Christian Benteke avoue ne pas connaître le centre-ville de Liverpool, là où nous le rencontrons dans le quartier des docks. Son quotidien, il le vit en famille, avec sa femme et son fils, dans la maison qu'occupait précédemment Luis Suarez. Une mise à l'écart qui colle parfaitement à sa personnalité discrète et réservée, symbole aussi des complications rencontrées depuis son passage à Liverpool. Ou plutôt depuis l'arrivée de l'entraîneur allemand, Jürgen Klopp. Rencontre sur les bords de la Mersey.
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Christian Benteke avoue ne pas connaître le centre-ville de Liverpool, là où nous le rencontrons dans le quartier des docks. Son quotidien, il le vit en famille, avec sa femme et son fils, dans la maison qu'occupait précédemment Luis Suarez. Une mise à l'écart qui colle parfaitement à sa personnalité discrète et réservée, symbole aussi des complications rencontrées depuis son passage à Liverpool. Ou plutôt depuis l'arrivée de l'entraîneur allemand, Jürgen Klopp. Rencontre sur les bords de la Mersey. CHRISTIAN BENTEKE : Je vais être honnête avec toi : au début, oui. Dès l'arrivée de Jürgen Klopp, j'ai senti que ça allait être compliqué pour moi. Même si je savais qu'il m'appréciait. BENTEKE : Oui. Certains coéquipiers me disaient même que j'avais de la chance de voir Klopp débarquer car j'étais quasiment assuré de jouer. Mais dans ma tête, et après ce que j'ai connu dans ma carrière, je me disais que tout pouvait arriver. Et je ne me suis pas trompé. BENTEKE : Oui, c'est ce que je trouve bizarre. Et je ne comprends pas que l'on dise que je ne corresponds pas à son style de jeu. Le pressing, bouger, je sais le faire. Ce n'est pas comme si on jouait le jeu du Barça non plus. BENTEKE : Oui, il m'a dit qu'il voulait que je sois plus involved (impliqué) dans le jeu. Et pourtant il me semble que c'est une de mes qualités, j'aime combiner, décrocher. Mais peut-être que je ne fais pas les bons appels, que mes équipiers n'arrivent pas à me trouver. J'ai tenu compte de ses remarques, je me suis dit que je devais adapter et changer mon style de jeu, aller plus en profondeur, etc. Et puis, je me suis rappelé que si Liverpool m'avait acheté, c'était pour mes qualités. L'idéal, c'est de rester soi-même, garder son identité, tout en essayant de s'adapter au style du coach. Et si ça marche pas, ça marche pas. BENTEKE : Ben oui. Quand un coach te rencontre pour te dire qu'il veut t'attirer à Dortmund et que tu le retrouves un peu plus tard, mais que ça ne fonctionne pas, tu te dis que tout n'est pas toujours très clair. BENTEKE : Encore aujourd'hui, il me dit que je suis un attaquant qui peut tout faire : marquer, jouer en déviation, jouer de la tête, j'ai de la variété dans mon jeu mais pourquoi je ne joue pas alors ? Il a ses choix et je dois les respecter. BENTEKE : Je ne le suis toujours pas assez. Mais désormais, je suis dans une situation où tu penses plus à assurer la passe, la bonne déviation que penser à ta gueule. BENTEKE : Je me sens bien dans le groupe, je ne suis pas quelqu'un de difficile. Mais je note aussi qu'il y a pas mal de pression depuis le changement de coach, qu'il faut obtenir des résultats et que depuis, tout le monde veut y aller de son truc, tout le monde veut tirer au but. Peu importe celui qui joue en attaque mais les milieux doivent penser à le servir et lui donner de bons ballons. Si je regarde les autres top clubs, là aussi tout le monde peut marquer mais l'attaquant est prioritaire. Tu notes aussi des duos Silva-Aguero, Mahrez-Vardy, Ozil-Giroud. BENTEKE : Au début de saison et même si je n'ai pas assez marqué, j'ai montré aux gens que je savais jouer, combiner, j'étais confiant pour la suite. Je débarquais d'Aston Villa où les exigences n'étaient pas les mêmes mais je pensais qu'avec le temps la sauce allait prendre... BENTEKE : Oui bien sûr. Mais je m'y attendais, je savais que l'on n'allait pas me louper. Heureusement, je ne vais pas sur twitter. Je n'en ai pas besoin, je sais quand j'ai été bon ou quand j'ai été mauvais. Et puis, il y a trop de monde, je ne vais pas commencer sur les réseaux sociaux à demander qu'on soit indulgent avec moi (il rit). BENTEKE : J'étais évidemment heureux, je rejoignais un grand club. Et je me disais qu'enfin je pourrais trouver la stabilité, m'installer dans la durée dans un grand club. Je savais que je pouvais connaître des mois difficiles mais que sur le long terme, ça allait fonctionner. BENTEKE : Non. Je savais que derrière, le nouveau coach pouvait avoir une tout autre opinion sur moi. Et c'est ce qui s'est passé. On peut estimer que je n'ai pas le niveau, que je n'ai pas le bon profil mais à partir du moment où je me montre décisif et que rien ne change, c'est un choix établi en fonction d'un système. BENTEKE : Bien sûr. Mais c'est difficile de se montrer alors que je ne joue jamais sur la durée pendant 4 à 5 matches. Je ne trouve pas d'excuse, on peut estimer que je fais une mauvaise saison mais est-ce qu'on m'a donné suffisamment de crédit pour un joueur qui a coûté