Bahia a une bonne habitude. On en reçoit à l'aéroport et encore plus en ville. Des bracelets porte-bonheur. On vous les attache au poignet avec trois noeuds. Chaque noeud vaut un voeu mais il doit rester secret.
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Bahia a une bonne habitude. On en reçoit à l'aéroport et encore plus en ville. Des bracelets porte-bonheur. On vous les attache au poignet avec trois noeuds. Chaque noeud vaut un voeu mais il doit rester secret. Joachim Löw en aurait bien besoin. Löw est le sélectionneur qui développe le plus beau football de l'histoire de la Mannschaft mais sans rien gagner. A l'EURO 2008, le premier tournoi qui lui a permis d'émerger de l'ombre de Jürgen Klinsmann, il a perdu la finale face à la génération en or de l'Espagne. En Afrique du Sud, il a balayé l'Argentine de Lionel Messi et de Diego Maradona du tournoi (4-0) mais en demi-finales, il a de nouveau été confronté à l'Espagne et il s'est incliné, une nouvelle fois, sur le score de 1-0. Torres avait marqué à Vienne, cette fois c'était Carles Puyol. Deux ans plus tard, Mario Balotelli s'est érigé en killer de l'Allemagne. Super Mario a été impérial à Varsovie, en demi-finales, inscrivant deux buts. Une finale, deux demis, Löw n'a pas un mauvais bulletin mais l'Allemagne veut un trophée et donc, la critique est née, très prudemment. A l'occasion de son quatrième tournoi, tout est contre lui. Ça a commencé par le tirage. Le Portugal (Ronaldo), le Ghana, la meilleure formation africaine du dernier Mondial, et les USA avec Jürgen Klinsmann pour ajouter du cachet au choc. Il y a des adversaires plus faciles. Double poisse, les villes. Les Anglais se sont plaints de Manaus mais ensuite, ils ont joué à Sao Paulo et à Belo Horizonte. L'Allemagne, elle, se produit trois fois dans la canicule : après le match de Salvador contre le Portugal et Fortaleza, elle joue son dernier match de poule demain à Recife. Trois fois dans le torride Nord, où la chaleur vous coupe le souffle. Ses collègues italiens l'ont expliqué à Miroslav Klose après la Coupe des Confédérations : la chaleur qui règne au Brésil n'est pas normale. Des joueurs italiens ont eu le souffle coupé après vingt minutes de jeu. Dans une première réaction au tirage au sort, Löw avait précisé qu'il faudrait que chacun soit en pleine forme au début de la préparation. Las, la moitié des joueurs avait des problèmes lors du stage de préparation au Tyrol. Lahm, Neuer, Schweinsteiger souffraient tous de bobos quelconques. Khedira, victime d'une blessure aux ligaments croisés en novembre, était à de peine rétabli. La saison de Klose se lisait comme le bilan médical d'un vétéran de la guerre : lumbago, muscles divers, genou, rien n'allait. Comble de la catastrophe, l'Allemagne a perdu son joueur de l'année, Marco Reus, lors du dernier match de préparation. " Si nous avions disputé ce Mondial il y a un an, il n'y aurait eu qu'un seul favori ", nous a dit un observateur de la Mannschaft la semaine dernière. " Mais maintenant, je ne sais pas... " Löw a entamé le stage avec l'énergie du désespoir. Faute de mieux, il a repris Klose. Mario Gomez avait encore moins joué. Toutefois, Klose était un joker car dans sa tête, Löw avait un autre concept : jouer sans avant ou avec un faux numéro neuf. La préparation a été soigneusement planifiée en fonction de ces trois matches torrides. D'abord un stage près de Bolzano, dans le Sud-Tyrol. Il devait faire frais car Löw voulait hausser le niveau physique de l'équipe par des séances très intenses, basées sur l'explosivité. Pour ne pas trop surcharger les corps, il fallait donc un climat frais. Le staff ? 