Déambulant d'un stand à l'autre, en quête d'un dernier amuse-gueule pour se réchauffer le gosier entre deux gorgées alcoolisées, l'invité est forcément prestigieux. Au coeur de l'immense baie vitrée qui offre une vue de choix sur la pelouse la plus célèbre du Pays Noir, la guest-list ressemble à une bouillabaisse concoctée avec les plus gros poissons du football noir-jaune-rouge.

Un ancien coach champion de Belgique croise le plus gros salaire des prés nationaux, non loin de l'agent le plus influent du marché qui effleure du regard l'un de ses anciens clients favoris. Zèbres d'hier et d'aujourd'hui complètent un décor truffé de visages plus creusés par les années et moins connus des curieux. Leur siège au conseil d'administration de la Fédération offre un pouvoir confortable, qui se savoure à l'ombre des flashes.

La lumière est réservée au héros de la soirée. Mehdi Bayat reçoit à domicile pour fêter le terme de sa quatrième décennie d'existence, pour un anniversaire qui contraste avec ses habitudes. L'administrateur-délégué - que tout le monde appelle " président ", s'excusant ensuite poliment pour le lapsus - de Charleroi souffle généralement ses bougies quelques centaines de kilomètres plus au sud, en compagnie de son noyau zébré qu'il a l'habitude d'accompagner en stage.

La coutume est née alors que le commercial des années 2000 mêlait teint méditerranéen, chemise ouverte un ou deux boutons trop bas et catogan à mi-chemin entre Francis Lalanne et Karl Lagerfeld. Ni le temps qui augmente inexorablement la différence d'âge, ni celui qui réduit au fur et à mesure que l'agenda et les responsabilités gonflent, n'ont pu bouleverser la tradition.

" Mehdi, c'est un grand enfant du football ", dégaine Roman Ferber, ex-Carolo relancé à l'Union dans l'antichambre de l'élite. " Il aime sentir le foot, être proche de tout le monde. Même avant un match, il adore venir dans le vestiaire pour chauffer ses joueurs. " Quand le coup de sifflet final a retenti, la scène est devenue aussi récurrente que théâtrale. Pendant que la T4 du Mambour entonne des chants de victoire, l'homme fort du Sporting se fait désirer.

Au coeur du cercle formé par ses troupes, il attend que le vestiaire fasse monter les enchères. Fil rouge des premières années du projet carolo, Damien Marcq confirme : " Il est capable de venir et de t'annoncer une triple prime. Il nous l'a fait après des victoires contre Anderlecht ou Bruges. C'est un flambeur, et il aime bien se faire attendre à la fin des matches. Comme les stars. C'est son côté extravagant, mais aussi proche des joueurs. "

Confident du vestiaire lors de ses premiers pas dans le Pays Noir, avec une date de naissance qui l'aurait rendu plus crédible en tant que joueur que comme directeur commercial, Mehdi a tendu l'oreille pour écouter les problèmes de la vie en crampons. Le début d'une ascension qui s'est poursuivie au fil des ans, ajoutant progressivement aux chaussures qui s'enfoncent dans la pelouse celles qui glissent sur les tapis rouges.

Mehdi Bayat, la quarantaine à peine au stade de l'apéritif et un nom de famille qui donne de l'urticaire à une bonne partie du pays, vient de crever le plafond de la Maison de Verre pour s'asseoir sur le trône du football belge.

CONQUÊTE LOCALE EN DAEWOO

Un rendez-vous avec l'intéressé, qui semble avoir été trempé dans la potion médiatique à la naissance, suffit pour recevoir un storytelling à emporter de la success story la plus impressionnante du foot belge. De la naissance dans une famille inscrite dans l'histoire de l'Iran (son ancêtre Morteza Gholi Bayat a été Premier ministre) à l'exil en France lors de la révolution, en passant par les petits boulots à la Côte d'Azur, la passion familiale pour le Cannes de Zinédine Zidane, le voyage initiatique en Iran et l'arrivée en Belgique suite à un appel de son frère aîné.

Le triumvirat Bayat à Charleroi : Mehdi, Abbas et Mogi., BELGAIMAGE
Le triumvirat Bayat à Charleroi : Mehdi, Abbas et Mogi. © BELGAIMAGE

Pierre-Yves Hendrickx, premier interlocuteur de sa vie zébrée, prend le relais : " Mogi, qui était le patron à ce moment-là, m'appelle dans son bureau et me dit : Voilà, je te présente mon frère. Il va venir nous rejoindre pour s'occuper du commercial. Fais son contrat, puis débrouille-toi pour lui trouver une voiture. On avait des petites Daewoo Kalos bleu pétant. Il a commencé à aller dans Charleroi. Tous les matins, il m'appelait, il était perdu. "

