Les dieux vous auront été particulièrement favorables cette année, non?

Wesley Sonck: Quels dieux? Je crois en une force intérieure, capable de soulever des montagnes si besoin en est, mais sûrement pas à un être bienveillant. Si ce personnage-là existait vraiment, il ne tolérerait pas les souffrances du monde. Et il n'accepterait jamais, non plus, que des innocents meurent parce qu'ils vénèrent une divinité différente, comme il en va au Moyen-Orient actuellement. Désolé, mais je ne comprends pas que des millions de personnes, de par le monde, aient succombé, à travers les âges, en raison des guerres de religion. C'est aberrant. Je ne conçois pas non plus que, dès la naissance, un être aussi innocent et pur qu'un nouveau-né puisse être exposé à la peine. Personnellement, j'ai une cousine qui est décédée, à l'âge de 19 ans à peine, d'une mucoviscidose, une affection grave dont l'issue est, hélas, toujours fatale. Il n'est quand même pas pensable qu'une créature supérieure admette pareille atrocité. C'est pourquoi j'ai toujours refusé de vénérer qui que ce soit. Dans le domaine spirituel, du moins. Car au plan footballistique...
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Wesley Sonck: Quels dieux? Je crois en une force intérieure, capable de soulever des montagnes si besoin en est, mais sûrement pas à un être bienveillant. Si ce personnage-là existait vraiment, il ne tolérerait pas les souffrances du monde. Et il n'accepterait jamais, non plus, que des innocents meurent parce qu'ils vénèrent une divinité différente, comme il en va au Moyen-Orient actuellement. Désolé, mais je ne comprends pas que des millions de personnes, de par le monde, aient succombé, à travers les âges, en raison des guerres de religion. C'est aberrant. Je ne conçois pas non plus que, dès la naissance, un être aussi innocent et pur qu'un nouveau-né puisse être exposé à la peine. Personnellement, j'ai une cousine qui est décédée, à l'âge de 19 ans à peine, d'une mucoviscidose, une affection grave dont l'issue est, hélas, toujours fatale. Il n'est quand même pas pensable qu'une créature supérieure admette pareille atrocité. C'est pourquoi j'ai toujours refusé de vénérer qui que ce soit. Dans le domaine spirituel, du moins. Car au plan footballistique... En Belgique, des attaquants, comme moi: Jan Ceulemans, Luc Nilis et aussi Marc Degryse avec qui j'ai encore eu l'immense bonheur de jouer au GBA. A l'échelon mondial, ma référence a toujours été l'incomparable Diego Maradona. Il est simplement dommage que l'Argentin n'ait pas connu une même trajectoire exemplative en dehors des terrains. Une vedette, d'après moi, se doit d'être irréprochable en toutes circonstances. Or, l'ancien joueur du Barça et de Naples a singulièrement terni son image en raison des problèmes récurrents qu'il a eus avec la drogue. Je n'ai pas la prétention d'être un joueur du même calibre que lui, loin s'en faut. Mais j'ai conscience de l'impact que j'exerce, depuis quelques mois, auprès des jeunes, suite à la publicité que m'a value, aussi bien individuellement que collectivement, cette fabuleuse année. Pour ces gars-là, je veux, avant tout, rester Wesley Sonck. A savoir quelqu'un d'aussi disponible sur le terrain, pour ses partenaires, qu'en dehors des stades pour les supporters.Monsieur SonckPas nécessairement. Je surprends à présent certaines personnes, pour qui j'étais simplement Wes, à m'appeler subitement "Monsieur Sonck", sans raison. Idem pour mon épouse, qui est devenue "Madame Sonck" alors qu'elle était toujours Evy pour tout le monde autrefois. Ce qui m'irrite le plus, cependant, ce sont ces nombreuses personnes qui se mêlent de tout et de rien sans qu'on leur demande leur avis. Un quidam m'a fait remarquer un jour, dans une grande surface, que les quelques bières et alcools que je venais de déposer dans ma charrette n'étaient pas très indiqués pour un joueur comme moi. C'est vrai. Mais ces breuvages n'étaient pas destinés à moi mais à la famille de mon épouse, en visite chez nous à