Après quatre saisons passées en Belgique, Milan Jovanovic vient de boucler ses valises. Il a son visa pour l'Afrique du Sud et l'Angleterre. Quand la Coupe du Monde ne sera plus à la " une " de l'actualité, le Serpent de Sclessin rejoindra Liverpool pour sillonner les pelouses de la Premier League. Mais avant de continuer sa route, il est passé dare-dare chez le cordonnier du Laatste Nieuws pour prendre enfin possession de son Soulier d'Or. C'était le moment ou jamais de lui poser de précieuses questions.
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Après quatre saisons passées en Belgique, Milan Jovanovic vient de boucler ses valises. Il a son visa pour l'Afrique du Sud et l'Angleterre. Quand la Coupe du Monde ne sera plus à la " une " de l'actualité, le Serpent de Sclessin rejoindra Liverpool pour sillonner les pelouses de la Premier League. Mais avant de continuer sa route, il est passé dare-dare chez le cordonnier du Laatste Nieuws pour prendre enfin possession de son Soulier d'Or. C'était le moment ou jamais de lui poser de précieuses questions. Milan Jovanovic : Je vois ce que vous voulez dire... Evidemment, mais ce n'est pas de ma faute. Au club, personne n'ignorait qu'il n'y aurait pas d'autre occasion de se dire merci et au revoir. Cela devait se faire contre Genk ou plus jamais. De plus, je fêtais mes 29 ans ce soir-là. On ne m'a pas appelé, on n'a pas songé à moi et cela m'a peiné. Je ne suis pas venu au stade. Cet oubli, c'était dur. J'aurais accepté de remercier ce qui restera à jamais mon public avant le match, au repos ou après la rencontre. Je suis un peu déçu, c'est vrai, mais, le lendemain, un supporter m'attendait avec des fleurs à la sortie de l'Académie Robert Louis-Dreyfus. Si les caméras de la VRT ne s'étaient pas trouvées là-bas pour la remise d'un petit trophée humoristique (le Swakiri), personne ne l'aurait su. C'était un moment symbolique. Pour moi, l'âme et le coeur du Standard, c'est ce gamin. A sa façon, il prouve que le Standard est plus grand, plus important, que le président, le directeur, les joueurs, les journalistes, etc. Non, évidemment. Dans 10 ans, on mesurera mieux tout ce que cet effectif a parcouru comme chemin. Même si cela s'est mal terminé cette saison, nous avons écrit l'histoire. Le Standard était tombé dans l'oubli depuis 25 ans. A l'étranger, on connaissait Anderlecht et le Club Bruges. Seuls les anciens se souvenaient vaguement de ce qu'avait été le Standard. Ce sont d'abord les joueurs qui ont replacé Sclessin sur la carte. J'ai aidé et... je me suis aidé dans cette aventure. Je me suis affirmé au Standard où j'ai progressé comme joueur tout en développant ma personnalité. Je suis devenu plus fort dans tous le sens du terme. Ici, j'ai appris à me battre, à gagner, à me remettre en question, à transformer ma passion en un métier et à vivre avec la critique. ... je vous arrête, je sais. Marc Degryse a été sévère à mon égard, m'a-t-on dit. Wilfried Van Moer aussi. Je peux les comprendre. Vous savez, j'écoute plus des avis de cette qualité que les louanges. Jova attendait aussi plus de Jova. Mais je savais que je donnais tout. Je n'ai jamais triché, ni à l'entraînement, ni en match. Pouvais-je être meilleur ? Oui. Ai-je tout donné ? Oui. Le résultat était-il satisfaisant ? Non. Je ne sais pas ce qui s'est passé. J'ai tout essayé, cela n'allait pas. Les champions tombent aussi et seuls les plus forts se relèvent... Je sais ce que c'est. Au cours de mon deuxième championnat en Belgique, j'ai joué plus de six mois en étant blessé aux adducteurs. Avant l'opération, j'ai tenu le coup à force d'infiltrations car le Standard avait besoin de moi dans la lutte pour le titre. Cette saison, j'ai repoussé l'intervention au genou car il y avait la Ligue