Même sans connaître la route, Mehdi trace son chemin. Il l'emmène face à Fabien Debecq, nouvel ami et futur associé qui lui permettra de rester dans l'ombre au moment d'extirper le Sporting des mains de son oncle Abbas, qui craignait qu'une vente à son neveu ne signifie un retour de Mogi aux affaires zébrées. Ironie de l'histoire, l'ancien bodybuilder a rapidement pris la place à l'ombre de son associé et laissé les spotlights à celui qui " aime briller, et le fait mieux que moi. "

AMERICAN LIFE

Mehdi a un plan. Et pour le mettre à exécution, il ne compte ni les heures, ni les conversations. Chaque nouvelle rencontre est une opportunité. De raconter son projet carolo, qu'il exporte jusqu'aux tables de mariage d'hommes politiques où il est désormais convié, mais surtout d'écouter. Pour comprendre, aider, se rendre utile. Et donc, charmer. Forcément.

" Si tu as un souci à Charleroi, tu vas voir Mehdi. Et, en deux minutes, c'est réglé. Ce n'est pas une expression, hein, il te règle vraiment ça en deux minutes. Il est très attaché au relationnel ", détaille un Francis N'Ganga bloqué dans l'étouffante salle d'attente du marché des transferts. Présenté par l'un de ses proches collaborateurs comme un " patron-copain ", capable d'emmener plusieurs de ses joueurs voir un spectacle de Jamel Debbouze et adepte du " management à l'américaine, où on crée un cadre de vie agréable pour le travail ", le cadet des Bayat cultive ses airs de dirigeant atypique.

Des selfies, en bonne compagnie, pour l'éternité., BELGAIMAGE
Des selfies, en bonne compagnie, pour l'éternité. © BELGAIMAGE

Un style qui a surpris Romain Grange, arrivé de France voici deux hivers pour découvrir " un président ( sic) proche de ses joueurs. Le fait qu'il soit encore jeune, qu'il s'habille un peu comme nous, ça dégage aussi cette image-là. "

JAMAIS BIEN LOIN

La proximité, l'administrateur-délégué du Sporting la cultive au sens géographique. " J'ai l'impression de le voir tous les jours au club ", déballe-t-on depuis le noyau carolo. " À table, dans le bureau du staff, dans le vestiaire des joueurs, on dirait qu'il faut qu'il soit présent. " Roman Ferber confirme : " Il n'arrête jamais. Parfois, je me demandais s'il prenait des congés. "

Chaussé de mocassins qui semblent montés sur ressorts, Mehdi conjugue le travail à l'omniprésence. Il ne doit pas seulement bosser plus que les autres, il faut aussi que les autres voient qu'il est en train de le faire. Dans les tribunes du Mambour ou dans les couloirs de la Maison de Verre, il consacre quelques minutes de chaque passage à échanger poignées de mains et quelques mots. Il est là, ça se sait. Et il travaille. Beaucoup.

" 24 heures, ce n'est pas assez pour lui ", raconte l'un de ses employés. Allergique aux paresseux, le Franco-Iranien place l'hyperactivité comme principal atout de son ascension, tout en se définissant à la troisième personne : " Aujourd'hui, on est au temps du travail et de la compétence. Pourquoi Mehdi Bayat est partout ? Parce qu'il passe plus de temps que les autres sur le terrain. "

La stratégie rappelle forcément celle du frère aîné, toujours prêt à dégainer son smartphone pour poser avec le dernier transfert auquel il a collaboré, même de loin. Les frangins ont inévitablement des points communs : " Comme pour Mogi dans ses transferts, Mehdi est un vrai conciliateur ", explique un Pierre-Yves Hendrickx qui tient aussi à préciser que " la grande différence entre Mogi et Mehdi ", c'est que " l'un est super filou, et l'autre est super commercial. "

À force d'omniprésence, le petit frère est devenu l'incarnation du Sporting Charleroi. Les chants de Sclessin, reprenant " à la belge " le cri des tribunes marseillaises dirigé vers Jean-Michel Aulas (" Mehdi Bayat, grosse pétasse, on va tout casser chez toi "), lui donneraient presque le sourire : " Je ne peux qu'être fier, ça veut dire que j'existe et que Charleroi existe. "

LE ROI DE LA COM'

Pour ses prestations sur le terrain médiatique, Mehdi mérite un Ballon d'or. " Il pourrait vendre n'importe quoi à n'importe qui ", se marre Damien Marcq. Felice Mazzù précise : " Il a réalisé que les médias pouvaient parfois servir à faire passer des messages, et il est capable de le faire intelligemment. "

Quand son ancien coach évoque ses envies d'ailleurs, l'homme fort du Pays Noir sort le lance-missiles dans Le Grand Débrief, sur Proximus TV. L'ironie est explosive : " On peut toujours spéculer sur le fait que Zidane ne réussira pas au Real et que le club madrilène pourrait penser à Mazzù. Comme la Juventus, à laquelle on sait que Felice n'est pas insensible. En plus, ce sont aussi des Zèbres... "

" Il peut utiliser des termes très durs quand ça ne va pas comme il le souhaite ", embraye-t-on au sein du club. Michel Louwagie est ainsi victime d'un coup de téléphone virulent quand Mehdi Bayat apprend que les Buffalos ont diligenté Roger Henrotay pour prendre la température du côté de Mazzù en vue d'un licenciement d' Yves Vanderhaeghe.

