La prise de balle est un voyage dans le temps. Un flashback abrité dans chaque foulée. Frenkie de Jong vient chercher le ballon dans les pieds de ses défenseurs centraux et remonte le terrain jusqu'à la surface adverse. Même la coupe de cheveux semble être un clin d'oeil à des années septante qui ont déteint sur son football.

Le dernier prodige ajacide finit sa remontée temporelle en 1974. La Coupe du monde de football, disputée sur le sol ouest-allemand, vit son apothéose à Munich. Frenkie est dans les deux camps. Son jeu audacieux, presque arrogant de spectacle, est résolument oranje.

Pourtant, son sosie porte les couleurs locales. " Frenkie, c'est une version améliorée de Franz Beckenbauer ", pose sans trembler Arie Haan, témoin privilégié des sorties de défense du Kaiser. " Il a de la vitesse et il passe le ballon facilement. "

FRENKIE ET LE BALLON

Les jeunes années de Frenkie, qui grandit à Arkel, au sein d'un Brabant asservi aux couleurs du PSV mais dans une famille qui ne jure que par Feyenoord, ne sont pourtant pas marquées par sa qualité de passe.

" Quand mes coaches me disaient que je devais jouer plus simple, ça entrait par une oreille et ça ressortait par l'autre ", confie le Néerlandais à la revue Santos. De Jong ne joue pas. Il crée.

" Ma force et ma qualité, c'est mon instinct. Je ne peux pas l'ignorer. Sinon, je serais un jeune joueur comme il en existe des milliers d'autres ", ajoute l'homme que toute l'Europe commence à s'arracher. Enfant d'un football internationalisé, Frenkie vit sa passion en jetant le regard au-delà des frontières.

Au milieu des années 2000, à peine âgé d'une dizaine d'années et contaminé, comme tout le continent, par le Barça de Frank Rijkaard et de Ronaldinho, de Jong met déjà le génie brésilien au second plan. De ses vacances en Espagne, il revient avec un maillot floqué du numéro 30. Le signe distinctif des admirateurs de la première heure de Lionel Messi.

Amoureux de la Pulga plus que des clubs qui entourent son berceau, Frenkie de Jong finit par porter les couleurs de Willem II. Ses premiers contacts avec l'Ajax datent du début des années 2010, quand Marc Overmars le découvre à l'occasion d'un match des U16 néerlandais à Arnhem.

Mais il ne rejoindra la capitale qu'en 2015, alors qu'il a déjà fait ses débuts en Eredivisie sous le maillot du club de Tilburg. Prêté chez son ancien employeur, il ne monte presque jamais sur la pelouse, au point d'être rapatrié par l'Ajax au coeur de l'hiver.

" Peut-être que le coach Jurgen Streppel trouvait que mon jeu n'était pas assez fiable pour une équipe qui devait jouer le maintien ", affirme aujourd'hui Frenkie.

TAILLÉ POUR AMSTERDAM

Le football du nouveau phénomène oranje n'est effectivement pas conseillé aux cardiaques. Même quand Martin Keizer choisira de l'aligner en défense centrale - malgré des qualités défensives insuffisantes pour envisager une carrière à ce poste - Frenkie provoque les attaquants, protège son ballon et pivote autour de adversaire à quelques mètres de son but, et remonte balle au pied jusqu'à ce qu'une ouverture intéressante se présente dans le bloc adverse. Des qualités qui ne pouvaient pas mieux s'exprimer ailleurs qu'à Amsterdam.

C'est le plus jeune sur le terrain, mais tout le monde lui donne la balle " Ryan Thomas, Joueur du PEC Zwolle

Peu à peu, grâce notamment à un triplé de passes décisives en une mi-temps face à Roda au mois de novembre 2017, Frenkie gagne ses galons dans le onze de base. Les coéquipiers sont conquis. Même ses adversaires sont admiratifs.

" C'est le plus jeune sur le terrain, mais tout le monde lui donne la balle ", explique Ryan Thomas, joueur du PEC Zwolle, à ESPN. " Pour un footballeur, c'est le plus beau des compliments. "

Si tout le monde aime mettre le ballon dans les pieds de Frenkie de Jong, c'est pour profiter de cette conduite de balle hors du commun. Tellement élégante qu'elle semble lente, alors que le coup de reins qui suit le dribble ou le pivotement met systématiquement l'adversaire hors de portée.

Une fois face au jeu, le Néerlandais trouve les failles dans le bloc adverse, et parvient avec une insolente facilité à casser les lignes, quête permanente du football moderne où les équipes suppriment de mieux en mieux les espaces.

De Jong divise alors les lignes adverses, en rassemblant autour de lui de plus en plus de joueurs voulant le priver du ballon. L'espace est créé, et la qualité de passe fait le reste.

À L'INTERNATIONAL

Le style de jeu peut parfois sembler excessif, mais les actions sont rarement superflues. La science du jeu est également intégrée au spécimen, quelque part entre les mèches blondes et les chaussures. Chez les de Jong, entre père et fils, on aime débattre de la grandeur de Johan Cruyff et de Lionel Messi.

Frenkie est contaminé par le football, au point de mettre un terme prématuré à un repas de Saint-Valentin pour s'installer devant un huitième de finale de Ligue des Champions. Le jeu, principalement celui du Barça de Leo, le fascine. Pas étonnant, dès lors, de retrouver les Catalans au sommet de la liste de ses soupirants, en compagnie de Manchester City ou du PSG.

Détaché de ces rumeurs qui l'envoient aux quatre coins du Vieux Continent, Frenkie de Jong poursuit sa progression. Il découvre la Ligue des Champions avec l'Ajax, et celle des Nations avec les Oranje, chez qui il a fêté ses trois premières sélections depuis le début de cette saison.

Monté au jeu en amical contre le Pérou, il s'est directement signalé avec une récupération dans le camp adverse, et une passe aussi géniale que décisive. Suffisant pour que Ronald Koeman en fasse un titulaire contre la France lors du match suivant.

Au bout des nonante minutes, un adversaire approche de lui, et lui fait un signe clair. Il veut un échange de maillots. Comme lui, le Français connaît son sport sur le bout des doigts. Et dans les leçons sur les futurs du ballon rond, il a surligné au fluo le nom de son adversaire du soir. Le maillot de Frenkie est désormais bien installé dans la collection de Kylian Mbappé.

