Un come-back ? Quand on lui en avait parlé, en février 2015, elle avait rigolé. Kim Clijsters était rangée. Heureuse. Le ciel était gris au-dessus du Kim Clijsters Sports & Health Club mais son projet était une réussite. Quand elle l'avait repris avec Bob Verbeeck (CEO de Golazo) et Onno Holtrust (propriétaire d'AA Drink), quatre ans plus tôt, le club de Bree se mourait.
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Un come-back ? Quand on lui en avait parlé, en février 2015, elle avait rigolé. Kim Clijsters était rangée. Heureuse. Le ciel était gris au-dessus du Kim Clijsters Sports & Health Club mais son projet était une réussite. Quand elle l'avait repris avec Bob Verbeeck (CEO de Golazo) et Onno Holtrust (propriétaire d'AA Drink), quatre ans plus tôt, le club de Bree se mourait. Elle l'a rénové et l'a doté d'un business plan moderne : un club de tennis ouvert à tous - y compris aux quatre personnes âgées qui voulaient poser sur la photo avec elle ; une école de tennis dirigée par son ancien coach, Carl Maes ; des salles de yoga et de fitness, l' EnergyLab et le cabinet de Sam Verslegers, son ostéopathe et préparateur physique. Verbeeck, Maes et Verslegers, des compagnons de route de longue date, plus la boss. Un mot qu'elle détestait. Une femme d'affaires à chemise à carreau et en jeans mais aussi à l'aise en training. Car son milieu naturel, c'était le terrain de tennis. Elle aimait toujours taper la balle avec Yanina Wickmayer ou Elise Mertens et Maes estimait que, si elle s'entraînait pendant quatre mois, elle pouvait retrouver facilement le top 20 mais elle disait avoir refermé ce chapitre. " Tout va bien mais je suis contente de pouvoir rentrer chez moi et de ne pas devoir m'entraîner ou travailler ma condition physique l'après-midi. Si j'étais sûre de retrouver mon meilleur niveau, ça irait encore mais je ne crois pas pouvoir revenir au sommet ", disait-elle à l'époque. Elle était déjà maman de Jada (2008) et Jack (2013) - Blake est né en 2016 - et mariée à Brian Lynch, ex-basketteur et coach professionnel. Alors, non : faire un nouveau tour du monde, ce n'était pas possible. Elle voyageait dans sa tête. Lorsque Wickmayer affrontait Sara Errani à Melbourne, elle était devant sa télé à 2h30 du matin. Elle mettait le réveil pour les matches qu'elle voulait voir à tout prix et adorait le combat physique du tennis masculin. Sans plus. Elle analysait des matches pour Eurosport et Australian TV ou, à la demande de Billie Jean King, elle jouait de temps en temps un match pour le fonds d'aide aux personnes atteintes du SIDA d' Elton John. Parfois, elle montait sur le terrain avec d'autres Legends, des ex-champions qui, lors des tournois du Grand Chelem, assouvissent le besoin de nostalgie du public. Elle aimait s'amuser avec John McEnroe, Martina Navratilova ou son ex-petit ami Lleyton Hewitt. Mais elle se sentait de moins en moins dans la peau d'une légende et elle ne s'en cachait pas. Comme si elle était catapultée au début de l'année 2009, lorsque, près de deux ans après avoir arrêté une première fois, elle avait annoncé son retour. Pendant plus d'un an, elle était passée par toutes les émotions. Une première grossesse, la phase terminale de la maladie de son père, la naissance de Jada, le décès de Lei - son papa et mentor... Début 2009, quelques semaines après les funérailles, la direction de Wimbledon lui avait fait une demande étrange : était-elle prête à affronter Andre Agassi et Steffi Graf avec Tim Henman sur le nouveau central couvert ? Rencontrer Steffi, sa grande idole, à Wimbledon. Comme en 1999, lorsqu'elle n'avait que 17 ans et qu'elle avait affronté l'Allemande lors de son