Breughelpark, un dimanche de juillet partagé entre gouttes et brèves éclaircies. Situé au c£ur de Zellik, au nord-ouest de Bruxelles, cette cité est le lieu de rendez-vous de Geoffrey Mujangi-Bia, Andrea Mutombo, Pelé Mboyo accompagnés d' Hervé, grand frère de Pelé, et des éternels comparses, Owen et Alik. Pour tous, c'est un retour aux sources. C'est là où ils ont grandi, là où ils ont tapé leurs premières balles. Dans ce décor, d'imposantes tours cerclent un parc faisant office de plaine de jeu géante ; un paysage très éloigné des documentaires misérabilistes sur les quartiers sensibles qu'apprécient tant certains médias.
...

Breughelpark, un dimanche de juillet partagé entre gouttes et brèves éclaircies. Situé au c£ur de Zellik, au nord-ouest de Bruxelles, cette cité est le lieu de rendez-vous de Geoffrey Mujangi-Bia, Andrea Mutombo, Pelé Mboyo accompagnés d' Hervé, grand frère de Pelé, et des éternels comparses, Owen et Alik. Pour tous, c'est un retour aux sources. C'est là où ils ont grandi, là où ils ont tapé leurs premières balles. Dans ce décor, d'imposantes tours cerclent un parc faisant office de plaine de jeu géante ; un paysage très éloigné des documentaires misérabilistes sur les quartiers sensibles qu'apprécient tant certains médias. Après avoir pris la pose pour la séance photo, les cousins font un petit tour du propriétaire. Les souvenirs affleurent et les vannes fusent. " Dans cette cité, on ne jouait qu'au foot : de 10 heures du matin à minuit ", explique Pelé. " Demandez aux concierges, on a dû abîmer toutes les pelouses. On était des délinquants footballistiques ( il rit). Un jour, on a volé un goal de foot d'un club qui se trouvait à 8 km d'ici. Cette histoire est passée dans le journal. On était véritablement des amoureux du foot. Quand nos mères nous appelaient par la fenêtre, on feignait de ne pas entendre. A la fin de la journée, il faisait tellement sombre qu'on ne voyait même plus le ballon. On ne connaissait pas l'Atomium, on ne connaissait rien de Bruxelles, notre enfance était limitée à ce lieu et au foot. " Hervé renchérit : " On ne mangeait qu'une fois par jour : à midi. On prenait un ballon, on shootait dans l'arbre et on mangeait les fruits qui en tombaient ( il rit) ". Quelques minutes plus tard, attablés à la terrasse d'un snack, c'est au tour des vieux copains de refaire surface. Après s'être perdu de vue un temps, on tente de reprendre le pouls. " Frank Moussa, il est où ?" " Il est toujours en Angleterre, à Southend (D3) ", répond Hervé. Zellik est plutôt fertile en footballeurs pro. Gilles De Bilde fut le premier d'entre eux. Patrick Dimbala a pris le relais. Et maintenant, c'est au tour d'André, Geoffrey et Pelé mais aussi d' Hervé Kage, arrivé cet été à Charleroi après avoir végété dans la Réserve d'Anderlecht. Au rayon souvenirs, impossible de passer à côté des matches entre Blacks et Araméens ou plutôt " entre bananes et erek ( NDLR, sorte de prune, pour l'orthographe exacte on repassera...) ". " Il y a dix, quinze ans de cela, il n'y avait que des Araméens et des Noirs comme population étrangère à Zellik ", précise Hervé. " Ces matches se jouaient au Breughelpark. Et on les perdait généralement. La faute à un manque de rigueur... "Aujourd'hui, cette rigueur, le métier de footballeur l'impose, avec parfois des consignes tactiques bridant la créativité. Geoffrey : " Si tu décides de la jouer solo, vaut mieux être efficace sinon ça n'est évidemment pas du goût de l'entraîneur ". " Mais je reste convaincu que cette créativité façonnée dans la rue est une force pour notre carrière ", enchaîne Pelé. " Le foot de rue, c'est le foot sans consigne, on laisse cours à l'instinct. "Andrea : " Aux entraînements, on voit directement celui qui a joué dans la rue. On a la chance d'avoir eu une double formation : celle en club et une autodidacte. "A côté des matches de quartier, tous trois sont passés par l'écolage mauve et blanc. Sans y percer. Andrea et Pelé ont quitté Neerpede très tôt. Et Geoffrey a été mis à la porte pour indiscipline... Andrea : " On n'a pas du tout eu des parcours linéaires, c'est certain. J'ai beau avoir eu une trajectoire surprenante, qui m'a notamment amené en Angleterre (voir bio), j'ai évité de faire les mêmes bêtises que mes aînés. "Pelé : " Il faut aussi remettre les choses à leur place : Geoffrey arrivait en retard et répondait au coach, mais ça s'arrêtait là. "Geoffrey : " M'interdire de parler à la presse à mes débuts en D1, c'était un choix de Mogi Bayat ; sa façon à lui de me protéger. Mais en n'expliquant pas la vérité de mon renvoi d'Anderlecht, les gens se sont imaginé des trucs importants, alors que ce n'était que de l'indiscipline. " Hervé : " Les gens sont restés bloqués avec cette histoire de renvoi de Geoffrey. J'ai lu un peu partout que Charleroi lui offrait sa dernière chance. Mais il faut savoir qu'il y avait des clubs comme Hambourg ou Lens qui étaient prêts à le faire signer. Aucun autre club belge, mais des clubs étrangers qui n'en avaient rien à faire de son passé. "Geoffrey : " Quand j'ai été viré d'Anderlecht, j'ai moi-même tenté ma chance auprès du Club Bruges. Un des formateurs que j'ai au téléphone apprend qu'à 15 ans je jouais déjà avec la Réserve d'Anderlecht. Sur le coup, il se dit très intéressé. Je le rappelle deux jours plus tard et le type me raccroche presque au nez. "L'indiscipline, Pelé en était loin. Très loin... Les faits commis à ses 15 ans furent graves et le journal Le Soir en a dévoilé en mars dernier la substance : " Être délinquant, ça n'est pas arrivé du jour au lendemain. Ça s'est fait petit à petit. J'étais jeune. Je n'avais pas de contrat et je n'avais pas d'argent. C'est ce qui m'a amené à rencontrer les mauvaises personnes, à tomber dans un engrenage. J'ai fait des bêtises comme beaucoup de jeunes, sauf que moi j'ai été beaucoup plus loin. Et il ne faut certainement pas mettre ça sur la faute du foot. Je suis l'unique responsable. C'est l'époque où j'étais à Bruges ( NDLR, il y est arrivé vers 13 ans). Une période où je n'allais plus trop aux entraînements mais où je jouais quand même les matches. Et comme je brossais en semaine, j'étais libre. Le foot m'a peut-être protégé pendant un temps de la rue, et empêché de fréquenter les mauvaises personnes. Aujourd'hui, j'aimerais qu'on ne revienne pas sans cesse sur mon passé. Surtout pas pour vendre deux, trois journaux de plus. En le rappelant, on blesse les personnes que j'ai blessées, il y a tout un entourage qui en souffre. J'étais mineur au moment des faits. Je sais que ça n'excuse pas tout. Si des gens aujourd'hui trouvent injuste de m'avoir donné une nouvelle chance, je le comprends. Et je ne suis pas là pour les convaincre. Mais laissez-moi vivre avec ça, c'est tout ce que je demande. " C'est finalement le Pays Noir qui va sortir Geoffrey de l'ornière et Pelé du trou. Chez les Zèbres, on voit l'intérêt sportif avant tout. Pelé : "Charleroi est un club atypique. Mogi, on connaît le personnage. On peut dire tout ce qu'on veut sur lui, mais il sait gérer les jeunes, leur donner une chance. " Geoffrey : " Même aux jeunes à problèmes. "Pelé : " Vu mon passé, je ne vois pas quelle autre équipe m'aurait relancé. Charleroi l'a fait grâce à Mogi, un étranger qui a une autre mentalité, qui se rapproche de celle des Français. En Belgique, il y a chez certains un manque d'ouverture d'esprit. Anthony Vanden Borre, avec qui on est régulièrement en contact, me rappelle qu'à chaque retour en Belgique il est heureux de ne plus évoluer ici. Même en équipe nationale, la mentalité n'est pas meilleure me dit-il. En Italie, on est strict au niveau foot mais ça s'arrête là. On s'en fout par exemple de la manière dont le joueur s'habille. Le président de Genoa s'habille en rose avec des chaussures bizarres, on dirait un fou ! Ici, on vous fait croire que pour être un bon président, il faut porter la chemise cravate... Il faudrait que le milieu du foot dans son ensemble se braque davantage sur le jeu et non pas sur les sacs Vuitton. " Andrea : " En Belgique, d'une manière générale, on a peur du progrès et du changement. Au Standard, ils ont osé, et si ça paye déjà à l'heure actuelle, je suis persuadé que dans cinq ans, les résultats y seront encore meilleurs. "Pelé : " A Anderlecht, le seul exemple de réussite chez les jeunes que l'on avait, c'était Walter Baseggio. Après, Vincent Kompany et Anthony ont ouvert la