La prise de balle est un voyage dans le temps. Un flashback abrité dans chaque foulée. Frenkie de Jong vient chercher le ballon dans les pieds de ses défenseurs centraux et remonte le terrain jusqu'à la surface adverse. Même la coupe de cheveux semble être un clin d'oeil à des années septante qui ont déteint sur son football. Le dernier prodige ajacide finit sa remontée temporelle en 1974. La Coupe du monde de football, disputée sur le sol ouest-allemand, vit son apothéose à Munich. Frenkie est dans les deux camps. Son jeu audacieux, presque arrogant de spectacle, est résolument oranje. Pourtant, son sosie porte les couleurs locales. " Frenkie, c'est une version améliorée de Franz Beckenbauer ", pose sans trembler Arie Haan, témoin privilégié des sorties de défense du Kaiser. " Il a de la vitesse et il passe le ballon facilement. " Les jeunes années de Frenkie, qui grandit à Arkel, au sein d'un Brabant asservi aux couleurs du PSV mais dans une famille qui ne jure que par Feyenoord, ne sont pourtant pas marquées par sa qualité de passe. " Quand mes coaches me disaient que je devais jouer plus simple, ça entrait par une oreille et ça ressortait par l'autre ", confie le Néerlandais à la revue Santos. De Jong ne joue pas. Il crée. " Ma force et ma qualité, c'est mon instinct. Je ne peux pas l'ignorer. Sinon, je serais un jeune joueur comme il en existe des milliers d'autres ", ajoute l'homme que toute l'Europe commence à s'arracher. Enfant d'un football internationalisé, Frenkie vit sa passion en jetant le regard au-delà des frontières. Au milieu des années 2000, à peine âgé d'une dizaine d'années et contaminé, comme tout le continent, par le Barça de Frank Rijkaard et de Ronaldinho, de Jong met déjà le génie brésilien au second plan. De ses vacances en Espagne, il revient avec un maillot floqué du numéro 30. Le signe distinctif des admirateurs de la première heure de Lionel Messi. Amoureux de la Pulga plus que des clubs qui entourent son berceau, Frenkie de Jong finit par porter les couleurs de Willem II. Ses premiers contacts avec l'Ajax datent du début des années 2010, quand Marc Overmars le découvre à l'occasion d'un match des U16 néerlandais à Arnhem. Mais il ne rejoindra la capitale qu'en 2015, alors qu'il a déjà fait ses débuts en Eredivisie sous le maillot du club de Tilburg. Prêté chez son ancien employeur, il ne monte presque jamais sur la pelouse, au point d'être rapatrié par l'Ajax au coeur de l'hiver. " Peut-être que le coach Jurgen Streppel trouvait que mon jeu n'était pas assez fiable pour une équipe qui devait jouer le maintien ", affirme aujourd'hui Frenkie. Le football du nouveau phénomène oranje n'est effectivement pas conseillé aux cardiaques. Même quand Martin Keizer choisira de l'aligner en défense centrale - malgré des qualités défensives insuffisantes pour envisager une carrière à ce poste - Frenkie provoque les attaquants, protège son ballon et pivote autour de adversaire à quelques mètres de son but, et remonte balle au pied jusqu'à ce qu'une ouverture intéressante se présente dans le bloc adverse. Des qualités qui ne pouvaient pas mieux s'exprimer ailleurs qu'à Amsterdam. Peu à peu, grâce notamment à un triplé de passes décisives en une mi-temps face à Roda au mois de novembre 2017, Frenkie gagne ses galons dans le onze de base. Les coéquipiers sont conquis. Même ses adversaires sont admiratifs. " C'est le plus jeune sur le terrain, mais tout le monde lui donne la balle ", explique Ryan Thomas, joueur du PEC Zwolle, à ESPN. " Pour un footballeur, c'est le plus beau des compliments. " Si tout le monde aime mettre le ballon dans les pieds de Frenkie de Jong, c'est pour profiter de cette conduite de balle hors du commun. Tellement élégante qu'elle semble lente, alors que le coup de reins qui suit le dribble ou le pivotement met systématiquement l'adversaire hors de portée. Une fois face au jeu, le Néerlandais trouve les failles dans le bloc adverse, et parvient avec une insolente facilité à casser les lignes, quête permanente du football moderne où les équipes suppriment de mieux en mieux les espaces. De Jong divise alors les lignes adverses, en rassemblant autour de lui de plus en plus de joueurs voulant le priver du ballon. L'espace est créé, et la qualité de passe fait le reste. Le style de jeu peut parfois sembler excessif, mais les actions sont rarement superflues. La science du jeu est également intégrée au spécimen, quelque part entre les mèches blondes et les chaussures. Chez les de Jong, entre père et fils, on aime débattre de la grandeur de Johan Cruyff et de Lionel Messi. Frenkie est contaminé par le football, au point de mettre un terme prématuré à un repas de Saint-Valentin pour s'installer devant un huitième de finale de Ligue des Champions. Le jeu, principalement celui du Barça de Leo, le fascine. Pas étonnant, dès lors, de retrouver les Catalans au sommet de la liste de ses soupirants, en compagnie de Manchester City ou du PSG. Détaché de ces rumeurs qui l'envoient aux quatre coins du Vieux Continent, Frenkie de Jong poursuit sa progression. Il découvre la Ligue des Champions avec l'Ajax, et celle des Nations avec les Oranje, chez qui il a fêté ses trois premières sélections depuis le début de cette saison. Monté au jeu en amical contre le Pérou, il s'est directement signalé avec une récupération dans le camp adverse, et une passe aussi géniale que décisive. Suffisant pour que Ronald Koeman en fasse un titulaire contre la France lors du match suivant. Au bout des nonante minutes, un adversaire approche de lui, et lui fait un signe clair. Il veut un échange de maillots. Comme lui, le Français connaît son sport sur le bout des doigts. Et dans les leçons sur les futurs du ballon rond, il a surligné au fluo le nom de son adversaire du soir. Le maillot de Frenkie est désormais bien installé dans la collection de Kylian Mbappé.