"Quand je l'ai vu arriver, j'ai dit : -Putain, c'est pas possible. " C'est Mircea Rednic qui parle. Il parle de Logan Bailly. Il continue. " Il avait douze kilos en trop. Il en a déjà perdu une dizaine. Tu peux grossir un peu pendant tes vacances. Mais douze kilos ! En Belgique, ça va parfois vite, hein... " Il rigole.
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"Quand je l'ai vu arriver, j'ai dit : -Putain, c'est pas possible. " C'est Mircea Rednic qui parle. Il parle de Logan Bailly. Il continue. " Il avait douze kilos en trop. Il en a déjà perdu une dizaine. Tu peux grossir un peu pendant tes vacances. Mais douze kilos ! En Belgique, ça va parfois vite, hein... " Il rigole. Et encore : " Tu te prends un cornet de frites, de la mayo, un petit alcool... Mais quand tu es footballeur, tu ne peux pas dépasser les limites. Tu dois vivre comme un pro. Là, depuis un mois, le club paie Logan Bailly pour maigrir. Ce n'est pas normal. " Là-dessus, le coach monte dans sa Bentley et quitte le Canonnier. Juste après, Logan Bailly s'installe pour livrer ses dernières confessions de gardien de but dans le dur. Il n'est pas encore prêt pour entrer dans l'équipe de Mouscron mais il s'en rapproche chaque jour un peu plus. Et son surpoids ne saute plus aux yeux. Parce qu'il bosse comme un malade depuis un mois. LOGAN BAILLY : J'ai tendance à vite prendre. Et je perds très vite aussi. Je suis rentré en Belgique, c'étaient mes vacances, je voulais en profiter. J'ai continué à faire du sport, mais quand tu passes de minimum un entraînement par jour dans un grand club à un rythme d'un petit jogging tous les deux jours, ça fait une grosse différence. Beaucoup de footballeurs reprennent les entraînements avec quelques kilos en trop. Les dirigeants de clubs et les entraîneurs le savent, ils comprennent, ils acceptent. BAILLY : Je ne sais pas qui t'a dit ça... C'est quand même beaucoup, douze... (Il rigole).BAILLY : C'est une notion qui n'existe pas chez moi. Ça varie. Ça dépend comment je me sens. Le bon poids pour moi, ce n'est pas 60 ou 70 kilos, ce n'est pas 100 kilos non plus. Je dirais entre 87 et 91. Mais tu peux faire 90 kilos et n'avoir que du muscle, ou faire 88 et n'avoir que de la graisse. Tout ça dépend des personnes, des corps. BAILLY : Mon meilleur niveau ? ... Les qualités, je les ai. Quand on les a un jour, on les a toujours. Jouer comme gardien de but, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Je pense que ça peut aller très vite. J'ai rattrapé presque tout mon retard physique, je me sens super bien. BAILLY : Je savais dès le départ que ça n'allait pas être facile. Devenir titulaire là-bas, c'était un gros défi. Et ce challenge, je l'ai voulu. J'aurais pu faire la même chose que beaucoup de footballeurs belges : rester tranquillement dans mon petit club, ne pas prendre de risque, être sûr de ma place. Mais ça, ce n'est pas pour moi. Ce n'est pas dans mon tempérament. J'ai passé des années merveilleuses à Louvain. Mais quand tu reçois une offre d'un club comme le Celtic, normalement, tu n'hésites pas une seconde. Et je n'ai pas hésité une seconde. Aujourd'hui, j'ai un palmarès. Et ça, personne ne me l'enlèvera. Jamais. Il n'y a quand même pas énormément de footballeurs ici qui peuvent dire qu'ils ont passé deux ans dans un club pareil et qui y ont gagné des trophées. Je ne regrette rien. Rien du tout. Jusqu'à mon dernier jour, je serai heureux d'être passé par là. Même quand tu n'es pas sur le terrain, le Celtic reste une marque connue dans le monde entier. BAILLY : Quand tu as une équipe qui tourne bien et qui gagne tout, tu n'as