autant d'argent ? J'ai disputé deux matches pleins d'affilée depuis que Klopp est là mais pas plus. Je suis monté contre Leicester (1-0), j'ai marqué, j'ai enchaîné par une titularisation et un but à Sunderland (0-1) puis on a perdu à West Ham (2-0) où j'étais titulaire. Et depuis lors j'ai été écarté des plans. BENTEKE : Je suis le premier à dire que je n'ai pas montré suffisamment ce que je valais pour un club comme Liverpool mais d'un autre côté, quand je suis arrivé sous Brendan Rodgers, je savais que j'aurais la possibilité de montrer mes qualités, que je valais tout cet argent, que je méritais de porter le maillot de Liverpool. Mais maintenant... BENTEKE : Ces dernières semaines, je suis bien physiquement et mentalement. Je suis arrivé en 2012 en Angleterre, et je n'ai jamais connu autant le banc qu'aujourd'hui. C'est râlant, d'autant que je n'ai jamais été aussi bien physiquement. C'est pour ça que quand on me donne l'opportunité de jouer 5 minutes, 10 minutes, j'essaie de répondre présent. Je ne veux surtout pas que l'on puisse me reprocher un manque de professionnalisme ou quoi que ce soit. Même mon père qui était énervé au début par mon statut de réserviste m'a dit :- tu ne peux rien faire. J'en ai parlé avec Eden (Hazard), avec Marouane (Fellaini), ils m'ont tous donné la même réponse : quand un entraîneur ne compte pas sur toi, tu ne peux rien changer. Le truc qui est énervant, c'est que je m'étais préparé à ce transfert à Liverpool. Je n'y aurais jamais signé si je n'avais pas été la priorité du coach. Tout était réuni au départ pour que je réalise une grande saison dans un très grand club. Et j'avais plutôt bien commencé... BENTEKE : Bien sûr. Quand je loupe une passe, j'ai le sentiment qu'on me scrute davantage qu'un autre. C'est difficile de jouer relâché dans un tel contexte. BENTEKE : Malgré la situation dans laquelle je me trouve, je suis deuxième meilleur buteur du club derrière Firmino, qui est à 8 buts. Ce n'est donc pas si mauvais même si j'aurais espéré marquer bien plus. Les critiques sont aussi liées au fait que je suis un nouveau venu, on ne juge pas quelqu'un de la même façon quand il est au club depuis plusieurs années. BENTEKE : En janvier, je n'ai pas voulu partir, mon désir c'est de réussir à Liverpool et ça l'est toujours. Et on fera un bilan en fin de saison. BENTEKE : Quand j'étais à Aston Villa, j'étais bien, je jouais mes matches, je marquais, j'étais heureux. Mais dans un club du top, tu dois faire plus. Et pas que sur le terrain. Tu dois faire le show, tu dois mettre les supporters de ton côté. Et ça, je n'ai jamais su le faire. BENTEKE : Je ne suis pas faux, je n'arrive pas à faire semblant. Un autre joueur à ma place aurait peut-être embrassé le blason, et aurait conquis le coeur des supporters, etc. Je crois que dans un grand club, le fait d'être expansif, ça peut jouer sur ta réussite. BENTEKE : C'est difficile à répondre. J'en parlais à Kolo Touré qui a quand même connu Arsenal, City et Liverpool. Je lui demandais si on pouvait réussir au sommet en restant soi-même. Il m'a répondu que c'était possible mais que ça rendait la chose plus difficile. BENTEKE : Mamadou Sakho notamment. Il me disait d'ailleurs que sous Rodgers, il était à la cave, il n'était même pas sur le banc mais en tribune. Ce qu'il faut retenir c'est que le malheur des uns fait le bonheur des autres. C'est le foot, c'est comme ça. Tu n'as aucune garantie. BENTEKE : C'est pas du tout un vestiaire difficile. C'est un vestiaire ambitieux avec des jeunes joueurs mais qui ont déjà de l'expérience. Contre Crystal Palace, tu n'avais que des internationaux sur le terrain et sur le banc. C'est le haut niveau. Même l'entraîneur sait qu'il ne peut pas bouger facilement un Sturridge, Lallana, Henderson, ce sont des Anglais, ils ne jouent pas dans n'importe quelle équipe nationale... BENTEKE : J'ai trop voulu jouer de façon rationnelle alors que je suis davantage un joueur d'instinct. Quand tu joues contre nature, ça rend les choses plus compliquées. J'arrive à faire le vide aujourd'hui mais quand tu sais que tu n'as pas beaucoup de temps de jeu, que le public a des doutes sur toi, c'est difficile. Et tu ne peux pas faire semblant et te dire de jouer libéré, dans un coin de ta tête, toutes ces choses restent... BENTEKE :Oui et comme on dit il ne pleut pas tout le temps, le soleil finit par arriver. Je ne serais pas le premier pour qui c'est compliqué dans un club et qui cartonne dans un autre. Dieu seul sait ce que l'avenir me réserve. BENTEKE :J'étais fier mais je ne suis pas quelqu'un d'expressif. Je vais davantage me rendre compte de ce que j'ai réalisé par après. Je ne suis pas quelqu'un qui va faire wouawh ? Peut être que plus tard, je me dirai : -c'est quand même bien ce que j'ai fait.PAR THOMAS BRICMONT À LIVERPOOL - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" Je suis dans une situation où je pense plus à assurer qu'à penser à ma gueule. " CHRISTIAN BENTEKE " J'ai trop voulu jouer de façon rationnelle alors que je suis un joueur d'instinct. " CHRISTIAN BENTEKE