Sef Vergoossen est un Louis van Gaal à visage humain. Cette comparaison résume les principales qualités du coach de Genk, sacré champion de Belgique et Entraîneur de l'Année dès sa première saison chez nous. Et ses résultats montrent peut-être qu'il est parti pour réussir une carrière digne de celle de l'ancien mentor de la sélection hollandaise. Il est resté trois saisons à Roda Kerkrade et a mené deux fois ce club en Coupe d'Europe, grâce notamment à une victoire en finale de la Coupe des Pays-Bas. Dès son départ, Roda a périclité.
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Sef Vergoossen est un Louis van Gaal à visage humain. Cette comparaison résume les principales qualités du coach de Genk, sacré champion de Belgique et Entraîneur de l'Année dès sa première saison chez nous. Et ses résultats montrent peut-être qu'il est parti pour réussir une carrière digne de celle de l'ancien mentor de la sélection hollandaise. Il est resté trois saisons à Roda Kerkrade et a mené deux fois ce club en Coupe d'Europe, grâce notamment à une victoire en finale de la Coupe des Pays-Bas. Dès son départ, Roda a périclité. Lorsque Sef (de son vrai prénom: Josephus) Vergoossen est arrivé à Genk, l'équipe limbourgeoise était en plein marasme suite au règne désastreux de Johan Boskamp. 12 mois plus tard, le Racing vise une qualification pour les poules de la Ligue des Champions. Son visage humain trouve son explication dans une éducation très stricte. Il a grandi au milieu d'une famille de neuf enfants. Son père, entrepreneur en construction, était obligé d'élever en plus quelques bêtes pour faire bouillir la marmite. Dès que les gosses rentraient de l'école, on leur demandait d'aller donner un coup de main aux parents. Après, seulement, ils recevaient l'autorisation de se distraire. Balle au pied, par exemple. Mais le foot n'était pas la passion première du petit Sef: son truc, c'était le vélo. L'idole de sa jeunesse, Eddy Merckx. Il participa d'ailleurs à quelques courses officielles dans les catégories de jeunes. Il faisait alors partie de l'équipe montée par le légendaire Peter Post. Pas un faux calme mais un calme tout court"A la maison, celui qui coupait la tarte ne pouvait pas se servir en premier: c'est ainsi qu'on apprend à couper en parts égales", se souvient Sef Vergoossen (54 ans). Cette éducation et ce respect des vraies valeurs traversent, tel un fil rouge, toute la vie du coach champion de Belgique. Il a été élevé dans un environnement très catholique. Chaque matin, les enfants se rendaient à la messe avant d'empoigner leur cartable pour rejoindre l'école. "C'était comme ça, on n'aurait même pas voulu discuter", dit Sef. Aujourd'hui encore, il avoue se rendre dans une petite chapelle de sa région une dizaine de fois par an, pour faire le vide.Le premier héros de la famille se prénommait Har. Il fut sacré champion des Pays-Bas en 1965 avec RIOS, un petit club catholique. Le même Har fut foudroyé très jeune par un cancer. A cette époque, Sef avait déjà embrassé la carrière d'entraîneur. Le soir de l'enterrement de Har, il estima que sa place était sur le petit banc, car son équipe devait jouer. Il quitta donc la famille en pleurs après l'office. Les supporters du club adverses profitèrent de la situation et scandèrent Sef a un frère cancéreux. "C'est la seule fois de ma vie où j'ai failli vraiment péter les plombs", dit-il. Si le staff ne l'avait pas calmé, il aurait explosé. Depuis qu'il est à Genk, on n'a jamais vu Vergoossen s'énerver. Une apparence? Pas du tout. "Je ne suis pas un faux calme mais un calme tout court. Je partage à fond la joie de mes joueurs après un but marqué, mais je ne ressens pas le besoin de faire le fou le long de la ligne". L'homme se concentre avant tout sur le jeu et il demande à ses joueurs d'en faire autant: "Un footballeur sur mille est capable de s'occuper de l'arbitre, des juges de ligne, de l'adversaire et du public tout en jouant bien. Tous les autres sombrent s'ils veulent s'occuper de tout. C'est pour cela qu'en début de saison dernière, j'ai conseillé à Wesley Sonck de foutre la paix aux arbitres. En discutant sans arrêt avec eux, il se dissipait et n'atteignait plus son meilleur niveau". "Une amende à Sonck? Il s'en fout"Le palmarès de joueur de Sef Vergoossen est on ne peut plus simple à résumer. Il ne porta qu'un seul maillot: celui de RIOS. Et il ne fut jamais professionnel. Dès l'âge de 27 ans, il choisit de se lancer dans une carrière de coach. Il estime que, dans certaines situations, ce fut parfois un handicap. "Si un entraîneur qui a d'abord été un grand footballeur demande à un de ses joueurs de sauter à dix mètres de hauteur, le joueur essayera de le faire. Alors que, si l'ordre vient d'un type qui n'a pas fait une grande carrière, on lui rigolera au nez".Son palmarès de coach aidant, Vergoossen a toutefois surmonté ce handicap. L'homme impose naturellement le respect. Par petites touches avec les récalcitrants. "On m'a un jour surnommé le roi des amendes. Des bêtises! Je n'en donne que très rarement parce que je suis convaincu que c'est souvent inutile. Si je donne 100 euros d'amende à Sonck, il ne verra même pas la différence à la fin du mois. Quelle est alors l'utilité de le punir de cette façon-là? Non, s'il met un pied de travers, je préfère lui imposer d'amener de la tarte pour tout le groupe, le lendemain. Au moins, il doit