Ils éprouvent tous deux de la passion pour le cyclisme et ils savent de quoi ils parlent, grâce à leur large expérience. Consacrer trop d'encre à les présenter nuirait aux idées et prévisions passionnantes qu'ils ont partagées avec nous pendant trois heures. Donc, brièvement: l'ancien coureur José De Cauwer (72 ans) a surtout connu une riche carrière en tant que directeur d'équipe et sélectionneur. Il est depuis plus de vingt ans l'analyste et co-commentateur le plus apprécié de Flandre. Serge Pauwels (38 ans) a été pendant quinze ans un cycliste professionnel très apprécié. Il s'est notamment produit pour des équipes de l'envergure de Cervélo, Sky, Quick-Step et CCC. Depuis le 1er janvier 2021, il est development coach de Belgian Cycling. La saison écoulée, il a également été une révélation dans son rôle de co-commentateur sur Sporza Radio.
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Ils éprouvent tous deux de la passion pour le cyclisme et ils savent de quoi ils parlent, grâce à leur large expérience. Consacrer trop d'encre à les présenter nuirait aux idées et prévisions passionnantes qu'ils ont partagées avec nous pendant trois heures. Donc, brièvement: l'ancien coureur José De Cauwer (72 ans) a surtout connu une riche carrière en tant que directeur d'équipe et sélectionneur. Il est depuis plus de vingt ans l'analyste et co-commentateur le plus apprécié de Flandre. Serge Pauwels (38 ans) a été pendant quinze ans un cycliste professionnel très apprécié. Il s'est notamment produit pour des équipes de l'envergure de Cervélo, Sky, Quick-Step et CCC. Depuis le 1er janvier 2021, il est development coach de Belgian Cycling. La saison écoulée, il a également été une révélation dans son rôle de co-commentateur sur Sporza Radio. Qu'attendez-vous des deux ténors des Plats Pays, Wout van Aert et Mathieu van der Poel, spécialistes des classiques printanières? SERGE PAUWELS : Avant tout qu'ils utilisent leur énergie à meilleur escient. Ils l'ont déjà fait cet hiver, à en juger par le nombre restreint de cross auxquels ils ont participé, même si Van der Poel y a en fait été contraint par une tenace blessure au dos. Ils se sont posé la bonne question: est-ce que je veux gagner un cyclo-cross de plus, quitte à sacrifier 1% de ma forme et courir le risque de ne pas remporter le Tour des Flandres ou Paris-Roubaix? Leur suprématie actuelle ne va évidemment pas s'éterniser. JOSE DE CAUWER : Ils sont encore relativement jeunes, mais quand même... Van Aert a eu la malchance de s'occasionner une horrible blessure lors de sa chute au Tour de France 2019 et a ainsi perdu de nombreux mois, mais il s'est plus rapidement concentré sur la route. Le routier en Mathieu van der Poel a perdu beaucoup plus de temps et on raconte maintenant qu'en plus du VTT, il veut participer aux Mondiaux de gravel (discipline disputée principalement sur des routes non goudronnées, ndlr). Serge, tu as déjà souligné qu'ils n'avaient gagné aucun monument l'année dernière... DE CAUWER ( il intervient): Mais Wout van Aert est-il un moins bon coureur sous prétexte qu'il n'a encore remporté ni le Tour des Flandres ni Paris-Roubaix? Non, quand même. PAUWELS : C'est exact, mais quand leur carrière sera achevée, dans huit ans disons, Wout aura envie de dire qu'il s'est adjugé le Ronde ou Paris-Roubaix à deux ou trois reprises. Je pense qu'ils vont y penser davantage que les années précédentes, quand ils ont parfois gaspillé leurs forces. DE CAUWER : Sais-tu ce que j'espère en premier lieu? Que cet éternel duel cesse et que d'autres coureurs émergent. Ils se neutralisent trop souvent. C'était certainement amusant pour les téléspectateurs, mais leur petit jeu à Tirreno-Adriatico était loin d'être idéal pour eux-mêmes. PAUWELS : Cette rivalité joue un rôle dans presque toutes les courses. Je l'ai même ressentie aux championnats du monde de Louvain. Quand Wout a compris qu'il ne pouvait plus gagner, il a surtout espéré que Mathieu ne s'échappe pas. DE CAUWER : Je trouve cette situation regrettable. Ils ne peuvent quasi plus courir normalement. On dirait qu'ils se demandent constamment où se trouve l'autre. Je pense toutefois que Van der Poel y pense moins que Van Aert. Mathieu est différent. En quoi diffèrent-ils? DE CAUWER : Wout van Aert est la personnification du professionnel. Il consent tous les efforts nécessaires pour être le meilleur possible tandis que Mathieu van der Poel veut avant tout s'amuser à vélo, faire de chouettes trucs. Il veut pouvoir effectuer un salto à vélo. Ça lui procure autant de plaisir qu'une victoire en cross. PAUWELS : C'est un atout. Il est plus décontracté au départ d'une course, mais pouvoir vivre en fonction de son sport comme Wout le fait est évidemment une énorme qualité. Son équipe le soutient beaucoup car ce serait impossible seul. DE CAUWER : L'entourage d'un coureur détermine beaucoup d'aspects, mais l'individu doit avoir la volonté de réussir et les aptitudes requises. Pour le moment, je ne vois aucun coureur qui aime autant gagner que Van Aert ni qui soit disposé à consentir autant d'efforts sans que ça pose un problème mental. Mais reste à voir combien de temps ce sera le cas. Si Van der Poel a moins de caractère, ça signifie qu'il possède plus de talent que Van Aert, puisque ses performances sont comparables? DE CAUWER : Je pense que oui. Du moins en matière de talent pur, inné. Mais le succès dépasse largement ce cadre. Rappelez-vous le corps de Van Aert quand il a roulé dans la boue, pendant les fêtes. Avec tout mon respect pour les autres, demandez à des gens qui n'ont jamais vu un cyclo-cross qui est le meilleur selon eux. Que croyez-vous qu'ils vont répondre? PAUWELS : Sven Vanthourenhout et moi avions exactement le même sentiment en voyant les coureurs rejoindre la ligne de départ de Gand-Wevelgem. Même quand on n'y connaît rien en cyclisme, on remarque immédiatement qui est l'athlète le plus accompli. En outre, Wout possède une aura qui le distingue des autres. Ceci dit, si on parle uniquement de talent, Mathieu van der Poel a sans doute une longueur d'avance, je suis d'accord. Mais je le répète: se vouer 365 jours par an à son sport, aussi intensément que Wout, et compter minutieusement ses calories avant le Tour est aussi une forme de talent. Le cyclisme ne se résume pas à développer un certain wattage pendant un test à l'effort. DE CAUWER : Juste, et en ce sens, on pourrait même dire que Van Aert est un coureur plus complet. Il est également plus loin dans le planning de sa carrière. Mathieu va de gauche à droite, en avant et en arrière. L'équipe de Van Aert est également plus complète. Suite à l'arrivée de Tiesj Benoot, Christope Laporte et Tosh Van der Sande, Jumbo-Visma, qui retrouve aussi Mike Teunissen, guéri, est nettement renforcée pour les classiques. Qu'en pensez-vous? DE CAUWER : Si toutes les pièces du puzzle se mettent bien, le meilleur coureur peut enlever le Tour des Flandres sans équipe mais dans certaines situations, ce n'est pas possible. Kasper Asgreen a été excellent la saison dernière, mais il doit aussi sa victoire à la qualité en profondeur de Quick-Step. Les renforts que tu énumères sont donc absolument fantastiques pour Jumbo-Visma, mais je ne suis pas certain que Wout van Aert gagnera plus. Ne me comprenez pas mal: ses chances augmentent mais pour le même prix, Tiesj Benoot peut gagner une classique. Du moins si l'équipe est maline. PAUWELS : Je ne pense pas que Benoot ait désormais plus de chances. Tiesj n'est pas assez bon finisseur pour être leader. Il peut toutefois profiter du fait qu'un autre coéquipier attire l'attention. Il est très régulier, il pédale toujours à un bon niveau et est capable de se distinguer sur différents terrains. DE CAUWER : Alpecin-Fenix a été remarquable. C'est une très bonne équipe procontinentale: il suffit de voir la progression formidable de Jonas Rickaert. Mais Jumbo-Visma a beaucoup plus de poids. Comme je le disais, le déroulement de la course sera déterminant quant à la nécessité d'être assisté par une équipe solide. Si la