Khali est toujours aussi speedé qu'avant la fantastique Coupe du Monde du Sénégal. A Auxerre, troisième du dernier championnat, sa cote de popularité se rapproche chaque jour un peu plus de celle de Guy Roux. Pendant le court trajet qui nous mène du stade de l'AJA au centre-ville, le gaucher magique ne passe pas inaperçu. Et d'ailleurs, il ne fait rien pour vivre incognito son aventure bourguignonne: vêtu d'un k-way d'un orange pétant, il déboule au volant d'un cabriolet noir dernier cri. Il serre une main par ici, envoie un clin d'oeil par là. Rencontre avec Fadiga superstar...
...

Khali est toujours aussi speedé qu'avant la fantastique Coupe du Monde du Sénégal. A Auxerre, troisième du dernier championnat, sa cote de popularité se rapproche chaque jour un peu plus de celle de Guy Roux. Pendant le court trajet qui nous mène du stade de l'AJA au centre-ville, le gaucher magique ne passe pas inaperçu. Et d'ailleurs, il ne fait rien pour vivre incognito son aventure bourguignonne: vêtu d'un k-way d'un orange pétant, il déboule au volant d'un cabriolet noir dernier cri. Il serre une main par ici, envoie un clin d'oeil par là. Rencontre avec Fadiga superstar... Khalilou Fadiga: Ma femme ne s'est toujours pas habituée à la vie ici, mais pour moi, ça va plus ou moins. J'ai beaucoup souffert au début. C'était une période délicate: le lendemain de ma signature à Auxerre, mon père mourait. Il était diabétique, mais surtout très fatigué. Désolé, mais tous mes potes sont là. Je n'ai qu'une bonne heure de route pour aller les voir et j'exploite cette chance. Il n'y a qu'une seule chose qui me retient à Auxerre: le boulot. Si je ne jouais pas ici, je ne me serais jamais installé dans cette ville. Elle est beaucoup trop calme pour moi. Dès que j'ai envie de m'amuser un peu, je monte à Paris.N'espériez-vous pas profiter du Mondial pour dénicher un autre club?Il me reste deux ans de contrat à Auxerre. Cela veut dire que je resterai encore ici pendant deux saisons au maximum. Guy Roux me propose de prolonger, mais ce n'est pas du tout d'actualité. Il me voulait absolument, il y a deux ans, et j'avais accepté son offre car j'étais conscient que de nombreux joueurs ayant de l'ambition réussissaient ici avant d'aller encore plus haut. Aujourd'hui, j'ai 27 ans et je voudrais relever d'autres défis. Guy Roux m'a donné sa parole: si Auxerre recevait une proposition de transfert et si tout le monde y trouve son compte, je pourrai m'en aller. Mais l'entraîneur a émis une condition: il est hors de question que j'aille dans un autre club français. Il ne veut pas que son équipe doive jouer contre moi... Deux équipes françaises m'ont récemment approché mais leurs dirigeants ont vite compris qu'il ne servait à rien d'insister.Avez-vous reçu des offres concrètes depuis la fin de la Coupe du Monde?Un club italien me suit et fera une offre à Auxerre s'il parvient d'abord à se débarrasser de l'un ou l'autre joueur dont il n'a plus l'utilité. J'attends, sereinement. J'ai des atouts dans mon jeu: un journal belge et un magazine polonais m'ont sélectionné dans l'équipe-type du Mondial. Les Français m'ont retenu dans le Top 30. Je ne suis donc pas le seul à avoir l'impression d'avoir fait une toute bonne Coupe du Monde."Nous les avons tous fait taire, ces grands spécialistes du football"Pas du tout. Le coach qui l'a remplacé pendant un an, Daniel Rolland, était une tête de mule...Les résultats ne suivaient pas mais il refusait de s'adapter aux qualités du noyau. Il s'obstinait à nous faire jouer en 4-3-3 alors que cela ne nous convenait pas du tout. J'étais mal à l'aise dans mon rôle d'ailier. Dès qu'il a repris les commandes, Guy Roux a changé de système: un 4-4-2 dans lequel je me sens comme un poisson dans l'eau. Il m'a confié beaucoup de responsabilités dans l'entrejeu et on a revu le vrai Fadiga, la saison dernière: celui qui marque (8 buts) et fait marquer (5 assists).Etes-vous surpris par la bonne Coupe du Monde de votre pays?Pas vraiment, non. Nous savions que nous étions forts. Beaucoup de gens avaient été étonnés après notre