Je suis toujours ahuri, me baladant dans un grand centre-ville, d'y voir la proportion de boutiques de fringues : m'envahit alors la sensation sidérante que les gens vivent pour se vêtir alors qu'il est si simple de s'habiller pour vivre... J'dis ça et je ne pense pas qu'aux gonzesses, présupposées davantage accros à la magie des nippes. Car le business du vêtement chatouille aussi de très près le monde sportif mâle : il te suffit pour le constater d'entrer dans un magasin de sport (?), d'y voir la masse de bazars à vendre qui n'amélioreront en rien ta pratique sportive en tant que telle, mais au sein desquels les mecs fouinent, fouinent, fouinent... Ou il suffit de constater, en chaque début de saison dans nos milliers d'équipes d'amateurs, la fièvre avec laquelle nous compulsons les catalogues des marques afin d'y choisir le nouveau jeu de m...

Je suis toujours ahuri, me baladant dans un grand centre-ville, d'y voir la proportion de boutiques de fringues : m'envahit alors la sensation sidérante que les gens vivent pour se vêtir alors qu'il est si simple de s'habiller pour vivre... J'dis ça et je ne pense pas qu'aux gonzesses, présupposées davantage accros à la magie des nippes. Car le business du vêtement chatouille aussi de très près le monde sportif mâle : il te suffit pour le constater d'entrer dans un magasin de sport (?), d'y voir la masse de bazars à vendre qui n'amélioreront en rien ta pratique sportive en tant que telle, mais au sein desquels les mecs fouinent, fouinent, fouinent... Ou il suffit de constater, en chaque début de saison dans nos milliers d'équipes d'amateurs, la fièvre avec laquelle nous compulsons les catalogues des marques afin d'y choisir le nouveau jeu de maillots, des trainings floqués au nom d'un sponsor local ardûment déniché, un lot de T-shirts d'échauffement s'il reste un peu de pognon... C'est un peu too much à mes yeux, comme l'est cette obsession qu'ont les marques que leurs produits soient identifiables : impossible de faire du sport sans arborer ostensiblement les trois bandes d'Adidas, la virgule de Nike (paraît que ça s'appelle le swoosh !), le logo d'un autre ! Anonymat vestimentaire interdit, homme-sandwich à mon corps défendant ! La pub est permanente et elle est souvent conne : pressing pour te séduire, susurrations mensongères pour te faire gober que tu seras le plus beau et le plus fort, que tu vas tous les battre et toutes les tomber... C'est pourquoi, quand tu rencontres pour une fois une pub moins débile, ça remet du beurre dans les épinards de ton c£ur : tu constates qu'il y a encore moyen de faire du bizness sans forcément raconter des couillonnades... C'est ce que je m'étais dit en novembre dernier en voyant, dans France Football, la campagne conjointe de pub de la FFF et d'Adidas, pour présenter le nouveau maillot de l'équipe de France... Il s'agissait d'une grande photo pleine page, en buste : une fois de Patrick Vieira, une fois de Samir Nasri, ou de Djibrill Cissé, ou de Karim Benzema. Le joueur baissait toujours les yeux sur son maillot bleu de Coq français, maillot sur lequel apparaissait en surimpression un texte bien plus long que dans les pubs habituelles. Un beau texte que voici, chaque fois ponctué par la signature du joueur : "Ce maillot n'est pas à moi Il appartient à ceux qui l'ont porté avant moi, Il appartient à ceux qui croient en leurs rêves. Il appartient aux enfants qui jouent dans les cours d'école, II appartient à ceux qui ont besoin d'avoir des héros, Il appartient à ceux qui nous aiment jusque dans la défaite, Il appartient aux enfants qui accrochent des posters sur les murs de leur chambre, Il appartient à ceux qui nous donnent envie de courir plus vite, Il appartient à ceux qui nous suivent jusqu'au bout du monde, Il appartient à ceux qui ont besoin de partager leurs émotions, Il appartient à demain, hier et aujourd'hui, Il appartient à ceux qui pleurent quand on gagne, Il appartient à ceux qui pleurent quand on perd. Ce maillot leur appartient, ce maillot c'est eux. Ce n'est pas moi qui porte ce maillot, c'est lui qui me porte. " Bon. J'avais trouvé ça plutôt chouette. ça volait plus haut qu'à l'habitude. ça ne faisait pas d'Adidas et de la FFF un couple de philanthropes désintéressés, mais cela référait à l'enfance, à la tristesse plutôt qu'à la colère, à une fierté désintéressée, à ce qu'on peut encore appeler des valeurs... Adidas et la FFF formaient un vieux couple depuis 1972, et je me suis dit que les connivences avaient du bon, que les vieilles marmites produisaient effectivement les meilleures soupes... Et puis, trois mois après c'est-à-dire pas plus tard qu'hier, et toujours dans France Football, patatras ! Je lis que Nike se paie les Bleus : de 2011 à 2018, la marque américaine sera l'équipementier officiel de la FFF pour la coquette somme minimale (y'a aussi des primes à la performance...) de 45 millions d'euros annuels ! Le contrat actuel avec Adidas le vieux mari ne garantissait à la FFF que le quart de cette somme,... le nouveau magot vaut bien un divorce ! Et tous les gosses qui viennent d'acheter l'actuel maillot auront le choix, d'ici 2011, entre grandir ou aller se faire voir... J'attends la prochaine pub. "par bernard jeunejean