Dimanche, 14 heures. Malines va bientôt affronter le Beerschot Wilrijk. C'est son premier match depuis que le parquet l'a associé à d'obscures pratiques financières et à une corruption privée, dans le cadre de sa lutte contre la relégation, au printemps. L'arbitre ne donnera le coup d'envoi que deux heures plus tard mais un supporter local se dirige déjà vers le stade. Au dos de son maillot noir, une inscription en lettres rouge et or : Jefke, keep calm and love Malinwa.
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Dimanche, 14 heures. Malines va bientôt affronter le Beerschot Wilrijk. C'est son premier match depuis que le parquet l'a associé à d'obscures pratiques financières et à une corruption privée, dans le cadre de sa lutte contre la relégation, au printemps. L'arbitre ne donnera le coup d'envoi que deux heures plus tard mais un supporter local se dirige déjà vers le stade. Au dos de son maillot noir, une inscription en lettres rouge et or : Jefke, keep calm and love Malinwa. L'échauffement débute une heure plus tard. On dirait que toute la légion malinoise s'est imprégnée des résolutions de Jefke. Les supporters du Beerschot scandent des slogans style " Somers in den bak, olé, olé " et " Malinwa maffia " mais leurs homologues malinois se contentent de soutenir leur équipe. On entend tout au plus des remarques sarcastiques comme : " Nous avons placé l'inscription REMEMBER 2002-2003 du mauvais côté du terrain. " Comme nous l'écrivions la semaine passée, ce panneau mettait la famille rouge et jaune en garde contre les pratiques qui lui avaient valu sa faillite il y a une quinzaine d'années. Le panneau était accroché dans l'ancienne tribune principale. Les supporters la voyaient bien mais pas les dirigeants, installés dans cette tribune. Or, ce sont des dirigeants qui ont propulsé Malines dans ce nouvel ouragan. L'actionnaire principal Olivier Somers et le responsable financier Thierry Steemans sont privés de liberté depuis deux semaines, comme le manager Dejan Veljkovic, qui était chez lui à Malines. Malines est dans la mouise jusqu'au cou, juste après l'opération de modernisation qui devait le conduire dans le subtop de la D1A. Il y a un an, le Malinwa était un des derniers clubs de l'élite à fonctionner en ASBL, sans actions qui permettent une reprise. La direction et les supporters voulaient éviter que le club pour lequel ils s'étaient tant battus après sa faillite ne devienne le jouet d'un millionnaire quelconque. Cette structure était assortie d'un fameux inconvénient : elle n'offrait pas une assise financière suffisante. En début d'année, l'ASBL s'est donc muée en SA avec sept investisseurs. Les deux principaux, Olivier Somers et Dieter Penninckx, ont été présentés comme de purs supporters malinois, qui ne pensaient donc qu'au bien du club. En outre, ce sont deux hommes d'affaires. Le premier travaille dans la communication, le second dans la mode. On pouvait donc espérer qu'il introduisent des méthodes plus professionnelles. Malheureusement, à peine Somers et Penninckx entrés en fonction, Malines s'est retrouvé impliqué dans la lutte pour le maintien. Le club a paniqué et est descendu mais pendant l'intersaison, il a poursuivi ses projets de construction et a érigé une nouvelle tribune principale, après avoir déjà remplacé deux autres blocs. Au début de cette saison, le charmant mais petit stade désuet avait quasi disparu. Ses infrastructures étaient enfin aussi modernes que sa structure juridique. Bref, malgré sa relégation, Malines paraissait prêt à jouer un rôle significatif dans le football belge, à l'avenir. Après un début de saison un peu tumultueux sur le plan sportif, Malines venait de se glisser dans le peloton de tête. Les supporters pouvaient donc rêver d'un retour immédiat en D1A. Puis, il y a deux semaines, le parquet lui a infligé un uppercut, l'arrachant à son rêve. La tribune principale qui fleurait encore bon le ciment a tremblé sur ses fondations. Depuis, Malines essaie de comprendre ce qui s'est vraiment passé. Rewind au 2 février 2017. Le quotidien De Tijd publie une phrase frappante : " Le YRFC Malines met la dernière main à une nouvelle construction, qui permet une reprise. " Marc Faes est furieux. Le manager commercial du KV vient de concrétiser sa montée en puissance en décrochant le poste de manager général. Il dément l'écrit du Tijd. Il explique que le KV a simplement étudié la possibilité de mettre sur pied une SPRL à côté de l'ASBL, soit une société à responsabilité limitée. Mais selon Faes, cette piste s'inscrit uniquement dans le contexte des travaux. La SPRL ne doit pas se mêler de la gestion sportive. Autre son de cloche en mars, de la bouche du président Johan Timmermans, qui déclare à la Gazet van Antwerpen : " La mise sur pied de cette société est un outil pour faire rentrer de l'argent pour le stade mais aussi pour augmenter le budget sportif. " Quand Somers et Penninckx entrent en scène, il est clair qu'ils auront leur mot à dire sur l'aspect sportif, Penninckx restant dans l'ombre. Somers prend les rênes en mains. Il l'a fait dès l'automne 2017, alors que la SA n'était pas encore fondée. Somers a repris le gouvernail quand Malines a limogé Yannick Ferrera et qu'il a fallu le remplacer. Somers n'avait cependant aucune expérience du football, comme il l'a reconnu en fin d'année : " Nous sommes des bleus. " En plus, le KV avait encore un directeur technique, Rik Vande Velde, et son prédécesseur, Fi Vanhoof, était encore dans les parages. Pourtant, Somers