ce moment. De toute façon, quelle que soit leur utilisation, je ne vois pas pour quelle raison il fallait me faire une remarque à ce sujet. Moi-même, je ne me soucie pas de la vie des autres. J'ai, en effet, claqué la porte du café qu'elle exploite au centre de Ninove en 1998, alors que j'avais 19 ans tout juste. Je ne tiens pas à m'exprimer sur mes motivations. C'est un aspect qui ne concerne que ma mère et moi. Si nous sommes en froid depuis tout ce temps, et si toute tentative de réconciliation serait de toute façon vouée à l'échec, pour des raisons qui m'appartiennent, cela ne signifie nullement que je n'ai pas de respect pour elle. Au contraire, je lui sais gré de m'avoir éduqué et formé dans des conditions pas toujours évidentes. Car mon enfance et mon adolescence ont eu pour seul cadre l'établissement qu'elle tenait. Avec ses scènes de beuveries, de disputes et de jalousies. Cette atmosphère nous a incontestablement marqués, mon jeune frère Kevin et moi. Très tôt, je me suis fait la réflexion qu'il fallait à tout prix que je me sorte de ce milieu. Et le football aura fait office de planche de salut.Au moment de mon passage du VK Ninove au RWDM, en 1994. Je me faisais fort que si plusieurs clubs, comme l'Eendracht Alost, Molenbeek et Anderlecht, avaient fait montre d'intérêt pour moi, c'est que j'en valais probablement la peine. Dès mon passage au stade Edmond Machtens, je n'ai d'ailleurs plus vécu qu'en raison du seul football. Contrairement à mes compagnons du sport-études, qui prenaient la vie du bon côté, je me suis imposé dès ce moment une discipline d'enfer: pas de sorties, pas d'alcool, et une nourriture des plus saines. Ces bonnes habitudes sont restées un fil conducteur, jusqu'ici, car j'observe toujours une hygiène de vie très stricte, où les graisses sont totalement bannies. Je dois m'astreindre à cette discipline car j'ai tendance à prendre du poids. Avec 74 kilos pour 174 centimètres, je me situe d'ailleurs à la limite de ce qui est toléré.Steffen EffenbergC'était sans doute vrai jadis mais je crois qu'au contact de personnes comme Marc Degryse, Franky Van der Elst et, maintenant, Sef Vergoossen, je me suis assagi. Il est loin, en tout cas, le temps où je récoltais bristol sur bristol au RWDM ou que je vitupérais les arbitres au Germinal Ekeren. Cette saison, grâce à l'appui du nouvel entraîneur, j'ai appris à mieux me maîtriser et à canaliser mon énergie, de manière à ce qu'elle ne se retourne plus contre moi. D'accord, il m'arrive encore, de temps à autre, d'être un peu irritant, même pour mes partenaires. C'était notamment valable à Molenbeek, cette saison, quand je me suis emporté à un moment donné contre Kevin Vanbeuren. Mais il avait tendance à s'assoupir et je ne supporte pas qu'un partenaire ne soit pas, comme moi, concentré à fond sur son sujet. Après coup, le coach m'a d'ailleurs donné raison, même s'il estimait que je ne devais pas pousser le bouchon plus loin.C'est logique pour un artificier, non? Mais c'est vrai que j'apprécie les matches où il y a de l'électricité dans l'air car à ce moment-là, je sens réellement l'adrénaline monter. J'ai peut-être besoin, plus qu'un autre, de cette tension. Je me suis d'ailleurs reconnu naguère, dans une certaine mesure, en Steffen Effenberg. J'ai franchement admiré la manière dont il avait gardé la maîtrise des événements au Real Madrid alors qu'il était canardé d'objets et conspué par le public de Chamartin. Et que dire de son attitude lorsqu'il salua l'assistance et ses adversaires en quittant le terrain: c'était tout bonnement la toute grande classe. Dans les mêmes conditions, je me sublimerais moi aussi, c'est sûr. Certains perdent la moitié de leurs moyens quand ils sont la cible des gens ou de leur opposant direct. Moi pas. Plus j'entends des sifflets à mon propos ou plus je me retrouve par terre, plus j'ai le net sentiment d'être dans le bon. C'est tout le contraire de Moumouni Dagano qui, lui, est très réceptif à ces choses-là.Nous sommes deux extrêmes, effectivement. C'est