40 personnes, des scientifiques, experts en nutrition, en régénération, en physiologie de l'effort, des masseurs... On a équipé les joueurs de vestes avec une puce pour mesurer l'intensité de l'effort et le nombre de calories brûlées. Top. Ensuite, et sciemment comme il l'a expliqué après le premier match, il a choisi un hôtel à Bahia, en pleine chaleur, pour habituer les corps à vivre et à s'entraîner sous la chaleur. Le voyage a été long. Le complexe hôtelier est exclusif, il n'avait même pas encore été utilisé et les femmes y ont leur place. Contrairement aux Néerlandais, il y a peu de contacts avec la population. Un choix de Löw, en concertation avec les psychologues. L'île allemande, une île tropicale. Le choix est particulier, comme la tactique, avec Thomas Müller en masterpiece et Lahm au milieu défensif, comme sous la férule de Pep Guardiola. Götze occupe l'aile gauche à la place de Reus et Khedira est titulaire, bien qu'il manque de rythme. C'est audacieux. Tout a parfaitement fonctionné contre le Portugal, avec un football virevoltant. Sur papier, Khedira-Lahm-Kroos occupaient l'entrejeu, Özil-Müller-Götze jouaient devant. Un 4-3-3 qui se muait en 4-4-2 en perte de balle avec Özil en soutien de Khedira. Aucun Portugais n'a pu suivre les mouvements de l'Allemagne. Les médians ont plus ou moins tenu leur position, Khedira et Kroos montant en alternance mais devant, ce n'étaient que mouvements. Une fois, Müller surgissait devant le but, suivi par Götze et de temps en temps imité par Özil, qui plongeait surtout dans les brèches. Combler les espaces dans l'axe coûte davantage de forces. Donc, Götze et Müller se sont relayés au poste de faux neuf. Löw possède un footballeur imprévisible en Müller, qui joue sur le flanc au Bayern, celui-ci disposant aussi de Mandzukic, de Robben, de Ribéry, de Götze et de Kroos. Parfois, Müller surprend même ses coéquipiers, a souri Löw lundi à Salvador. Il court où son instinct le lui dicte, ce que tout le monde ne comprend pas toujours. Ça marche en équipe nationale, en tout cas car il n'a que 24 ans et il a déjà inscrit cinq buts en Afrique du Sud, plus trois ici contre le Portugal. En Coupe, cette saison, il a marqué à tous les tours, y compris en finale, mais pas en quarts de finale. En Ligue des Champions, il a trouvé le chemin du but à cinq reprises en douze joutes. C'est un joyau. Lundi, un journaliste anglais a posé cette question : il ne sait pas dribbler, il n'est pas rapide, il n'est pas non plus un prodige de technique. Qu'est-ce qui le rend donc spécial ? Sec, Löw a répondu : " Vous le dites. Il est spécial. " Et modeste. Après le coup de sifflet final : " Oui, ça va bien mais il faut le nuancer. Nous avons exploité nos occasions de manière optimale. Nous avons été extrêmement efficaces aujourd'hui. " Pas d'euphorie donc et on a compris pourquoi samedi. Face à un Ghana physiquement solide et discipliné, en plus, l'Allemagne a dépensé beaucoup d'énergie pour égaliser à 2-2. Elle a moins bougé, elle a eu moins d'espaces, avec un Khedira plus discret et elle était manifestement fatiguée. C'est Klose, un vrai buteur, qui a égalisé, marquant ainsi son quinzième but durant un Mondial, égalant le record de Ronaldo. La Mannschaft a souffert en fin de partie. Boateng, victime d'une élongation, a été remplacé à la mi-temps, les autres ont atteint la fin du match grâce à leur force de caractère. Demain, contre les Etats-Unis, on assistera à un match similaire. L'enjeu ? La première place du groupe et des stades au climat plus agréable : Porto Alegre, Rio de Janeiro, Belo Horizonte. Si l'Allemagne venait à être deuxième, elle jouerait encore à Salvador, dans la canicule. En résumé, la chaleur est un sérieux adversaire de la Mannschaft, malgré une préparation optimale, malgré des bains de glace et d'autres techniques de régénération. Va-t-elle encore échouer ? PAR PETER T'KINT À SALVADOR DE BAHIA - PHOTO: BELGAIMAGELa saison de Klose ressemblait au bilan médical d'un vétéran de la guerre : lumbago, muscles, genou, rien n'allait.