Quant au coach carolo, il est privé pendant plusieurs jours de dialogue avec son patron, pourtant amateur d'échanges quotidiens. " Par sa présence régulière au club, il instaure énormément d'habitudes ", analyse un routinier du vestiaire. " Donc, s'il change ces habitudes, les gens vont vite constater que quelque chose lui déplaît. Il n'a même pas besoin de parler pour faire comprendre que ça ne va pas. "

Jamais un mot ne semble sortir de ce script que le boss des Zèbres paraît suivre à la virgule près. Et le discours touche systématiquement la cible. Philippe Emond, qui a dealé avec le cadet des Bayat pour un retour en noir et blanc de Dorian Dessoleil, confirme : " On sort de chez lui sans avoir vraiment eu ce qu'on voulait, mais content quand même, parce qu'il vous l'a bien emballé. "

Sur le banc des accusés, pour crime de la communication trop bien maîtrisée, l'intéressé plaide coupable : " Je suis un habile communicateur, probablement. Mais ce n'est pas que de la com'. Moi je ne vends pas du vent, j'essaie simplement d'être crédible par rapport à des paroles et des actes. " Les témoins confirment, même si Francis N'Ganga tient à rappeler l'une des rares promesses non tenues : " Les vacances à Ibiza après notre qualif' en play-offs 1, on les attend toujours. " Si Damien Marcq parle d'un " voyage inachevé " et d'une " grosse déception ", N'Ganga atténue dans la foulée : " Il nous avait quand même invités à Marrakech l'année d'avant. "

DE LOUWAGIE À MARTINEZ

À coups de rencontres et de dialogues, l'ascension se poursuit pendant que le carnet d'adresses se remplit de noms de grands manitous du football, mais aussi de chefs d'entreprise influents ou de politiciens en vue. En vendant Hervé Kage à Gand, Mehdi se lie d'amitié avec Michel Louwagie, dont il cite souvent le club en exemple. Plus tard, c'est Herman Van Holsbeeck qui devient un intime des Bayat.

L'ancien manager du Sporting bruxellois surligne même le nom du Franco-Iranien à l'heure d'évoquer son successeur potentiel. Les bonnes relations entre Mehdi et Herman sont un précieux atout au moment de négocier avec Roberto Martinez, rencontré par Van Holsbeeck quelques semaines plutôt mais trop gourmand financièrement pour une pige au Parc Astrid.

De plus en plus en vue au sein des instances nationales pour sa capacité à " construire des ponts plutôt que creuser des puits ", comme le précise Joseph Allijns, lyrique président de Courtrai, Mehdi Bayat franchit une marche colossale en intégrant la Commission technique en charge des Diables rouges, en marge de l'EURO 2016.

En compagnie de Bart Verhaeghe et de Chris Van Puyvelde, il est chargé de désigner le successeur de Marc Wilmots. Dans le château bruxellois du président de Bruges, il rencontre Dick Advocaat, Louis van Gaal, Rudi Garcia ou Ralf Rangnick, mais le trio jette son dévolu sur Martinez, au terme de négociations facilitées suite aux informations glissées par Van Holsbeeck.

Des selfies, en bonne compagnie, pour l'éternité., BELGAIMAGE
Des selfies, en bonne compagnie, pour l'éternité. © BELGAIMAGE

L'homme aux casquettes de plus en plus nombreuses laisse une sérieuse empreinte carbone lors de l'été 2018, voyageant sans cesse entre la Russie, Bruxelles et Charleroi. Mehdi s'affiche devant les objectifs au Mondial, avec une joie presque enfantine, et suscite même les railleries d'un de ses propres supporters, amené à dresser un parallèle : " Il fallait le voir quand on a redécouvert l'Europe, à Jérusalem. Il était comme un gosse, on aurait dit qu'il était à Walibi. "

À Charleroi, justement, sa présence épisodique perturbe le stage de préparation. D'un coup, les problèmes ne sont plus résolus dans la seconde, mais doivent attendre la prochaine visite de Mehdi. Elles sont régulières, mais pas permanentes. Le mercato traîne, et les dents grincent. Bayat, lui, retourne dans l'avion et s'en va régler le problème de l'hébergement des familles des Diables, tout en préparant un transfert au téléphone. Tout le monde s'arrache " le démineur ", surnom qui lui a été donné au sein des instances du football belge.

