Marc Coucke n'a pas raté sa joyeuse entrée au stade Vanden Stock. Il a paru immunisé contre le froid glacial et a joué avec beaucoup de panache son rôle de nouveau Roi Soleil. La rupture de style avec Roger Vanden Stock, dont le nom a été scandé à quelques reprises pendant le match contre Mouscron, était flagrante.
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Marc Coucke n'a pas raté sa joyeuse entrée au stade Vanden Stock. Il a paru immunisé contre le froid glacial et a joué avec beaucoup de panache son rôle de nouveau Roi Soleil. La rupture de style avec Roger Vanden Stock, dont le nom a été scandé à quelques reprises pendant le match contre Mouscron, était flagrante. Coucke s'est levé, enthousiaste, à chaque but, avant de faire la ola avec les spectateurs assis un rang devant lui. Était-ce une façon de déstresser ? Peut-être. Ces dernières semaines, l'homme d'affaires de 53 ans a été sur les nerfs. Il n'a pu contrôler les rumeurs qui circulaient à propos d'Anderlecht et d'Ostende. Il a donc téléphoné lui-même aux journalistes pour expliquer certaines choses et corriger des demi-vérités. Tout cela confirme le fait que Coucke n'est pas un surhomme mais que son caractère comporte de multiples facettes. Il aime à se montrer sous son côté jovial et populaire mais il dirige son empire en killer. Et là, il peut être très froid et très calculateur. Il y a quelques années, il avait brusqué un employé de longue date de la Fédé, pendant les élections présidentielles. Alors que le vote était secret, Coucke s'était exprimé en long et en large sur le choix du collaborateur, en présence des autres votants. Son instinct de tueur va aider Coucke à remettre de l'ordre à Anderlecht. Ou plutôt : c'est ce que la majorité des employés espèrent de lui. Un vent nouveau doit souffler et le football doit être le moteur de l'ensemble. L'insécurité mentale de l'Institut doit faire place à une devise moderne : embrassez le changement. " Anderlecht n'a encore eu que cinq présidents. Le sixième vient d'arriver. Les gens qui travaillent pour le Sporting doivent être contents de vivre pareil fait historique ", a déclaré le manager de la communication, David Steegen. " Nous devons vivre avec notre temps car le monde change. Nous nous réjouissons d'ouvrir un nouveau chapitre, ce qui ne veut pas dire que nous étions las de l'ancien. " Roger Vanden Stock jouit toujours d'un profond respect au sein du club mais à Neerpede, on est conscient que beaucoup de collaborateurs avaient besoin de la sévérité et de l'énergie d'un véritable président. Des qualités que possédait son cousin Philippe Collin. À la fin, le futur Président d'honneur avait même reconnu que sa femme Kiki se mêlait d'affaires qui ne faisaient pas partie de ses tâches. En réunion, il n'intervenait pas quand elle tentait d'obtenir gain de cause. C'est pour ça que depuis deux mois, la direction d'Anderlecht semblait être devenue un navire ingouvernable. " À aucun moment le Sporting n'a été indirigeable ", contre le manager opérationnel Jo Van Biesbroeck. " Il y a une certaine incertitude, logique quand un club est repris, mais le club reste dirigé par les mêmes personnes. La reprise doit être approuvée par le conseil de la concurrence le 26 mars. Nous n'avions pas le choix car les deux entités, Ostende et Anderlecht, étaient trop grandes pour y échapper. Nous devons respecter la bureaucratie. " Début mars, il devrait déjà y avoir plus de clarté quant à la composition du conseil d'administration. En principe, une des filles de Roger Vanden Stock va obtenir un siège afin d'assurer la continuité. Alexandre Van Damme soutiendra la famille Vanden Stock dans la mesure du possible. La carence de pouvoir a été comblée par Van Biesbroek ces derniers mois. En coulisses, il a même été un des acteurs principaux de la reprise. En novembre, on lui a demandé de préparer en toute discrétion la vente du club et de présenter un nouveau propriétaire avant la fin de l'année. D'après des proches du dossier, le pouvoir de Van Biesbroeck était suffisant pour couler sa tentative de reprise. " C'est le Conseil d'administration qui a choisi, pas Jo Van Biesbroeck. Avec ma part de 1 %, je pouvais difficilement avoir de l'impact ", rétorque l'intéressé. " Chacun a eu la chance de défendre son offre, financièrement et sportivement. Un moment donné, un groupe a décidé de modifier son offre -intellectuellement, c'était sans doute une sage décision- mais je lui ai bien signifié que c'était risqué. " Le fait que les dirigeants se soient tournés vers Van Biesbroeck n'est pas surprenant : c'est aussi lui qui a été l'architecte de la première réforme d'Anderlecht fin 2015. Il avait alors porté de 20 à près de 50 le nombre d'employés administratifs, il avait modifié le management et fixé des objectifs clairs aux différents