Dimanche, il y aura dix-sept ans jour pour jour qu'un pilote belge a pris le départ de son GP national : le 28 août 1994, Philippe Adams disputait à Spa-Francorchamps sa première course en F1 au volant d'une Lotus-Mugen. Qualifié 26e sur la grille, le Hennuyer a renoncé au 15e tour après un tête-à-queue. Dans la foulée, il s'est aligné au Portugal où il a rejoint l'arrivée en 16e position.
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Dimanche, il y aura dix-sept ans jour pour jour qu'un pilote belge a pris le départ de son GP national : le 28 août 1994, Philippe Adams disputait à Spa-Francorchamps sa première course en F1 au volant d'une Lotus-Mugen. Qualifié 26e sur la grille, le Hennuyer a renoncé au 15e tour après un tête-à-queue. Dans la foulée, il s'est aligné au Portugal où il a rejoint l'arrivée en 16e position. Depuis, plus rien : le pavillon noir-jaune-rouge est resté désespérément absent dans la discipline reine - sauf lors des essais libres du vendredi en 2004 quand Bas Leinders pilotait une Minardi - jusqu'au coup d'envoi de la présente saison à Melbourne où Jérôme D'Ambrosio a relancé la machine. Sociétaire du team Marussia Virgin, le jeune Brabançon s'efforce d'accumuler de l'expérience au volant d'une monoplace qui ne lui permet pas de jouer les premiers rôles. On le devine aisément, l'étape belge revêt pour lui un lustre tout particulier : " Déjà, mon agenda est nettement plus chargé qu'à l'occasion des autres GP. J'ai dû répondre à de nombreuses sollicitations depuis lundi matin et ça n'arrêtera pas jusque dimanche soir, même si le déroulement des opérations reprendra un cours plus normal à partir de jeudi lorsque la préparation proprement dite de la course débutera. Mais je ne vais pas me plaindre : j'en ai rêvé, j'ai travaillé dur pour y arriver et je me prépare à vivre des moments très forts. "Je ne pourrai le dire qu'après coup... Mais je m'attends effectivement à éprouver durant le week-end des sentiments comparables à ceux que j'ai connus en Australie lorsque j'ai pris place pour la première fois sur une grille de départ F1. J'étais gamin. Ayant réussi à me procurer des tickets pour la journée du vendredi, j'avais pris place avec ma mère dans la tribune de l'épingle de la Source. Quand j'ai vu débouler les voitures, je me suis d'abord dit qu'elles allaient trop vite et ne pouvaient pas négocier ce virage... Dès ce premier contact, j'ai pu mesurer la puissance du freinage de ces engins exceptionnels. Et ce jour-là, je me suis juré de piloter un jour. Même si je n'étais pas présent, je conserve aussi en mémoire l'incroyable crash qui a éliminé une douzaine de concurrents au départ en 1998 : je suivais la course à la télé et je n'en croyais pas mes yeux ! C'était en 2003. Je participais au championnat national de Formula Renault 1.6 et je suis monté sur le podium... mais j'ai oublié sur quelle marche. Plus récemment, je m'y suis aligné plusieurs fois en GP2 et ma course en 2010 demeure d'ailleurs un moment-clé dans mon accession à la F1 : il y a douze mois, j'ai montré que je pouvais aller au charbon et que je soutenais la comparaison avec les autres jeunes dont on parlait dans le paddock F1, Pastor Maldonado par exemple. J'avais course gagnée quand mon moteur a lâché à quatre tours du drapeau à damier. N'empêche, ma démonstration a convaincu les sceptiques. J'en ai eu un avant-goût l'an dernier toujours lorsque j'ai piloté la Renault en démonstration à l'occasion des World Series. Certes, j'étais seul en piste et le chrono ne tournait pas mais j'ai découvert les sensations uniques que procure une F1 au Raidillon, dans le Double Gauche ou à Blanchimont... Je confirme, c'est une autre dimension par rapport à la voiture utilisée en GP2 ! Absolument pas ! Tous les pilotes en lice ce week-end connaissent Spa aussi bien voire mieux que moi car ils y ont déjà couvert de très nombreux tours au volant d'une F1. Un exemple : mon équipier Timo Glock en sera à sa quatrième participation effective. Et ce n'est rien à côté d'un Michael Schumacher : il a débuté au plus haut niveau ici même en 1991 et a disputé la manche belge à quatorze reprises, y remportant