Atmosphère plombée à Anderlecht. La veille, les champions en titre ont cédé leur place de leader au Racing Genk suite au 2-0 pris à Westerlo. Une défaite qui s'ajoute au 0-3 enduré chez eux quelques jours plus tôt en Europa League face à l'Ajax Amsterdam. Objets de notre visite, les trois Tchèques des Mauves ont chacun leur raison de maugréer.
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Atmosphère plombée à Anderlecht. La veille, les champions en titre ont cédé leur place de leader au Racing Genk suite au 2-0 pris à Westerlo. Une défaite qui s'ajoute au 0-3 enduré chez eux quelques jours plus tôt en Europa League face à l'Ajax Amsterdam. Objets de notre visite, les trois Tchèques des Mauves ont chacun leur raison de maugréer. Au Kuipje, Ondrej Mazuch a commis le penalty à l'origine du premier but des hommes de Jan Ceulemans. Jan Lecjaks n'a pas été à la fête devant Christian Brüls, désigné Homme du Match. Quant à Lukas Marecek, il n'était pas même repris sur la feuille de match. Le trio ne se laisse pas abattre pour autant : " Une victoire contre Genk à l'occasion du prochain match et nous serons repartis du bon pied ", disent-ils en ch£ur. Ondrej Mazuch : Pour moi, ce n'est pas le jour et la nuit, comme certains le prétendent. Si Silvio Proto s'est mis souvent en évidence au point de retrouver sa place en équipe nationale, c'est parce que la défense a été sérieusement sollicitée également en Jupiler League. La différence se situe tantôt dans la pureté du geste, tantôt dans la rapidité. Dans un duel en Belgique, notre gardien oblige pour ainsi dire l'adversaire à tirer sur lui, tant il se fait large. Et la plupart du temps, dans cette situation, on bute sur lui. En Europe, dans le même cas de figure, l'opposant parvient malgré tout à trouver la faille. La preuve en fin de match à Split, par exemple. A ce niveau-là, tout est un peu plus précis aussi. Quand Sacha Kerzakov a inscrit l'un de ses buts au Parc Astrid pour le Zenit Saint-Pétersbourg, c'était pas bêtement en hauteur mais en pleine lucarne. Difficile de se distinguer là-dessus quand on est gardien. Jan Lecjaks : Ma seule référence européenne avant mes débuts pour Anderlecht au Partizan Belgrade, c'étaient les matches avec l'équipe des Espoirs de Tchéquie lors des qualifications pour l'EURO au Danemark cette année. Dans cette épreuve, j'ai vécu la même situation qu'Anderlecht en championnat, avec 30 buts marqués pour 4 encaissés en dix matches. Mais à l'échelon de la Coupe d'Europe, c'est là que j'ai vu la différence. Tout s'y déroule une fraction de seconde plus vite. Je l'ai vérifié avec cet auto-but en Serbie. J'étais pressé par un joueur et au lieu de dégager le ballon en corner, je l'ai catapulté dans notre goal. Je ne pense pas que la même situation m'arriverait en Belgique. Mazuch : Comme les matches s'enchaînent très vite, on n'a pas le temps de se poser trop de questions. Mon geste n'avait pas trop porté à conséquence puisque les Français étaient de toute façon plus forts que nous. Contre le Partizan, par contre... ( il grimace) Lecjaks : Au moment même, c'est comme si le monde s'écroulait. Heureusement, j'avais pu me racheter en délivrant l'assist sur le but égalisateur de Roland Juhasz. Un score de 2-2 en déplacement, c'était pas trop mal. En principe, on aurait d'ailleurs dû se qualifier au retour si l'arbitre n'avait pas annulé le but du 3-2 de Romelu Lukaku pour un hors-jeu imaginaire. Dans ce cas, plus personne n'aurait parlé de cet own-goal. Suite à l'élimination et à la perte de 15 millions, le sujet est bien sûr revenu sur le tapis. Mais on ne m'en a jamais voulu. J'ai accusé le coup pendant une quinzaine de jours puis j'ai repris le dessus. Mazuch : Suite à notre élimination contre les Serbes, on avait déjà