtriser toutes les occupations de terrain. Que ce soit avec un, deux ou trois attaquants, Bruges doit être capable de gagner la plupart de ses matches en D1. Les résultats sont le seul baromètre de la qualité d'une tactique. Pour le moment, vu les circonstances, je n'ai pas assez de joueurs de pointe. Mais le but, quand j'en aurai les moyens, ce sera le 4-3-3. Si le concept est connu dans le groupe, tout le monde ne le pratique pas sans problème. Les jeunes sont en découverte : Günther Vanaudenaerde, Jason Vandelannoite, Vincent Provoost, Jeanvion Yulu-Matondo. Jonathan Blondel n'a pas beaucoup joué la saison passée, Michaël Klukowski non plus. Ivan Leko, Javier Portillo et Grégory Dufer sont nouveaux. Tout cela demande du temps. Globalement, la façon de travailler est la même dans tous les clubs. Mais c'est à Bruges que j'ai eu mes premiers cheveux gris. Nous y arriverons même si le monde extérieur examine tout à l'agrandisseur. A Bruges, un match nul est synonyme de défaite. Je savais que ce serait dur mais pas à ce point. Je dors encore, rassurez-vous, mais la qualité de notre jeu ne me satisfait pas. Herman Helleputte : Caje a laissé ici un état d'esprit, une bonne ambiance de travail et une organisation qui a fait ses preuves. En défense, Gaspercic et Van Kerckhoven n'étaient pas là la saison passée et ont un apport considérable. L'éclosion de Coelho rapporte gros aussi. Jan l'avait fait venir à Westerlo en janvier dernier. Westerlo le repéra en Hollande lors de matches d'une sélection de Brésiliens cherchant de l'embauche en Europe. Il a tapé dans l'£il de Jan qui le voulait absolument. Feyenoord estimait que ce joueur n'avait pas encore le niveau. Il fut question de l'Excelsior Rotterdam, le club satellite de Feyenoord, mais là aussi il y eut des hésitations. Comme Jan ne jurait que par lui, Westerlo l'a reçu en prêt. Six mois plus tard, Coelho est parfaitement adapté au football belge. C'est un remarquable jeune joueur de 19 ans, doté d'une magnifique technique, du sens collectif et d'une frappe à distance qui fait mal. Feyenoord pensera à lui à la fin de l'année. Jan Ceulemans : Il faut toujours un an avant qu'un étranger ne trouve ses marques. La preuve par Jaja. Nous avons aussi le cas avec Portillo. Ses parents sont à Bruges pour le moment et c'est un soutien important. Le dialogue avec lui est limité. Il ne parle ni anglais ni français. Leko a joué à Malaga et c'est utile mais cela donne une idée de l'importance du problème de l'adaptation. Comme il n'a pas beaucoup joué à la Fiorentina et au Real Madrid, Portillo a un déficit de temps de jeu mais ce ne s'est pas un sukkelaar balle au pied. Techniquement, c'est un haut de gamme. Le temps doit faire son £uvre. C'est un des problèmes du top : tout doit fonctionner tout de suite. Coelho a eu le temps de trouver ses marques à Westerlo alors que Portillo n'a pas ce luxe à Bruges. Herman Helleputte : A Beveren, il fallait prendre les présences avant chaque entraînement. Cela n'arrive jamais à Westerlo : tout le monde est au poste et en cas de retard, le fautif doit offrir des gâteaux au groupe le lendemain. A Beveren, les amendes étaient nécessaires tous les jours. Il m'arrivait souvent de téléphoner à un joueur pour lui rappeler que c'était l'heure de l'entraînement. Ils marchandaient parfois afin de raccourcir une séance de décrassage. Je prévoyais des plages de trois fois 12 minutes. Les joueurs demandaient : - Coach, c'est pas mieux une demi-heure sans interruption ? Cela leur faisait un gain de six minutes... Mais j'ai été ravi de travailler avec eux, d'avoir un groupe aussi doué. Ces