"Au secours, j'ai 30 ans " : c'est le titre d'un film à l'affiche pour le moment. Steve Dugardein pourrait en changer le titre : " Magnifique, j'ai 30 ans. " Le médian défensif de l'Excelsior n'a jamais eu autant de succès.
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"Au secours, j'ai 30 ans " : c'est le titre d'un film à l'affiche pour le moment. Steve Dugardein pourrait en changer le titre : " Magnifique, j'ai 30 ans. " Le médian défensif de l'Excelsior n'a jamais eu autant de succès. Cet été, il a été courtisé en Belgique et à l'étranger. Les médias lui consacrent beaucoup de reportages. Cet intérêt récompense le travail, la volonté, les progrès et la longévité d'une des symboles du Canonnier. Tout ce brouhaha l'a gêné, lui qui n'est pas habitué aux compliments pourtant mérités. Pourtant derrière cette timidité se cache une personnalité, trop peu connue mais riche et profonde, dont l'exemple devrait faire réfléchir les rouleurs de mécanique de la D1. Je préfère l'acteur américain. J'ai vu pas mal de ses grands films : la GrandeEvasion, la Tour infernale, etc. A l'école, mes copains et même les professeurs m'appelaient évidemment Steve McQueen. C'est ma mère qui a trouvé ce prénom. Et pas en regardant un des succès de McQueen. Non, elle appréciait Charles Bronson qui, dans une de ses aventures, comptait un Steve parmi ses amis. Mon père aurait aimé m'appeler Xavier mais a dû faire marche arrière. A l'Excelsior Mouscron, on m'appelle aussi Duga. Steve Bauer est le coureur canadien qui, à Renaix, précipita Claude Criquielion au sol alors qu'il allait s'emparer de son deuxième titre de champion du monde. Dommage... J'aime beaucoup le cyclisme et j'ai deux vélos. Un jour, j'escaladerai le Mont Ventoux ou l'Alpe d'Huez. A une époque, j'étais proche de la famille Vandenbroucke. Jean-Luc a été un grand ambassadeur sportif de Mouscron, bien avant les heures de gloire de l'Excelsior. On a toujours dit que son neveu, Frank, que j'ai rencontré, avait tout pour être un champion d'exception. Je ne m'y connais pas assez mais, si j'en crois les plus grands spécialistes, il possédait la grande classe. Alors, que s'est-il passé ? Pourquoi n'a-t-il pas pris le départ du Tour de France, la plus belle des courses ? J'aimerais comprendre. J'apprécie énormément les deux mais Leekens de toute justesse. Il m'en a mis plein la gueule, m'a secoué et j'ai voulu lui prouver que j'étais digne de la D1. Sans lui, je jouerais peut-être en D3 actuellement. Mentalement, il m'a donné une autre dimension et, au moment de son retour à l'Excel, ses mots me firent plaisir : -Tu as beaucoup changé. Cela voulait dire que j'avais continué à bosser comme il me l'avait demandé. Broos m'a énormément fait progresser tactiquement. J'étais un chien fou et il m'a appris à bien me placer, à anticiper, à lire le jeu. Il ne jure que par le 4-4-2 et la zone mais je peux vous dire que ses joueurs connaissent tous les mécanismes de ses options tactiques et c'est un plus. Je sais que notre président est un homme pieux. Sans lui, pas de Mouscron en D1. Sa volonté a souvent fait la différence. Il a parfois des hauts et des bas, doit vendre des joueurs (l'Excel est obligé de boucler son budget), rêve, se dispute de temps en temps, mais est bon comme le pain. J'ai eu un jour un petit conflit avec lui. Je lui ai téléphoné, nous nous sommes parlé entre quatre yeux et tout s'est arrangé. J'opte quand même en faveur de Dominique pour répondre à votre question. Le foot est plus important que tout. Je choisis donc un joueur. Dominique était impulsif et avait du caractère. Techniquement, c'est le meilleur joueur que j'ai fréquenté à l'Excel. Il avait tout : frappe, jeu court, jeu long, vista, etc. Dominique savait lancer, comme personne, Mbo et Emile Mpenza, en profondeur. Il a été critiqué quand il opta pour l'Espanyol Barcelone mais qui ne l'aurait pas fait à sa place ? Guy Roux a raison : Luigi est le plus fort des deux. Il sent mieux le ballon. Djibril Cissé me fait penser à Patrick Goots. Il tire au but de partout. Luigi cadre tout le temps et, de plus, sa détente verticale est digne de la Premier League. Guy Roux va en tirer un grand profit en demandant de multiplier les centres vers sa tête chercheuse. Luigi progressera en France, c'est sûr. Je ne connais pas la firme d'Hannut. J'opte pour notre sponsor. Faire partie des meubles, je sais ce que cela veut dire. Je n'ai jamais rien regretté. Je me suis toujours senti à l'aise dans ma ville, cette région, ce club. J'ai grandi dans un quartier, le Nouveau Monde, où j'ai gardé de la famille et des amis pour la vie. Je leur serai toujours fidèle. Ouvrier. Mon père s'occupe d'entretien à la Ville, ma mère est femme de ménage. Chez nous, même si je n'ai jamais manqué de rien, on connaît la valeur de l'argent. Cela m'aide, je ne jette pas le fruit de mon travail par la fenêtre. Mais je me suis offert un 4x4 car c'était un rêve. Quand j'avais 14 ans, je travaillais dans une boucherie pour me payer une mobylette. A un moment, ma main droite a été emportée par une machine : les dégâts furent très importants au niveau des doigts. A cet âge, en pleine adolescence, c'est encore plus dur à vivre. On m'a aidé, je ne l'oublierai jamais. Certains sont parfois étonnés quand ils me serrent la main mais ce n'est pas grave. Le football, et mon métier d'éducateur, m'ont aidé à franchir ce cap. Je suis même peut-être devenu plus fort grâce à cela. Sur le terrain, je suis aussi un ouvrier. Je m'y sens à l'aise en travaillant pour les vedettes. Cela veut dire la même chose. En patois de notre coin, on dit :-Qu'il est beau ton gardein... Dugardein, donc, car ce nom de famille souligne la diversité de notre région : wallonne mais aussi Chtimi avec de fortes influences flamandes. Les Hurlus sont un peu des bâtards, cela fait leur charme. Je n'ai pas assez de superlatifs pour Mbo Mpenza. L'homme est formidable, intelligent, attachant, amical. En tant que footballeur, il a résorbé le retard physique par rapport à Emile. Depuis son séjour à l'étranger, Mbo est aussi explosif qu'Emile. De plus, Mbo combine mieux et est plus calme à la conclusion. Anderlecht a réalisé le meilleur transfert de l'année. Je choisis Marcin Zewlakow car je le connais mieux. Marcin travaille plus que Nenad pour le collectif, se replie, donne des assists, a soutenu Pieroni alors que c'était un concurrent à la pointe de l'attaque. Nenad, c'est Jestrogoal, le buteur qui attend, est impitoyable dans le carré adverse. Dans son genre, Nenad est très fort. J'ai été chez Philippe Saint-Jean. Nous avons discuté durant trois heures. J'ai apprécié ses mots à mon égard. C'était la première fois qu'on soulignait à ce point la qualité de mon travail. Il croit à fond dans ce qu'il dit. Avec lui, qui est coach mais aussi formateur et éducateur, Mouscron va aborder une nouvelle page de son histoire en rapport étroit avec son école de jeunes. J'espère que ces derniers seront assez forts mentalement pour exploiter comme il se faut ce petit bijou qu'est le Futurosport. Ils doivent comprendre que c'est un endroit fabuleux. Quand j'étais gamin, on jouait sur des champs de patates mais le plaisir et le désir de progresser étaient réels. Lorenzo Staelens méritait mieux... Quand cela a coincé au niveau des résultats, il fallait se taire et travailler au lieu de parler et de perdre de l'influx. Koen, sans hésiter. Je préfère les clubmen aux showmen. Beckham, c'est quoi ? Surtout une machine à centrer. De Vleeschauwer centre mieux que Beckham. Et je n'exagère pas. Mais Koen ne joue pas au Real Madrid, n'a pas un look de star et sa femme n'a pas été une Spice Girl. Là, on n'est plus toujours dans le réel. Beckham est aussi devenu un produit, un truc qui fait vendre, un placement pour les multinationales. Il n'est pas libre. Je le plains, je ne voudrais pas, même pour tout l'or du monde, avoir sa vie. Pourtant, j'aime le foot anglais. Enfant, lors de mon premier entraînement, je portais le maillot de Kevin Keegan. A propos de maillot, je n'ai échangé mon maillot qu'avec Sylvain Kastendeuch, après un match de Coupe d'Europe, contre Metz. Tiens, c'est un ouvrier du football comme moi mais quelle carrière. J'adore Yves. J'ai été deux fois en vacances avec lui. Quelle volonté. Jeune, il a été très malade, s'est battu, a sans cesse progressé et mérita à 30 ans son transfert à Anderlecht. C'est un monstre de volonté. J'ai adressé un jour un petit geste vers Walter Baseggio mais je ne l'ai jamais qualifié de gros lard. Walter