En Bundesliga, la discipline n'est pas un vain mot. A l'ombre du Borussia Park, un groupe de supporters attendent les joueurs derrière les barrières Nadar. Pas un d'entre eux n'essaye de franchir cette séparation. Cela fait un bout de temps que, de l'autre côté de la Hennes-Weisweiler-Allee, l'entraîneur Lucien Favre a mis fin à la séance d'entraînement matinale.
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En Bundesliga, la discipline n'est pas un vain mot. A l'ombre du Borussia Park, un groupe de supporters attendent les joueurs derrière les barrières Nadar. Pas un d'entre eux n'essaye de franchir cette séparation. Cela fait un bout de temps que, de l'autre côté de la Hennes-Weisweiler-Allee, l'entraîneur Lucien Favre a mis fin à la séance d'entraînement matinale. Thorgan Hazard est resté un peu plus longtemps sur le terrain afin de fusiller le deuxième gardien des onze mètres en compagnie d'Ibrahima Traoré et de Raffael. Hazard accompagne chaque penalty marqué d'un gros mot en allemand. Il va le faire huit fois sous le regard triste de Tobias Sippel, qui sait qu'il va devoir y aller de sa poche. " Nous avons fait un pari avec les gardiens ", explique Hazard. " Nous tirons une série de trois penalties. A chaque fois que nous en ratons un, nous devons verser 25 € au gardien. Si nous marquons les trois, par contre, c'est lui qui nous doit 25 €. Bon, on ne devient pas riche avec ça, hein ! Mais ça met de l'ambiance dans le vestiaire. " Le deuxième des frères Hazard se sent manifestement bien dans sa peau au Borussia Mönchengladbach. Le club allemand, troisième la saison dernière, l'a acheté à Chelsea pour huit millions et lui a fait signer un contrat jusqu'en 2020. Un gage de stabilité. THORGANHAZARD : J'aspirais à quelque chose de stable. Mes six premiers mois à Mönchengladbach s'étaient bien passés. Dès lors, pourquoi à nouveau changer de club ? Déménager sans cesse, à la longue, c'est chiant. Ma femme et ma fille voulaient également retrouver la sérénité. On a donc décidé de ne plus louer et on a acheté notre première maison. Pas très loin de Venlo, à 25 minutes de route de Mönchengladbach. HAZARD : Ce sont des raisons pratiques qui nous ont poussés à vivre aux Pays-Bas. Vous ne m'entendrez pas dire de mal de Düsseldorf, où on a vécu pendant un an, mais toute l'administration est en allemand et il nous fallait chaque fois demander de l'aide. Aux Pays-Bas, on se débrouille car mon épouse parle très bien le néerlandais. J'estime aussi qu'il est important que notre fille fréquente l'école en néerlandais. HAZARD : A Waregem, j'habitais à cent mètres du Waregem Golf Club. J'y allais régulièrement avec Davy De fauw et Olafur Skulason. Maintenant, je n'ai plus le temps. Quand je rentre de l'entraînement, je suis K.O. On joue deux matches par semaine et la Champions League arrive. Je préfère consacrer le peu de temps libre qu'il me reste à ma famille. Quand on le peut, on rentre en Belgique ou on va à Disneyland. HAZARD : Je suis plutôt satisfait. Sept titularisations, ça peut sembler peu mais j'ai tout de même pris part à une trentaine de matches. J'ai inscrit un but et délivré sept assists. Cette saison, je veux jouer davantage, je ne veux pas me contenter d'être douzième ou treizième homme. Avec un peu de malchance, c'est déjà 3-0 quand on monte au jeu et les équipiers ne songent alors plus qu'à faire circuler le ballon. Dans ces circonstances, il n'est pas simple de se mettre en valeur. HAZARD : L'entraîneur, Lucien Favre, avait opté pour une sorte de tournante afin de préserver certains joueurs en vue du championnat. Cela a bien fonctionné en Europa League aussi puisque nous n'avons été battus que par Séville, le vainqueur de l'épreuve. J'ai inscrit deux buts à l'occasion du tour préliminaire face à Sarajevo et j'ai fait 2-2 au match retour contre Séville. (Il réfléchit) J'ai pu me montrer davantage sur la scène européenne qu'en championnat. HAZARD : Favre était en vacances lorsque le directeur sportif lui a téléphoné pour lui demander si je pouvais être utile à l'équipe. Comme il ne me connaissait pas, Favre est vite aller visionner quelques images sur internet puis il a donné le feu vert à la direction. J'en profite pour remercier tous les fans qui postent des vidéos de moi sur YouTube. (il rit). HAZARD : Il n'y a pas de place pour un véritable meneur de jeu dans notre 4-4-2 actuel. Je joue donc tantôt à gauche, tantôt à droite et parfois même devant. Je dois encore m'habituer à cette nouvelle place. En tant que meneur de jeu, je dois créer des espaces ou chercher à me démarquer. Ici, je dois jouer dos au but et aller au contact avec le défenseur. Mais vous avez-vu les Allemands ? Ce sont des armoires à glace ! HAZARD : Pourtant, je trouve que mon pied gauche n'est pas si mauvais. Mais Favre est un perfectionniste. Je dois encore travailler mes reprises de volée. J'ai toujours peur de reprendre en un temps un ballon aérien. C'est une séquelle de mon époque à Lens, lorsque je m'étais blessé sur une telle action. Depuis, j'ai peur. C'est pourquoi je joue toujours avec une protection au pied. HAZARD : Le tireur attitré, c'était Max Kruse mais il est