pas envie de faire des changements. Le coach ne voulait pas seulement tout gagner, il voulait battre des records. Records de victoires, de buts, de précocité. Il voulait écrire l'histoire. Le tout dernier match de la saison pouvait permettre au Celtic de faire le triplé national, alors l'entraîneur n'a toujours rien changé. Et l'équipe a fait ce triplé. J'étais encore sous contrat, j'aurais pu rester. Mais ça ne m'intéressait plus d'être numéro 3. On s'est parlé, on a décidé de se séparer à l'amiable, on s'est... bien quittés. J'estime que j'ai fait le tour à Glasgow, j'ai appris ce que je voulais apprendre. BAILLY : On gagne ensemble et on perd ensemble. Parfois, j'étais sur le banc. Le plus souvent, j'étais dans la tribune. Mais j'ai toujours fait la préparation et les déplacements, même en Ligue des Champions. Je devais être prêt à tout moment, au cas où un des deux autres gardiens se serait blessé à l'échauffement. C'étaient deux années merveilleuses. BAILLY : Tout. Le club, le stade, la ville, les gens, la vie, le championnat. BAILLY : Pas de souci, ça ne change rien pour moi. Il n'y avait pas 60.000 spectateurs non plus à Louvain, ça ne m'a pas empêché d'y être très heureux. Il en faut plus pour me démoraliser ou pour faire baisser mon envie de tout donner. BAILLY : Pas du tout. Je ne visais rien ! Je n'avais aucune touche. Pour tout de dire, ce n'est pas tellement à mon avenir de joueur de foot que je pensais à ce moment-là. Ma priorité, c'était de profiter à nouveau de mes enfants. Vu que je me suis séparé de ma femme, je les ai très peu vus pendant deux ans. Je gagnais bien ma vie au Celtic mais j'étais malheureux de ne plus les voir grandir. Il ne suffit pas d'un bon club, d'une belle maison et d'une belle voiture pour me rendre heureux. Je suis très fusionnel avec ma fille et mon fils. J'ai pris un risque, oui. Le risque de me retrouver sans club. Je savais ce que je faisais. Il y a vite eu des touches. Finalement, il y avait plusieurs clubs intéressés en même temps et j'ai dû faire un choix. Des clubs étrangers m'ont proposé un meilleur salaire que Mouscron. Mais je préfère toucher 5.000 euros de moins et vivre près de ma famille. La seule chose qui aurait pu me pousser vers une nouvelle aventure à l'étranger, ça aurait été un contrat mirobolant d'un pays comme la Chine. Mais on ne m'a rien proposé, donc j'ai accepté Mouscron parce que ça doit me permettre de retrouver du temps de jeu dans un championnat que je connais. Je veux maintenant prouver que le Celtic ne m'avait pas engagé pour mes beaux yeux. BAILLY : Dans le foot, il n'y a rien d'irréaliste. Maintenant, je suis conscient que j'ai 31 ans et qu'il y a des gardiens plus jeunes qui frappent à la porte pour se mettre derrière Thibaut Courtois et Simon Mignolet. C'est un challenge que mon préparateur me met ! A Louvain, Ronny Van Geneugden m'avait mis, entre guillemets, la même pression. Il m'avait dit : -Si tu viens ici, c'est pour repartir dans un grand club. Après Louvain, je me suis retrouvé au Celtic Glasgow ! Je bosse, on verra pour la suite. Mais il ne faut pas croire que l'équipe nationale soit ma première priorité. BAILLY : On m'a confronté à ça, oui. J'ai répondu : -Avec des " si ", je referais ma carrière. Je n'ai vraiment plus envie de penser au passé, plus envie d'en parler. Ça ne changera rien, de toute façon. BAILLY : Aucun. Et si j'en avais, ils ne changeraient rien dans ma vie. J'ai joué à Genk, à Mönchengladbach, au Celtic Glasgow, c'est pas mal, je trouve, je ne me plains pas de mon parcours. BAILLY : Avec le recul, avec l'âge, avec la maturité, avec