est un grand joueur. Il faut aider les gens en difficulté. Je le fais pour l'Asbl Open Hart. Un restaurateur indien de Mouscron récolte des fonds utiles afin d'aider des équipes médicales dans son pays. Je suis aussi proche des Restos du C£ur et d'une £uvre pour malentendants. Tonci Martic, de son côté, livre un travail fabuleux pour la Fondation Damien. Chez Casto, il y a tout ce qu'il faut. Belle patte gauche. Il est parfois un peu pie et parle beaucoup. C'est un latin, il dit ce qu'il pense et a le c£ur sur la main. Mons lui joue un tour de cochon en le rangeant dans le noyau B mais il rebondira. Terrible, terrible. André Van Maldeghem, c'est mon deuxième père. Il m'a lancé, m'a soutenu. Je l'ai encore eu au téléphone quand il fut question de moi au Standard. Olivier Besengez, lui, c'est le frère que je n'ai jamais eu. Je suis fils unique. Olivier est prof de mathématiques. Je l'adore comme j'apprécie Alex Teklak, qui met toujours de la vie dans le vestiaire de Mouscron. Je n'oublie pas mon meilleur ami, celui que je connais depuis mon enfance au Nouveau Monde : Giovanni Seynhaeve. J'aurais aimé jouer au Standard pour ce public, ce stade, cette ambiance. Je suis un homme de principes, je ne voulais pas larguer mon agent en froid avec les Liégeois. Didier Frenay m'avait aidé auparavant et il n'était pas question de l'oublier. La solution s'est éloignée et, de plus, pour des raisons privées, ma copine n'aurait pas pu s'installer à Liège. Le c£ur a parlé. Je ne prendrai jamais part à un Standard-Anderlecht : dommage. La direction du Standard a compris mon choix et je garderai de bons contacts avec Michel Preud'homme, Pierre François et Dominique D'Onofrio. Hurlu à 100 % car c'est dans mes gènes. Je n'ai rien connu d'autre jusqu'à présent. Quand j'entre au Canonnier, je suis fier, c'est beau même si l'ancien stade était plus un vrai repaire d'Hurlus. J'ai été international A' face à la France. Je crois que je méritais au moins une chance en tant que Diable Rouge mais c'est le destin. Tonci est plus ouvert, maîtrise mieux le français que Vido. Je le connais mieux, ce perfectionniste, ce pro jusqu'au bout des ongles. Mais Vido, c'est un roc, un gagneur, pas du tout un homme froid ou distant. Vido a été fabuleux en tant qu'arrière central et a beaucoup apporté à l'Excelsior. Blondel, il a tout, surtout un bel avenir. Il a mûri en Angleterre et sera un jour le meneur de jeu de l'équipe nationale. Timmy Simons méritait son Soulier d'Or qui, en fait, rend hommage au métier de médian défensif. J'ai été étonné de tout cet intérêt médiatique pour moi. Ces premières pages, ces gentilles analyses de grands noms à mon propos, c'était fou. Mais ce n'était pas moi ; qui aime le calme. Quand il y a eu un problème avec le Standard, Caen (le nouveau club de Grégory Dufer) est venu. Son coach, Patrick Remy, me connaissait et avait encore besoin d'un demi défensif. J'ai encore trois ans de contrat à Mouscron mais je suis le football français à la trace et j'ai souvent vu des matches de L1 à Lille. Je connais le football français par c£ur et l'offre de Caen ne pouvait que m'intéresser. Jouer en L1 face à Lyon, Bordeaux, le PSG, Monaco : c'est le rêve, le top, et je suis sûr de m'y améliorer de 20 à 30 %. C'est un défi qui ne m'effraye pas du tout. Mais je ne suis pas un fouteur de merde. Pas question de claquer la porte. Tout le monde doit être d'accord et ce que je vivrai ailleurs doit servir plus tard à l'Excel. J'ai expliqué à Philippe Saint-Jean, à Jean-Pierre Detremmerie et à Roland Louf que Caen m'intéressait. Ils m'ont compris. A partir de là, les choses ont commencé à se mettre en place même si je pouvais aussi rester sans problème chez les Hurlus. Non, je n'ai pas entendu parler d'un prix de transfert de 500.000 euros. Ce n'est pas mon problème, j'ai déjà assez de trucs en tête comme cela. J'ai apprécié le discours de Patrick Remy. Il me veut, je suis son choix, mais c'est un club sain et tout s'y fait de façon planifiée. Le président et le manager sportif étudient tout avec soin. Cela m'a plu dans nos dernières discussions de dimanche soir... mais je ne savais pas Caen et comment tout serait réglé. Pierre Bilic " Jouer en L1 face à LYON, BORDEAUX, le PSG, MONACO : c'est le rêve "