course s'ouvre rapidement et que seuls les meilleurs arrivent ensemble au Vieux Quaremont, il s'agit de ne pas perdre prise à ce moment-là. Dans les rangs d'Alpecin-Fenix, Jasper Philipsen a étalé ses qualités de sprinteur. Comme bon nombre d'autres coureurs, on l'a qualifié de "nouveau Boonen" quand il est passé professionnel. Pouvons-nous déjà l'attendre aux avant-postes dans les classiques printanières? PAUWELS : Pour moi, c'est plutôt un sprinteur qu'un spécialiste des classiques, mais attention: c'est vraiment un très bon sprinteur. Combien de fois n'a-t-il pas été deuxième derrière Cavendish au Tour? DE CAUWER : Il est monté six fois sur le podium. On a vraiment sous-estimé ses prestations. Les deuxième et troisième places méritent plus d'attention. PAUWELS : Les deuxièmes places devraient compter davantage, je suis d'accord avec toi, José! ( Il rit car il fait allusion à sa propre carrière, ndlr.)DE CAUWER : Je le pense vraiment. Philipsen n'a pas gagné d'étape, mais ses prestations au Tour ont été supérieures à celles de Merlier. Pour être performant dans les grandes classiques, cependant, il doit acquérir plus de body. Un autre Jasper, Stuyven, a remporté un monument l'année dernière et a acquis un tout autre statut. DE CAUWER : Stuyven reste Stuyven. Il n'a pas changé en ce qui me concerne: c'est un très bon coureur et sa victoire à Milan-Sanremo n'a rien changé, même si un succès dans une course peut parfois déterminer le cours d'une carrière. Prenons Franck Bonnamour. À Paris-Tours, il était en tête avec Stan Dewulf et Frederik Frison. À 25 kilomètres de l'arrivée, Frison a crevé. Les deux rescapés n'ont été rattrapés que dans la dernière ligne droite, par Stuyven et Arnaud Démare. Ce dernier s'est imposé au sprint devant Bonnamour. Sans la crevaison de Frison, ils seraient restés en tête et Bonnamour aurait enlevé Paris-Tours. Son équipe, B&B Hotels, l'aurait porté aux nues et il aurait probablement obtenu une solide augmentation. PAUWELS : La manière dont Jasper a remporté Milan-Sanremo a prouvé qu'il était un bon coureur, mais aussi qu'il était capable de faire preuve de lucidité, d'intelligence de course et d'audace. Il n'a eu que deux secondes pour agir: c'était impossible dans la descente. Il a parfaitement mis à profit cette minuscule fenêtre. On a déjà évoqué la richesse en profondeur du noyau de Quick-Step Alpha Vinyl. Comment l'équipe va-t-elle procéder, maintenant qu'elle est confrontée, sur papier, à un nouveau bloc puissant, Jumbo-Visma, dans les classiques printanières? DE CAUWER : La course pourrait devenir très tactique et à certains moments, on pourrait se demander ce qu'il va se passer: "Tiens, les hommes de Lefevere ne roulent plus." S'ils se refilent la patate chaude, on va revivre des situations semblables à celles d'un passé lointain, quand les équipes de Peter Post et de Jan Raas refusaient de retirer les marrons du feu au profit de l'autre. Chez Quick-Step, des hommes comme Wilfried Peeters connaissent les ficelles du métier. De ce point de vue, Jumbo-Visma a encore beaucoup à apprendre. La manière dont les Néerlandais ont abordé le Tour il y a deux ans n'était pas particulièrement intelligente. Ils ont tenu des discours à l'américaine - we are the best, we believe in ourselves - mais "ils nous ont ridiculisé avec cette tactique", a lui-même affirmé Dumoulin. PAUWELS : Tout dépendra aussi du déroulement des premières courses. Qui aura déjà décroché des victoires? Quels seront les rapports de force? La nervosité qui va de pair aura un impact sur les réactions des directeurs d'équipe. Quoi qu'il en soit, Quick-Step conserve plusieurs armes dans les classiques pavées. Sénéchal va accomplir un pas en avant et va peut-être même devenir l'Asgreen de l'année dernière. Ne classons pas non plus Stybar trop vite, sans oublier Lampaert. Quick-Step Alpha Vinyl n'aligne pas deux de ses pions majeurs dans les classiques pavées. Julian Alaphilippe se concentre sur les classiques wallonnes et Remco Evenepoel sur les tours. Evenepoel