Vous avez toujours été le plus grand joueur du circuit avec vos 2,03m, vous en êtes aujourd'hui le plus âgé...

Dick Norman : ( il rit) Oui, c'est vrai, j'aime assez sortir de la masse.
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Dick Norman : ( il rit) Oui, c'est vrai, j'aime assez sortir de la masse. J'aime la compétition et tant que je peux faire du tennis mon métier, je continuerai. C'est super comme vie : on voyage beaucoup, on voit des endroits sympa et, surtout, on n'a pas de chef qui vous em... J'aimerais bien les voir comme les ouvriers : travailler 8 heures par jour pour recevoir 1.500 euros à la fin du mois. Je fais la distinction avec les Top 50 qui ont assez d'argent pour 20 ou 30 ans et qui ressentent plus de stress que moi. Eux, je peux comprendre qu'à 29 ou 30 ans, ils aient envie d'arrêter. Mais je répète que notre vie, ma vie, est très belle. Tant que je peux vivre du tennis, je continuerai. L'année prochaine, je ne jouerai sans doute qu'en double et dans des compétitions par équipes. Oui, tout est beaucoup plus professionnel aujourd'hui. Avant, personne n'avait d'entraîneur mental, aujourd'hui, on est nombreux à se faire aider par un psychologue. Physiquement aussi, les joueurs s'entraînent beaucoup plus. Tennistiquement, c'est le service qui a le plus évolué. Il y a quinze ans, on comptait 10 très gros serveurs sur 100 joueurs. Maintenant, il y en a 70 sur 100. Même quand on n'est pas très grand ou très costaud, on peut trouver une raquette qui compense le manque de puissance. Franchement, non. A mon niveau, l'atmosphère est très bonne. C'est nettement moins pénible que chez les filles qui, elles, sont très jalouses les unes des autres. Nous, nous sommes de bons collègues. On n'est pas vraiment copain ou ami mais on se respecte. On peut par exemple allumer un joueur en double et aller manger avec lui le soir. Les femmes, par contre, vont s'en vouloir pendant des semaines et se faire la tête. De moins en moins. Il y a longtemps, maintenant... Pour moi, c'était un rêve. J'étais complètement dans les nuages, je ne comprenais pas ce qui se passait. Quand j'ai rencontré Stefan Edberg, je pensais prendre trois jeux par sets et j'ai fini par gagner. C'était une semaine fabuleuse. Oui, mais ce jour-là, j'aurais pu servir les yeux fermés. Tout passait... Je frappais mes deux balles de la même manière tellement je savais que je ne ferais pas de double faute. Je ne sais pas ce que j'avais mais tout fonctionnait, au service, au retour. J'aurais pu gagner ce premier set. Après l'avoir remporté au tie-break, il était vraiment trop fort. Le TGV était parti. Non. J'étais encore jeune et je sortais d'une très mauvaise période. C'était une immense surprise de me retrouver là. Je savais que mon niveau n'était pas celui-là. On peut toujours faire mieux mais je trouve qu'avec mon jeu, je n'ai vraiment pas à me plaindre. Physiquement, j'ai toujours été assez faible et, en plus, j'avais de gros problèmes de genoux. Donc, non, je pense que j'ai tiré le maximum de ce qui était en moi. Becker est le seul à m'avoir réellement impressionné. Pendant mon match contre lui, je me rappelle m'être dit : -Mais que fais-tu ici, contre un dieu, alors que tu n'es que 200e mondial ? Je jouais contre un dieu du tennis. Depuis que j'ai 14 ans, je rêve de devenir Top 100. Cet objectif était mon moteur pour souffrir, pour travailler. A plusieurs reprises, je me suis retrouvé proche de la centième place sans jamais l'atteindre. D'un coup, je n'y ai plus cru et, donc, j'ai arrêté. Non, pas tout de suite. Quand j'ai arrêté, j'ai traversé une très mauvaise passe mentalement. Pendant six mois, je restais dans mon fauteuil, je ne faisais rien, j'avais faim mais je ne mangeais pas. Je m'ennuyais ferme, je n'avais plus d'objectif. Alors que j'avais joué des matches fabuleux, j'étais condamné à regarder des bêtises à la télé. Pendant six mois, j'étais comme en dépression. Puis, j'ai commencé à ressortir de l'appartement, à prendre un peu de plaisir. Ce n'est qu'un an après que j'ai donné des cours de tennis. Oui, car je me suis rendu compte de ce qu'était la vraie vie. J'avais des collègues jaloux, des parents qui n'étaient jamais contents alors que leurs enfants n'avaient pas envie de jouer. Bref, tout travaillait contre moi. Le chef pas content, les parents pas contents, les collègues pas contents... La vraie vie, quoi. La vie d'un joueur de tennis, par rapport à cela, est vraiment fabuleuse. Quand tu joues mal, personne ne t'engueule, quand tu joues bien, tu es content. Un joueur de tennis n'a de comptes à rendre à personne, c'est fantastique. L'été venu, je me suis demandé ce que j'allais faire. J'ai été disputer dans le sud de la France des tournois non professionnels mais bien dotés. Et j'en ai gagné un, puis un autre. J'ai alors essayé un 10.000 dollars pour m'entraîner et je l'ai remporté. J'ai gagné 49 matches sur 50, le tout en battant deux joueurs du top 150. A la fin de l'été, j'ai pris la décision de revenir sur le circuit. Oui, je suis même monté plusieurs fois dans le top 100. En fait, ayant goûté à la vraie vie, je me suis dit que je devais être très content de pouvoir à nouveau mener l'existence de joueur de tennis. J'étais redevenu un privilégié. Et j'ai compris que, l'important, ce n'était pas le top 100, mais bien la qualité de vie. J'ai déjà créé l'Axa Belgian Masters (lire encadré). C'est une première reconversion. Qui sait ? Certainement pas à temps plein, et pas comme prof de club classique. J'ai pu me payer une maison, j'ai bien vécu mais je devrai en effet toujours travailler. Et c'est très bien ainsi. Vous savez, même avec deux millions d'euros sur le compte, il faut se fixer des objectifs. Le bonheur ne dépend pas de l'argent dont vous disposez. C'est fabuleux d'avoir une fille qui puisse voyager avec moi. Quand je perds un match, je la prends dans mes bras. Gagné ou perdu, quoi qu'il arrive, j'ai mon trophée. Ce serait sans nul doute celui que j'ai disputé face à Gaël Monfils sur le Suzanne Lenglen à Roland Garros en 2006. J'ai perdu 7-5 au cinquième set mais le stade était rempli, avec plein de Belges et, bien sûr, une majorité de Français qui soutenaient leur joueur. Il y avait une ambiance extraordinaire, des olas qui ont duré des minutes entières et auxquelles Gaël et moi participions. Rien que d'y penser, j'en ai des frissons. C'est pour cela que l'on joue au tennis. Cela a été la plus grande émotion de ma carrière. par patrick haumont - photos: reporters