Dennis Kimetto, le nouveau recordman mondial du marathon, est revenu les mains vides du World Athletics Gala de Monaco. L'IAAF a accordé la préférence au record du monde en salle du saut à la perche de Renaud Lavillenie qui, en sautant à 6m16, a fait un centimètre de mieux que le légendaire Sergueï Bubka.Le Français a donc été élu Athlète de l'Année. " Mon heure viendra ", a réagi le Kenyan de trente ans, sourire aux lèvres. " Je peux encore courir cinq ans et peut-être même dix. " Le marathonien a pulvérisé le record de son compatriote William Kipsang (2.03.23) en descendant sous le cap des deux heures et troi...

Dennis Kimetto, le nouveau recordman mondial du marathon, est revenu les mains vides du World Athletics Gala de Monaco. L'IAAF a accordé la préférence au record du monde en salle du saut à la perche de Renaud Lavillenie qui, en sautant à 6m16, a fait un centimètre de mieux que le légendaire Sergueï Bubka.Le Français a donc été élu Athlète de l'Année. " Mon heure viendra ", a réagi le Kenyan de trente ans, sourire aux lèvres. " Je peux encore courir cinq ans et peut-être même dix. " Le marathonien a pulvérisé le record de son compatriote William Kipsang (2.03.23) en descendant sous le cap des deux heures et trois minutes (2.02.57) au marathon de Berlin, fin septembre. Durant le gala, timide mais résolu, il a cherché ses mots, en anglais, pour expliquer son parcours. " Je sais ce que représente la pauvreté et c'est sans doute ce qui fait ma force. A la maison, nous n'avions pas de télévision ni même de radio. J'ai suivi la finale du 10.000 mètres des Jeux de Sydney sur un petit écran, à la maison communautaire de notre village. Le duel entre Paul Tergat et Haile Gebrselassie, qui s'est imposé avec neuf centièmes d'avance seulement, m'a inspiré. Je me suis dit que je pourrais peut-être atteindre ce niveau, un jour. " Kimetto a grandi dans une famille de modestes agriculteurs. Les quatre garçons et trois filles devaient aider leurs parents, tous les jours. Ce n'est qu'en 2008, à 24 ans, que Kimetto a voulu changer de vie. " Il y a six ans, quand j'ai expliqué à mon père que je voulais m'adonner à l'athlétisme, il m'a répondu, à ma grande surprise : - Vas-y, rends-nous fiers de toi. Le sport peut sans doute t'aider à avoir une vie meilleure. A dater de ce jour, je n'ai plus dû récolter du maïs ni faire paître les vaches. " Le groupe d'élite de Kipsang et de Geoffrey Mutai, vainqueur des marathons de Boston, New York et Berlin, le remarque à Iten. " On m'a invité à m'entraîner avec eux. Ce fut très confrontant : ils étaient nettement plus rapides que moi mais j'ai progressé petit à petit, à leur contact. " Mutai devient son mentor. Il est impressionné par les débuts de son poulain 2011 : celui-ci gagne onze courses au Kenya. L'année suivante, il émerge sur la scène internationale, au semi-marathon de Ras al-Khaimah, aux Emirats arabes unis. " En regardant autour de moi, sur la ligne de départ, j'ai été envahi par la peur. Tous ces noms... " Il les bat. Six semaines plus tard, il parcourt la distance en moins d'une heure. Ses débuts en marathon, à Berlin en décembre 2012, sont tout aussi impressionnants : il est deuxième derrière Mutai, en 2.04.16. Son manager néerlandais, Gerard van de Veen, en est alors convaincu : " Il va devenir le numéro un mondial. " En 2013, Kimetto s'adjuge les marathons de Tokyo et de Chicago - en 2.03.45, un nouveau record de parcours. La prime de 141.000 euros offre une nouvelle vie à sa famille. Van de Veen : " Dennis m'a emmené à la vieille ferme familiale puis à sa nouvelle maison. Il était très fier de pouvoir aider sa famille. " PAR CHRIS TETAERT" Je sais ce qu'est la pauvreté et c'est ce qui fait ma force. "