Jeudi 8 juin : sourire brésilien

Durant ce Mondial, l'Allemagne veut donner d'elle-même une image de joie et de fête. Dans ce cadre, il n'y a pas de place pour les problèmes. La Chancelière Angela Merkel n'a donc pas apprécié que les médecins des hôpitaux continuent à menacer de grève si on n'augmentait pas leurs honoraires. Même les journaux de qualité ont escamoté l'information.
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Durant ce Mondial, l'Allemagne veut donner d'elle-même une image de joie et de fête. Dans ce cadre, il n'y a pas de place pour les problèmes. La Chancelière Angela Merkel n'a donc pas apprécié que les médecins des hôpitaux continuent à menacer de grève si on n'augmentait pas leurs honoraires. Même les journaux de qualité ont escamoté l'information. Le Mondial est enfin là et les choses intéressantes ne manquent pas, comme l'entraînement de l'équipe nationale brésilienne à Offenbach. Quelque 25.000 billets étaient disponibles. Pour être sûrs d'être parmi les heureux élus, les fans brésiliens ont fait la file dès quatre heures du matin la veille, six heures avant l'ouverture des guichets. Des heures avant le premier entraînement, le Bieberer Berg, où le Club Bruges s'est déjà produit en Coupe d'Europe, s'est mué en métropole sud-américaine, dansant et chantant. La samba frivole dans une Allemagne plus fervente de musique à vent : ces extrêmes se côtoieront souvent pendant le Mondial. Fait marquant pendant la séance du quintuple champion du monde : la joie pure des joueurs dès qu'ils touchent le ballon, la satisfaction enfantine de Ronaldinho, une vedette du peuple, issue de cette couche de la population. A la fin de l'entraînement, un gamin se faufile entre les agents de sécurité et monte sur le terrain. Les forces de l'ordre tentent de l'évacuer. Puis Ronaldinho arrive : il fait un clin d'£il au gosse et signe son t-shirt. C'est ainsi que cela doit se passer... Cela a certainement été son moment de gloire : Pelé, qui reste un amateur notoire des belles femmes, a pu monter sur le podium de l'Allianz Arena de Munich en compagnie de la superbe Claudia Schiffer, pendant la cérémonie d'ouverture. Est-ce pour cela que Pelé, qui n'a jamais rien déclaré d'impérissable dans ses interviewes, était sorti de sa réserve le matin, quand on lui avait demandé son avis sur Ronaldinho ? Pelé a répondu avec un grand sourire : " Ronaldinho est plus grand que moi. De quatre centimètres très exactement ". Avant d'éclater de rire. Une heure avant le coup d'envoi, Pelé a brandi la World Cup, objet de convoitise, sous les applaudissements polis de Claudia. La fête peut enfin commencer et heureusement, quelqu'un a eu la bonne idée de ne pas donner la parole à Sepp Blatter, le patron de la FIFA. Quand le speaker de service a remercié la fédération mondiale pour sa confiance, un concert de sifflements a jailli des travées. C'était bien différent quand Franz Beckenbauer est apparu sur le podium. Le Kaiser était une légende, il est devenu immortel en ramenant la Coupe du Monde en Allemagne. Quand donc aura-t-il sa statue ? La façon dont les Allemands vivent au rythme de l'événement est stupéfiante, voire anormale. Jens Lehmann, pourtant contesté, a été le premier joueur à fouler la pelouse, avant le match contre le Costa Rica, et il a salué le public de Munich... même s'il avait pris la place dans le but d' Oliver Kahn. Deux heures plus tard, l'Allianz Arena a éclaté de joie quand la Mannschaft a conclu son premier match sur une victoire. L'ancien international Mario Basler avait prédit que la vedette du tournoi ne serait pas Michael Ballack mais Miroslav Klose. L'avant du Werder Brême, un modèle de calme en toutes circonstances, a marqué deux buts. En privé, il a expliqué où il puisait cette sérénité. Plusieurs fois par semaine, il se lève à quatre heures et demie du matin pour aller pêcher avant de rejoindre le club pour s'entraîner, la tête fraîche. Les journalistes constatent que les frontières du gigantisme ont encore été reculées. Tous ne trouvent pas place dans la tribune de presse. Pour certains matches, la demande excède l'offre de 50 %. Certains journalistes se retrouvent donc sur une liste d'attente. Elle comportait 367 personnes pour Angleterre- Paraguay. Les matches de l'équipe de Sven-Göran Eriksson sont très prisés. Les primes versées par certaines fédérations aux joueurs sont tout aussi folles. Si l'Allemagne est championne du monde, chaque joueur touchera 300.000 euros, trois fois plus que ce qui était prévu en 2002. L'Espagne bat tous les records : 570.000 euros par tête de pipe en cas de victoire finale. Par contre, si l'équipe ne se qualifie pas pour les quarts de finale, elle n'a pas un sou. Jürgen Klinsmann doit-il continuer à jouer le hors-jeu ou pas ? Deux jours après la victoire 4-2 contre le Costa Rica, la nation discute ardemment le sujet. Dans un des innombrables talk-shows dont la télévision allemande abreuve les gens ces jours-ci, Paul Breitner, l'ancien arrière gauche rebelle, tente d'expliquer quel genre de défense il faut pour jouer haut. Le journaliste n'y comprend rien... Les Allemands ne discutent pas de tactique mais d'événements annexes. Tout doit être branché, à la télévision. C'est ainsi que l'ARD confie les interviews de Klinsmann à la seule Monica Lierhaus, une journaliste rousse racée. Comme si l'emballage était plus important que le contenu. L'excitation de l'Allemagne est inouïe. Les voitures arborent un drapeau allemand, les gens maquillent leur visage en ballon, les trains arborent des autocollants du Mondial, la moindre rue respire l'atmosphère de l'événement. La convivialité est le mot d'ordre, tout le monde est vraiment bienvenu. Dans une petite boulangerie de Botnang, une commune de Stuttgart, les journalistes peuvent entrer sans être annoncés pour bavarder avec la propriétaire du commerce. Elle raconte des centaines de fois que son fils rêvait jadis de devenir boulanger mais qu'il a finalement embrassé une autre carrière. Les yeux brillants, elle s'exprime avec la fierté typique des mères. Son fils n'est autre que Klinsi... JACQUES SYS, ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE