A 22 h, ce mardi, les rues du centre de Zagreb sont d'un silence étonnant pour une capitale. Exténués par la Noriada, cette journée durant laquelle ils célèbrent leur dernière année d'école - une bonne cinquantaine de jours avant la fin officielle - les étudiants du secondaire sont au lit depuis longtemps. Ils ont repris avec eux leurs sifflets stridents et les cadavres des gobelets de rhum-coca.

Dans ce coin sud de Donji Grad, plus communément appelé Centar, la majorité des façades est couverte de graffitis, ce qui n'a pas l'air de gêner les habitants, posés dans leur fauteuil ou devant la télévision. Il faut dire que l'arrondissement est fort prisé par les utilisateurs de cette plateforme communautaire de location de logements.

Milan Rapaic, lui, a ses habitudes au Westin, un énorme hôtel type HLM mais dont la déco est un rien plus sophistiquée. Doudoune noire sans manches sur le dos, l'ancien ailier gauche ponctue une journée entière de voiture.

" Ce matin, j'étais chez moi à Split, dans le sud du pays ", débute-t-il. " Puis, je suis passé par l'Istrie, à l'ouest pour voir l'avancée des travaux dans les bâtiments que je fais construire. J'investis dans l'immobilier, mais mon truc, ça reste le foot. "

Dans la foulée, Milan se désintéresse du pianiste du lounge bar pour nous inviter, sans trop laisser le choix, au fumoir, où il enchaîne les souvenirs et les clopes.

" J'ai vécu des années fantastiques à Split "

Vous avez souvent répété votre amour pour Split. Vous y êtes né ?

Milan Rapaic : Non, j'ai grandi à Nova Gradi?ka, une petite ville située à une heure au nord de Zagreb. C'est là que j'ai commencé le football avant que mes parents déménagent à Split quand j'avais 14 ans. J'ai vécu en Italie, j'ai vécu à Istanbul... j'ai toujours adoré voyager, mais c'est uniquement pour le travail : mon coeur reste attaché à Split, j'y retourne quoi qu'il se passe. Le soleil, la mer, la chaleur... il y a tout et ma famille y est heureuse.

C'est aussi au Hajduk Split que vous vous faites les dents en tant que tireur de coups francs...

Rapaic : Je dois être né en tirant des coups francs (rires). Shooter, shooter, shooter : à Split et ailleurs, j'ai toujours adoré m'entraîner à cet exercice, c'est de la joie pure. Pour celui qui aime le football, le coup franc est un de ses plus magnifiques aspects. Pour moi, le coup franc a la même saveur qu'un dessert à la fin d'un repas : il vient couronner un beau moment.

L'autre aspect de votre jeu, c'est la technique, également façonnée au Hajduk ?

Rapaic : J'ai vécu des années fantastiques à Split : tous les entraînements se faisaient avec le ballon, on n'arrêtait pas de le caresser. Pour moi, la formation des gamins est vraiment mauvaise aujourd'hui : tout se fait en dehors du terrain, sur des ordinateurs qui ne parlent que de tactique et de stratégie... alors que c'est sur la pelouse qu'on apprend le plus : la théorie, c'est une chose, mais la pratique construit vraiment le joueur.

" Pour les Croates, la Belgique est un tremplin idéal "

Vous débarquez au Standard à l'été 2004 alors que vous sortiez d'un EURO en tant que titulaire avec la Croatie. Vous n'aviez pas d'autres offres ?

Rapaic : Tout est dû à Luciano D'Onofrio. Pour moi, il est aussi important pour le football que Maradona parce qu'il le comprend mieux que quiconque. La Belgique et le Standard lui doivent beaucoup : il a attiré des joueurs de renom, il a créé une académie, il a lancé énormément de jeunes joueurs... Après l'EURO, j'ai décidé de le rejoindre parce que j'avais confiance en lui, surtout que je sortais d'une saison compliquée à Ancône ( il n'a joué que 14 matchs, Ancône a eu des problèmes financiers et a terminé 18e et dernier en Serie A, ndlr).

Pour moi, Luciano D'Onofrio est aussi important pour le foot que Diego Maradona. " Milan Rapaic

Alors que vous aviez plus de 100 matchs de Serie A et deux saisons à Fenerbahçe derrière vous, vous avez très vite dit que la D1 belge était un championnat très difficile. Pourquoi ?