qualification: des gens qui ne connaissaient pas le Sénégal actuel. Pour eux, il était incroyable que nous ayons émergé d'un groupe éliminatoire qui comprenait le Maroc, l'Algérie et l'Egypte. Trois géants du foot africain. Mais, ces pays-là en haut de l'affiche, c'est de l'histoire ancienne. Désolé. Pour la plupart des observateurs étrangers, un des trois avait automatiquement sa place au Mondial. De quel droit? Nous nous sommes qualifiés de façon tout à fait méritée. Depuis 2000, le Sénégal est en pleine explosion.Juste avant le Mondial, Pelé avait déclaré que le Sénégal était la plus faible des 32 équipes.(Il se marre). Ah, ah, nous les avons tous fait taire, ces grands spécialistes du football... Nous avions tous lu les déclarations de Pelé, et Bruno Metsu s'en est servi pour nous motiver. Après l'exploit de la qualification, il y a eu la fantastique victoire dans le premier match du Mondial, contre la France!Dans un tournoi pareil, il faut être prêt d'entrée. Nous l'étions, alors que les Français se cherchaient encore. Nous savions que nous aurions un très beau coup à jouer en cas de bon résultat contre la France, mais même une défaite ce jour-là n'aurait rien remis en question: nous aurions été capables de nous ressaisir pour aller quand même au deuxième tour.Quatre ans avant cette victoire de prestige, vous étiez dans une tribune du Stade de France, avec un maillot des Bleus sur le dos...On est des Sénefs: des Sénégalais de France. On est tous supporters des Bleus. "Les Belges et les Hollandais nous ont snobés avant le Mondial"Aujourd'hui, le noyau du Sénégal est totalement pro. Sur les 23 joueurs qui sont allés en Asie, 20 ont côtoyé les centres de formation français et jouent ici. Nous avons une vraie culture européenne. En alliant cette rigueur à l'envie et l'euphorie propres aux Africains, on obtient un mix qui peut faire des dégâts. Notre quart de finale était le prolongement logique de notre finale à la dernière Coupe d'Afrique des Nations. Que ça plaise ou non, il faut s'en faire une raison: le Sénégal est dans l'ascenseur. Il a fallu nos exploits en Coupe du Monde pour que certains s'en rendent compte. En période de préparation, nous n'étions pas parvenus à trouver des adversaires valables. Le Sénégal aurait voulu affronter la Belgique et les Pays-Bas, mais ces pays n'en avaient pas du tout envie. Et aucune grande fédération ne voulait solliciter des joueurs engagés en Ligue des Champions pour une toute petite affiche contre le tout petit Sénégal. Résultat: nous avons été obligés de jouer contre la Bolivie et l'Equateur. Mais je suppose que la situation va changer: autant on ne voulait pas nous prendre au sérieux il y a quelques mois, autant les propositions de matches amicaux contre de grosses équipes vont maintenant pleuvoir.La fédération sénégalaise semble s'être mise au niveau de ses meilleurs footballeurs: est-ce une autre explication de votre réussite?Tout à fait. Depuis deux ans, le changement est radical. Metsu a recadré pas mal de choses. Aujourd'hui, tout est clair en ce qui concerne le matériel, les primes, les terrains d'entraînement, etc. Nous n'avons rencontré qu'un seul petit problème en Corée: la fédération avait choisi de nous loger dans une école qui avait été réaménagée pour nous. Quand nous avons découvert cet endroit, nous avons tous refusé. Notre réponse a été sans équivoque: il était hors de question de passer une seule nuit là-bas. Nous avons finalement dû y séjourner la première nuit, mais dès le lendemain, nous avons atterri dans un hôtel quatre étoiles: celui des grands patrons de la FIFA...Et, dès notre retour à Paris, un avion spécial nous attendait pour nous ramener à Dakar. Pas question, pour un seul joueur, de se soustraire à l'obligation du retour au pays: le président nous attendait (il rit). Etonnant: vous n'êtes resté que deux jours au Sénégal!C'était invivable. Depuis la CAN 2000, je ne suis plus allé une seule fois sur une plage du Sénégal. Je ne peux plus sortir en rue, plus faire de shopping. Quand je suis au pays, je m'enferme dans mon hôtel et je