Il précise tout de suite: il s'y est assis, il n'a pas conduit : "Car on ne pilote une telle auto que quand on roule à pleins gaz".
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Il précise tout de suite: il s'y est assis, il n'a pas conduit : "Car on ne pilote une telle auto que quand on roule à pleins gaz".Schumacher est-il le meilleur?Philip Verellen: De sa génération, sans aucun doute. Mais on ne peut effectuer de comparaisons: Schumacher est-il supérieur à Senna, Senna était-il meilleur que Stewart? Qui peut l'affirmer? Mais Schumacher est une figure exceptionnelle de sa génération. Ne serait-ce qu'en vitesse pure: tous ses coéquipiers admettent qu'il parvient à retirer quelque chose de plus d'une auto, qui n'a rien à voir avec la télémétrie (la transmission de données de l'auto au pit), ni l'électronique. Les ingénieurs le constatent: après les virages, il accélère un rien plus tôt que les autres, il coupe aussi les tournants différemment. Comme dans un kart; ces pilotes conduisent littéralement leur véhicule avec leur derrière. Schumacher est le seul à en être capable avec un bolide de F1. Il ne doit donc pas être le plus rapide car il est également capable de maintenir un rythme élevé. D'autres y parviennent pendant un tour avant d'être cuits. Il est également capable de former une équipe autour de lui. Quel que soit l'angle sous lequel vous retournez le problème, et bien que Barrichello affirme avoir sa part de mérites, Ferrari tourne autour de Schumacher. Il a rassemblé tout son entourage: Jean Todt, le chef d'écurie, Ross Brawn, l'ingénieur en chef. Schumacher n'a aucun charisme. Senna en avait. Schumacher porte évidemment un lourd héritage: les gens s'attendaient à ce qu'il assume le rôle de Senna. Notez qu'avec l'âge, maintenant qu'il a gagné tout ce qu'il y avait à gagner, il commence à se décontracter. Mais au début, il était replié sur lui-même.De McLaren ou de Williams, c'est certain. Je crois toutefois que son frère cadet va éprouver des difficultés au sein de sa propre écurie avec Montoya. On l'a déjà constaté l'année dernière: après la mi-saison, il a régulièrement battu Ralf. Montoya est un des rares pilotes actuels à être en mesure d'inquiéter Michael Schumacher. La saison passée, il a réalisé certaines choses que Schumacher n'a jamais réussies en plusieurs années. Les outsiders restent évidemment les Jordan et Sauber, qui est en bonne voie. Un pneu est tellement important! On peut investir des millions dans l'amélioration du moteur et du châssis mais un pneu, qui est relativement bon marché, peut parfois faire une différence d'une seconde. Un pneu détermine la réussite de l'ensemble alors qu'il constitue le maillon le moins cher de toute la chaîne qui fait le succès en F1. L'année dernière, les pneus Bridgestone étaient nettement meilleurs mais il paraît que Michelin a beaucoup progressé, au point que les observateurs disent déjà: -Heureusement que Schumacher n'utilise pas des Michelin. Sinon, il serait invincible. Ferrari est-il le modèle?Cette année, Ferrari prend des risques avec sa nouvelle boîte à vitesses miniature qui offre d'énormes avantages aérodynamiques au châssis. Le principal risque, c'est évidemment la fiabilité d'une telle innovation. Jusqu'à présent, Ferrari a eu beaucoup de problèmes durant les tests. Une fois le système bien rôdé, il offrira d'énormes avantages aux pilotes mais au début, il pourrait leur coûter quelques courses. Attention, je trouve ça formidable: au moins, Ferrari ose. Et au fond, Jaguar fait partie de Ford. Le châssis de Renault est conçu par d'anciens employés de Benetton. Il faut donc relativiser, dans le cas de Renault. Par contre, pour Toyota, c'est une question de marketing. Ses dirigeants ne veulent pas se lier à un constructeur indépendant. Je trouve qu'il s'agit là d'une situation délicate pour la F1. Si des marques automobiles rejoignent la F1, c'est uniquement à cause de stratégies de marketing, pour un laps de temps de deux, trois ou six ans. Une fois le projet mené à terme, elles arrêtent aussi les frais.Par contre, une équipe comme McLaren, qui s'associe à un constructeur de moteur, va chercher une alternative dès qu'elle sent que son fournisseur s'apprête à jeter l'éponge. Si Mercedes dit à McLaren qu'elle arrête, ça ne signifiera pas la fin de l'écurie.C'était toutefois un fait depuis quelques années. Renault, par exemple, affirme qu'il disposait déjà l'an passé de l'appareillage nécessaire pour intercepter le nombre de tours d'autres véhicules lors de leur passage. C'est typique de la fédération automobile, d'ailleurs: dès qu'elle ne peut plus contrôler quelque chose, elle l'accepte. Des voitures faciles à piloter?C'est clair. Quand vous voyez que Raikkonen vient en droite ligne de la Formule Renault! Une petite voiture de deux litres. Mais le voilà qui fait son entrée en F1 et qui roule vite, plus vite que Heidfeld, malgré l'expérience de celui-ci. Sauter le pas est plus facile qu'avant: il y avait plus de chevaux, sans contrôle de traction et il fallait changer de vitesse à la main.Tout cela est devenu automatique. On ne peut donc plus commettre d'erreur. Alain Prost a déjà dit qu'il faudrait revenir à cette époque, notamment avec un passage de vitesse manuel. Ça a peut-être l'air idiot mais prenez l'exemple de Monaco: pendant la course, vous changez de vitesse des milliers de fois. Ne pas commettre d'erreur est extrêmement difficile! Et quand vous faites une erreur avec un bolide de F1, vous démolissez votre moteur. Il n'est plus possible de faire la différence sur ce plan. Plus jamais de Belges en F1?Si, demain, un Belge apportait suffisamment d'argent, il roulerait en F1. Je suis convaincu que des pilotes belges disposent des qualités requises pour évoluer en F1. Malheureusement, ils se sont toujours manifestés au mauvais moment, à la mauvaise place ou alors, ils étaient mal entourés. Tous ces éléments doivent converger. Imaginez que Montoya ait dû entamer sa carrière chez Arrows. Le chef de l'écurie, Tom Walkinshaw, se moque des contrats. Si quelqu'un avait apporté plus d'argent, Montoya se serait peut-être retrouvé dehors après six mois.Attention: il faut être bon, ça reste un must. Mais il faut être parfaitement entouré et suivi. L'excuse qu'on avance sans arrêt est que notre marché est trop petit et notre impact industriel trop restreint. Et la Finlande, alors? Elle ne compte que cinq millions d'habitants mais elle a un pilote chez McLaren et un autre chez Toyota. Sans parler du rallye, qu'elle domine complètement. Marc Goossens, Bas Leinders, David Saelens: ces garçons ne manquent pas de talent. Certains pilotes de F1 sont moins doués qu'eux. Mais trouver 2,5 millions d'euros n'est pas facile.Kris Croonen,"Si un Belge apportait 2,5 millions d'euros, il roulerait"