d'ailleurs six victoires ! Là, on touche un autre domaine : il apparaît évident que se produire à domicile constitue un adjuvant car tout sportif veut briller devant son public. En plus, je sens un engouement assez fort dans le pays au fur et à mesure qu'approche l'échéance, et j'ai également la chance de travailler avec le promoteur de l'événement. Oui, je n'avais jamais joué ce rôle et j'y prends beaucoup de plaisir. J'apprends à mieux connaître les gens qui organisent le GP et je découvre une facette inédite de la F1, cela peut m'aider pour la suite. Enfin, pourquoi le nier, c'est assez excitant et positif de sentir qu'un effet D'Ambrosio se développe. Je ne redoute pas cette réaction car ils connaissent le contexte dans lequel j'évolue. D'abord, je suis toujours en phase d'apprentissage de mon métier et de la discipline. Ensuite, la Virgin VF02 ne compte pas parmi les monoplaces les plus performantes, il serait stupide de ne pas le reconnaître ; je n'ai pas à me prononcer sur les raisons de ce manque de compétitivité mais le fait est là... Donc, je ne vois pas pourquoi les spectateurs belges seraient déçus s'ils ne me voient pas aux avant-postes. En revanche, ils savent que je me donnerai à 100 % et même un peu plus pour exploiter le potentiel de ma monture. Même si je manque de références, je rappelle que l'auto fonctionnait bien à Silverstone, un autre circuit rapide. Ce constat est plutôt encourageant. En fait, la météo peut jouer un rôle important, et plus spécifiquement la température régnant sur l'Ardenne ce prochain week-end : s'il fait chaud, ce sera bon pour moi car un des problèmes majeurs auxquels je me heurte avec la Virgin est de chauffer suffisamment les pneus pour qu'ils offrent leur rendement optimal. Donc, plus le thermomètre grimpera, moins ce souci sera déterminant. Mais tout cela reste théorique et rien ne remplace jamais le verdict de la piste. Donc, attendons vendredi et les premiers essais, puis surtout les qualifs de samedi... Je veux remplir ma mission le mieux possible, c'est tout. Il peut se passer tellement de choses... Imaginez que quelques gouttes de pluie tombent au beau milieu de la course, les cartes seraient redistribuées. Et dieu sait si la pluie s'invite fréquemment à Spa-Francorchamps ! Je le place au-dessus de tous ceux que je connais, à égalité toutefois avec Suzuka au Japon qui présente également des caractéristiques exceptionnelles. Et je sais que la majorité des pilotes partagent cette analyse. Le cadre naturel, le relief, l'ambiance, tout contribue à faire de Spa un tracé hors du commun, ceci sans même évoquer les virages qui constituent pour les pilotes autant de vrais défis. Tenez, même l'épingle de la Source est particulière car la piste y est inclinée en une sorte de mini-banking dans lequel on plonge ; c'est génial ! Ce n'était pas prévu. En revanche, comme la majorité de mes pairs, j'ai profité du break entre la Hongrie et la Belgique pour prendre des vacances et me vider la tête. J'ai mis le cap sur Fréjus dans le sud de la France. J'y ai retrouvé ma famille pour un programme très cool où les sorties en vélo occupaient cependant une place importante. J'ai même coupé mon téléphone durant une semaine... Je répondrai par un simple parallèle : alors que je viens d'entamer la seconde moitié de la saison, j'ai déjà plus bougé et roulé que durant une campagne complète en GP2 ! Rien que les déplacements sont incomparables... Cette existence est grisante mais elle pompe aussi énormément d'énergie qu'il importe dès lors de gérer au plus près. Je prends course par course avec la même détermination et je m'efforce surtout de ne pas me laisser distraire par les rumeurs concernant 2012. Je sais que les discussions sont entamées. Je pense par ailleurs que mon parcours satisfait le management de Virgin comme Gravity, la société qui gère ma carrière. Mais il faut réunir tellement d'éléments pour arriver à un accord que je serais bien bête d'annoncer ceci ou cela à ce stade de ma saison. Je rappelle quand même qu'il restera sept rounds après Spa-Francorchamps. Donc, chaque chose en son temps !PAR ÉRIC FAURE - PHOTO: REPORTERS/ KETS