On a beaucoup parlé de Zulte Waregem durant le premier tour, un peu moins de Roulers. L'autre promu, qui a rejoint la D1 pour la première fois de son histoire grâce à un étonnant 16 sur 18 réalisé lors du tour final de D2, a largement confondu tous ceux qui, au départ de la saison, le considéraient comme un oiseau pour le chat et lui promettaient un retour rapide vers l'antichambre. A domicile surtout, dans son petit Schiervelde qui est devenu une forteresse quasiment imprenable, le club flandrien s'est montré intraitable : avant la visite de Charleroi hier soir, le SV (fruit d'une fusion entre le SK et le FC) y avait récolté six victoires et trois partages. Seul Westerlo était parvenu à s'y imposer. Jusqu'à présent, ce sont surtout des clubs modestes qui se sont rendus là-bas : en raison des travaux d'agrandissement de son stade, Roulers avait en effet demandé à la commission du calendrier de recevoir les grands au deuxième tour. Bruges a souffert pour arracher un point, il y a trois semaines.
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On a beaucoup parlé de Zulte Waregem durant le premier tour, un peu moins de Roulers. L'autre promu, qui a rejoint la D1 pour la première fois de son histoire grâce à un étonnant 16 sur 18 réalisé lors du tour final de D2, a largement confondu tous ceux qui, au départ de la saison, le considéraient comme un oiseau pour le chat et lui promettaient un retour rapide vers l'antichambre. A domicile surtout, dans son petit Schiervelde qui est devenu une forteresse quasiment imprenable, le club flandrien s'est montré intraitable : avant la visite de Charleroi hier soir, le SV (fruit d'une fusion entre le SK et le FC) y avait récolté six victoires et trois partages. Seul Westerlo était parvenu à s'y imposer. Jusqu'à présent, ce sont surtout des clubs modestes qui se sont rendus là-bas : en raison des travaux d'agrandissement de son stade, Roulers avait en effet demandé à la commission du calendrier de recevoir les grands au deuxième tour. Bruges a souffert pour arracher un point, il y a trois semaines. Vendredi, Anderlecht découvrira à son tour les spécificités de ce petit stade qu'il connaît probablement mal. Plus tard, ce sera au tour du Standard et de Genk. Ceux qui avaient vu jouer Roulers en D2 avaient déjà pu s'apercevoir qu'il s'agissait d'une formation bien organisée et très solide sur le plan défensif. Mais la D1, c'est encore autre chose. " Nous-mêmes, nous ne savions pas très bien dans quelle aventure nous nous lancions ", reconnaît le capitaine FrédéricVanderbiest (28 ans). " Les points de repère manquaient, et beaucoup de joueurs se demandaient s'ils allaient avoir le niveau suffisant pour se défendre parmi l'élite. Les premiers résultats à domicile nous ont donné confiance. On a enchaîné une série de victoires très probantes : 4-0 (Lokeren), 5-1 (Germinal Beerschot), 5-0 (Mouscron), 4-1 (La Louvière). Mais c'était face à des équipes à notre portée, on verra maintenant ce que cela donnera contre les grands. En déplacement, on rencontre plus de difficultés. On a arraché cinq partages, mais on n'a pas encore gagné. On a perdu 1-0 à Bruges avec tous les honneurs et on a arraché un 0-0 au Standard. Par contre, on est revenu d'Anderlecht et de Genk avec de lourdes défaites : 5-1 et 4-1. On a voulu rivaliser sur le plan footballistique avec ces ténors et, cela, on n'en est pas encore capables. A ce jour, on peut affirmer que le calendrier s'est révélé favorable. Mais c'est aussi une arme à double tranchant, car pour être complètement rassurés, il faudra tout de même aller chercher l'une ou l'autre victoire en déplacement ". Vendredi, Roulers accueillera Anderlecht pour la première fois en match officiel. Mais le match de l'année s'est déjà déroulé il y a trois semaines. " Dans la région, l'affrontement contre Bruges est celui qui a le plus attisé les passions. Roulers a joué à guichets fermés pour la première fois de son histoire. Ce sera probablement le cas contre Anderlecht aussi, puisqu'il ne restait plus que 200 places assises à vendre la semaine dernière, mais pour Bruges, tout était vendu en novembre. C'était un derby régional : il y a beaucoup de supporters de Bruges à Roulers et jadis, lorsque l'équipe locale évoluait dans les séries inférieures, ils se rendaient au stade Jan Breydel le samedi soir et au Schiervelde le dimanche après-midi ". Pour Vanderbiest, Bruxellois et ancien du RWDM, le match de l'année serait plutôt celui face à Anderlecht. " Lorsque je jouais à Molenbeek, le Sporting incarnait le rival ancestral. Mais avec les années, ce sentiment s'est dissipé ". Lorsqu'on lui demande si un match contre les Mauves lui reste plus particulièrement en mémoire, il n'hésite