fait rêver les amateurs belges de cyclisme. Notre pays attend depuis longtemps un succès sur un grand tour. Son équipe y croit, Remco émet cette ambition et la presse ne fait qu'accentuer la Remcomania. Comment cela va-t-il s'achever? PAUWELS : Je me pose la question suivante en prenant connaissance de ses objectifs à terme - gagner un grand tour, le Tour de France constituant son objectif ultime: comment va-t-il battre Pogacar, un super talent? Car si on doit qualifier quelqu'un de "nouveau Merckx", c'est bien lui. DE CAUWER : Pogacar a été phénoménal au Tour. Il a aussi remporté Liège-Bastogne-Liège, le Tour de Lombardie, Tirreno-Adriatico et je ne sais plus quoi: la classe à l'état pur. Il ne faut certainement pas douter des qualités d'Evenepoel. Ce qu'il a déjà montré est fantastique. Mais il doit encore ouvrir un nouveau chapitre: celui d'un tour de trois semaines. Il a déjà exprimé cette ambition l'année passée et tout le monde l'a suivi, y compris son équipe et son entraîneur. Mon père, qui a 101 ans, a dit qu'après dix jours au Giro, Evenepoel avait sombré: "Que veux-tu? Le bonhomme a 21 ans et n'a plus pédalé depuis neuf mois. C'est normal." Ce qu'il s'est produit était logique. Evenepoel doit conserver son calme. Il peut encore gagner le Tour à 26 ans. Ce serait très bien. PAUWELS : L'essentiel, c'est la manière dont il va aborder un grand tour et l'achever sur le plan mental. Comment les membres de son entourage vont-ils le gérer? Car tout le monde va le suivre attentivement. Il a bouleversé toutes les lois du cyclisme et du coup, ses proches ont foncé dans le panneau en y croyant déjà il y a un an. DE CAUWER : Il va devoir mieux écouter. Les bonnes personnes. Il ne doit rien inventer. Un peu plus de concertation lui ferait un bien fou. On doit oser s'appuyer sur son intuition, prendre des initiatives, mais il ne faut pas sprinter contre Bernal pour gagner une seconde. PAUWELS : Ce qu'Evenepoel a fait était un premier indice, pour moi. Carlos Sastre, un ancien lauréat du Tour qui a été un coéquipier, m'a dit, un jour: "Durant les dix premiers jours d'un grand tour, il vaut mieux avoir le sentiment de s'ennuyer que de gaspiller son énergie pour grappiller quelques secondes." Ça vous revient à la figure comme un boomerang. "Les chefs de file de Lotto-Soudal déçoivent dans les classiques", titrait De Morgen le 23 avril 2021. Ça aurait tout aussi bien pu être la Une d'une autre année. Pourquoi cette équipe ne parvient-elle plus à occuper un rôle en vue au printemps? PAUWELS : Lotto-Soudal a un problème: il n'a pas d'identité. Il ne sait même pas ce qu'il représente. Quick-Step, c'est le Wolfpack. Ce n'est qu'un nom mais en janvier dernier, quand j'ai fait le tour des équipes en stage avec Sven, j'ai senti les vibrations positives de cette formation. Le personnel se serre les coudes, les coureurs se sentent bien, l'équipe respire le succès. DE CAUWER : Patrick Lefevere a établi lui-même sa structure et l'a améliorée. Depuis des années, il fait confiance aux mêmes personnes. Il y a une ligne claire et il ne faut pas essayer de saboter un autre. Lotto n'a jamais eu de structure établie ni d'unité. Les coureurs le sentent et se comportent parfois comme des enfants: si maman ne m'accorde pas quelque chose, je vais le demander à papa. John Lelangue a composé un nouveau noyau, mais je ne sais pas s'il est suffisamment people manager pour redresser le cap. On attribue tout ce qu'il se passe chez Quick-Step, en bien comme en mal, à Lefevere. Lotto-Soudal aborde une année très importante, durant laquelle il doit construire quelque chose. Il prend un nouveau départ, avec de jeunes coureurs et de nouveaux directeurs d'équipe. PAUWELS : Je pense que l'équipe est en cours de renouvellement et tout peut aller très vite. On y trouve Florian Vermeersch, Brent Van Moer, Arnaud De Lie. Retenez ces noms. DE CAUWER : Mais ces jeunes hommes ne pourront pas rouler comme ils l'ont fait la saison dernière. L'équipe va devoir leur apprendre à foncer quand