Tu as joué 20 matches en équipe nationale de 2005 à 2009 avec Anthuenis, Vandereycken et Advocaat, quand on enchaînait les échecs en qualifications. Les joueurs de l'époque étaient conscients qu'il n'y avait pas assez de talent mais voulaient se cacher la réalité en faisant semblant d'y croire ?

On savait très bien qu'on avait peu de chances, pour plusieurs raisons. On n'avait pas de joueurs à Manchester City, à United ou à Chelsea, il y avait simplement des jeunes qui promettaient beaucoup mais devaient encore tout prouver sur le plan international. On n'avait pas de gars capables de débloquer des matches fermés sur une action de génie, il fallait miser sur l'organisation. Et on ratait systématiquement notre début de parcours, ce qui installait une ambiance négative et défaitiste dans le groupe et dans l'entourage. A tous points de vue, c'est complètement différent aujourd'hui. ...

On savait très bien qu'on avait peu de chances, pour plusieurs raisons. On n'avait pas de joueurs à Manchester City, à United ou à Chelsea, il y avait simplement des jeunes qui promettaient beaucoup mais devaient encore tout prouver sur le plan international. On n'avait pas de gars capables de débloquer des matches fermés sur une action de génie, il fallait miser sur l'organisation. Et on ratait systématiquement notre début de parcours, ce qui installait une ambiance négative et défaitiste dans le groupe et dans l'entourage. A tous points de vue, c'est complètement différent aujourd'hui. C'est vrai, on ne se faisait pas trop d'illusions, malgré nos discours encourageants. Ils en parlaient aux nouveaux internationaux mais pas dans le but de nous en mettre plein la vue ou de nous abaisser. C'était positif : pour eux, c'était une façon de nous motiver, de nous donner envie. Ils nous disaient qu'une Coupe du Monde était une expérience magnifique. Je me souviens de quelques anecdotes savoureuses sur le Japon, racontées à table. Des trucs qui doivent rester entre nous, des histoires qui ne peuvent pas sortir. On voyait qu'ils avaient un talent énorme mais personne n'aurait osé miser sur une progression pareille. Hazard montrait déjà des belles choses avec Lille mais on ne l'imaginait pas à Chelsea. Witsel et Fellaini étaient les plus grands talents du Standard mais personne ne leur prédisait un destin aussi fantastique. On n'aurait pas pu dire que Fellaini se retrouverait à Manchester. Aujourd'hui, leur statut est complètement différent parce qu'ils ont quelques années de plus et parce qu'ils jouent dans les meilleurs clubs d'Europe. Par rapport à ma période chez les Diables, la progression la plus étonnante est celle de Witsel. Je suis certain que dans un, deux ou trois ans, il sera dans une équipe comme le Real ou le Barça. Je n'ai jamais remarqué de différence. Ceux qui jouaient à l'étranger ne se sont jamais mis au-dessus de ceux qui étaient toujours dans le championnat de Belgique. Les affinités se faisaient sur d'autres critères, comme le fait d'avoir joué précédemment ensemble dans un club. Et vu que de nombreux Diables s'étaient déjà côtoyés chez les Espoirs, il y avait toujours une vraie unité, malgré l'éloignement dû aux transferts. Je pense qu'il y a eu plus de pression sur Carcela que sur Bakkali. Parce qu'à l'époque, Carcela avait un profil qui n'existait pas dans le noyau des Diables. Il avait des qualités spécifiques qui pouvaient nous être fort utiles, c'était le temps du tout grand Carcela qui faisait des flammes avec le Standard. Les internationaux qui étaient proches de lui ont sûrement tout fait pour le convaincre de choisir la Belgique et j'imagine que le coach de l'époque, Dick Advocaat, lui a aussi sorti des arguments forts. La situation de Bakkali est différente dans le sens où il y a déjà plusieurs joueurs de grand talent pour jouer à sa place : De Bruyne, Hazard, Mertens, Mirallas. PAR PIERRE DANVOYE