départements. Avec Alexandre Van Damme, il formait un contre-poids interne au duo Van Holsbeeck - Vanden Stock. D'un côté du ring, il y avait deux hommes issus du monde des affaires mais peu en contact avec le milieu du football. De l'autre, deux patriarches du football belge, qui géraient leur club à l'ancienne. Un observateur avait décrit l'association des deux parties comme " le pire des deux mondes ". Elle avait abouti au transfert très médiatisé de Nicolae Stanciu. Van Damme et Van Biesbroeck pensaient qu'il fallait investir lourdement dans un joueur pour initier une plus grande plus-value. Ils croyaient alors à 100 % au business model des grands clubs portugais, le FC Porto, le Sporting Portugal et Benfica. À cette différence près qu'Anderlecht n'a pas de solide réseau et que son scouting n'est pas au point. Van Holsbeeck et Vanden Stock n'ont donc pas été mis tout à fait hors-jeu inconsciemment lors de la conclusion du compromis de vente. Van Holsbeeck et Van Biesbroeck ont toujours eu des relations tendues, quoi qu'ils prétendent le contraire. Dans le passé, Van Holsbeeck a souvent fait comprendre qu'un agenda et de l'expérience avaient plus de valeur qu'un diplôme obtenu à Vlerick, un centre d'enseignement post-universitaire. C'était une allusion très claire à Van Biesbroeck, qui a un passé à la Vlerick Business School. Depuis, Van Biesbroeck participe allègrement à ce petit jeu. De nombreuses personnes à Anderlecht sont d'accord : le timing de la reprise aurait pu être meilleur. Van Biesbroeck souhaitait que la reprise se déroule en mars, avril ou même à l'issue de la saison mais il s'est incliné devant la décision du conseil d'administration. " De l'intérieur, nous avions l'impression que tout suivait un cours logique ", affirme Steegen. " Les changements entraînent toujours des doutes et des inquiétudes. Rien que pour ces raisons, je comprends les critiques mais entreprendre ; c'est aussi se tromper. L'avenir nous dira si le club a pris la bonne décision. " Le deal a fourni un nouvel allié anderlechtois à Coucke : Van Biesbroeck. Les deux hommes se sont rapprochés et s'estiment beaucoup. Cela veut-il dire que Michaël Verschueren n'obtiendra pas le poste de manager opérationnel ? Pour le moment oui. Et ça surprend beaucoup de gens du club. En interne, on confirme qu'Anderlecht a encore besoin de Verschueren Junior à l'European Club Association (ECA), l'association qui défend les intérêts des clubs auprès de l'UEFA. Comme en période électorale, les Anderlechtois manoeuvrent pour obtenir la meilleure place possible sur la grille de départ. Van Biesbroeck : " Luc Devroe vient d'Ostende et c'est la seule certitude jusqu'à présent. Nous n'avons pas encore discuté du reste. Je trouve ça normal. Marc doit encore être installé au poste de patron, il doit faire la connaissance de ses collaborateurs, du club, découvrir son fonctionnement. Il ne pourra prendre de décision qu'ensuite. Tout décider à l'avance n'a aucun sens. C'est aussi valable pour moi. Je suis prêt à écouter si on a quelque chose d'intéressant à me proposer. " Structurer la communication est une des premières tâches de Coucke. Le Flandrien veut communiquer davantage avec la presse, estimant que ça réduirait le nombre de fuites. Celui qui parlera encore volera dehors. " Ça vaut également pour le noyau des joueurs ", a déclaré Coucke le week-end dernier au quotidien Het Laatste Nieuws. " Les joueurs qui trahiront les secrets du vestiaire auront un gros problème. " La chasse aux taupes est ouverte. Le mois passé, les employés ont été surpris en découvrant leur facture de téléphone. Auparavant, ils ne recevaient qu'un bref relevé des frais. En janvier, ils ont également eu un relevé détaillé des appels. Y compris des numéros de téléphone. Seuls les deux derniers chiffres n'étaient pas communiqués. C'est une façon de dire : " Big Brother is watching you. " Dans les semaines et les mois à venir, Anderlecht aussi va être surveillé. Ne serait-ce qu'à cause des récits alarmants sur sa situation financière. Le week-end passé, Anderlecht a été contraint de publier un communiqué pour infirmer un article disant qu'il avait demandé un report à la commission des licences. Les chiffres rouges de la comptabilité des Bruxellois ne mentent pas - ils ne sont pas le fruit de l'imagination de quelqu'un qui tente de déstabiliser le club -. Mais il ne s'agit pas d'un poste déficitaire de plusieurs dizaines de millions d'euros. Jo Van Biesbroeck réagit : " Ces 42 millions d'euros ? Bullshit. Réagir n'en vaut même pas la peine... Si quelqu'un veut procéder à une analyse de notre bilan sans vérifier les faits, c'est son problème. Une chose est sûre : ces huit dernières années, depuis que le club est devenu une société anonyme, nous n'avons pas dû injecter un seul euro au capital. C'est éloquent. "