Certes, deux clubs qui tentent de s'immiscer entre Bruges et Anderlecht et qui sont distants d'à peine 46 kilomètres, cela sent la rivalité à plein nez. Et pourtant, l'émergence de Genk au sommet du football belge, après la fusion entérinée en 1988, n'avait pas fait tant d'ombre que cela au voisin liégeois, si ce n'est sur le plan sportif. Comme en 2005 lorsque Genk s'adjugea le dernier strapontin européen lors d'un test match l'opposant au Standard.
...

Certes, deux clubs qui tentent de s'immiscer entre Bruges et Anderlecht et qui sont distants d'à peine 46 kilomètres, cela sent la rivalité à plein nez. Et pourtant, l'émergence de Genk au sommet du football belge, après la fusion entérinée en 1988, n'avait pas fait tant d'ombre que cela au voisin liégeois, si ce n'est sur le plan sportif. Comme en 2005 lorsque Genk s'adjugea le dernier strapontin européen lors d'un test match l'opposant au Standard. Mis à part cela, les deux voisins semblaient cohabiter sans heurts. " Il y a toujours eu de bons rapports entre le Limbourg et Liège ", explique l'ancien journaliste de La Meuse, Jean-Pierre Delmotte. " Ainsi, les derbies entre Saint-Trond et le Standard suscitaient un certain enthousiasme mais toujours dans un bon esprit. Il ne faut pas oublier que des villes comme Saint-Trond et Tongres faisaient autrefois partie de la Principauté de Liège. Les gens de cette région ont toujours été plus proches du Standard que d'Anderlecht, moins bien vu. Et cela reste d'actualité. A Tongres, tout le monde supporte le Standard. Après le titre, j'ai pu voir plein de drapeaux rouges et blancs aux fenêtres des maisons. Sans oublier que lorsqu'il fallut désigner un terrain neutre pour le test match de la deuxième tranche en D3B entre Liège et Woluwé, cette saison, les Sang et Marine choisirent Tongres ". Et le Standard a toujours bien su exploiter cet attrait des Limbourgeois pour Liège. Dans les années 70 et 80, les Rouches comptaient ainsi de nombreux joueurs originaires de la région. " A l'époque, Winterslag et Waterschei ne pesaient pas très lourds ", continue Delmotte, " Tout le Limbourg allait travailler à Liège, que ce soit à la FN ou à Cockerill. Il n'y avait pas d'usines au Nord. Uniquement les charbonnages. Et c'est tout naturellement que les footballeurs ont suivi ce mouvement social ". Le premier fut un certain Henri Licqui qui quitta le Patria Tongres en 1938 pour le Standard pour 25.000 francs belges (625 euros) : il s'agissait alors du premier transfert rémunéré. Mais ce qui coula de source par la suite ne fut pas particulièrement apprécié à l'époque puisque les vitres du domicile de ce Licqui volèrent en éclats. " Je me souviens toujours que Roger Petit, l'ancien président du Standard, m'avait dit qu'entre un Limbourgeois et un autre joueur, il choisirait toujours le Limbourgeois. Je lui avais demandé pourquoi et il avait ajouté : - Car il m'amènera deux cars de supporters. Tout son village viendra le voir ! ". Suivirent entre autres sous la vareuse rouge et blanche les Guillaume Raskin, Léo Dolmans, Jos Daerden, Jef Vliers, Nico Dewalque, Guy Vandersmissen, EricGerets, Théo Poel, Gérard Plessers, Willy Geurts, Nico Claessen, Dimitri De Condéet Bernd Thijs. " Le Standard attirait beaucoup car ce club payait bien. On dit que les Limbourgeois sont durs au mal mais cela tient beaucoup du cliché ", continue Delmotte. " Mais c'est clair qu'ils relèvent plus de la raison alors que les Liégeois penchent vers la passion. Les Limbourgeois aimaient bien venir à Liège car ils préféraient la mentalité wallonne, ce mélange de respect et d'explosivité ". Aujourd'hui, le Standard continue à jouir d'une grande popularité au Limbourg. Ainsi, sur les 70 clubs de supporters des nouveaux champions, cinq sont issus de cette province et 3.000 de leurs membres sont abonnés à Sclessin. Pourtant, l'arrivée de Genk dans le paysage footballistique belge a quelque peu modifié la donne. " Depuis la fusion, c'est clair que l'exode massif de joueurs vers le Standard