dois attendre minuit pour aller voir ma mère. Je préfère être adulé plutôt qu'on me crache dessus, mais trop c'est trop. Les gens sont devenus tellement hystériques que je ne profite plus du tout de mes vacances là-bas. Tout part d'une bonne intention, mais les Sénégalais ne comprennent pas que nous avons besoin d'un peu de tranquillité. Deux jours, c'était bien suffisant. Si vous aviez reproduit, contre la Turquie, votre niveau de jeu du premier tour, vous seriez allés encore plus loin qu'en quarts de finale, non?Nous étions sur les genoux contre les Turcs. Lessivés. Mais il faut savoir se contenter de ce que Dieu nous donne. Les Sénégalais raisonnent comme ça. Si nous sommes arrivés en quarts, c'est que Dieu avait décidé de nous amener là, et pas plus loin. Après notre victoire contre la France, certaines personnes ont dit que nous devions gagner le tournoi, puisque nous avions battu les champions du monde. Non, les joueurs ne voyaient pas les choses de cette manière. Nous avons remarquablement défendu l'honneur de toute l'Afrique alors que c'était notre première participation: c'est très bien comme ça."32 call-girls dans notre hôtel? N'importe quoi"Qu'on arrête un peu de nous faire passer pour des fêtards. Vous pensez qu'il est possible d'arriver en quarts de finale de la Coupe du Monde si on fait la java tous les soirs? On a entendu les pires âneries pendant le tournoi: on aurait dragué les femmes des joueurs français avant le match d'ouverture, on aurait même fait venir 32 call-girls dans notre hôtel. Alors qu'on était tous là avec nos femmes. Qu'est-ce que j'aurais fait de la mienne, avec autant de call-girls autour de nous (il rit)? On aime rigoler, chanter et danser, c'est vrai. En préparant un match, on écoute de la musique. Dans le bus, on met la radio à fond. Et en pleine Coupe du Monde, on allait parfois dormir à 3 heures du matin. Mais on ne se bourrait pas la gueule (sic): on discutait dans nos chambres, autour d'une tasse de thé. D'ailleurs, très peu de joueurs de l'équipe du Sénégal boivent de l'alcool. Beaucoup d'équipes ne seraient pas capables de se concentrer dans des conditions pareilles, mais chez nous, c'est naturel. A chacun sa façon de se préparer. On adore faire la fête, mais on sait aussi être totalement pros. On fait simplement la part des choses. Ce sont d'ailleurs les joueurs qui ont insisté auprès de Metsu pour qu'il impose un système d'amendes pour ceux qui arrivaient en retard à l'entraînement. On avait une caisse et on avait prévu d'en verser tout le contenu à une oeuvre, après le Mondial: mais il n'y avait pour ainsi dire rien dedans au moment de quitter l'Asie... Quelle est votre plus grande fierté: avoir prouvé votre valeur aux Français via Auxerre ou via le Sénégal?Je me suis d'abord révélé aux Français en jouant de bons matches avec mon club, puis j'ai confirmé au niveau mondial avec le Sénégal. La CAN 2002 et la Coupe du Monde ont achevé de me convaincre que je pouvais aller encore plus haut.Ne savourez-vous pas votre réussite actuelle comme une revanche? Le PSG ne vous avait pas retenu parmi ses Scolaires, puis le Red Star ne vous avait pas fait jouer une seule minute en D2, deux saisons d'affilée!Les gens du PSG se mordent peut-être les doigts aujourd'hui, mais leurs états d'âme ne m'intéressent pas trop... J'ai toujours été supporter de ce club, mais il a une longue tradition en matière de recrutement foireux. J'y suis resté quelques mois et j'ai vite compris qu'on ne comptait pas sur moi. J'étais un jeunot auquel on ne prédisait aucun avenir. Comme j'avais l'impression d'y perdre mon temps, j'ai arrêté de traverser Paris pour me rendre aux entraînements. Le Red Star ne m'a pas non plus fait confiance mais il faut dire que le noyau était surtout composé de très bons joueurs qui venaient tout droit de la D1. Et c'est à cause de tous ces obstacles que j'ai tenté le pari de faire décoller ma carrière en Belgique. Pierre Danvoye, envoyé spécial à Auxerre"Dieu avait décidé de nous amener en quarts, pas plus loin""Qu'on arrête de nous faire passer pour des fêtards"