PACTE AVEC LES DIABLES

Son coup de maître, Mehdi Bayat le réussit sur le dossier des primes des Diables rouges pour le Mondial russe. " Je pense que c'est la première fois dans l'histoire du football qu'un contrat de la sorte est signé et que les joueurs sont d'accord de baisser leurs primes. C'était formidable ", s'enthousiasme Van Puyvelde. Vincent Kompany, Thibaut Courtois, Eden Hazard et Jan Vertonghen concèdent une partie du pactole promis, et font gagner " beaucoup d'argent à la Fédération ", confirme Mieke De Clercq, seule membre féminine du Conseil d'Administration de l'Union belge.

Gelé par un Verhaeghe trop fonceur, le dialogue est habilement renoué par la diplomatie du Carolo d'adoption, qui signe un accord qui n'enlève pas le sourire aux Diables et renforce son impact au sein de l'Union belge. Malgré le règne officiel de Gérard Linard, c'est lui qui sort gagnant de ces deux années de présidence. D'autant plus qu'il maintient sa ligne de conduite fédératrice à la Pro League, à en croire Pierre François : " Il a déjà exprimé des votes contre son club de Charleroi, et ce plus d'une fois. Par exemple, il était demandeur vis-à-vis des pénalités en cas d'interruption de match, alors qu'il savait bien que... "

Un style, même vestimentaire, qui détonne., BELGAIMAGE
Un style, même vestimentaire, qui détonne. © BELGAIMAGE

Pour le plus grand déplaisir de ses supporters les plus chauds, mais avec l'admiration des pontes du football national, alors que la prochaine élection fédérale approche à grands pas. " Si c'est être en campagne électorale que de bien faire son travail dans le sens de l'intérêt collectif, alors je veux bien qu'il le soit ", balaie Pierre François, devenu proche du patron zébré au cours des quatre dernières années de travail commun, au point d'échanger passionnément autour de petits fours dans le salon VIP du stade roi Baudouin lors du récent Belgique-Kazakhstan.

MISTER PRÉSIDENT

Réélu avec 43 voix sur 45 possibles au Conseil d'administration de l'UB au début du mois de juin, Mehdi avance masqué jusqu'au jour du scrutin fédéral, où il proclame sa candidature dans la presse. " Je ne voulais en aucun cas jouer un jeu politique. Une élection est souvent un peu polluée par quelques tumultes, et il fallait donc à mes yeux que tout soit clarifié à l'avance... ", explique-t-il après son sacre.

Pourtant, en coulisses, le plan semblait déjà rodé. " Tous les outsiders le savaient depuis un an. Mehdi suivait d'ailleurs des cours de néerlandais dans l'optique de devenir président ", reconnaît Joseph Allijns, devenu proche de Mehdi et de son père lors du Mondial en Russie. Mieke De Clercq confirme : " À partir du moment où il a été question qu'on propose un candidat de la Pro League pour la présidence, je suis allée vers Mehdi et je lui ai demandé s'il se sentait capable de le faire. Au vu de ses états de service à l'Union belge, de son expérience et de sa connaissance du foot, il était pour moi le premier candidat. Il m'a répondu qu'il devait encore se préparer, mais je sentais qu'il allait le faire. S'il n'avait pas été candidat, je me serais probablement présentée. "

Un digne ambassadeur du football belge., BELGAIMAGE
Un digne ambassadeur du football belge. © BELGAIMAGE

Sûr de son soutien au sein de la Pro League et des huit voix qui en découleraient, Mehdi Bayat devait encore convaincre quatre des quatorze derniers votants (sept amateurs francophones et sept amateurs néerlandophones) d'opter pour sa candidature. Le matin-même du vote, les francophones ont renouvelé l'alliance avec les " Pros ", déjà de mise deux ans plus tôt pour élire un Gérard Linard qui aurait été l'un des plus grands alliés du nouveau président.

Si Pierre François souligne que " même les amateurs se rendent compte de ses capacités de médiation ", Mehdi Bayat a surtout profité de l'agacement des francophones suite à la surreprésentation néerlandophone dans les hautes instances du foot belge. " Ce n'est absolument pas une question communautaire, c'est juste qu'on prône un plus grand partage. Le choix de Bayat, ça nous permet d'avoir une représentation francophone ", explique Gaspar Navez, président du CP Namur qui a finalement voté pour Mehdi suite à cette réunion matinale des amateurs francophones le jour du scrutin. " En plus, Bayat, il passe bien. Il va donner de la vigueur à la fédération, il faut arrêter de prendre des gens presque centenaires ", poursuit-il dans un éclat de rire.

La Fédé s'est offert un lifting impressionnant, avec un président tout juste quadra débarqué en Belgique une petite vingtaine d'années plus tôt. Si certains, comme Michel Louwagie, s'érigent contre le cumul, " même si Mehdi est un ami et qu'il a plein de qualités ", Mieke De Clercq fait confiance au patron du Pays Noir pour garder la ligne de conduite qui l'a mené jusqu'au sommet de la Maison de Verre. Le nouveau président, lui, continue d'approfondir la trace qu'il laissera dans le football national.

