Lundi 19 juin Deutschland Party

Même le très sérieux hebdomadaire Der Spiegel ne peut ignorer le phénomène. Le Mondial a changé l'Allemagne. Les rues se colorent de plus en plus de noir, rouge et or. C'est la plus grande fête depuis la chute du Mur, le 9 novembre 1989. On ne trouve plus de drapeaux allemands et Adidas a écoulé plus d'un million de maillots de l'équipe nationale, quatre fois plus que lors du Mondial 2002. Selon un sondage, 54 % de la population est convaincue que le Mondial vaudra une meilleure image à l'Allemagne.
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Même le très sérieux hebdomadaire Der Spiegel ne peut ignorer le phénomène. Le Mondial a changé l'Allemagne. Les rues se colorent de plus en plus de noir, rouge et or. C'est la plus grande fête depuis la chute du Mur, le 9 novembre 1989. On ne trouve plus de drapeaux allemands et Adidas a écoulé plus d'un million de maillots de l'équipe nationale, quatre fois plus que lors du Mondial 2002. Selon un sondage, 54 % de la population est convaincue que le Mondial vaudra une meilleure image à l'Allemagne. Les plombs sautent quand l'Allemagne bat l'Equateur 3-0. Sur la ZDF, Johannes W. Kerner, généralement pondéré, explique la suite du parcours : la Suède, puis l'Argentine en quarts de finales et le Brésil au stade suivant. " On verra qui nous battrons en finale ". Il s'est trompé : l'Allemagne ne peut affronter le Brésil en demi-finales. Theo Zwanziger, un des deux présidents de la DFB, tente de rester les pieds sur terre : il faut d'urgence de meilleures installations de football à l'Est, dans des villes comme Dresde, Erfurt ou Magdeburg. L'Est ne vibre pas. Des villes ont tenté d'attirer des nations participantes et seule Potsdam a obtenu l'Ukraine. Les 31 autres équipes ont préféré l'Ouest, à la grande frustration de l'ancienne RDA. Les personnes plus âgées qui pâtissent davantage des maux de l'ancien système ne se sentent pas impliquées par le Mondial, comme s'il n'avait pas lieu dans leur pays. Seule Leipzig tente de faire bonne figure : elle accueille cinq matches, les 59 autres ayant lieu à l'Ouest. A Francfort, un compatriote, Werner Helsen, est responsable de la condition physique des arbitres. Professeur à la KUL, il se réjouit de leur parcours impeccable. Si Frank De Bleeckere et ses assistants sont protégés du monde extérieur, Helsen s'installe avec nous dans le jardin romantique de l'hôtel FIFA. Helsen travaille surtout les situations de hors-jeu avec les assistants, à la demande de la FIFA, qui avait constaté que 26,3 % des décisions erronées concernaient cet aspect, au Mondial asiatique, alors que le pourcentage ne devrait pas dépasser 10 %. " Le rythme est très élevé. A voir la façon dont les arbitres résistent, on peut dire qu'ils ont accompli d'énormes progrès. Pendant un match du Mondial, De Bleeckere brûle 50 % de calories en plus que lors d'un match en Belgique : 1.800 au lieu de 1.200 ". On avait écrit que Ronaldo était trop gros, trop fainéant, que le foot ne l'intéressait plus. Il avait commenté : " Mon contrat ne stipule pas que je dois être super tous les jours ". Le Brésil était aussi entouré de questions. Zico, le sélectionneur brésilien du Japon, avait déclaré, avant leur affrontement : " Je ne comprends pas que le Brésil joue avec autant de contrôle, ce n'est pas dans sa nature ". Après le match, les critiques se sont tues. Le Brésil a survolé la joute : technique, vitesse, puissance, opportunisme, mouvements, tous les ingrédients étaient réunis. Franz Beckenbauer est omniprésent. Les spots publicitaires dans lesquels il apparaît tous les jours lui rapportent 20 millions d'euros. Il a été élu plus bel homme du tournoi par les femmes de plus de... 40 ans. Les plus jeunes ont élu Lukas Podolski. Ce jour, il a disparu à Kitzbühel, en Autriche, pour épouser sa compagne, Heidi Burmester. Il a convolé pour la troisième fois, en paix, entouré de ses seuls proches. Un photographe du Bild en était : le lendemain, le quotidien a publié les photos en exclusivité. Beckenbauer sait s'y prendre en affaires. Il s'est pourtant montré sentimental dans le choix de la date : sa mère, décédée en janvier, aurait fêté ses 93 ans le 23 juin. A-t-il rejoint Kitzbühel avec l'hélicoptère de l'organisation, qui l'achemine de match en match ? En route vers Munich pour le match Allemagne-Suède, en huitièmes de finale. Une radio ne diffuse que de la musique allemande et suédoise, ce jour-là. L'enthousiasme atteint son comble. On parle d'un Achtelfinale-Tag et au moment de la météo, on annonce : Achtelfinale-Wetter. Nous nous arrêtons pour boire une bière. Sur la table, avec la bouteille, un décapsuleur. Quand la bouteille s'ouvre, on entend Tooor (but). Un peu plus loin, une maison est peinte aux couleurs de l'Allemagne. Il y a deux semaines, Jürgen Klopp avait analysé le jeu de l'équipe d'Allemagne. L'entraîneur de Mainz 05 était un bel inconnu dans nos contrées, à l'exception de René Vandereycken, qui l'avait entraîné quelque trois mois avant de l'écarter finalement. Klopp est pourtant un monument dans son club. L'homme, qui avait prédit dans nos colonnes que ce Mondial venait trop tôt pour la jeune équipe allemande, est analyste pour la ZDF et le journal de qualité Frankfurter Allgemeine Zeitung estime qu'il est le meilleur commentateur allemand de ce Mondial. Il fait mieux que Günter Netzer, notamment, qui travaille pour l'ARD. On ne peut les comparer : Klopp a de l'humour. Il est déjà apparu en maillot de l'équipe nationale allemande tandis que Netzer, en costume, ne se départ jamais de son sérieux et prodigue ses analyses d'un studio à Cologne. Il ne verra qu'un seul match en direct : la finale. Et il se distancie (trop) aisément de tout enthousiasme. Quand le journaliste Gerhard Delling lui a demandé s'il allait se plonger dans l'ambiance festive du stade, après le match Angleterre-Suède, Netzer a répondu sans un sourire : " Je vais dormir ". JACQUES SYS, ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE