On approche de l'heure de vérité dans les épreuves européennes. Des clubs huppés ont laissé leur peau que ce soit en quarts de finale de la Ligue des Champions ou en demi-finales de la Coupe de l'UEFA. Les supporters de Barcelone doivent rire jaune. Il est probable que la direction du club procèdera à un nettoyage dans l'effectif car l'embourgeoisement y fait du dégât.
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On approche de l'heure de vérité dans les épreuves européennes. Des clubs huppés ont laissé leur peau que ce soit en quarts de finale de la Ligue des Champions ou en demi-finales de la Coupe de l'UEFA. Les supporters de Barcelone doivent rire jaune. Il est probable que la direction du club procèdera à un nettoyage dans l'effectif car l'embourgeoisement y fait du dégât.Avant d'en venir aux problèmes du Barça en Coupe de l'UEFA, qu'avez-vous retenu de Valence-Arsenal?Georges Heylens : Au vu des deux matches entre Arsenal et Valence, les Espagnols méritent largement leur présence en demi-finales. Ils ont tout de même dominé trois des quatre mi-temps. J'espérais voir un Arsenal plus offensif en Espagne. Si ce ne fut pas le cas, c'est parce que Valence a largement maîtrisé son sujet dans tous les secteurs et certainement au centre du terrain. On n'a pas vu Patrick Vieira parce qu'il a tout de suite été pris en tenaille par deux adversaires. Valence a pressé haut, souvent devant la défense de David Seaman, et évolué en 4-3-3 afin de bien écarter le jeu et de servir le grand John Carew. Je ne l'ai pas trouvé extraordinaire et je me souviens de deux ratés sur de grosses occasions avant sa tête victorieuse. Par rapport à lui, les attaquants du Real Madrid, ont bien plus de talent. Il n'y a pas photo entre Raul ou Figo et Carew. A 1-0, Valence s'est appuyé sur une défense de fer. Ils sont solides, disciplinés et teigneux là derrière. Arsenal a raté le coche et, à mes yeux, cette élimination est finalement le salaire de la peur, le résultat de choix trop prudents ou attentistes d'Arsène Wenger à Valence. La confirmation de Leeds vous étonne-t-elle?Non, pas tellement. J'ai suivi le match retour entre La Corogne et Leeds avec attention. On a beaucoup parlé de ce fameux match contre le PSG qui, précédemment, avait été balayé comme fétu de paille en une mi-temps (4-3) à La Corogne. Mais, ce soir-là, même Strombeek aurait marqué des buts contre le PSG de Luis Fernandez au stade de Riazor. C'était en fait la fable du lièvre et de la tortue. Ce baroud d'honneur n'aura servi à rien car La Corogne fait preuve d'un manque de concentration qui se paya cash en Angleterre : 3-0. Il y a eu des barres et des poteaux, je sais, mais Leeds a tout de même su se préserver du knock-out en restant très lucide tactiquement et techniquement même au plus fort de la pression espagnole. Leeds confirme que sa bonne campagne europénne n'est pas accidentelle. Avant ce voyage, l'équipe d'O'Leary avait gagné 1-2 à Liverpool.Manchester United va-t-il vivre un changement de génération après son élimination au Bayern de Munich?Ce groupe est repu, il faut le renouveler pour repartir de l'avant. Ryan Giggs s'est bien battu mais au Bayern, je n'ai vu personne, dans le camp anglais, sortant du lot. David Beckham n'a pas joué : c'était un handicap mais à moyen terme, ce joueur va poser des problèmes. Il y avait des équilibres importants avec Giggs à gauche et Beckham à droite. Or, Beckham n'aime plus trop jouer sur le flanc. Il rentre de plus en plus dans le jeu et perd les avantages de ses fameux centres. Il avait l'art de délivrer de bons ballons fuyants, insaisissables pour les défenseurs adverses. David Beckham est beaucoup plus prévisible dans l'entrejeu. Ce n'est qu'un détail tactique mais c'est suffisant pour détruire les mécanismes qui font le bonheur d'une équipe. Le Bayern est passé en force. Ce groupe avait pris une claque en championnat contre Schalke 04 mais la Ligue des Champions, c'est autre chose. Un championnat, c'est long et on peut effacer les effets d'une défaite. En Ligue des Champions, est-il utile de dire que c'est différent? Alors, je n'ai pas été étonné de voir un grand Bayern contre Manchester United.Le Real Madrid n'est-il pas plus que jamais le grand favori de cette Ligue des Champions?Tout à fait. Personne ne dispose d'un potentiel de cette qualité en Europe et peut-être pas dans le monde. C'est pour le moins ultra-complet, tactiquement et techniquement, pas seulement dans toutes les lignes mais aussi individuellement. Galatasaray a une belle équipe aussi mais ce n'est pas le même niveau. Les Turcs ont aussi été battus par eux-mêmes. Quand ils s'énervent ou pensent plus à contester l'arbitrage qu'à jouer, leur rendement baisse et n'est plus à la hauteur de leurs capacités. Ce fut le cas lors de longues plages de leur match au Real Madrid. Par contre, ils furent bons dès que leurs nerfs ne leur posèrent plus de problèmes. On pourrait assister à une nouvelle finale entre le Real et Valence. En demi-finales, à l'heure des pronostics, le Real aura ma préférence par rapport au Bayern et Valence est supérieur à Leeds.Que vous inspire la présence de Liverpool en finale de la Coupe de l'UEFA?Cela me fait plaisir car Liverpool, c'est un grand passé, une légende, un climat. Ce club n'a plus disputé une finale européenne depuis 1985 et le drame du Heysel. Je ne dis pas que les Reds furent géniaux contre Barcelone, loin de là, mais le but était de gagner, point final. Gérard Houllier est moins offensif qu'Arsène Wenger mais c'est un compétiteur. Il s'organise pour la gagne. Barcelone est en crise. Patrick Kluivert a commis l'erreur de sa vie. Un tel hands dans son rectangle, c'est inouï. Les Hollandais du Barça sont embourgeoisés, surévalués, dépassés. Frank De Boer et surtout Philip Cocu n'ont jamais eu le niveau d'un tel club, c'est trop fort pour eux. Patrick Kluivert n'est plus que l'ombre de la belle promesse qu'il fut. Sur un dégagement raté de Westerveld, il a sprinté comme un fer à repasser. Il y a quelques années, Kluivert aurait réagi plus vite et marqué. Emmanuel Petit a aussi perdu de sa superbe : il est sur la pente descendante. Liverpool en finale, c'est bien mais les Anglais devront se méfier d'Alavés. Quand on plante neuf buts en deux matches à une équipe de Bundesliga, cela donne un idée du baril de poudre qui se cache dans le pieds des attaquants basques.Pierre Bilic