" Je pense qu'il veut écrire l'Histoire ", analyse Damien Marcq. " C'est pour ça que son ambition ultime, c'est de gagner un trophée avec Charleroi ", club toujours vierge de palmarès depuis sa fondation, au début du XXe siècle. " J'ai envie que mon empreinte soit belle ", avait confié l'intéressé au Soir voici deux étés, plaçant le souvenir au-dessus de l'argent dans une formule aussi saillante et originale qu'une vanne de Gad Elmaleh : " Quand on meurt, on n'emporte pas nos billets. "

Déambulant d'un stand à l'autre, en quête d'un dernier amuse-gueule pour se réchauffer le gosier entre deux gorgées alcoolisées, l'invité est forcément prestigieux. Au coeur de l'immense baie vitrée qui offre une vue de choix sur la pelouse la plus célèbre du Pays Noir, la guest-list ressemble à une bouillabaisse concoctée avec les plus gros poissons du football noir-jaune-rouge. Un ancien coach champion de Belgique croise le plus gros salaire des prés nationaux, non loin de l'agent le plus influent du marché qui effleure du regard l'un de ses anciens clients favoris. Zèbres d'hier et d'aujourd'hui complètent un décor truffé de visages plus creusés par les années et moins connus des curieux. Leur siège au conseil d'administration de la Fédération offre un pouvoir confortable, qui se savoure à l'ombre des flashes. La lumière est réservée au héros de la soirée. Mehdi Bayat reçoit à domicile pour fêter le terme de sa quatrième décennie d'existence, pour un anniversaire qui contraste avec ses habitudes. L'administrateur-délégué - que tout le monde appelle " président ", s'excusant ensuite poliment pour le lapsus - de Charleroi souffle généralement ses bougies quelques centaines de kilomètres plus au sud, en compagnie de son noyau zébré qu'il a l'habitude d'accompagner en stage. La coutume est née alors que le commercial des années 2000 mêlait teint méditerranéen, chemise ouverte un ou deux boutons trop bas et catogan à mi-chemin entre Francis Lalanne et Karl Lagerfeld. Ni le temps qui augmente inexorablement la différence d'âge, ni celui qui réduit au fur et à mesure que l'agenda et les responsabilités gonflent, n'ont pu bouleverser la tradition. " Mehdi, c'est un grand enfant du football ", dégaine Roman Ferber, ex-Carolo relancé à l'Union dans l'antichambre de l'élite. " Il aime sentir le foot, être proche de tout le monde. Même avant un match, il adore venir dans le vestiaire pour chauffer ses joueurs. " Quand le coup de sifflet final a retenti, la scène est devenue aussi récurrente que théâtrale. Pendant que la T4 du Mambour entonne des chants de victoire, l'homme fort du Sporting se fait désirer. Au coeur du cercle formé par ses troupes, il attend que le vestiaire fasse monter les enchères. Fil rouge des premières années du projet carolo, Damien Marcq confirme : " Il est capable de venir et de t'annoncer une triple prime. Il nous l'a fait après des victoires contre Anderlecht ou Bruges. C'est un flambeur, et il aime bien se faire attendre à la fin des matches. Comme les stars. C'est son côté extravagant, mais aussi proche des joueurs. " Confident du vestiaire lors de ses premiers pas dans le Pays Noir, avec une date de naissance qui l'aurait rendu plus crédible en tant que joueur que comme directeur commercial, Mehdi a tendu l'oreille pour écouter les problèmes de la vie en crampons. Le début d'une ascension qui s'est poursuivie au fil des ans, ajoutant progressivement aux chaussures qui s'enfoncent dans la pelouse celles qui glissent sur les tapis rouges. Mehdi Bayat, la quarantaine à peine au stade de l'apéritif et un nom de famille qui donne de l'urticaire à une bonne partie du pays, vient de crever le plafond de la Maison de Verre pour s'asseoir sur le trône du football belge. Un rendez-vous avec l'intéressé, qui semble avoir été trempé dans la potion médiatique à la naissance, suffit pour recevoir un storytelling à emporter de la success story la plus impressionnante du foot belge. De la naissance dans une famille inscrite dans l'histoire de l'Iran (son ancêtre Morteza Gholi Bayat a été Premier ministre) à l'exil en France lors de la révolution, en passant par les petits boulots à la Côte d'Azur, la passion familiale pour le Cannes de Zinédine Zidane, le voyage initiatique en Iran et l'arrivée en Belgique suite à un appel de son frère aîné. Pierre-Yves Hendrickx, premier interlocuteur de sa vie zébrée, prend le relais : " Mogi, qui était le patron à ce moment-là, m'appelle dans son bureau et me dit : Voilà, je te présente mon frère. Il va venir nous rejoindre pour s'occuper du commercial. Fais son contrat, puis débrouille-toi pour lui trouver une voiture. On avait des petites Daewoo Kalos bleu