laissé filer deux points à domicile devant Zulte Waregem. Ce n'est pas anormal. Il faut le temps pour digérer une défaite de cet ordre-là, d'autant plus qu'elle était synonyme d'adieux à la Ligue des Champions. Aussi, quand on affronte un adversaire replié pendant toute la partie devant son goal, il est difficile de se tirer d'affaire. Lecjaks : On a vécu la même chose à Westerlo, avec une équipe retranchée dans son camp d'un bout à l'autre de la partie. Par rapport à Zulte Waregem, qui n'avait songé qu'à défendre, elle a quand même eu le mérite de placer quelques contres qui nous ont fait mal. C'était la moindre des choses devant son public. Marecek : Je n'ai pas la même expérience qu'Ondrej et Jan en championnat mais j'ai déjà pu observer et remarquer pas mal de choses. Je me rends compte qu'Anderlecht éprouve manifestement des difficultés quand il doit jouer dans des petits stades devant une équipe souvent survoltée et portée par un véritable douzième homme. C'était déjà le cas au Lierse et pareil à Westerlo. Marecek : J'en ai l'impression. Ondrej et Jan ont l'avantage d'évoluer en défense, où les solutions de rechange ne sont pas nombreuses. Dans l'entrejeu, par contre, il y a foule. Suite au départ de Jan Polak, il y a déjà un concurrent en moins mais mon profil est plus proche de l'Argentin. Comme il ne lâche rien, je devrai sans doute patienter jusqu'à son transfert avant d'avoir plus de temps de jeu. Mazuch : Je ne crois pas, car c'est dans le cadre de nos évolutions avec les Espoirs de Tchéquie que nous avons attiré l'attention des scouts du Sporting. J'étais déjà à la Fiorentina quand le club m'a contacté. Marecek : On m'a vu à l'£uvre à la fois avec l'équipe nationale des U21 et à Brno même. Ceci dit, on a toujours prétendu en Tchéquie que les meilleurs footballeurs et les plus jolies filles sont originaires de Brno. Pas de chance pour Jan qui, lui, est originaire de Plzen ( il rit). Lecjaks : Plzen, réputée pour sa bière mais aussi parce qu'on y trouve les plus beaux mecs du pays. Navré, les gars ( tous s'esclaffent). Mazuch : Le pied gauche de Jan et la vista de Lukas. Lecjaks : Le placement d'Ondrej et le toucher de balle de Lukas. Marecek : L'autorité d'Ondrej dans les duels et la passe en profondeur de Jan, qui est une pure merveille. Mazuch : Je ne l'ai pas encore regrettée. Pour moi, la différence est énorme entre la Fiorentina, où je n'ai jamais joué en Serie A et Anderlecht où je suis titulaire. Mon seul regret c'est de ne pas encore avoir pu jouer les poules de la Ligue des Champions. Lecjaks : Tout s'est précipité suite à la blessure de Deschacht. Je n'ai donc pas de raison de me plaindre. J'estime avoir progressé durant tout ce temps, surtout en matière de positionnement. Même s'il me reste pas mal de choses à apprendre compte tenu de mon jeune âge. Marecek : J'ai connu des hauts et des bas aussi. Au Standard, je n'étais nulle part par exemple. Mais à d'autres moments, je pense avoir prouvé être digne de confiance. Mazuch : La qualité de mes adversaires directs. Cela peut paraître étonnant, bien sûr, vu les statistiques de la défense anderlechtoise. Chaque semaine, il y a toujours un gars qui vous mène la vie dure. Et je ne parle pas seulement de Ronald Vargas, Mémé Tchité ou Jelle Vossen. Ailleurs aussi, il y a de la qualité. Comme l'attaquant de Westerlo, Dieter Dekelver, qui fait toujours un bon match contre nous. Mais le plus coriace, c'est Ibrahima Sidibé de Saint-Trond. Honnêtement, je ne comprends pas ce qu'un gars de cette valeur fait là. Lecjaks : J'ai surtout été surpris par les assistances. En Tchéquie, il n'y a jamais grand monde au stade même pour des grands derbies style Sparta contre Slavia Prague. Ici, à de rares exceptions près, les stades sont toujours