" Les Diables Rouges face à la Grèce : avant, pendant et après ce match amical, je penserai à Manu Karagiannis, un joueur qui m'a apporté beaucoup de joies. J'ai passé trois magnifiques saisons avec lui au Pairay. Même si j'ai coaché de grands joueurs, peu étaient aussi courageux que Manu. Fils d'un mineur grec venu des plages de Samos, une des centaines d'îles de l'archipel grec, Manu est né à Maasmechelen le 22 novembre 1966. Et là, dans le Limbourg de sa jeunesse, il a appris à jouer au football...

" Les Diables Rouges face à la Grèce : avant, pendant et après ce match amical, je penserai à Manu Karagiannis, un joueur qui m'a apporté beaucoup de joies. J'ai passé trois magnifiques saisons avec lui au Pairay. Même si j'ai coaché de grands joueurs, peu étaient aussi courageux que Manu. Fils d'un mineur grec venu des plages de Samos, une des centaines d'îles de l'archipel grec, Manu est né à Maasmechelen le 22 novembre 1966. Et là, dans le Limbourg de sa jeunesse, il a appris à jouer au football comme on va au charbon. Il a fait ses classes au Patro Eisden et son abattage attira le regard du Standard au milieu des années 90. Jean-Pierre Delmotte révéla dans un de ses livres ( Seraing s'envole) que l'affaire capota en raison du prix exigé par la Patro : 250.000 euros. Karagiannis se retrouva alors à Waregem où il côtoya notamment Patrick Teppers, Vital Borkelmans, Richard Niederbacher, Hans Christiaens etAlain Van Baekel. Il y est resté six ans, avec de belles aventures européennes à la clef, avant que je songe à lui. Seraing était en D2 où Gérald Blaton avait généreusement bâti une équipe de rêve. J'avais besoin d'un Arrigo Bernardi des années 90 pour muscler ma ligne médiane et la récupération. Manu était plus complet que le bon vieux Bernardi et, dès son arrivée au Pairay en 1992, il a sans cesse protégé ou réveillé nos artistes. Quand Isaias, Wamberto ou Edmilson levaient le pied, notre pirate grec était le premier à leur remonter les bretelles. Manu y allait certes toujours de bon coeur mais il jouait aussi à faire peur. Derrière le joueur, il y avait un homme qui savait être bonne pâte... à la grecque. Aigre sur le terrain, doux dans la vie. Avec lui, c'était simple : il fallait bosser et marcher droit. La venue à Seraing en D2 comportait un risque pour lui. A 26 ans, Manu pouvait y relancer sa carrière ou plonger dans l'anonymat. La réussite fut totale : titre en D2 (sans encaisser une défaite), troisième et ticket européen quand Seraing réintégra l'élite en 1993-1994. Manu a été quatre fois international quand il portait le maillot du Pairay. C'est une des plus belles satisfactions de ma carrière de coach. J'avais déjà vécu ce bonheur et cet honneur avec Nico Claesen qui représenta huit fois les Métallos parmi les Diables Rouges. A deux, Manu et Nico ont collectionné les 12 caps de l'histoire de Seraing. Ils ont tous les deux été formés à Eisden et ont décollé en D2 au Pairay. Manu a encore eu une très longue carrière après avoir quitté Seraing en 1995 : Anderlecht, Antwerp, Germinal Ekeren, Germinal Beerschot, La Louvière. Son secret ? Le travail... " PIERRE BILIC