pétant. Il a commencé à aller dans Charleroi. Tous les matins, il m'appelait, il était perdu. " Même sans connaître la route, Mehdi trace son chemin. Il l'emmène face à Fabien Debecq, nouvel ami et futur associé qui lui permettra de rester dans l'ombre au moment d'extirper le Sporting des mains de son oncle Abbas, qui craignait qu'une vente à son neveu ne signifie un retour de Mogi aux affaires zébrées. Ironie de l'histoire, l'ancien bodybuilder a rapidement pris la place à l'ombre de son associé et laissé les spotlights à celui qui " aime briller, et le fait mieux que moi. " Mehdi a un plan. Et pour le mettre à exécution, il ne compte ni les heures, ni les conversations. Chaque nouvelle rencontre est une opportunité. De raconter son projet carolo, qu'il exporte jusqu'aux tables de mariage d'hommes politiques où il est désormais convié, mais surtout d'écouter. Pour comprendre, aider, se rendre utile. Et donc, charmer. Forcément. " Si tu as un souci à Charleroi, tu vas voir Mehdi. Et, en deux minutes, c'est réglé. Ce n'est pas une expression, hein, il te règle vraiment ça en deux minutes. Il est très attaché au relationnel ", détaille un Francis N'Ganga bloqué dans l'étouffante salle d'attente du marché des transferts. Présenté par l'un de ses proches collaborateurs comme un " patron-copain ", capable d'emmener plusieurs de ses joueurs voir un spectacle de Jamel Debbouze et adepte du " management à l'américaine, où on crée un cadre de vie agréable pour le travail ", le cadet des Bayat cultive ses airs de dirigeant atypique. Un style qui a surpris Romain Grange, arrivé de France voici deux hivers pour découvrir " un président ( sic) proche de ses joueurs. Le fait qu'il soit encore jeune, qu'il s'habille un peu comme nous, ça dégage aussi cette image-là. " La proximité, l'administrateur-délégué du Sporting la cultive au sens géographique. " J'ai l'impression de le voir tous les jours au club ", déballe-t-on depuis le noyau carolo. " À table, dans le bureau du staff, dans le vestiaire des joueurs, on dirait qu'il faut qu'il soit présent. " Roman Ferber confirme : " Il n'arrête jamais. Parfois, je me demandais s'il prenait des congés. " Chaussé de mocassins qui semblent montés sur ressorts, Mehdi conjugue le travail à l'omniprésence. Il ne doit pas seulement bosser plus que les autres, il faut aussi que les autres voient qu'il est en train de le faire. Dans les tribunes du Mambour ou dans les couloirs de la Maison de Verre, il consacre quelques minutes de chaque passage à échanger poignées de mains et quelques mots. Il est là, ça se sait. Et il travaille. Beaucoup. " 24 heures, ce n'est pas assez pour lui ", raconte l'un de ses employés. Allergique aux paresseux, le Franco-Iranien place l'hyperactivité comme principal atout de son ascension, tout en se définissant à la troisième personne : " Aujourd'hui, on est au temps du travail et de la compétence. Pourquoi Mehdi Bayat est partout ? Parce qu'il passe plus de temps que les autres sur le terrain. " La stratégie rappelle forcément celle du frère aîné, toujours prêt à dégainer son smartphone pour poser avec le dernier transfert auquel il a collaboré, même de loin. Les frangins ont inévitablement des points communs : " Comme pour Mogi dans ses transferts, Mehdi est un vrai conciliateur ", explique un Pierre-Yves Hendrickx qui tient aussi à préciser que " la grande différence entre Mogi et Mehdi ", c'est que " l'un est super filou, et l'autre est super commercial. " À force d'omniprésence, le petit frère est devenu l'incarnation du Sporting Charleroi. Les chants de Sclessin, reprenant " à la belge " le cri des tribunes marseillaises dirigé vers Jean-Michel Aulas (" Mehdi Bayat, grosse pétasse, on va tout casser chez toi "), lui donneraient presque le sourire : " Je ne peux qu'être fier, ça veut dire que j'existe et que Charleroi existe. " Pour ses prestations sur le terrain médiatique, Mehdi mérite un Ballon d'or. " Il pourrait vendre n'importe quoi à n'importe qui ", se marre Damien Marcq. Felice Mazzù précise : " Il a réalisé que les médias pouvaient parfois servir à faire passer des messages, et il est capable de le faire intelligemment. " Quand son ancien coach évoque ses envies d'ailleurs, l'homme fort du Pays Noir sort le lance-missiles dans Le Grand Débrief, sur Proximus TV. L'ironie est explosive : " On peut toujours spéculer sur le fait que Zidane ne réussira pas au Real et que le club madrilène pourrait penser à Mazzù. Comme la Juventus, à laquelle on sait que Felice n'est pas insensible. En plus, ce sont aussi des Zèbres... " " Il peut utiliser des termes très durs quand ça ne va pas comme il le souhaite ", embraye-t-on au sein du club. Michel