Rapaic : D'abord, je dois dire que ce qui m'a marqué en premier, c'est qu'il était possible d'aller jouer un match à l'extérieur et de revenir chez soi le même jour. C'était la première fois pour moi et c'était très bien comme ça (rires). En ce qui concerne le jeu, le championnat belge est totalement différent des autres, parce qu'on n'arrête pas de courir. Pour les Croates, c'est une compétition idéale pour progresser : après avoir travaillé la technique chez nous, ils apprennent le physique en Belgique. C'est parce qu'ils sont passés par la D1 belge que beaucoup de Croates ont eu une belle carrière par après. La JPL est un tremplin idéal.

Milan Rapaic : " Au Standard, il fallait que je coure si je voulais jouer. ", BELGAIMAGE
Milan Rapaic : " Au Standard, il fallait que je coure si je voulais jouer. " © BELGAIMAGE

" Au Standard, j'ai toujours eu de bonnes jambes "

L'adaptation a été difficile pour vous, qui aviez déjà 31 ans ?

Rapaic : J'ai couru ! Il le fallait bien si je voulais jouer. Mais étrangement, je n'ai jamais aussi bien couru qu'en Belgique. Je ne sais pas si c'est lié à la température et la météo, mais j'ai senti que j'avais de bonnes jambes pendant ces trois saisons.

À vos débuts, les médias ne vous ont pourtant pas épargné...

Rapaic : Ce n'était pas une première, mais j'ai toujours tout donné pour le Standard de Liège et ses fantastiques supporters. Finalement, j'ai fait de très belles choses à Sclessin donc les avis des journalistes ne m'intéressent pas.

Votre ancien coéquipier Karel Geraerts a dit que vous aviez une belle tactique avant de passer sur la balance...

Rapaic : On devait y aller chaque semaine, donc j'enchaînais les séances de sauna pour perdre un maximum de masse (sourire). J'ai vu l'évolution du professionnalisme dans le foot : aujourd'hui, tout est ultra important, même le poids doit être impeccable.

Et la cigarette ?

Rapaic : J'ai toujours fumé. Je n'ai jamais cherché à le nier, contrairement à tous les joueurs qui fument en cachette... et il y en a beaucoup ! Je ne comprends pas pourquoi ne pas l'assumer. Au Standard, Sergio Conceicao fumait parfois quelques clopes avec moi. Je n'ai jamais essayé d'arrêter, je ne peux pas.

" Sergio Conceiçao était un capitaine fantastique "

Est-ce que Sergio Conceiçao était le vrai leader mental et vous plutôt un exemple sur le terrain ?

Rapaic : Sergio était un grand ami et un capitaine fantastique, mais on avait des styles et des caractères complètement différents. Lui faisait son job, guidait ses coéquipiers et les menait vers la victoire. D'ailleurs, ce qu'il réalise aujourd'hui en tant que coach ne m'étonne pas du tout et ce n'est pas fini... Mais pour moi, parler sur le terrain n'a jamais été important. Je me suis entendu avec tous les joueurs que j'ai côtoyés, tout le monde m'aimait, mais je n'étais pas du genre à l'ouvrir pour m'éterniser sur des faits de matchs, par exemple. Pour moi, seul le ballon peut parler.

Votre gentillesse a un jour été pointée du doigt par l'agent Didier Frenay, qui estimait qu'elle vous avait coûté une toute grande carrière. Qu'en pensez-vous ?

Rapaic : Je ne connais pas cette personne... mais j'ai beaucoup de problème à comprendre les noms français (sourire). Quoi qu'il en soit, c'est ma carrière et c'est impossible de la changer. C'est vrai que j'ai toujours été gentil, mais je n'ai jamais eu l'intention d'être un autre uniquement pour "réussir" quelque chose ou faire plaisir. Au final, j'ai été professionnel pendant 16 ans, j'ai joué en Serie A, au Fenerbahçe et j'ai été tout proche de signer à la Juventus. C'était à l'époque de Perugia, où j'aimais la ville et où le président a énormément augmenté mon salaire. Donc je n'ai pas le moindre regret.

" Au Standard comme au Fener, les fans sont bouillants "

Après un an au Standard, vous avez soudainement quitté le club. Près de 15 ans plus tard, est-ce que vous pouvez expliquer pourquoi ?

Rapaic : Ce n'est pas important, c'est une vieille histoire qui appartient au passé.

Certains médias ont évoqué un problème financier...

Rapaic : Écoutez : je gagnais plus en un mois au Fenerbahçe qu'en une saison au Standard, donc l'argent n'a jamais été le souci. Je suis revenu quelques mois plus tard, mais il n'y a rien de très important là-dessous, il y a eu beaucoup trop de blabla.

À votre retour, en novembre 2005, il a tout de même fallu reconquérir le coeur des fans : certains d'entre eux avaient déroulé une banderole avec le message "Rapaic, notre blason tu l'as souillé, à toi de le redorer".

Rapaic : Ils ne sont pas restés longtemps fâchés parce qu'ils ont pu voir que je donnais tout sur le terrain. Au Standard comme au Fener, les fans sont bouillonnants : ils t'aiment ou ils ne t'aiment pas. J'adore ce genre de supporters qui créent une atmosphère qui me donne énormément d'adrénaline. Ça a été un plaisir de jouer dans l'enfer de Sclessin et de vivre à Liège : j'habitais dans le centre-ville et c'était dingue parce que tout le monde était supporter du club. Je ne sortais pas beaucoup, j'avais un rythme assez tranquille : football, restaurant, maison.

" Je n'ai jamais pêché de ma vie "

Est-ce que vous étiez réellement amateur de pêche ?

Rapaic : Je n'ai jamais pêché dans ma vie, jamais ! Même à Split, où la mer est partout, même à Liège, nulle part. Je me souviens que la presse belge disait que je partais souvent pêcher mais c'est faux. À mon avis, un jour où j'étais absent, un journaliste a probablement dû lâcher pour rire que j'étais parti à la pêche. Et c'est resté.

Le Standard a décroché le titre la saison après votre départ avec Conceiçao. Un regret ?

Rapaic : Je pense qu'on a fait beaucoup pour Witsel, Fellaini et Defour, la présence de grands joueurs comme Conceiçao, Sa Pinto, Joao Costa ou moi a été très importante dans leur développement parce qu'ils ont pu voir et apprendre énormément de choses. On a perdu le championnat lors de la dernière journée en 2005-2006 donc on n'était pas passé loin, mais je pense que le moment était arrivé de laisser de la liberté aux jeunes, de leur faire comprendre qu'ils avaient une place importante dans l'équipe. C'est elle qui compte, au final. Pas Conceiçao ou Rapaic.

" Preud'homme est un coach exemplaire, mais... "

Votre passage à Liège se termine sur une mauvaise note sportive puisque vous n'êtes pas repris pour la finale de la Coupe de Belgique contre Bruges (défaite 0-1).

Rapaic : Je n'ai toujours pas compris pourquoi... Enfin si, le coach ( Michel Preud'homme, ndlr) m'a expliqué que j'arrivais en fin de contrat et que j'allais quitter le club. Dès lors, il comptait faire appel aux joueurs qui restaient. Mais j'ai dit à Michel que sur un match, sur 90 minutes, j'étais persuadé que j'aurais pu apporter beaucoup à l'équipe et faire la différence pour remporter la Coupe. Ça n'a pas changé mon avis sur Michel Preud'homme, que je considère comme un coach exemplaire. Mais je n'ai pas assisté à la finale... je me demande si je n'étais pas avec la Croatie pour préparer l'Euro 2008.

C'est vrai que le Standard vous a permis de retrouver l'équipe nationale...

Rapaic : Je ne l'ai jamais vraiment quittée, je n'ai juste pas été repris par un coach ( Zlatko Kranjcar, sélectionneur de 2004 à 2006, ndlr). C'est lorsque Slaven Bilic est arrivé à la tête de l'équipe que j'ai fait mon retour. Mon objectif était de disputer l'Euro 2008 en Suisse et en Autriche. J'ai joué plusieurs matchs de qualification puis je me suis blessé, je ne me suis plus beaucoup montré avec le HNK Trogir, que j'ai rejoint après le Standard, donc tout était fini pour moi.

© PG

Son fils Boris a été proche de l'Antwerp

Votre joueur préféré en équipe nationale est Ivan Perisic ?

Milan Rapaic : J'adore Modric et Rakitic, mais le style de Perisic est impressionnant. Je le connais depuis qu'il est gamin et selon moi, il a tout : le dribble, la frappe, la qualité de passe... Maintenant, personne ne peut cacher que Modric est le meilleur joueur croate. Et pourtant, qu'est-ce qu'il est petit (sourire).