pas. " Il y a une dizaine d'années, nous avons gagné 0-2 au Parc Astrid. J'avais 19 ou 20 ans et je disputais ma première saison dans le noyau A. C'était ce fameux match durant lequel l'entraîneur DanielRenders avait effectué quatre changements. Cela avait fait couler beaucoup d'encre : il avait dû remplacer le gardien DirkRosez, blessé, par WilfriedGodart, et avait déjà procédé à deux remplacements de joueurs de champ lorsque, à deux minutes de la fin, dans l'euphorie ambiante, il a voulu permettre à un petit jeune de fouler à son tour la pelouse. Ce petit jeune, c'était moi ! Théoriquement, on aurait dû perdre ce match par forfait sur le tapis vert, mais les dirigeants anderlechtois se sont montrés beaux joueurs et nous ont laissé les trois points ". Vanderbiest n'entend pas, pour autant, rendre la pareille au Sporting vendredi : les Bruxellois peuvent s'attendre à une chaude réception au Schiervelde : " Le terrain est un peu plus petit qu'ailleurs, mais pas exagérément réduit. Mais, dans une ambiance typiquement flandrienne, les joueurs sont toujours capables de donner 10 ou 15 % de plus qu'en déplacement. L'adversaire est souvent pris à la gorge et n'aime pas cela. Parfois, on éprouve des difficultés à soutenir le même rythme durant 90 minutes, mais généralement, lorsqu'on commence à chercher un deuxième souffle en fin de match, l'écart est déjà fait ". Le style de Roulers est caractéristique et à l'opposé de celui de Zulte Waregem, beaucoup plus technique. " N'ayons pas peur des mots : on pratique le kickandrush ", admet Vanderbiest. " C'est un style britannique : beaucoup de longs ballons, beaucoup d'enthousiasme, beaucoup d'engagement. Le public flandrien adore cela. A domicile, on joue généralement en 4-4-2, mais en déplacement on s'adapte à l'adversaire ". Dans ce dispositif, Vanderbiest a un rôle central : il ratisse énormément de ballons et les expédie ensuite vers l'avant, d'un long coup de botte. " L'objectif est d'atteindre WagneauEloi le plus rapidement. Ce n'est pas faire injure aux autres d'affirmer qu'il a plus de talent que la moyenne des joueurs roulariens : il a été champion de France avec Lens et à Monaco, ce n'est pas par hasard ". JamaïqueVandamme (20 ans) a également de bonnes raisons d'attendre avec impatience le match contre Anderlecht : il a porté le maillot mauve pendant quatre ans. Notez qu'il a aussi porté le maillot bleu et noir du Club Bruges, et même pendant six ans. " Mais mon séjour à Anderlecht est plus récent. En outre, je me suis entraîné avec l'équipe Première là-bas, alors qu'à Bruges j'ai joué uniquement dans les catégories d'âge. En principe, j'aurais dû aller directement à Anderlecht, mais à l'époque, il n'y avait pas encore d'internat et comme je suis Ostendais, c'était plus facile pour mon père d'aller me conduire. Dans la Venise du Nord, j'ai côtoyé des joueurs comme DieterVanTornhout (aujourd'hui au Sparta Rotterdam), NicolasLombaerts (aujourd'hui à Gand) et JasonVandelannoite. A Anderlecht, j'ai fréquenté AnthonyVandenBorre et VincentKompany. La grosse différence entre l'école de jeunes de Bruges et celle d'Anderlecht, c'est qu'à Bruges on met davantage l'accent sur le collectif alors qu'à Anderlecht on développe surtout les qualités individuelles. J'aurais pu rester au Sporting, mais j'ai choisi de suivre ma propre voie car à l'ombre de Saint-Guidon, les attaquants qui passent de l'équipe Réserve à l'équipe Première sont extrêmement rares. J'aurais dû faire face à la concurrence de MboMpenza, ChristianWilhelmsson, NenadJestrovic et ArunaDindane. Quand aurais-je reçu ma chance ? Après un test infructueux à Beveren, j'ai finalement abouti à Roulers, et avec le recul, ce fut un bon choix, puisque six mois après mon arrivée, le club a été promu en D1 ". Du football technique d'Anderlecht au kickandrush roularien, la transition a dû être brusque ? " J'ai eu besoin d'une petite période d'adaptation, mais le fait d'avoir suivi une partie de ma formation à Bruges m'a été utile. Je ne pense pas que je fais tache dans l'effectif de Roulers. Après tout, on trouve des joueurs techniques en Angleterre aussi..." Le rôle d'un attaquant, à Roulers, se résume-t-il à courir derrière de longs ballons ? " C'est une partie importante de mon rôle, en effet. Mais je n'évolue pas toujours comme attaquant de pointe. J'ai déjà livré de bons matches comme demi offensif ou flanc droit. On parcourt énormément de kilomètres, et on doit contribuer au travail de récupération. C'est ce bloc et cette discipline qui nous ont permis de récolter autant de points. Souvent, l'entraîneur demande aux attaquants de donner le maximum aussi longtemps qu'ils peuvent et de faire signe lorsqu'ils deviennent fatigués. Il introduit