s'est emparé du dossier et a reçu les candidats à la succession de Ferrera. Évidemment, durant ses entretiens avec des hommes de football, il a fait preuve de naïveté. Un attribut qui n'avait déjà pas réussi à Malines dans le passé. L'ancienne direction avait laissé trop de champ à Veljkovic, déjà contesté. Son portefeuille comptait trop de joueurs de Malines et son influence s'étendait au staff. Somers était conscient du champ de mines de Veljkovic, entend-on ici et là. La semaine passée, la direction a envoyé un communiqué : " Après la transformation du club en SA, la direction, emmenée par Olivier Somers et Stefan Vanroy, s'est fixé comme objectif principal la limitation à trois du nombre de joueurs par manager. " Bizarrement, fin octobre, Somers et Cie ont engagé un pion de Veljkovic pour remplacer Ferrera : Aleksandar Jankovic a entamé son second mandat Derrière les Casernes. Vanroy, cité dans cette déclaration, est le troisième dirigeant malinois à avoir été arrêté il y a deux semaines. Il a été libéré sous condition depuis. Il est l'accountant auquel Somers fait appel pour ses sociétés. " Un ami de la première heure ", a déclaré Somers l'année passée. Il a donc emmené son comptable à Malines. En fin d'année, Vanroy a injecté de l'argent dans la SA : 249.750 euros, tandis que Somers et Penninckx déboursaient chacun 2.000.250 euros. Quand le club a fondé une " cellule sportive ", Vanroy ne s'est pas contenté de mettre de l'argent à la disposition du club. Il a pris les rênes de la cellule. Il avait dix ans d'expérience à ce poste mais au KSC Grimbergen, qui évoluait en D3 et en Promotion. Vanroy allait former un tandem avec un professeur de mathématiques, Dennis Hendrickx, le responsable des jeunes, une autre personne dépourvue de lettres de noblesse au plus haut niveau. Donc, l'inexpérience était totale au sein de la cellule sportive, d'autant que Vande Velde et Vanhoof avaient perdu leurs responsabilités. Après quelques mois, Jankovic a été limogé et remplacé par Dennis van Wijk. Pendant l'intersaison, le KV a décidé de le conserver malgré sa relégation mais quelques mois plus tard, le club l'a quand même viré, peu avant de mettre fin au mandat de Faes. Quatre autres personnes ont versé la même somme que Vanroy : Eddy De Reys, le président des jeunes Guido Vanherp, le directeur financier Thierry Steemans et Luc Leemans, de Luka Vleeswaren. Toutefois, à la lumière des indices de corruption privée, c'est moins la liste des investisseurs qui compte pour l'avenir de Malines que la composition de son conseil d'administration. Le règlement de l'UB stipule ceci, dans le passage évoquant la falsification du championnat : " S'il est prouvé que l'infraction a été commise à la connaissance et avec l'approbation de la majorité des dirigeants du club, celui-ci peut être radié. " L'acte transformant le club en SA mentionne onze représentants et dirigeants. Il s'agit des sept personnes ayant injecté de l'argent dans la société anonyme- Somers, Vanroy, Leemans, Penninckx, De Reys, Steemans et Vanherp - et de quatre autres, qui n'ont pas investi de fonds : le président Timmermans, deux membres de l'organe des supporters - Hans Van der biesen et Gert Van Dyck - et Mark Uytterhoeven, issu du monde audiovisuel, qui a reçu un siège permanent à la direction il y a quinze ans, en récompense de son engagement dans l'opération de sauvetage du club. Malines ne serait donc radié que six dirigeants au moins étaient au courant d'une éventuelle corruption et auraient accordé leur fiat à cet acte. Il y a deux semaines, trois des onze dirigeants ont été interpellés et on ne sait pas encore exactement ce qu'on leur reproche. Timmermans a été entendu la semaine passée mais pas arrêté. S'il était question de corruption sans que la majorité soit au courant, le règlement de la fédération prévoit une rétrogradation si la tentative ou le fait de fausser le déroulement de la compétition met le club en cause. Sur ce point, ce sont " les instances fédérales compétentes qui décident, souverainement. " Penninckx est donc obligé de sortir de l'ombre pour tenter de sauver le club. Le Malinwa a annoncé, la semaine passée : " Compte tenu de la situation, les responsabilités et les tâches des administrateurs délégués sont provisoirement assurées par un quatuor : les actionnaires Dieter Penninckx et Luc Leemans, le délégué des supporters Hans Van der biesen et le responsable opérationnel Bram Scheerlinck. " Le nom de Leemans saute aux yeux. Il est étonnant de le voir occuper un rôle proéminent dans la mesure où il est une bonne relation de Steemans. C'est ce dernier qui a introduit Leemans au club il y a quelques années. Ils ont fait connaissance dans le milieu équestre. Steemans est membre du jury du Jumping de Malines. Les supporters ne savent plus que penser. Comment est-il possible que Somers ait semblé vouloir se débarrasser de Veljkovic mais que son club soit maintenant suspecté de s'être jeté dans les bras du manager serbe pour éviter la relégation ? C'est tout à l'honneur des supporters malinois de n'avoir scandé aucune insulte à l'encontre de la direction ni même des personnes incarcérées, dimanche, malgré l'incertitude qui plombe le club. En attendant plus de nouvelles du parquet, la légion malinoise parvient à contenir sa colère. Il y a bien eu une note critique mais elle était emballée dans un message positif. Peu avant le coup d'envoi, les supporters ont déroulé une banderole : The only loyalty in football is between supporter & club.