les grands garçons le font et ne pas les laisser s'échapper pour se dire ensuite: "On a bien couru, on a passé cent kilomètres à la télévision." C'était triste de voir que l'équipe avait laissé Vermeersch, qui était dans un bon jour, aussi longtemps en tête avec Eekhoff à Paris-Roubaix. À deux devant, poursuivis par toute une meute... On ne gagne pas une course comme ça. C'est souvent le problème avec les jeunes directeurs sportifs: ils sont ambitieux et ils pensent la victoire à leur portée, en perdant de vue la logique du cyclisme. PAUWELS : Vermeersch va sans doute recevoir une nouvelle chance de gagner Paris-Roubaix, mais pas en s'élançant d'aussi loin. On ne lui accordera plus pareille latitude. Et qui sait: peut-être a-t-il disputé le meilleur Paris-Roubaix de sa carrière? C'était en tout cas une occasion ratée. Indépendamment des jeunes, Lotto-Soudal compte encore sur Philippe Gilbert. Vaut-il encore son argent, dans la dernière saison de sa carrière? DE CAUWER : Philippe Gilbert peut encore être extrêmement utile s'il s'engage à fond pour guider les jeunes. Mais, dois-je ajouter, je connais peu de coureurs qui ont vraiment pris cette tâche à coeur. J'en ai vu beaucoup qui disaient qu'ils allaient guider les jeunes, mais qui faisaient surtout en sorte de se positionner. PAUWELS : Le rôle de capitaine de route va évidemment plus loin que la course. Il faut aussi être un chef de file avant et après, conseiller ses coéquipiers. Philippe possède sans conteste ces qualités. Lotto-Soudal a ramené Victor Campenaerts au nid. Qu'en pensez-vous? DE CAUWER : C'est une excellente affaire. Je trouve phénoménale la métamorphose de Campenaerts. PAUWELS : Il travaille à sa manière et est attrayant. Il attaque quand on ne s'y attend pas, souvent avec un démarrage en deux temps. Les autres le rejoignent et il place une seconde accélération. Campenaerts pourrait faire souffler un vent nouveau chez Lotto. Il est très exigeant envers lui-même mais aussi vis-à-vis de l'équipe, je pense. DE CAUWER : Il y a encore un certain Caleb Ewan, le gros transfert d'il y a quelques années. S'il n'avait pas chuté au Tour, il aurait certainement gagné des étapes. Je l'estime meilleur sprinteur que Cavendish. La manière dont il a gravi le Poggio... PAUWELS : ... fait de lui un sérieux candidat au Mondial, qui se déroulera dans son pays. Je lis ici et là que le parcours est trop ardu pour lui, mais Ewan est capable de gravir une côte d'un kilomètre à 7,7%. DE CAUWER : Il s'agira de le lâcher et s'il a les mêmes jambes qu'à Milan-Sanremo, ça ne sera pas évident. Donc, on peut coucher son nom à côté de celui des "trois grands" sur les bulletins de pronostics. Intermarché-Wanty-Gobert, la troisième formation belge du World Tour, a engagé Alexander Kristoff comme leader dans les classiques flamandes. Quel regard portez-vous sur ce transfert? PAUWELS : Ce n'est plus une étoile montante, mais ça ne veut pas dire qu'il ne gagnera plus rien. Il s'est adjugé Gand-Wevelgem en 2019, alors que personne ne s'y attendait, et il est redevenu performant à la fin de la saison écoulée. DE CAUWER : L'équipe aligne aussi Biniam Ghirmay, un très bon coureur. Il a été le seul à battre Remco Evenepoel dans une vraie course en Juniors. Je l'ai vu s'échapper seul d'un peloton de trente hommes, pour rallier le groupe de tête. Ce n'était pas très malin, mais il était fort. Les autres ont tout mis en oeuvre pour le suivre, mais il les a lâchés et a comblé le trou. PAUWELS : Il sera peut-être champion du monde en 2025, au Rwanda. Il a déjà du coffre et il est rapide. Il a montré de belles choses au dernier Tour de Pologne et il y a ce sprint au Mondial U23... Quand on connaît la vitesse de Thibau Nys... ( Ghirmay a été vice-champion, Nys terminant sixième, ndlr.). DE CAUWER : En 2019, à la Tropicale Amissa Bongo, Ghirmay, qui n'avait alors que 19 ans, a devancé Greipel dans un sprint massif. Je vais suivre ce garçon de près. PAUWELS : Je te crois, José. On attend tous le début de la saison avec impatience.