pourquoi nous nous entendons à merveille et que nous nous complétons parfaitement. Moumou excelle dans l'art de tenir en alerte un, ou même plusieurs défenseurs et je profite dès lors pleinement des espaces qui se libèrent. Mais je m'insurge contre ceux qui disent que sans lui je perds une partie de mes moyens. La preuve: l'année passée, j'ai scoré à 13 reprises sans sa présence à mes côtés. Et cette saison, quand Moumou est allé disputer la Coupe d'Afrique des Nations au Mali, en janvier dernier, j'ai inscrit trois goals en trois matches, malgré son absence. En réalité, j'ai bel et bien l'impression que je suis capable de m'adapter à n'importe qui. Au RWDM, j'étais sur la même longuer d'onde que Dirk Lehmann et Slobodan Miletic; à Ekeren, je m'entendais bien avec Cisse Severeyns et Gunther Hofmans tandis qu'au GBA, mon entente avec Marc Degryse était tout simplement parfaite.Neuf millions d'eurosSi elle l'avait été, ma carrière n'aurait pas suivi une carrière exponentielle. Certains m'en ont voulu car, après quelques mois à peine en équipe-fanion, à Molenbeek, j'avais refusé de signer un nouveau contrat chez les Coalisés. Avec 11 buts à mon actif cette saison-là, j'avais toutefois prouvé avoir le niveau pour jouer en D1. Dès lors, pourquoi aurais-je dû accompagner le club en D2? Si je l'avais fait, j'aurais manqué d'ambition. Au Germinal et au GBA, l'occasion m'a été donnée de m'illustrer dans une formation du subtop et d'y tirer mon épingle du jeu. N'était-il pas logique, dans ces conditions, que je réponde favorablement à l'appel du Racing Genk, qui représentait une nouvelle progression dans la hiérarchie?Je puis encore me bonifier au Racing Genk. Mais pour peu que deux conditions soient remplies: la première, c'est que le club participe à la Ligue des Champions. Et la deuxième, c'est que l'effectif soit de valeur au moins égale à celui de cette année. Mais dans l'état actuel des choses, qui peut réellement le garantir? Si la direction a déjà réalisé quatre transferts, c'est, peut-être, pour ne pas se retrouver complètement démunie au cas où certains en venaient à quitter le club à l'intersaison. Quant à savoir si je ferai partie de ce nombre, je n'en sais strictement rien. Ma tête a été mise à prix pour neuf millions d'euros. C'est évidemment une somme qui n'est pas à la portée du premier venu. Le Hertha Berlin est intéressé par mes services mais ses responsables ont d'ores et déjà fait savoir qu'ils ne débourseraient jamais pareil montant. J'ose espérer que les dirigeants ne se mettront pas en tête de le revoir à la hausse suite à mon élection comme Footballeur Pro. Sans quoi, je ne serais pas près de partir.Elle constitue la preuve, pour moi, que je fais bel et bien l'unanimité aujourd'hui. Au Soulier d'Or, c'étaient les journalistes et les dirigeants du football qui avaient pris fait et cause pour moi. Cette fois, l'hommage est venu de mes pairs même. Le tableau est donc complet.C'est vous qui le dites. Moi, je ne me sens pas dans la peau d'un incontournable. Les places sont chères devant, avec Emile Mpenza, Gert Verheyen et Branko Strupar. Tous trois ont pu faire leurs preuves dans diverses configurations, déjà, alors que moi-même, j'ai encore tout à découvrir au côté d'un Emile Mpenza, par exemple. Mais cette concurrence n'est vraiment pas pour me déplaire. D'ailleurs, quand j'ai vu pour la première fois Branko Strupar au rendez-vous de l'équipe nationale, je lui ai dit que j'étais content qu'il soit là, après tous les déboires qu'il a connus. C'est sûr qu'il peut encore rendre de fieffés services aux Diables Rouges.J'espère que ce sera la cerise sur le gâteau d'une saison exceptionnelle. Après avoir trusté les distinctions, je n'aimerais pas revenir d'Asie avec un goût de trop peu. Dès lors, une participation au deuxième tour me paraît le minimum.Bruno Govers"J'aime les matches où il y a de l'électricité dans l'air""Plus j'entends des coups de sifflet, plus je me sublime""Je suis capable de m'adapter à côté de n'importe qui"