s'est ralenti ", analyse Delmotte. Certains joueurs comme Gonzague Vandooren ou Thijs ont fait le chemin inverse. Et le Limbourg s'est trouvé une réelle identité grâce à Genk. Sur le plan du sponsoring, on pourrait craindre que deux clubs vivant dans le même pôle géographique chassent les mêmes clients. " Non, non. Les deux clubs ne sont pas comparables ", dément Frédéric Leidgens, le directeur commercial du Standard, " Que ce soit au niveau de la culture ou du public, on a affaire à deux entités différentes. D'ailleurs, aucun de nos sponsors ne nous a quittés pour aller à Genk et je ne vois aucun sponsor présent à Genk que je voudrais attirer ici ". PierreFrançois, le directeur général du club liégeois, corrobore ces propos. " Les sponsors sont attachés à leur club. Genk a une notoriété qui ne dépasse pas le Limbourg alors que le Standard rayonne à Liège, en Wallonie mais également en Flandre. Certains n'hésitent d'ailleurs pas à affirmer que le seul club du Limbourg est... le Standard. Et cela fait la différence sur le plan de l'image et de l'attractivité ". Tout aurait pu donc se passer à merveille entre les deux rivaux s'il n'y avait eu le transfert de Steven Defour en 2006. Les faits : après une première saison remarquée au plus haut niveau, la jeune pépite de Genk est courtisée par l'Ajax. Mais le président Jos Vaessen demande une somme trop élevée. Les Néerlandais laissent tomber et ulcéré par cette attitude, Defour utilise la loi de 1978 pour casser son contrat. Genk, déjà mécontent du geste de son joueur le privant d'une somme rondelette de transfert, l'est encore plus par l'attitude du Standard. A l'époque, les dirigeants de D1 étaient tenus par un gentleman's agreement à savoir que tous s'engageaient à ne pas acquérir un joueur ayant utilisé la loi de 1978. Ce que le Standard ne respecte pas. Le club liégeois négocie avec Defour et le transfère. Cependant, le Standard verse une compensation d'1,5 million d'euros au Racing. Or, rien ne l'obligeait à agir de la sorte. Ce transfert allait déclencher une rivalité féroce entre les deux entités. Ainsi, le championnat venait à peine de reprendre que le Standard se déplaçait dans le Limbourg. Les plaies n'étaient pas encore cicatrisées. Les panneaux de signalisation de chemins menant au Fenixstadion étaient placardés d'affiches reprenant le slogan Steven judas. La voiture du beau-père de Defour fut incendiée. La police avait même dû sortir des affiches appelant au calme. " Je me souviens que Steven avait été touché par toutes ces répercussions mais il avait réagi avec une grande maturité ", explique son manager Paul Stefani. " Il avait été sifflé pendant tout l'échauffement et toute la rencontre mais il ne s'était pas démonté et avait réalisé un très bon match. Aujourd'hui, tout le monde essaie d'oublier cela. Lui a tourné la page depuis bien longtemps et cela ne sert à rien de remuer ces histoires du passé ", continue-t-il. " Nous ne sommes jamais intervenus pour que Defour rompe son contrat ", souligne Pierre François. " Nous ne nous sommes manifestés dès l'instant où nous avons su qu'il était libre. Nous nous sommes arrangés pour que tout se remette en ordre et pour que Genk touche une indemnité, plutôt que de le transférer en profitant de sa rupture de contrat. C'est même le transfert le plus coûteux que j'ai signé depuis que je suis au Standard et il y a en plus un intéressement pour Genk en cas de revente ultérieure. J'ai toujours une lettre de remerciement que le CA de Genk m'a envoyé : il me remerciait pour la façon dont nous avions géré ce dossier ". Mais si tout le monde s'évertue à oublier, certains ruminent sans cesse les faits. " Cette rivalité entre les deux clubs est vraiment récente et elle n'est alimentée que par les propos d'un seul homme : Vaessen ", commente Delmotte. Dégoûté par la tournure des événements, Vaessen avait claqué la porte de l'Union Belge avant de laisser filer la présidence de Genk. Pourtant, il est resté l'homme fort du Racing. Presque