parti à Wolfsburg et l'entraîneur n'a pas encore établi de nouvelle hiérarchie. Si on hérite d'un penalty, je ne me cacherai pas. Pareil pour les coups francs et les coups de coin, même si j'ai appris à partager (il grimace). Quand c'est sur les flancs, je prends mes responsabilités. Dans l'axe, je laisse tirer quelqu'un d'autre. HAZARD : Ce n'était pas une obligation mais je me sens mieux avec ce numéro. Lorsque j'ai appris que Kruse allait partir, j'ai tâté le terrain pour voir si je pouvais récupérer le 10. La direction du club n'était pas contre. A Zulte Waregem aussi, j'avais dû attendre le départ de Franck Berrier. Demandez à n'importe quel joueur offensif quel numéro il veut, il vous répondra : le 10. HAZARD : Si j'ai l'occasion de marquer, je saisis ma chance mais je ne suis pas obsédé par cela et Eden non plus. Il sait qu'il ne sera jamais un tueur. Nous ne sommes pas des attaquants mais des meneurs de jeu. Nous ne sommes pas faits pour marquer des buts à la pelle, c'est génétique. HAZARD : Je prends surtout exemple sur son parcours. On ne voulait plus de lui à Chelsea mais il a refait surface en Allemagne pour devenir, et de loin, le meilleur joueur de Bundesliga la saison dernière. Les Allemands sont fous de lui. C'est l'exemple même du joueur qui a progressé régulièrement. Maintenant, il doit confirmer à Manchester City. HAZARD : C'est une étape importante de ma carrière. Je vais entendre l'hymne pour la première fois sur le terrain. Rien que d'y penser, j'en ai la chair de poule. Après deux ans en Europa League, je me réjouis surtout de voir si je parviens à suivre le rythme des matches de Champions League. Mais je n'ai pas peur de me mesurer aux meilleurs joueurs du monde. HAZARD : Au contraire ! Ce tirage me plaît énormément. On espérait rencontrer un ou deux adversaires de haut niveau et on en a trois. Qui ne voudrait pas affronter le champion d'Italie, le vice-champion d'Angleterre et le vainqueur de l'Europa League ? (il soupire) On va devoir être au top lors de chaque match. Une troisième place, ce serait déjà formidable. HAZARD : Je ne suis pas près d'oublier ces deux raclées. On n'était tout simplement pas prêt à affronter le PSV. Si on avait pu jouer ce match quelques mois plus tard, on aurait offert plus de résistance. Mais on ne peut pas comparer. Bien sûr, pour Mönchengladbach, il s'agira d'un baptême du feu mais on a démontré la saison dernière qu'on pouvait faire jeu égal avec Séville. HAZARD : Je veux d'abord devenir un des hommes forts de Gladbach. Si j'y arrive, pourquoi ne pas envisager un retour à Chelsea ? Mais j'imagine qu'il en faudrait déjà beaucoup pour que ce club pense à moi. Je n'ai plus parlé à Mourinho depuis que j'ai été prêté à Mönchengladbach et c'est quand même lui qui décide. HAZARD : Pour ce genre de détails, il faut s'adresser à mon père mais c'est vrai que Chelsea peut me racheter pour une somme déterminée dans les deux ans. Cette saison et la suivante seront donc très importantes : soit Chelsea me rachète, soit je reste ici. HAZARD : Avec combien de points d'avance Chelsea a-t-il été champion ? Il a même terminé le championnat en roue libre. Alors, qui a raison ? Mourinho ou ses détracteurs ? Mourinho n'est pas du genre à admettre que son équipe encaisse quatre buts si elle en marque six. Pour être champion, il faut avant tout une défense solide et une bonne organisation. Ça me fait mal de dire ça mais je me mets à la place de Mourinho. HAZARD : (après un long silence) Je n'arrive plus à me rappeler de la dernière fois où on était tous réunis. Il y a déjà un bout de temps que je n'ai plus vu Kylian, par exemple. Le plus dur, c'est pour mes parents. Mon père tente de partager équitablement son temps entre ses fils. Il ne va pas chaque semaine à Londres pour suivre Chelsea. Il vient parfois à Mönchengladbach et il s'est déjà rendu en Hongrie avec ma mère. Et puis, il y a Ethan, le plus jeune, qui va toujours à l'école et joue au Stade Brainois. HAZARD : Quand il en a parlé, on ne savait pas trop quoi penser mais ça va lui faire du bien de s'éloigner un peu de nous. De tous les frères, c'est pour lui que le nom Hazard est le plus difficile à porter. Au début, on me considérait toujours comme le frère d'Eden mais pour Kylian, c'était pire encore : à Lille, on comparait ses qualités à celles d'Eden et à Zulte Waregem, on le considérait comme mon successeur. Il n'avait rien à gagner. Maintenant, il joue dans un club avec lequel on n'a aucun lien et on ne s'intéresse qu'à lui. HAZARD : Terminer où tout a commencé, ce serait bien. Il n'y aurait pas d'argent en jeu, pas de pression, rien que du plaisir. J'espère seulement que le Stade Brainois ne jouera pas en D1 à ce moment-là, sinon on peut oublier nos projets de jouer tous les trois dans la même équipe. PAR ALAIN ELIASY À MÖNCHENGLADBACH - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" Zulte Waregem aura toujours une place dans mon coeur. " THORGAN HAZARD " Eden et moi ne sommes pas faits pour marquer des buts à la pelle. C'est génétique. " THORGAN HAZARD " De tous les frères, c'est pour Kylian que le nom de Hazard est le plus dur à porter. " THORGAN HAZARD