L'ancien portier de Gand, Lovre Kalinic, s'inscrit dans la lignée des grands gardiens croates. Mais en Belgique, on n'a jamais compris comment Vedran Runje n'a pas pu s'installer comme n°1 de votre équipe nationale.

Rapaic : Je n'en sais pas plus ! C'était un gardien très fiable avec lequel j'aimais beaucoup jouer. Mais il ne faut pas oublier qu'il y avait d'autres clients à son poste : Stipe Pletikosa, Danijel Subasic et même Tomislav Butina.

Formé à l'Inter Milan et au Fenerbahçe, votre fils Boris est également professionnel. Il a d'ailleurs passé un test à l'Antwerp il y a quelques mois...

Rapaic : J'ai fait quelques allers-retours en voiture jusqu'à Anvers pour essayer de régler le transfert, mais finalement, Fenerbahçe (à qui il appartient) n'a pas donné les papiers nécessaires pour la transaction et lui a même demandé de revenir en Turquie. Sauf qu'à son retour à Istanbul, il a attendu trois mois pour finalement apprendre qu'il n'était pas en ordre et qu'il ne pourrait pas jouer en 2018-19. C'est un sale coup que le Fener a joué à mon fils et à moi-même. Heureusement, tout est arrangé pour la saison prochaine et Boris a des offres en Italie, notamment.

A 22 h, ce mardi, les rues du centre de Zagreb sont d'un silence étonnant pour une capitale. Exténués par la Noriada, cette journée durant laquelle ils célèbrent leur dernière année d'école - une bonne cinquantaine de jours avant la fin officielle - les étudiants du secondaire sont au lit depuis longtemps. Ils ont repris avec eux leurs sifflets stridents et les cadavres des gobelets de rhum-coca. Dans ce coin sud de Donji Grad, plus communément appelé Centar, la majorité des façades est couverte de graffitis, ce qui n'a pas l'air de gêner les habitants, posés dans leur fauteuil ou devant la télévision. Il faut dire que l'arrondissement est fort prisé par les utilisateurs de cette plateforme communautaire de location de logements. Milan Rapaic, lui, a ses habitudes au Westin, un énorme hôtel type HLM mais dont la déco est un rien plus sophistiquée. Doudoune noire sans manches sur le dos, l'ancien ailier gauche ponctue une journée entière de voiture. " Ce matin, j'étais chez moi à Split, dans le sud du pays ", débute-t-il. " Puis, je suis passé par l'Istrie, à l'ouest pour voir l'avancée des travaux dans les bâtiments que je fais construire. J'investis dans l'immobilier, mais mon truc, ça reste le foot. " Dans la foulée, Milan se désintéresse du pianiste du lounge bar pour nous inviter, sans trop laisser le choix, au fumoir, où il enchaîne les souvenirs et les clopes. Vous avez souvent répété votre amour pour Split. Vous y êtes né ? Milan Rapaic : Non, j'ai grandi à Nova Gradi?ka, une petite ville située à une heure au nord de Zagreb. C'est là que j'ai commencé le football avant que mes parents déménagent à Split quand j'avais 14 ans. J'ai vécu en Italie, j'ai vécu à Istanbul... j'ai toujours adoré voyager, mais c'est uniquement pour le travail : mon coeur reste attaché à Split, j'y retourne quoi qu'il se passe. Le soleil, la mer, la chaleur... il y a tout et ma famille y est heureuse. C'est aussi au Hajduk Split que vous vous faites les dents en tant que tireur de coups francs... Rapaic : Je dois être né en tirant des coups francs (rires). Shooter, shooter, shooter : à Split et ailleurs, j'ai toujours adoré m'entraîner à cet exercice, c'est de la joie pure. Pour celui qui aime le football, le coup franc est un de ses plus magnifiques aspects. Pour moi, le coup franc a la même saveur qu'un dessert à la fin d'un repas : il vient couronner un beau moment. L'autre aspect de votre jeu, c'est la technique, également façonnée au Hajduk ? Rapaic : J'ai vécu des années fantastiques à Split : tous les entraînements se faisaient avec le ballon, on n'arrêtait pas de le caresser. Pour moi, la formation des gamins est vraiment mauvaise aujourd'hui : tout se fait en dehors du terrain, sur des ordinateurs qui ne parlent que de tactique et de stratégie... alors que c'est sur la pelouse qu'on apprend le plus : la théorie, c'est une chose, mais la pratique construit vraiment le joueur. Vous débarquez au Standard à l'été 2004 alors que vous sortiez d'un EURO en tant que titulaire avec la Croatie. Vous n'aviez pas d'autres offres ? Rapaic : Tout est dû à Luciano D'Onofrio. Pour moi, il est aussi important pour le football que Maradona parce qu'il le comprend mieux que quiconque. La Belgique et le Standard lui doivent beaucoup : il a attiré des joueurs de renom, il a créé une académie, il a lancé énormément de jeunes joueurs... Après l'EURO, j'ai décidé de le rejoindre parce que j'avais confiance en lui, surtout que je sortais d'une saison compliquée à Ancône ( il n'a joué que 14 matchs, Ancône a eu des problèmes financiers et a terminé 18e et dernier en Serie A, ndlr). Alors que vous aviez plus de 100 matchs de Serie A et deux saisons à Fenerbahçe derrière vous, vous avez très vite dit que la D1 belge était un championnat très difficile. Pourquoi ? Rapaic : D'abord, je dois dire que ce qui m'a marqué en premier, c'est qu'il était possible d'aller jouer un match à l'extérieur et de revenir chez soi le même jour. C'était la première fois pour moi et c'était très bien comme ça (rires). En ce qui concerne le jeu, le championnat belge est totalement différent des autres, parce qu'on n'arrête pas de courir. Pour les Croates, c'est une compétition idéale pour progresser : après avoir travaillé la technique chez nous, ils apprennent le physique en Belgique. C'est parce qu'ils sont passés par la D1 belge que beaucoup de Croates ont eu une belle carrière par après. La JPL est un tremplin idéal. L'adaptation a été difficile pour vous, qui aviez déjà 31 ans ? Rapaic : J'ai couru ! Il le fallait bien si je voulais jouer. Mais étrangement, je n'ai jamais aussi bien couru qu'en Belgique. Je ne sais pas si c'est lié à la température et la météo, mais j'ai senti que j'avais de bonnes jambes pendant ces trois saisons. À vos débuts, les médias ne vous ont pourtant pas épargné... Rapaic : Ce n'était pas une première, mais j'ai toujours tout donné pour le Standard de Liège et ses fantastiques supporters. Finalement, j'ai fait de très belles choses à Sclessin donc les avis des journalistes ne m'intéressent pas. Votre ancien coéquipier Karel Geraerts a dit que vous aviez une belle tactique avant de passer sur la balance... Rapaic : On devait y aller chaque semaine, donc j'enchaînais les séances de sauna pour perdre un maximum de masse (sourire). J'ai vu l'évolution du professionnalisme dans le foot : aujourd'hui, tout est ultra important, même le poids doit être impeccable. Et la cigarette ? Rapaic : J'ai