On le considère depuis longtemps comme le plus doué des cyclocrossmen et à Monopoli, en Italie, l'hiver dernier, Bart Wellens a effectivement enfilé le maillot de champion du monde. Agé de 25 ans, il ne semble compter qu'un seul rival : Sven Nys.
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On le considère depuis longtemps comme le plus doué des cyclocrossmen et à Monopoli, en Italie, l'hiver dernier, Bart Wellens a effectivement enfilé le maillot de champion du monde. Agé de 25 ans, il ne semble compter qu'un seul rival : Sven Nys. Bart Wellens : La barre était placée trop haut. On m'a d'emblée comparé à Sven Nys, mais il a trois ans de plus. Cette comparaison m'a frustré. C'est vrai. Je ne discute de mon alimentation avec un médecin que depuis cette saison. Avant, je ne pouvais me passer de frites durant une semaine et le soir qui suivait une course, j'en mangeais aussi pensant que ça ne pouvait faire de mal. Maintenant je parviens à m'en priver pendant un mois. Je me sens un peu mieux, je récupère plus vite. Je raffole des pigeons, aussi, mais c'est permis... Oui et non. Je serai toujours comme ça. J'ai besoin de rigoler, pour contrôler mes nerfs, mais je vis pour mon sport et je m'entraîne dur. Sans doute. On dit qu'il faut accorder du temps à des jeunes comme Davy Commeyne et à Sven Vanthourenhout. Au même âge, j'avais déjà gagné trois ou quatre épreuves du Superprestige avant d'être pro. Du coup, on a placé la barre plus haut. Si je suis plus régulier, c'est surtout parce que j'abats plus de kilomètres en été. L'été a été excellent. Je n'ai pas gagné de courses mais j'ai souvent attaqué et roulé en tête. Je ne peux pas dire que j'ai profité du stage de St-Moritz car il était trop éloigné du début de ma saison mais il est agréable de changer d'air, surtout quand l'infrastructure est aussi bonne. Ce stage a aussi soudé l'équipe. Sans qu'il faille sous-estimer l'importance de l'équipe. Le week-end de la manche de Coupe du Monde à Turin, Peter Van Santvliet s'est imposé au Luxembourg et Wim Jacobs a terminé troisième. Van Santvliet a attaqué d'emblée. Jacobs n'a donc pu y aller à fond. Je roule parce que j'aime ça mais c'est mon métier. Je n'ai pas à me plaindre, même si mon salaire est dérisoire par rapport à celui des grands routiers. Après ma carrière, j'espère ne pas être obligé de travailler. Non. Si j'ai opté pour le cross, c'est parce que c'est dur, qu'on souffre. En plus, un parcours rapide est dangereux : tout le monde veut rouler en tête, on se pousse, on se tire. On veut freiner l'élan du cyclocross belge en introduisant des règlements qui ne reposent sur rien. Le Mondial de Turin était scandaleux. Je ne roulais que pour la deuxième place. Le dernier virage était à peine à cent mètres de l'arrivée et j'avais cinq mètres de retard. Sven est tombé et j'y suis allé mais à ce moment, ma roue arrière a dérapé et j'ai dû m'asseoir. Certains pensent comme moi sans oser le dire. Je préfère dire ce que je pense en face plutôt que derrière le dos des gens. Un coureur qui a réussi tant de choses aurait mérité de plus beaux adieux. Mario n'aime pas rouler pour un accessit. Il va donc tout faire pour revenir parmi l'élite. Je ne sais pas s'il y parviendra. Je l'ai souvent maudit car il nous a compliqué la vie, à Sven et à moi. Il va me manquer. Contre qui vais-je pester ? Personne, dans la génération actuelle, n'est capable de rouler aussi tactiquement et de bluffer. On dirait. Ben Berden va nous compliquer la vie dans certaines épreuves mais pour le moment, Sven et moi émergeons nettement. Non. Les Belges dominent le motocross aussi. Michael Schumacher gagne presque tout en F1, idem pour Clijsters et Henin en tennis. Un moment donné, d'autres coureurs vont émerger. Sven a une meilleure technique, j'attaque plus. Mais il a admis à quelques reprises que j'étais meilleur. Avant, s'il perdait, c'était parce que ses pneus n'étaient pas assez gonflés ou qu'il n'était pas en jambes. Ne nous disputons pas : nous devons encore courir l'un contre l'autre quelques années. Un seul maillot compte en cyclocross : celui de champion du monde. Sven ne l'a jamais porté. Il a gagné plus de courses que moi mais je le devance grâce au Mondial. C'est pour ça que c'est mon objectif. Je voudrais reconduire mon titre mondial mais le fait que le championnat de Belgique ait lieu à Lille, à cinq kilomètres de chez moi, lui confère un piment supplémentaire. Mes supporters ne devront pas se déplacer pour faire la fête. Roel Van den Broeck