des Champions, l'Europa League, etc. Tout est tellement beau, je ne veux pas que deux mois un peu plus difficiles assombrissent un magnifique bilan... Le positif est tellement plus important. J'aurais préféré que tout soit top durant quatre ans mais c'est impossible. Mais non, cela n'entrait pas en ligne de compte. Le problème ne se situe pas là. Le public a le droit de tout exiger tout le temps. Je comprends ses réactions. Mais il faut savoir que le sportif vit aussi de sensations et de motivations. J'ai souvent puisé dans moi-même pour me relancer après une blessure, une opération ou alors que des clubs étrangers me proposaient de multiplier mon contrat par cinq ou plus. J'ai perdu énormément d'argent en restant au Standard où j'étais arrivé pour rien. Des millions d'euros... En équipe nationale, j'ai constaté que j'avais le plus petit salaire. Chaque fois qu'un grand club a frappé à ma porte, j'ai discuté avec le Standard mais je n'ai pas mis la pression. Par respect. Discuter ou menacer, j'ai choisi le dialogue. Je n'ai jamais voulu claquer la porte. J'aurais pu le faire, refuser de jouer, plaider ma cause devant les tribunaux, etc. Je respecte trop le Standard et nous aurions tous été perdants. Tout est bien qui finit bien. J'aurais le bonheur de jouer dans un très grand club mais tout est tellement fragile avant d'y arriver. Un détail, un peu de malchance et tout est fini. Je ne suis plus au début de ma carrière. Il faut quand même le savoir. Les discussions, les choix, les espoirs, les visites médicales, tout cela a aussi un impact sur l'influx nerveux. Je ne suis plus au début de ma carrière. J'ai 29 ans et on ne se gère plus comme à 20 ans. Jeune, on a tout le temps. Ce n'est plus mon cas. Cela joue mais je ne me suis jamais épargné. Si j'avais été un égoïste, je serais parti depuis longtemps. D'abord grâce à moi. Le Standard m'a aidé, oui. Merci mille fois mais je me suis fait seul. Je suis venu seul, j'ai passé mes tests seul, etc. Le Standard constitue les fondations de ma carrière. C'est une base indispensable mais j'ai construit le reste en équipe nationale. Si Liverpool a opté pour moi, c'est grâce à mes sélections internationales. S'il n'y avait eu que le Standard, je serais me retrouvé dans un très bon club mais pas à Liverpool. Au PSV, à Stuttgart, ailleurs en Angleterre mais pas à Anfield Road. Il y a d'autres grandes équipes mais il n'y a qu'un seul Liverpool, c'est un club unique. Oui quand même... Je sais. Ils sont sortis du bois quand Bölöni est parti. J'ai l'impression qu'on a créé un climat qui a ensuite servi de prétexte anti-Bölöni. Quand il était là, tout-puissant, j'étais le seul qui osait ergoter, discuter ses choix. On a dit qu'il était mon papa. Non, non, je me suis mouillé pour les autres qui ne pipaient pas mot. C'est cela avoir du caractère. Mais quand Bölöni s'est retrouvé par terre, les silencieux se sont levés pour tuer l'homme blessé. Facile d'oser quand l'autre est impuissant. Et soudain, en une fois, j'ai entendu toute une chorale d'anti-Bölöni. Je n'aime les chorales, surtout celle de ce genre-là. Moi, je suis un soliste, je ne chante pas avec de tels groupes. C'est plus difficile d'aider quelqu'un que... Non, je ne prétends pas le contraire. Je tiens à dire deux choses. Le Standard ne serait pas redevenu Champion de Belgique sans Michel Preud'homme. Après 25 ans de disette, il a été l'homme de la situation. Preud'homme connaissait le club comme sa poche. Personne d'autre que lui n'aurait pu décrocher le titre. Il a tout bonifié. C'est un battant, un caractère fort, un travailleur, un super tacticien, un homme de principes. Sa réussite à Gand ne m'étonne pas, je l'avais même prévue. Gand a même été mon favori pour le titre en début de saison. Je lui dois beaucoup. Mais on ne peut pas nier une évidence : Bölöni est le coach le plus performant de l'histoire moderne du Standard... J'aimais beaucoup Bölöni et je l'aime encore. C'est comme pour Preud'homme. Bölöni a gagné un titre, deux Supercoupes de Belgique, étonné en Ligue des Champions, en Europa League. C'est énorme au regard de la trésorerie du Standard. Bölöni n'a pas fait que profiter du travail de Preud'homme. Il l'a continué, bonifié. Tactiquement, on a tous franchi un cap. L'ignorer ou le contester, c'est mentir. Il a été remplacé. C'est ce qui pend au nez de tous les coaches. Même s'il est parti, je n'oublie pas. Cela ne signifie pas que tout fut parfait. Les joueurs portent aussi le poids de leurs erreurs, de la difficulté de miser sur plusieurs tableaux. C'était trop pour notre budget. Evidemment, mais pas nécessairement chaque année. Non, ce n'était pas une catastrophe. Il était tout à fait logique que le club prépare l'avenir avec ses jeunes. Je n'ai pas de problèmes avec les décisions de Dominique D'Onofrio et Jean-François de Sart. Quand Bölöni s'est retiré, la situation était délicate. L'atmosphère n'était pas bonne pour mille raisons : effectif étroit, manque de résultats en championnat, etc. Et le duo des nouveaux coaches a redressé le tir. Dominique D'Onofrio nous a quand même permis de franchir deux caps européens. C'est du concret, la réalité. Il a offert sa chaleur humaine. Il m'a critiqué aussi mais je ne lui en veux pas. Chacun a son avis. J'aimais bien les entraînements avec beaucoup de ballon, dès l'échauffement. Il y avait une touche espagnole dans cette façon de travailler. Cela m'a même fait penser aux méthodes de Radomir Antic, le coach de la Serbie qui entraîna autrefois le Real Madrid. Cela m'a fait du bien. Et j'ai été épaté par de Sart. Cet homme connaît son métier. Il est cultivé, calme, intelligent et comprend parfaitement le football moderne. J'ai l'impression qu'il est impossible de se disputer avec lui. Jean-François de Sart n'a pas besoin de se fâcher pour faire passer ses idées. Le courant passe bien avec les jeunes. Les échanges avec lui m'ont intéressé. Il ne m'étonnerait pas du tout qu'il se retrouve un jour dans un très bon club européen... On en revient au problème de l'effectif, trop étroit, trop jeune et laminé par les blessures, dont celle de Steven Defour, avec qui tout aurait été différent, la suspension d'Axel Witsel, etc. Ridicule, absurde... Je suis un supporter du Standard. Mais Anderlecht est le plus grand club belge. 30 titres, cela veut tout dire. Les Bruxellois n'ont quasiment jamais connu d'interruption, joue chaque année en Coupe d'Europe. Personne ne fait mieux en Belgique au niveau organisation, budget, etc. Et les mérites du Standard : il fallait oser secouer cette équipe, lui piquer deux fois le titre. Cette saison, Anderlecht a survolé les débats. C'est le résultat d'une politique : Anderlecht a un projet et il s'y tient. Quand il y a eu des doutes, la direction d'Anderlecht a fait bloc autour de son coach, ne l'a pas remplacé, a prolongé son contrat. Le titre s'explique par le talent mais aussi par la vision da la direction de ce club. L'effectif n'a pas changé et cela a payé. Je suis sûr qu'il fera son trou à Mönchengladbach. Igor est un gros bosseur. Et je ne connais pas un meilleur joueur de la tête que lui. Oui, c'est la vie. Je n'ai pas un caractère facile, je ne l'ignore pas. Mais je sais aussi que je suis un homme correct. Quand on me connaît, tout le monde est gagnant. Ceux qui me donnent quelque chose de bon c£ur, je fais tout pour les rendre heureux. Merci pour tout ce que j'ai vécu ici... lpar pierre bilic, photos: reportersQuand Bölöni s'est retrouvé par terre, les silencieux se sont levés pour tuer l'homme blessé.