Louwagie est ainsi victime d'un coup de téléphone virulent quand Mehdi Bayat apprend que les Buffalos ont diligenté Roger Henrotay pour prendre la température du côté de Mazzù en vue d'un licenciement d' Yves Vanderhaeghe. Quant au coach carolo, il est privé pendant plusieurs jours de dialogue avec son patron, pourtant amateur d'échanges quotidiens. " Par sa présence régulière au club, il instaure énormément d'habitudes ", analyse un routinier du vestiaire. " Donc, s'il change ces habitudes, les gens vont vite constater que quelque chose lui déplaît. Il n'a même pas besoin de parler pour faire comprendre que ça ne va pas. "Jamais un mot ne semble sortir de ce script que le boss des Zèbres paraît suivre à la virgule près. Et le discours touche systématiquement la cible. Philippe Emond, qui a dealé avec le cadet des Bayat pour un retour en noir et blanc de Dorian Dessoleil, confirme : " On sort de chez lui sans avoir vraiment eu ce qu'on voulait, mais content quand même, parce qu'il vous l'a bien emballé. " Sur le banc des accusés, pour crime de la communication trop bien maîtrisée, l'intéressé plaide coupable : " Je suis un habile communicateur, probablement. Mais ce n'est pas que de la com'. Moi je ne vends pas du vent, j'essaie simplement d'être crédible par rapport à des paroles et des actes. " Les témoins confirment, même si Francis N'Ganga tient à rappeler l'une des rares promesses non tenues : " Les vacances à Ibiza après notre qualif' en play-offs 1, on les attend toujours. " Si Damien Marcq parle d'un " voyage inachevé " et d'une " grosse déception ", N'Ganga atténue dans la foulée : " Il nous avait quand même invités à Marrakech l'année d'avant. " À coups de rencontres et de dialogues, l'ascension se poursuit pendant que le carnet d'adresses se remplit de noms de grands manitous du football, mais aussi de chefs d'entreprise influents ou de politiciens en vue. En vendant Hervé Kage à Gand, Mehdi se lie d'amitié avec Michel Louwagie, dont il cite souvent le club en exemple. Plus tard, c'est Herman Van Holsbeeck qui devient un intime des Bayat. L'ancien manager du Sporting bruxellois surligne même le nom du Franco-Iranien à l'heure d'évoquer son successeur potentiel. Les bonnes relations entre Mehdi et Herman sont un précieux atout au moment de négocier avec Roberto Martinez, rencontré par Van Holsbeeck quelques semaines plutôt mais trop gourmand financièrement pour une pige au Parc Astrid. De plus en plus en vue au sein des instances nationales pour sa capacité à " construire des ponts plutôt que creuser des puits ", comme le précise Joseph Allijns, lyrique président de Courtrai, Mehdi Bayat franchit une marche colossale en intégrant la Commission technique en charge des Diables rouges, en marge de l'EURO 2016. En compagnie de Bart Verhaeghe et de Chris Van Puyvelde, il est chargé de désigner le successeur de Marc Wilmots. Dans le château bruxellois du président de Bruges, il rencontre Dick Advocaat, Louis van Gaal, Rudi Garcia ou Ralf Rangnick, mais le trio jette son dévolu sur Martinez, au terme de négociations facilitées suite aux informations glissées par Van Holsbeeck. L'homme aux casquettes de plus en plus nombreuses laisse une sérieuse empreinte carbone lors de l'été 2018, voyageant sans cesse entre la Russie, Bruxelles et Charleroi. Mehdi s'affiche devant les objectifs au Mondial, avec une joie presque enfantine, et suscite même les railleries d'un de ses propres supporters, amené à dresser un parallèle : " Il fallait le voir quand on a redécouvert l'Europe, à Jérusalem. Il était comme un gosse, on aurait dit qu'il était à Walibi. " À Charleroi, justement, sa présence épisodique perturbe le stage de préparation. D'un coup, les problèmes ne sont plus résolus dans la seconde, mais doivent attendre la prochaine visite de Mehdi. Elles sont régulières, mais pas permanentes. Le mercato traîne, et les dents grincent. Bayat, lui, retourne dans l'avion et s'en va régler le problème de l'hébergement des familles des Diables, tout en préparant un transfert au téléphone. Tout le monde s'arrache " le démineur ", surnom qui lui a été donné au sein des instances du football belge. Son coup de maître, Mehdi Bayat le réussit sur le dossier des primes des Diables rouges pour le Mondial russe. " Je pense que c'est la première fois dans l'histoire du football qu'un contrat de la sorte est signé et que les joueurs sont d'accord de baisser leurs primes. C'était formidable ", s'enthousiasme Van Puyvelde. Vincent Kompany, Thibaut Courtois, Eden Hazard et Jan Vertonghen concèdent une partie du pactole promis, et font gagner " beaucoup d'argent à la Fédération ", confirme Mieke De Clercq, seule