l'expérience, avec un autre entourage, on pourrait refaire plein de choses. Mais je ne veux pas me casser la tête avec tout ça. Le plus important, c'est que je suis toujours debout. J'ai une famille, des enfants en bonne santé, c'est le principal. BAILLY : C'est difficile à dire. J'ai toujours fait confiance à certaines personnes. Par rapport à ça non plus, je n'ai pas de regrets. BAILLY : Pose-leur la question. Que tu prennes n'importe quel agent, avec n'importe quel profil, tu es toujours content quand il te place dans un bon club. Maintenant, il ne peut pas jouer sur le terrain à ta place. Et puis, ce n'est pas illogique de changer plusieurs fois d'agent sur une carrière. Il y en a qui peuvent te faire entrer plus facilement dans un club, c'est normal que tu bosses avec eux. Il y en a qui ne peuvent pas aller dans un club qui te veut, c'est compréhensible aussi de ne plus collaborer avec eux. Et ils travaillent pour gagner de l'argent, alors ils risquent de te laisser tomber quand tu ne peux plus leur rapporter grand-chose. De son côté, le joueur peut avoir envie de changer d'agent quand le sien n'est pas assez puissant pour arriver à un certain niveau. Tout cela me paraît logique et je ne regrette pas mes choix d'agents. BAILLY : C'est facile de faire des pronostics. Sous prétexte qu'on ne connaît pratiquement personne dans notre équipe. Moi, je dis que c'est à la fin du bal qu'on paie les musiciens. On fera les comptes en fin de saison. Quand je lis le classement qu'on nous prédit, ça me rappelle ce qu'on écrivait avant le tour final que j'ai joué avec Louvain. Il y avait aussi Eupen, le Lierse et Lommel, on ne nous donnait pas plus de 10 % de chances de monter. Mais ce tour final, on l'a carrément survolé. Qu'on regarde six ou sept matches avant de prédire le nom du champion et celui du descendant. C'est facile de dire que Bruges, Anderlecht et Genk sont favoris, simplement parce qu'ils ont fait des transferts à x millions. C'est facile de condamner Mouscron parce qu'il y a une grande majorité d'inconnus dans notre équipe. Moi, je découvre un groupe jeune, talentueux et respectueux. Je suis le joueur le plus âgé et tout se fait très naturellement, je ne dois jouer ni au policier, ni au sheriff. BAILLY : Ça ne change rien pour moi, je donnerai le max comme partout où je suis passé et je ne vais pas commencer à engueuler le défenseur qui raterait sa relance et offrirait un but à l'adversaire ! BAILLY : Mon grain de folie, je le garderai toute ma vie. De toute façon, c'est une étiquette qui est collée sur mon dos jusqu'à la fin de ma carrière. BAILLY : Ça dépend. Dans tout ce qu'on m'a reproché, il y avait des choses vraies, d'autres qui étaient inventées. Quand je faisais quelque chose, et quand un autre footballeur faisait le même écart, j'en prenais dix fois plus. Ce sont toujours les mêmes noms qui ressortent, sans doute parce qu'on intéresse les gens. Ça veut donc dire qu'on est intéressants... Si un joueur fait un excès de vitesse, on reparle de Jonathan Legear, d'Emile Mpenza et de moi... C'est comme ça, c'est la vie, c'est le foot. C'est la notoriété, j'ai toujours vécu avec et je ne suis pas mort. par pierre danvoye - photos belgaimage / christophe ketels" J'ai joué à Genk, à Mönchengladbach, au Celtic Glasgow, je ne me plains pas de mon parcours. " Logan Bailly " Il n'y a pas énormément de footballeurs ici qui peuvent dire qu'ils ont passé deux ans dans un club comme le Celtic et qui y ont gagné des trophées. " Logan Bailly " Il ne suffit pas d'un bon club, d'une belle maison et d'une belle voiture pour me rendre heureux. " Logan Bailly