toujours fumé. Je n'ai jamais cherché à le nier, contrairement à tous les joueurs qui fument en cachette... et il y en a beaucoup ! Je ne comprends pas pourquoi ne pas l'assumer. Au Standard, Sergio Conceicao fumait parfois quelques clopes avec moi. Je n'ai jamais essayé d'arrêter, je ne peux pas. Est-ce que Sergio Conceiçao était le vrai leader mental et vous plutôt un exemple sur le terrain ? Rapaic : Sergio était un grand ami et un capitaine fantastique, mais on avait des styles et des caractères complètement différents. Lui faisait son job, guidait ses coéquipiers et les menait vers la victoire. D'ailleurs, ce qu'il réalise aujourd'hui en tant que coach ne m'étonne pas du tout et ce n'est pas fini... Mais pour moi, parler sur le terrain n'a jamais été important. Je me suis entendu avec tous les joueurs que j'ai côtoyés, tout le monde m'aimait, mais je n'étais pas du genre à l'ouvrir pour m'éterniser sur des faits de matchs, par exemple. Pour moi, seul le ballon peut parler. Votre gentillesse a un jour été pointée du doigt par l'agent Didier Frenay, qui estimait qu'elle vous avait coûté une toute grande carrière. Qu'en pensez-vous ? Rapaic : Je ne connais pas cette personne... mais j'ai beaucoup de problème à comprendre les noms français (sourire). Quoi qu'il en soit, c'est ma carrière et c'est impossible de la changer. C'est vrai que j'ai toujours été gentil, mais je n'ai jamais eu l'intention d'être un autre uniquement pour "réussir" quelque chose ou faire plaisir. Au final, j'ai été professionnel pendant 16 ans, j'ai joué en Serie A, au Fenerbahçe et j'ai été tout proche de signer à la Juventus. C'était à l'époque de Perugia, où j'aimais la ville et où le président a énormément augmenté mon salaire. Donc je n'ai pas le moindre regret. Après un an au Standard, vous avez soudainement quitté le club. Près de 15 ans plus tard, est-ce que vous pouvez expliquer pourquoi ? Rapaic : Ce n'est pas important, c'est une vieille histoire qui appartient au passé. Certains médias ont évoqué un problème financier... Rapaic : Écoutez : je gagnais plus en un mois au Fenerbahçe qu'en une saison au Standard, donc l'argent n'a jamais été le souci. Je suis revenu quelques mois plus tard, mais il n'y a rien de très important là-dessous, il y a eu beaucoup trop de blabla. À votre retour, en novembre 2005, il a tout de même fallu reconquérir le coeur des fans : certains d'entre eux avaient déroulé une banderole avec le message "Rapaic, notre blason tu l'as souillé, à toi de le redorer". Rapaic : Ils ne sont pas restés longtemps fâchés parce qu'ils ont pu voir que je donnais tout sur le terrain. Au Standard comme au Fener, les fans sont bouillonnants : ils t'aiment ou ils ne t'aiment pas. J'adore ce genre de supporters qui créent une atmosphère qui me donne énormément d'adrénaline. Ça a été un plaisir de jouer dans l'enfer de Sclessin et de vivre à Liège : j'habitais dans le centre-ville et c'était dingue parce que tout le monde était supporter du club. Je ne sortais pas beaucoup, j'avais un rythme assez tranquille : football, restaurant, maison. Est-ce que vous étiez réellement amateur de pêche ? Rapaic : Je n'ai jamais pêché dans ma vie, jamais ! Même à Split, où la mer est partout, même à Liège, nulle part. Je me souviens que la presse belge disait que je partais souvent pêcher mais c'est faux. À mon avis, un jour où j'étais absent, un journaliste a probablement dû lâcher pour rire que j'étais parti à la pêche. Et c'est resté. Le Standard a décroché le titre la saison après votre départ avec Conceiçao. Un regret ? Rapaic : Je pense qu'on a fait beaucoup pour Witsel, Fellaini et Defour, la présence de grands joueurs comme Conceiçao, Sa Pinto, Joao Costa ou moi a été très importante dans leur développement parce qu'ils ont pu voir et apprendre énormément de choses. On a perdu le championnat lors de la dernière journée en 2005-2006 donc on n'était pas passé loin, mais je pense que le moment était arrivé de laisser de la liberté aux jeunes, de leur faire comprendre qu'ils avaient une place importante dans l'équipe. C'est elle qui compte, au final. Pas Conceiçao ou Rapaic. Votre passage à Liège se termine sur une mauvaise note sportive puisque vous n'êtes pas repris pour la finale de la Coupe de Belgique contre Bruges (défaite 0-1). Rapaic : Je n'ai toujours pas compris pourquoi... Enfin si, le coach ( Michel Preud'homme, ndlr) m'a expliqué que j'arrivais en fin de contrat et que j'allais quitter le club. Dès lors, il comptait faire appel aux joueurs qui restaient. Mais j'ai dit à Michel que sur un match, sur 90 minutes, j'étais persuadé que j'aurais pu apporter beaucoup à l'équipe et faire la différence pour remporter la Coupe. Ça n'a pas changé mon avis sur Michel Preud'homme, que je considère comme un coach exemplaire. Mais je n'ai pas assisté à la finale... je me demande si je n'étais pas avec la Croatie pour préparer l'Euro 2008. C'est vrai que le Standard vous a permis de retrouver l'équipe nationale... Rapaic : Je ne l'ai jamais vraiment quittée, je n'ai juste pas été repris par un coach ( Zlatko Kranjcar, sélectionneur de 2004 à 2006, ndlr). C'est lorsque Slaven Bilic est arrivé à la tête de l'équipe que j'ai fait mon retour. Mon objectif était de disputer l'Euro 2008 en Suisse et en Autriche. J'ai joué plusieurs matchs de qualification puis je me suis blessé, je ne me suis plus beaucoup montré avec le HNK Trogir, que j'ai rejoint après le Standard, donc tout était fini pour moi.