membre féminine du Conseil d'Administration de l'Union belge. Gelé par un Verhaeghe trop fonceur, le dialogue est habilement renoué par la diplomatie du Carolo d'adoption, qui signe un accord qui n'enlève pas le sourire aux Diables et renforce son impact au sein de l'Union belge. Malgré le règne officiel de Gérard Linard, c'est lui qui sort gagnant de ces deux années de présidence. D'autant plus qu'il maintient sa ligne de conduite fédératrice à la Pro League, à en croire Pierre François : " Il a déjà exprimé des votes contre son club de Charleroi, et ce plus d'une fois. Par exemple, il était demandeur vis-à-vis des pénalités en cas d'interruption de match, alors qu'il savait bien que... " Pour le plus grand déplaisir de ses supporters les plus chauds, mais avec l'admiration des pontes du football national, alors que la prochaine élection fédérale approche à grands pas. " Si c'est être en campagne électorale que de bien faire son travail dans le sens de l'intérêt collectif, alors je veux bien qu'il le soit ", balaie Pierre François, devenu proche du patron zébré au cours des quatre dernières années de travail commun, au point d'échanger passionnément autour de petits fours dans le salon VIP du stade roi Baudouin lors du récent Belgique-Kazakhstan. Réélu avec 43 voix sur 45 possibles au Conseil d'administration de l'UB au début du mois de juin, Mehdi avance masqué jusqu'au jour du scrutin fédéral, où il proclame sa candidature dans la presse. " Je ne voulais en aucun cas jouer un jeu politique. Une élection est souvent un peu polluée par quelques tumultes, et il fallait donc à mes yeux que tout soit clarifié à l'avance... ", explique-t-il après son sacre. Pourtant, en coulisses, le plan semblait déjà rodé. " Tous les outsiders le savaient depuis un an. Mehdi suivait d'ailleurs des cours de néerlandais dans l'optique de devenir président ", reconnaît Joseph Allijns, devenu proche de Mehdi et de son père lors du Mondial en Russie. Mieke De Clercq confirme : " À partir du moment où il a été question qu'on propose un candidat de la Pro League pour la présidence, je suis allée vers Mehdi et je lui ai demandé s'il se sentait capable de le faire. Au vu de ses états de service à l'Union belge, de son expérience et de sa connaissance du foot, il était pour moi le premier candidat. Il m'a répondu qu'il devait encore se préparer, mais je sentais qu'il allait le faire. S'il n'avait pas été candidat, je me serais probablement présentée. " Sûr de son soutien au sein de la Pro League et des huit voix qui en découleraient, Mehdi Bayat devait encore convaincre quatre des quatorze derniers votants (sept amateurs francophones et sept amateurs néerlandophones) d'opter pour sa candidature. Le matin-même du vote, les francophones ont renouvelé l'alliance avec les " Pros ", déjà de mise deux ans plus tôt pour élire un Gérard Linard qui aurait été l'un des plus grands alliés du nouveau président. Si Pierre François souligne que " même les amateurs se rendent compte de ses capacités de médiation ", Mehdi Bayat a surtout profité de l'agacement des francophones suite à la surreprésentation néerlandophone dans les hautes instances du foot belge. " Ce n'est absolument pas une question communautaire, c'est juste qu'on prône un plus grand partage. Le choix de Bayat, ça nous permet d'avoir une représentation francophone ", explique Gaspar Navez, président du CP Namur qui a finalement voté pour Mehdi suite à cette réunion matinale des amateurs francophones le jour du scrutin. " En plus, Bayat, il passe bien. Il va donner de la vigueur à la fédération, il faut arrêter de prendre des gens presque centenaires ", poursuit-il dans un éclat de rire. La Fédé s'est offert un lifting impressionnant, avec un président tout juste quadra débarqué en Belgique une petite vingtaine d'années plus tôt. Si certains, comme Michel Louwagie, s'érigent contre le cumul, " même si Mehdi est un ami et qu'il a plein de qualités ", Mieke De Clercq fait confiance au patron du Pays Noir pour garder la ligne de conduite qui l'a mené jusqu'au sommet de la Maison de Verre. Le nouveau président, lui, continue d'approfondir la trace qu'il laissera dans le football national. " Je pense qu'il veut écrire l'Histoire ", analyse Damien Marcq. " C'est pour ça que son ambition ultime, c'est de gagner un trophée avec Charleroi ", club toujours vierge de palmarès depuis sa fondation, au début du XXe siècle. " J'ai envie que mon empreinte soit belle ", avait confié l'intéressé au Soir voici deux étés, plaçant le souvenir au-dessus de l'argent dans une formule aussi saillante et originale qu'une vanne de Gad Elmaleh : " Quand on meurt, on n'emporte pas nos billets. "