alors des forces fraîches pour poursuivre la tâche ". Le bon parcours de Roulers n'étonne pas Vandamme : " J'ai trouvé ridicules, certains commentaires d'avant saison qui nous condamnaient à la relégation avant même le coup d'envoi du championnat. La plupart du temps, ces commentaires émanaient de gens qui ne nous avaient jamais vu jouer. Lorsqu'on réalise 16 sur 18 durant le tour final de D2, cela signifie qu'on a des qualités. Roulers a évité de commettre les mêmes erreurs qu'Ostende l'an passé, à savoir tout chambouler. L'équipe a conservé son ossature de D2 et s'est renforcée intelligemment, même si les nouvelles recrues ne portaient pas nécessairement de grands noms. Par ailleurs, ce n'est pas parce qu'on s'entraîne uniquement en soirée qu'on n'a pas de condition. Car les entraînements sont plutôt intensifs ". Vandamme est encore étudiant : " En psychologie, dans un institut supérieur d'Ostende. Je viens d'ailleurs de passer mes examens et je n'ai été recalé nulle part ". Avant que l'on découvre ses qualités de footballeur, Vandamme avait surtout attiré l'attention par son prénom, Jamaïque : " Je n'ai pourtant aucune origine jamaïcaine. Ma mère est belge et mon père est un métis d'origine congolaise, né d'un père blanc et d'une mère noire. J'ai un prénom original et je l'adore. Ma s£ur, elle, s'appelle Magya. C'est tout aussi original et tout aussi beau, je trouve ". La force de Roulers, c'est sa défense : l'une des cinq meilleures de D1. " Cela ne date pas d'hier : lors du tour final de D2, on n'a encaissé qu'un seul but en six matches ", rappelle JamesLahousse (23 ans). Et encore, c'était sur un coup franc, lors du match à Geel qui nous a valu le titre. Le mérite n'en revient pas uniquement aux défenseurs : c'est un travail collectif, qui part des attaquants et des milieux de terrain ". Lahousse joue à Roulers depuis qu'il a six ans : " Je me suis affilié au SK, qui évoluait dans les installations actuelles du SV. Le club a toujours été réputé pour son excellent travail avec les jeunes, mais je ne me suis pas toujours entraîné sur des terrains en parfait état. Pour cela, il aurait fallu aller au Futurosport de Mouscron. Ici, c'était parfois la gadoue, mais de bons joueurs en sont sortis aussi. J'ai vu Roulers grandir. Le premier pas fut la fusion avec le FC, officialisée en 1999, et qui a permis à la nouvelle entité de monter de D3 en D2. Pendant un certain temps, on s'est bien débrouillé, puis on a connu une période plus difficile. On aurait même du descendre en D3 il y a trois ans, mais d'autres équipes n'ont pas reçu la licence et on a pu rester en D2. Le revirement s'est produit lors de l'arrivée au poste d'entraîneur de Dennis van Wijk. Il a accordé une chance à beaucoup de jeunes du club, a intensifié les entraînements, a responsabilisé tout le monde et a élevé les exigences. Deux années d'affilée, on a disputé le tour final de D2, et la deuxième tentative fut la bonne. J'avais toujours espéré jouer un jour en D1, mais je ne pensais pas que cela aurait pu se produire avec mon club de toujours ". Lahousse était l'un des joueurs dont on se demandait s'il aurait le niveau de la D1, mais avec son 1m95, il s'affirme de semaine en semaine comme une tour de la défense, et parfois même, comme une arme offensive sur les phases arrêtées : " Pourtant, je dois encore beaucoup travailler mon jeu de tête offensif. Mon jeu de tête défensif, en revanche, est mon point fort. Je crois que je corresponds un peu au joueur-type de Roulers. J'affiche aussi la mentalité ouest flandrienne, qui encense le travail et l'abnégation. Techniquement, je ne suis pas le joueur le plus affiné, mais je parviens à compenser beaucoup de lacunes avec mon engagement et ma mentalité. Je m'attendais à ce que le niveau de la D1 soit plus relevé. Avec les ténors, la différence est sensible, mais avec les autres équipes, l'écart n'est pas énorme. La grosse différence avec la D2, c'est qu'il faut rester concentrés 90 minutes. En D2, on peut encore se permettre l'une ou l'autre approximation, mais en D1 chaque erreur se paie cash. Avec deux styles différents, les deux promus se débrouillent très bien. " Zulte Waregem a plus d'expérience et plus de technique que Roulers ", concède Lahousse. " Son entraîneur a sans doute une autre vision du football aussi. De notre côté, on possède également quelques joueurs techniques, comme Eloi et Vandamme, mais on doit surtout tabler sur l'enthousiasme. En montant sur le terrain, on enfile notre bleu de travail. Cela nous avait permis de tenir la dragée haute à Bruges. Je crois qu'on éprouvera plus de difficultés contre Anderlecht. Cette équipe possède davantage d'individualités qui peuvent faire la différence ". DANIEL DEVOS