premier tournoi du Grand Chelem. Elle s'était inclinée (6-2, 6-2) mais, en 2017, elle avait assuré que c'était " le plus beau moment de sa carrière. Mieux que ses quatre titres en Grand Chelem. " Je voulais juste la regarder. Voir comment elle attachait ses lacets, à quoi sa queue de cheval ressemblait de près, comment elle portait son sac. Ce match a eu un impact énorme sur ma carrière et sur ma motivation. " Dix ans plus tard, à la perspective de rencontrer Fräulein Forehand, rien n'avait changé. Ne voulant pas faire mauvaise figure, elle avait repris l'entraînement. De plus en plus fort. Et le feu sacré était revenu. Lorsqu'elle avait jeté l'éponge pour la première fois, en 2007, elle n'avait que 23 ans. Elle avait remporté un tournoi du Grand Chelem (l'US Open 2005) et disputé quatre finales - avec trois défaites face à Justine Henin - mais son corps ne suivait plus. Elle avait mal à la hanche, à l'épaule, au poignet, à la cheville, au dos... Et elle voulait fonder une famille, être une jeune maman. Elle avait trouvé le bonheur dans ce quasi-anonymat mais le match-exhibition de Wimbledon l'a remise dans le circuit. Elle n'en attendait rien mais ne voulait pas non plus se retrouver à la 100e place mondiale. Ce ne fut pas le cas. À l'US Open, son troisième tournoi, elle battait les soeurs Williams et Caroline Wozniacki. " Je suis avant tout maman et épouse mais je considère le fait de revenir comme un privilège ", disait-elle après sa deuxième victoire en Grand Chelem. Seules Margaret Court (1973) et Evonne Goolagong (1980) avaient réussi l'exploit de gagner après une maternité. Ce premier come-back fut-il un succès ? Sur le plan sportif, oui. Elle a remporté deux autres tournois du Grand Chelem (US Open 2010 et Australian Open 2011) et est redevenue numéro un mondiale mais son corps lui a de nouveau joué des tours. Après l'US Open 2012, elle a jeté l'éponge. C'est pourquoi l'annonce de ce troisième come-back a surpris tout le monde. Ou presque. Car la société de production De Mensen était dans le secret. À la demande de Clijsters et de son nouvel agent, Bob Laes, cela fait six mois qu'elle prépare un documentaire sur son come-back. Elle a aussi préparé la vidéo annonçant le début de sa troisième carrière. Tout était donc bien réfléchi. " Puis-je être à la fois une bonne mère pour mes trois enfants et une bonne joueuse de tennis ? ", se demande-t-elle. Elle veut essayer. Ses chances de réussite ? Le corps de Kim I était instable. Kim II avait beaucoup travaillé, fait de la prévention, de la souplesse et de la posture. Elle était aussi plus forte mentalement. Kim III, encore un peu joufflue, n'a sans doute pas perdu grand-chose de ses qualités techniques. Elle a déjà contré la puissance des Williams tout en finesse mais le temps ne pardonne pas. Chez les hommes, les trentenaires se portent bien mais aucun des membres du Big Three n'a quitté le circuit pendant sept ans. Et à 36 ans, on est moins souple, moins rapide, moins explosive. Kim III disputera moins de tournois que Kim II. Elle se focalisera sur les grands rendez-vous, où les directeurs de tournois lui donneront des wild cards. Avec, dans un coin de sa tête, les Jeux Olympiques de Tokyo. En double, aux côtés de Mertens, actuellement deuxième mondiale de la spécialité. Elise pourra choisir elle-même sa partenaire, à condition que celle-ci figure dans le top 300. Et ça ne fait aucun doute. En 2003, Kim a remporté Roland Garros et Wimbledon en double aux côtés d' Ai Sugiyama. Le double, c'est la discipline idéale pour les corps usés. Comme celui de Martina Navratilova qui, en 2006, à près de 50 ans, avait remporté le double mixte à New York...