trois saisons constituent une magnifique expérience. Je me suis beaucoup amusé et beaucoup énervé à Beveren. Pour eux, bien jouer était plus important que gagner. Je me suis adapté mais ils ont compris à la longue qu'il fallait gagner pour avancer. Je n'ai pas changé ma vision du football : elle est plus complète. J'ai appris que les choses pouvaient être différentes. Si tous les joueurs avaient le niveau technique de ceux de Beveren, il y aurait plus de monde dans nos stades. Jan Ceulemans : La sérénité évidemment. J'avais déjà connu cela en tant que joueur dans le club de mes débuts, le Lierse. Une défaite n'était pas une catastrophe et on arrosait calmement les succès. Nous dégustions calmement nos pintes. Je suis passé brutalement de ce havre de paix à Bruges où le résultat dicte tout. A Bruges, à chaque match, une caméra est braquée durant 90 minutes sur ma tête. J'accepte, c'est le rôle des médias dans les grands clubs. Je n'ai jamais eu peur à Westerlo alors que cela m'est arrivé une fois à Bruges. Une seule fois. Au Bayern. J'avais tellement de problèmes après deux défaites en championnat que je me suis demandé qui allait jouer. J'ai fait appel à des jeunes avant de croiser les gants avec un géant. J'ai redouté une lourde défaite. Ce ne fut heureusement pas le cas. Je reste calme même si ce n'est pas évident. Je stresse aussi mais je préfère ne pas le montrer. Je ne me suis pas encore vraiment fâché cette saison. Ce sont les circonstances qui ont multiplié nos problèmes. Westerlo a joué neuf matches avec la même équipe, nous deux seulement, la différence est importante même si des jeunes ont prouvé que Bruges peut compter sur eux. Mais ce n'est pas parce qu'un jeune gère bien deux matches qu'il est prêt pour un championnat. Après l'excellent dépannage de Stijn Stijnen, Tomislav Butina a retrouvé sa place dans le but. Le turnover des gardiens, je n'y crois pas. A Anderlecht, on a fait la même analyse : Frankie Vercauteren a finalement opté pour Silvio Proto. Herman Helleputte : Ce n'est qu'un des 34 épisodes. Pour le reste, je ne veux pas tirer de plan sur la comète. Vercauteren a déclaré que Westerlo est un des concurrents d'Anderlecht. Mais non, mais non, c'est à la fin qu'on fait les comptes, pas maintenant. Il faut prolonger notre joie le plus loin possible et, après, on verra mais faut pas rêver. Le football est tout sauf une science exacte. Au Germinal Beerschot, j'ai connu le temps des accords avec l'Ajax d'Amsterdam et cela n'a rien donné malgré les moyens. Je relativise. Westerlo cerne bien ses possibilités et ne commettra pas de péché d'orgueil. Les grands seront là à l'heure du sprint. Ils ont d'autres noyaux sur nous. Le turnover, je n'y crois pas. Chelsea joue tous les trois jours avec la même équipe. Frank Lampard a probablement pris part aux derniers 200 matches de son club. Sans jamais parler de fatigue... Jan Ceulemans : Je préfère aussi que mes joueurs de base jouent les 34 matches du championnat. Si c'est le cas, cela signifie que tout va bien. Ce match contre Westerlo, il faut le gagner. Le vrai Bruges, on le verra après la trêve hivernale. Notre grand problème cette saison, ce sera le Standard qui vise aussi la première ou la deuxième place. Si le Standard est malin, contrairement aux années précédentes, il sera dangereux. Les Liégeois n'ont pas de missions européennes et peuvent se concentrer uniquement sur le championnat : c'est un avantage. PIERRE BILIC" BRUGES ÉTAIT UNE FORCE AÉRIENNE ET MAINTENANT UNE ARMÉE DE TERRE " (CEULEMANS) " CAJE A LAISSÉ UN BEL HÉRITAGE ICI ET L'ÉQUIPE S'EST ENCORE RENFORCÉé " (HELLEPUTTE)