Des slogans types " Accept no limit" ou encore " If you can see it, you can be it", le sourire ultra-bright et le look soigné: en apparence, Justine Vanhaevermaet a tout de la YouTubeuse experte en coaching de vie. Mais qu'on ne s'y trompe pas, la personnalité de la numéro 10 des Red Flames n'a rien à voir avec la vacuité des influenceurs expatriés à Dubaï. Titulaire d'un Master en kinésithérapie obtenu à l'Université de Gand, JVH est parfaitement consciente du role-model qu'elle peut jouer sur et en dehors du terrain pour participer à la croissance d'une discipline qui continue de grandir, même si tout ça va encore trop lentement à son goût.
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Des slogans types " Accept no limit" ou encore " If you can see it, you can be it", le sourire ultra-bright et le look soigné: en apparence, Justine Vanhaevermaet a tout de la YouTubeuse experte en coaching de vie. Mais qu'on ne s'y trompe pas, la personnalité de la numéro 10 des Red Flames n'a rien à voir avec la vacuité des influenceurs expatriés à Dubaï. Titulaire d'un Master en kinésithérapie obtenu à l'Université de Gand, JVH est parfaitement consciente du role-model qu'elle peut jouer sur et en dehors du terrain pour participer à la croissance d'une discipline qui continue de grandir, même si tout ça va encore trop lentement à son goût. Peut-être cette impatience est-elle due aux dix années que la longiligne médiane a passées à écumer les terrains belges depuis Sint-Niklaas jusqu'à Anderlecht en passant par le Lierse. Une décennie marquée par des victoires en Coupe de Belgique (six au total! ), son cursus universitaire puis son boulot de kiné... mais surtout des blessures à répétition. Fragile, la frêle Justine? Plutôt lâchée à l'adolescence par un corps qui supporte mal une croissance éclair (elle culmine maintenant à 1m86). Puis mise sous pression par un rythme de vie loin de celui qu'elle affiche désormais à coups de stories Instagram. Car à l'époque, avec deux entraînements hebdomadaires en soirée sur des terrains à la qualité douteuse et très peu d'attention portée sur le fameux "travail invisible", la réalité des footeuses belges ne ressemble en rien à celle d'aujourd'hui. Un mode de vie qui fatigue l'organisme de la joueuse, qui se "fait" les croisés à quatre mois de l'EURO 2017, premier grand tournoi international auquel participent les Flames et moment charnière dans le développement du foot féminin dans le Royaume. Résultat, la carrière internationale de la médiane semble n'avoir véritablement démarré qu'au crépuscule de la vingtaine. Avec un décollage suffisamment vertigineux pour s'offrir une place de choix dans le onze belge en vue du grand frisson de l'EURO 2022, avec des ambitions dans les bagages: "Notre équipe a énormément grandi en peu de temps. On peut faire quelque chose!" Contre la France, l'Italie et l'Islande, futures adversaires des Belges, "faire quelque chose" ne s'annonce pas forcément facile. Mais voilà, s'il est un atout que Justine Vanhaevermaet possède dans son jeu, c'est bien cette faculté à voir les choses plus vite que les autres. Et si cette fois encore, elle voyait juste? "Cette vista, elle l'avait déjà à 17 ans!", rembobine Tamara Cassimon, sa coach aux Sinaai Girls à la fin des années 2000, puis adjointe de Ives Serneels en équipe nationale jusqu'en janvier 2021. Une douzaine d'années plus tard, c'est bien son ancienne apprentie qui se retrouve titulaire dans la salle des machines, où elle a pour mission d'imposer le tempo du jeu noir-jaune-rouge. "C'est une joueuse polyvalente qui sait quand accélérer la cadence ou au contraire, temporiser. Elle sent le jeu", analyse de son côté Heleen Jaques, son ancienne partenaire en sélection. "Et avec sa qualité de passe, qui s'est améliorée avec le temps, surtout dans le jeu long, c'est vraiment quelqu'un de très utile dans les transitions. Car sa force, aussi, c'est qu'elle joue toujours vers l'avant. Ce n'est pas une Tessa Wullaert, qui va faire la différence grâce à sa vitesse. Elle, ce sont ses passes tranchantes qui vont casser les lignes", ajoute celle qui dirige les U16 féminines belges. Cette facilité à distribuer le ballon s'affirme également grâce au zèle dont fait preuve JVH, une "perfectionniste, qui refuse d'aller se coucher avant d'avoir avalé la dernière page de son syllabus en période d'examens", de son propre aveu. Bonne élève jusqu'au bout, la Belge est du genre à demander des infos en plus aux entraîneurs et autres analystes de la performance. Une sorte d' Hermione Granger en crampons, le côté fayot en moins. "Une soif d'apprendre intarissable", dixit Jaques, qui la pousse inexorablement vers l'étranger mi-2018, "car au bout de dix ans, le challenge en Belgique n'est plus ce qu'il était", précise Justine. Première étape, le SC Sand, club de milieu de tableau en Bundesliga. Si l'aventure tourne court au bout de quelques mois, elle a au moins le mérite "d'ouvrir les yeux" de l'internationale sur ce que représente le professionnalisme. Faute de percer outre-Rhin, JVH trouve son salut en Norvège, d'abord au Røa IL, un club d'Oslo, puis au prestigieux LSK Kvinner (Lillestr øm), où elle goûte aux joies de la Ligue des Championnes. "Et à la culture de la gagne", ajoute la principale intéressée. Tactiquement aussi, le changement est grand: replacée en tant que milieu défensive et non plus en 10, la Belge prend rapidement du galon, sur le pré comme en dehors. "Je faisais partie des plus expérimentées", se rappelle la joueuse, âgée de 27 ans à l'époque. "J'ai appris à prendre le contrôle du jeu. Quelque part, je me suis sentie plus importante, aussi." À tel point qu'elle n'hésite pas à sortir du bois pour dénoncer le manque d'investissement dans le foot féminin, malgré son évident potentiel économique et public. Et s'érige par sa volonté de ne rien lâcher et sa carrière intelligemment construite comme une leader dans le vestiaire national, où les jeunes Flames débarquent en nombre. Difficile en effet de ne pas regarder avec envie un parcours qui vous emmène en trois ans de la Super League et ses galères à l'élite anglaise et Reading, où elle signe l'été passé pour deux saisons... Endurcie physiquement pour survivre aux duels britons, mature footballistiquement et en pleine confiance chez les Royals, Justine Vanhaevermaet a pour elle de n'avoir jamais baissé les bras. Au point de viser encore plus haut, alors que le cap des trente ans approche? "Mais le top niveau, elle y est déjà! Et pour moi, It's never too late and you're never too old to become better", affirme Cassimon. Voilà une punchline qui devrait plaire à Justine...