deux ans après l'affaire Defour, il n'a toujours pas digéré le comportement du Standard. Ainsi, il a clairement annoncé qu'il ne fêterait pas les nouveaux champions. Depuis lors, il s'évertue à jouer de mauvais tours au Standard. En attirant ses meilleurs jeunes par exemple : Sébastien Pocognoli (aujourd'hui à l'AZ), Jordan Remacle (entre-temps passé au RBC), Luwamo Garcia et Christian Benteke ont quitté Liège pour Genk. Tous ont pris le sillage de Logan Bailly, déjà présent à Genk depuis 2002. Au centre du jeu de quille, le manager de Pocognoli, Remacle et Benteke, Kismet Eris, devenu persona non grata au Standard. " Je ne vais pas cacher que le transfert de Benteke a satisfait Vaessen dans son désir de vengeance ", se défend Eris, " mais il faut reconnaître une gestion maladroite du Standard vis-à-vis de ses jeunes. Ce club a mis sur pied un système et tout le monde doit s'adapter à celui-ci. Or, tous les individus sont différents. On a dit que Pocognoli et Benteke sont partis pour l'argent mais c'est totalement faux. Ces deux joueurs voulaient privilégier leurs études. Or, avec deux entraînements par jour au Standard, cela ne leur était plus possible. A Genk, les dirigeants écoutent les jeunes. Ils mettent à leur disposition un chauffeur qui va les chercher à l'école pour les amener aux entraînements. De la sorte, Pocognoli a pu décrocher son diplôme. Avec Benteke, c'est pareil. En jouant à Genk, il ne faut pas croire qu'il est chez lui plus tard. Il rentre à la maison à 20 h 15 au lieu de 20 h 45 quand il évoluait au Standard. Genk tient davantage compte de l'aspect familial et scolaire. Je ne nie pas que l'Académie Robert Louis-Dreyfus marche bien mais le système ne permet pas aux joueurs de faire des études classiques. Et si cela fonctionne, c'est parce qu'elle attire beaucoup d'enfants de milieux défavorisés qui laissent facilement tomber les études ". De tels propos font hérisser les cheveux de François : " Dire que tout ce démarchage a un but scolaire, laissez-moi rire ! Nous avons des accords avec des écoles des réseaux libre ou officiel, dans différentes filières (techniques ou professionnelles). Nous avons désormais une conseillère pédagogique et entre l'école et le Standard, on a toujours dit que la priorité devait être l'école. On a insisté pour qu'un garçon comme Axel Witsel termine ses études. Certes, Genk a convaincu certains de nos jeunes de le rejoindre mais je ne pense pas qu'il va attirer tous nos jeunes alors qu'il termine à 27 points du Standard. Mais vous n'empêcherez jamais certains départs ". Depuis deux ans, le derby entre les deux entités a pris un autre visage. Le match est désormais classé sous haute surveillance. " Cela fait quelques années que les forces de l'ordre craignent et constatent un durcissement de la position des supporters de Genk ", affirme François. En décembre 2006, 200 supporters liégeois avaient envoyé une carte de v£ux à Vaessen pour le remercier de l'acquisition de Defour. Et en guise de remerciement, les 25 supporters de Genk avaient répondu pour les services de Bailly, Pocognoli, Remacle et Benteke. " En décembre dernier, un groupe de supporters de Genk avait même tagué nos installations, 48 h avant le match ", ajoute François. Le climat est tendu mais à l'apaisement. " Dire qu'on a des problèmes avec Genk, ce n'est vrai que si on les focalise sur un seul homme. Car, j'ai de bons rapports avec le président Harry Lemmens. Lorsque je siégeais à la commission des licences, je gérais mes dossiers en parfaite symbiose avec Philippe Aerden qui est proche de Genk. Vaessen a déclaré qu'il ne voulait pas de nous à sa table lors de la réception d'après-match. Vous savez, il y a de bonnes tables à Liège aussi. Cependant, je trouve les propos récents de Vaessen scandaleux. Je lui signale simplement qu'avec un budget légèrement supérieur à celui du Standard, son club termine à 27 points de nous ". Preuve qu'il ne faut quand même pas trop réveiller l'eau qui dort... par stéphane vande velde