porte. Mais depuis, personne ne s'y est engouffré. Il y a quand même un problème. En haut lieu, ils ont peur. Même si le jeune a du talent, ils réfléchissent à dix fois avant de lui donner une chance. A l'Inter, Mario Balotelli a joué à la pointe de l'attaque alors qu'il fêtait à peine ses 18 ans. " Andrea : " Et pourtant, Balotelli, il est plus qu'indiscipliné. Mais José Mourinho regarde en priorité ce que le joueur peut lui apporter. " Hervé : " Dieumerci Mbokani n'a pas été retenu à Anderlecht parce que son appartement n'était pas bien rangé. Vous vous rendez compte ? Aujourd'hui, au Standard, il cartonne et son appartement est toujours aussi sale ( il rit). Et celui de Monsieur Van Holsbeeck, toujours aussi propre ( il rit). " Pelé : " L'élection du dernier Soulier d'Or était aussi une aberration. Comme Mbokani ne parle pas à la presse, on le donne à Axel Witsel. " Geoffrey : " Mais sur le terrain, c'était lui le meilleur. "Pelé : " En Angleterre, la presse a élu Steven Gerrard meilleur joueur du championnat alors qu'il sort en boîte et se bagarre même parfois. Inversement, vous avez des joueurs chez nous qui ne touchent plus un cuir depuis cinq ans et qui gardent leur place grâce à leur côté relations publiques. " L'avis est tranché, direct et en haut débit. Malgré leur manque de planche au top niveau, les cousins n'hésitent pas à flinguer les maux du football belge. Ou du moins à pointer ce qu'ils estiment être des freins au développement de notre foot. Pelé : " Les médias devraient selon moi valoriser davantage d'autres clubs. Si tu regardes Studio 1 ou plutôt Studio Standard Anderlecht, tout tourne autour de ces deux clubs. Et je ne crois pas que cela donne une bonne image du championnat. Par contre, je trouve la formule de la D1 new look plutôt intéressante. Ça va stimuler bien plus d'équipes. Le septième qui peut terminer en Europa League, voilà une bonne chose. " Andrea : " Que les équipes aient un réel objectif est déterminant pour la valeur d'un championnat. "Pelé : " En Belgique, vous n'avez seulement et malheureusement que deux clubs qui disent jouer le titre en début de championnat. Même si les autres équipes doivent être réalistes, ça démontre un manque d'enthousiasme. Quand je regarde des matches du Standard, on voit souvent un adversaire qui ne joue pas, qui campe devant son but. Roland Lamah me dit que son entraîneur au Mans lui dit tous les jours de gagner, d'aller vers l'avant. Peut-être que tu ne vois pas beaucoup de buts en France mais le désir de l'emporter est bien présent. Tu ne pars pas battu d'avance comme certains clubs ici. " Geoffrey : " L'an passé, Bruges était content de sa troisième place. Je n'avais jamais connu le Club comme ça. C'est dommage pour la valeur du championnat. "Pelé : " Je suis heureux de ce que le Standard démontre avec ses jeunes. Anderlecht aussi aurait pu faire une terrible équipe avec ses jeunes. Prenez Kompany, Geoffrey, Vanden Borre, Sven Kums, Vadis, Maarten Maartens, et j'en oublie. Que du bon. Evidemment, cela aurait peut-être pris deux ans pour faire tourner la machine, mais après, les résultats auraient suivi. Ici, on veut les résultats tout de suite et sans aucune politique sportive. Ce n'est pas possible. " Geoffrey : " C'est vers 15 ans que ça coince véritablement chez les jeunes d'Anderlecht. Les structures ne sont pas présentes pour passer le cap vers l'élite. En 2000, on nous parlait déjà d'un centre de formation à Anderlecht. En 2009, rien n'est sorti de terre. Vous prenez rapidement conscience du retard sur les autres pays. Aujourd'hui, on a la chance d'être pro mais on n'a pas reçu une formation de qualité. "Pelé : " A Anderlecht, on nous demandait juste d'être champion. Le club ne se projetait pas à long terme pour faire de nous des bons joueurs vers 18 ans. Le Standard par contre, a pris des risques. Ils ont mis un capitaine de 19 ans à la tête de l'équipe avec une polémique ridicule qui a suivi. Aujourd'hui, on envoie Steven Defour dans les grands championnats européens... " par thomas bricmont - photos reportersOn a une double formation : en club et autodidacte.(Mutombo) J'ai fait des bêtises comme beaucoup de jeunes puis j'ai été beaucoup plus loin. (Pelé)