prendre la peine de passer dans une pâtisserie et il s'en souviendra. Quand j'entraînais aux Pays-Bas, un joueur a un jour refusé d'aller rechercher directement le ballon qu'il avait catapulté derrière le but. A la fin de l'entraînement, la balle avait disparu. Le joueur m'a lancé, très sûr de lui: -Pas de problème, le club n'a qu'à décompter ça de mon salaire. Mais il ne s'en est pas tiré à si bon compte. Je l'ai obligé à aller acheter un nouveau ballon dans un magasin de sports. Je l'avais prévenu: -Aussi longtemps que tu n'auras pas amené un ballon, tu devras te contenter de faire des tours de terrain à l'entraînement. Il a vite compris mon message. J'essaye toujours d'imaginer la sanction qui produira le plus d'effets. Si un joueur arrive en retard à l'entraînement, je le fais venir une demi-heure plus tôt le lendemain. Si la leçon ne porte pas, il doit venir une heure plus tôt. A sept heures du matin s'il le faut, et je suis alors là pour l'accueillir. J'ai appliqué ce système avec Didier Zokora en début de saison dernière, et il a fini par capter". "Il faut des règles pour ne pas se taper dessus"Le respect du règlement d'ordre intérieur est un des chevaux de bataille de Sef Vergoossen. "Pour pouvoir vivre ensemble à 35 pendant un an sans se taper dessus, il faut des règles, des barrières. Je refuse que mes joueurs soient simplement professionnels pendant les entraînements et les matches. Ils doivent être pros de huit heures du matin à 11 heures du soir". Et le coach veille à ce que tout soit toujours compris par tout le monde. "Je pourrais entraîner un noyau de 45 joueurs mais ils ne progresseraient pas parce que je ne pourrais pas leur accorder suffisamment d'attention. Quand j'étais à l'école primaire, il y avait 40 élèves dans ma classe. Ce n'est pas comme ça qu'on devient plus intelligent. Je ne me suis amélioré qu'en humanités, dans des classes plus petites".Les joueurs de Genk savent à quoi s'en tenir. Les étrangers, par exemple, n'ont pas intérêt à brosser les cours de néerlandais, obligatoires. "Je considère qu'ils sont aussi importants que les entraînements. Ils font partie du métier. Ceux qui n'y vont pas savent qu'ils courent le risque d'être carrément écartés du groupe". En matière d'alimentation aussi, le maître surveille. Il a amené à Genk le diététicien avec lequel il travaillait à Roda. En début de saison, cet homme commence par faire un long exposé sur les bonnes habitudes culinaires aux joueurs... et à leurs épouses. Vergoossen, qui passe entre 70 et 80 heures par semaine au stade, pousse toujours un peu plus loin le souci du détail. Ses programmes d'entraînement sont déterminés quatre semaines à l'avance et, dès son arrivée à Genk, il a affiché ce slogan dans le vestiaire: Le foot est votre métier, faites-en quelque chose de beau. Et prévenu que cette feuille resterait collée au mur jusqu'au jour de son départ. "S'adapter à l'adversaire, c'est avouer sa faiblesse""Une fois par semaine, un entraîneur n'a pas de prise sur les événements: pendant le match", lance Vergoossen. "A lui de bien travailler en semaine pour éviter le risque que ça se passe mal. Ma philosophie est simple: il faut parvenir à faire évoluer 11 joueurs sur une surface énorme de 5.500 mètres carrés. Quand on perd le ballon, il faut rendre cet espace le plus petit possible. Quand on le récupère, il faut faire le contraire. Mais il faut bien diviser les espaces de façon à ce que quatre joueurs ne doivent pas se tuer à courir pour les sept autres". Homme de croquis, le coach de Genk a toujours quelques feuilles à portée de la main. Partout où il est passé, il a imposé un 4-4-2 basique, transformable en 4-2-4. L'adversaire sait toujours à quoi s'en tenir, mais le Hollandais n'en a cure: "J'ai besoin de sécurité, et mon système en est une. Changer de concept chaque semaine nuit à la sérénité d'un groupe. Si on change tout parce qu'on n'a fait qu'un nul à domicile, on enlève toute confiance aux joueurs. Une question se pose au coup d'envoi de chaque match: qui s'adaptera le premier à l'autre? Je ne veux pas que ce soit mon équipe car, la plupart du temps, celui qui s'adapte est le plus faible".Genk a bouclé le championnat 2001-2002 avec, de loin, la meilleure attaque (85 buts). Une autre illustration de la griffe Vergoossen. "Notre style de jeu offensif est une marque de respect vis-à-vis de nos supporters. Quand l'adversaire dresse un mur, il faut l'abattre. Dans la plupart des cas, nous y arrivons. En possession de ballon, mes médians doivent faire éventuellement un pas en arrière, puis trois en avant; pas l'inverse. Je veux que mes milieux de terrain jouent haut. Notre objectif principal, c'est la profondeur, pas la circulation latérale du ballon. Aussi longtemps que nous jouerons offensivement, il y aura des dégâts derrière, mais je ne crains pas de sombrer pour autant. Les buts que nous avons encaissés n'étaient pas dus à notre système mais à des erreurs individuelles. Le plus grave, à la fin de ma carrière, serait d'entendre que mes joueurs n'ont rien appris avec moi. Tous ceux que je retrouve après les avoir quittés me disent que je les ai fait souffrir mais qu'ils ont beaucoup progressé". Pierre DanvoyeIl passe de 70 à 80 heures par semaine au stade et ses programmes sont établis un mois à l'avance"Une fois par semaine, un entraîneur n'a pas de prise sur les événements: pendant le match"