remplis. Marecek : Moi, c'est surtout la qualité de jeu qui m'a impressionné par moments. Comme au Standard, quand on a été battu 5-1. Le Club Bruges aussi m'a laissé une grosse impression, en particulier chez nous. C'est étonnant que des équipes de ce niveau se situent aussi loin de nous au classement. Mazuch : Je suis contre. Pour moi, il ne doit y avoir qu'un match au sommet par saison contre le Club Bruges, le Standard, Genk ou La Gantoise. Si l'on veut davantage de rencontres entre ces équipes, il reste la Coupe de Belgique voire l'instauration d'une Coupe de la Ligue pour y arriver. Ne multiplions pas ces affiches dans le cadre du championnat. Marecek : J'ai l'impression que les play-offs faussent le championnat. Je ne crois pas que dans une compétition régulière des clubs comme Bruges ou le Standard accuseraient autant de points de retard sur nous. Lecjaks : J'ai encore tout à découvrir à ce niveau. Je pense que la formule est plus attrayante sur le plan financier que sportif. Mazuch : Genk préfère se glisser dans la peau d'un outsider plutôt que d'assumer un autre rôle et c'est son droit. Vu son parcours, il me semble évident que ses joueurs peuvent nous inquiéter jusqu'au bout. Ils se sont longtemps retranchés derrière l'étroitesse de leur noyau pour justifier ce statut mais les derniers matches ont prouvé qu'ils ont pas mal de ressources en profondeur aussi. Je vois en eux notre adversaire le plus coriace dans la lutte pour le titre en tout cas. Mais on va s'imposer contre eux et on sera à nouveau repartis du bon pied. Marecek : Je suis aussi de cet avis. Genk nous mènera la vie dure jusqu'au bout mais on l'emportera. La saison passée, Anderlecht avait surclassé tout le monde lors des play-offs. Ce sera la même chose cette année. Lecjaks : Le Sporting se frottera aux meilleurs à ce moment. Et dans ces matches-là, il s'en sort toujours à son avantage comme les chiffres l'ont prouvé ces derniers mois. Aucune équipe n'a réussi mieux que nous face à ses rivaux. C'est un avantage appréciable. Mazuch : Nos bonnes prestations européennes contre l'Ajax, Bilbao et Hambourg nous avaient boostés il y a un an. Cette fois, ce n'est plus le cas. Voilà qui explique peut-être notre bête perte de points contre Zulte Waregem en début de saison ou à Westerlo récemment. Au moment de l'emballage final, Anderlecht répondra présent, c'est sûr. Lecjaks : Nous n'avons sans doute pas toujours bien joué depuis la reprise. Mais l'équipe a su limiter les dégâts pendant cette période. Quand elle aura retrouvé son jeu, tout ira mieux. Marecek : Il faudra être fort pour nous priver du titre en tout cas. Mazuch : Nous n'avons pas été gâtés par le tirage avec dans le groupe l'Ukraine, l'Espagne et l'Angleterre. Ce ne sera pas évident mais je nous accorde quand même des chances. Nous avons une bonne génération. Notre dernière défaite remonte au mois de novembre 2008 quand l'Angleterre nous avait battus 2-0 à domicile. Plus de deux ans sans revers, ça peut compter. Marecek : On dispose d'une toute bonne épine dorsale avec d'un côté le gardien Tomas Vaclik et de l'autre l'attaquant Tomas Pekhart qui a inscrit 9 de nos 30 buts. Six d'entre eux ont peut-être été réalisés contre Saint-Marin : ça n'enlève rien à ses mérites. Lecjaks : Quand il ne marque pas, on peut toujours compter aussi sur Tomas Micola. Un titre avec Anderlecht et un autre avec les Espoirs, ça suffirait amplement à mon bonheur au cours des mois à venir. Et je ne suis manifestement pas le seul de cet avis. PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS: REPORTERS" Je devrai sans doute attendre le départ de Biglia pour m'imposer. " (Lukas Marecek)" Un auto-goal comme au Partizan Belgrade ne se serait jamais produit en championnat. " (Jan Lecjaks)