Vingt-trois ans seulement et huit titres de cham-pion du monde de bike-trial, déjà, à son actif. " Et pourtant, les gens ne savent pas encore si mon vélo a une selle ", sourit Kenny Belaey, de Bellem, dans la région gantoise.
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Vingt-trois ans seulement et huit titres de cham-pion du monde de bike-trial, déjà, à son actif. " Et pourtant, les gens ne savent pas encore si mon vélo a une selle ", sourit Kenny Belaey, de Bellem, dans la région gantoise. Chez lui, pourtant, pas de complainte du sportif ignoré du grand public ou des sponsors. A la gloire ou la richesse, il préfère l'amusement. Et tout ce qui vient par la suite est du bonus. Comme il y a quatre ans, lorsque le ministre des Sports flamand l'appela dans son bureau, après un nouveau titre mondial. Il s'attendait à un diplôme, des fleurs, une médaille mais on lui offrit... un contrat de sportif professionnel à la cellule Top Sport. Et comme il fait également partie du team cycliste Chocolat Jacques - Vlaanderen T Interim, il peut se targuer d'être le seul professionnel de sa discipline reconnu par l'UCI. " Ce qui ne veut pas dire que mes concurrents ne vivent pas du sport ", explique-t-il. " La seule différence, c'est qu'ils ont des contrats avec des entreprises non enregistrées auprès de l'UCI ". Kenny Belaey, lui, a toujours appris à se débrouiller seul ou avec l'aide de ses parents. C'est son père, un entrepreneur féru de moto-trial, qui lui a transmis le virus. " Mon frère et moi, nous l'accompagnions à ses compétitions. Alors, il nous a acheté un vélo. Nous sommes allés un peu partout, surtout en Wallonie. Car près de chez nous, il n'y avait rien, sauf à Louvain. Nous nous entraînions sur des palettes et des matériaux de construction, derrière la maison ". Kenny n'avait encore que neuf ans mais papa Belaey découvrit rapidement qu'il était doué et il l'inscrivit en compétition. " La première année, j'ai terminé troisième du championnat de Belgique et, depuis, je n'ai jamais manqué le podium ", précise-t-il. " J'ai aussi essayé le cyclo-cross mais je manquais de temps pour m'entraîner correctement dans les deux disciplines ". La reconnaissance, elle est venue au fil des années. " Je viens de terminer quatrième du Vélo de Cristal. Avant cela, j'avais été invité à la remise des prix pour y faire une démonstration. C'est là que j'ai rencontré Christophe Sercu, qui m'a parlé d'un éventuel engagement au sein de son équipe ". Pour Kenny, c'était une aubaine car ce sport exige de nom-breux déplacements. Cette année, il s'est rendu en Inde, en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis... Mais il n'a pas attendu les aides extérieures pour financer ses besoins et assurer l'avenir. " J'ai entamé des humanités sportives mais j'ai échoué en cinquième année ", dit-il. " Après, j'ai fait une année d'apprentissage : j'allais à l'école le matin et je m'entraînais à vélo l'après-midi. Au début, sur la route, j'étais complètement largué mais par la suite, j'arrivais à rouler 110 km dans les cols en Espagne ou à garder en point de mire des gars comme Filip Meirhaeghe ou Roel Paulissen. Je suis très explosif et j'ai une bonne condition physique. En revanche, je n'ai pas suffisamment d'endurance pour tenir plus de deux heures à fond ". Belaey ne comptait de toute façon pas gagner le Tour de France. Cette année fut surtout bénéfique car elle lui permit d'obtenir un certificat de gestion. " Grâce à cela, mon frère et moi avons pu créer notre société. Comme beaucoup de gens me demandaient où trouver un vélo de trial, nous avons décidé de les importer nous-mêmes. Nous vendons également des vidéos, des vêtements, etc. Et ça marche pas mal du tout. Nous organisons aussi des événements ainsi que des shows destinés à promouvoir ce sport qui demande beaucoup de technique et de concentration. Si je voulais, je pourrais travailler sept jours sur sept mais l'aspect sportif conserve la priorité car des titres, on n'en a jamais assez. Le dernier que j'ai fêté, en Nouvelle-Zélande, était encore le plus beau. D'autant que la concurrence ne cesse de croître. D'ailleurs, quinze jours avant une grande compétition, je deviens invivable : je suis sur ma planète et il ne faut pas me parler ". Le seul trophée qui manquera sans doute à son impressionnant palmarès, c'est le titre olympique, le bike-trial n'étant pas reconnu par le CIO. " Il n'y a pas suffisamment de filles qui le pratiquent et puis, il faudrait une entente entre l'UCI et une fédération concurrente qui draine pas mal de monde. Ce sera peut-être pour dans huit ans... quand j'arrêterai ". Actuellement, le Français Vincent Amand est son plus grand concurrent. Mais dans les prochains mois, il craindra surtout... son frère Wesley, qui est déjà trois fois champion du monde dans la catégorie des 20 à 26 pouces. PATRICE SINTZEN