Ces dernières semaines, Tonci Martic s'est retrouvé sur le flanc à cause d'une petite déchirure à la cuisse. " La poisse ", soupire- t-il. " A l'entraînement, tout allait bien. Je m'étais donné à fond. On a terminé par une séance de tirs au but. 200, 300... Sans aucun problème. On s'apprêtait à rentrer au vestiaire lorsque j'ai tenté un dernier envoi. Un tout dernier. Celui de trop. Cela a lâché ".
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Ces dernières semaines, Tonci Martic s'est retrouvé sur le flanc à cause d'une petite déchirure à la cuisse. " La poisse ", soupire- t-il. " A l'entraînement, tout allait bien. Je m'étais donné à fond. On a terminé par une séance de tirs au but. 200, 300... Sans aucun problème. On s'apprêtait à rentrer au vestiaire lorsque j'ai tenté un dernier envoi. Un tout dernier. Celui de trop. Cela a lâché ". Ce soir, l'Excelsior Mouscron accueille le Club Brugeois pour une demi-finale de Coupe de Belgique qui prend des allures de revanche. Le milieu de terrain belgo-croate brûle d'envie d'y participer, d'autant qu'il avait déjà loupé la finale 2002 contre le même adversaire, pour cause de blessure. Il s'est prêté au jeu du Joker Interdit avec un sens de l'analyse toujours aussi affûté. Je préférerais terminer deuxième. Même si je sais qu'un trophée, c'est ce qui manque au palmarès de l'Excel... et au mien. Le championnat est toujours plus important que la Coupe. Un titre de vice-champion, ce serait un rêve. J'ose à peine y penser. On ne gagne pas assez de matches en déplacement pour cela. Je ne suis pas dirigeant, mais cette décision de participer à la Coupe Intertoto me fait un peu peur. J'ai compulsé les statistiques : il est très rare qu'un club qui a pris part à cette épreuve réalise un bon championnat dans la foulée. Hugo Broos était résolument opposé à l'Intertoto. D'un autre côté, je peux comprendre une partie du raisonnement. Mouscron manque d'expérience européenne et c'est un moyen d'en acquérir. C'est peut-être, aussi, un moyen de mettre certains joueurs en vitrine sur la scène internationale. Et d'inscrire le nom du club en lettres plus grasses sur la carte de l'Europe. Mais je suis sceptique. Lors du match Belgique-Croatie au stade Roi Baudouin, le sélectionneur croate Otto Baric m'a confié qu'il avait commis une erreur en ne m'offrant jamais une chance en équipe nationale. Je pense qu'il m'avait surtout dit cela par politesse. A 31 ans, je ne représente plus l'avenir du football croate. Pas plus que celui du football belge. Cela dit, si Aimé Anthuenis m'appelait, je défendrais les chances des Diables Rouges avec une grande fierté. Je joue en Belgique depuis sept ans et je possède désormais un passeport belge. La Belgique est mon deuxième pays. Je l'aime. Mais, comme un père adoptif ne remplacera jamais le père naturel, le pays d'adoption ne fera jamais oublier celui où l'on est né. Je reste Croate avant tout. Le centre de formation de Split est un modèle, à mes yeux. Là-bas, tous les entraîneurs sont d'anciennes vedettes du football croate. On écoutait leurs conseils comme les paroles de l'évangile. Les entraîneurs du Futurosport sont sûrement très compétents. Mais si l'on y avait réuni - par exemple - Lorenzo Staelens, Franky Van der Elst, Enzo Scifo et Yves Vanderhaeghe, les meilleurs jeunes footballeurs de Belgique se précipiteraient pour venir à Mouscron. Le recrutement fait aussi partie de la politique de jeunes. On devrait trouver, au centre de formation de Mouscron, des joueurs originaires de... Genk, par exemple. Avec Hajduk Split, on disputait aussi de nombreux tournois à l'étranger. En Italie, particulièrement. Entre 10 et 15 ans, on affrontait déjà l'Inter et la Juventus. Cela conférait une énorme expérience et les jeunes joueurs mûrissaient plus rapidement. Futur entraîneur, je l'espère. Je crois, humblement, avoir de bonnes idées en la matière. Je pense, aussi, avoir l'£il pour déceler les qualités et les défauts des joueurs. Le problème, c'est que le métier d'entraîneur exige des sacrifices familiaux : un jour on entraîne ici, le lendemain on entraîne 500 kilomètres plus loin. Si je fonde une famille, ce que j'espère aussi, il faudra que femme et enfants acceptent ces contraintes. J'ai fait des études d'électronicien, mais elles remontent déjà à trop longtemps. J'ai un peu perdu la pratique, et comme c'est un domaine qui évolue très vite, mes connaissances sont probablement dépassées. Cela dépend des joueurs que l'on a à sa disposition. Pour jouer le 4-3-3, il faut posséder deux ailiers de débordement. Il faut aussi qu'en perte de balle, ces ailiers se repositionnent en milieu de terrain, pour gêner la contre-attaque adverse. Le problème, lorsqu'on a joué le 4-3-3 avec Mouscron, c'était que Marcin Zewlakow et Mbo Mpenza ne sont pas des ailiers, mais de purs attaquants. Ils faisaient preuve de bonne volonté pour respecter les consignes, mais jouaient un peu contre nature. Déborder, pour eux, ce n'est pas un geste naturel comme pour Koen De Vleeschauwer et Christophe Grégoire. Contre Genk, le 4-3-3 avait réussi : on avait d'emblée pris les Limbourgeois à la gorge. Contre La Louvière, c'était plus laborieux. On a rencontré un problème de créativité en milieu de terrain. J'ai eu l'impression que beaucoup de joueurs ne se sentaient pas à l'aise dans un rôle qui n'est pas le leur habituellement. En outre, un 4-3-3, cela signifie trois médians. Dont l'un, Christophe Grégoire, a un rôle très offensif. Souvent, on se retrouvait à deux dans l'entrejeu contre cinq médians louviérois. Ce qui posait problème à la fois sur le plan défensif et offensif, car en infériorité numérique, on ne parvenait pas à se libérer pour demander le ballon. La tentation était donc grande, pour nos défenseurs, de brûler une étape et d'envoyer une longue passe vers l'avant, en omettant de combiner par le milieu de terrain. Et, devant, les attaquants, trop nombreux, se marchaient sur les pieds. Or, aussi bien Marcin Zewlakow que Mbo Mpenza ou Luigi Pieroni ont besoin d'espace. Heureusement, le coach a effectué un changement gagnant qui, en un quart d'heure, nous a permis de renverser la tendance. En Croatie, tout le monde se demande ce qui se passe avec Tomislav Butina. Déjà, au départ, on se demandait pourquoi il avait signé à Bruges, et pas dans un plus grand club. Et voilà qu'il doit s'incliner devant un gardien de 40 ans. Je n'ai rien contre Dany Verlinden, qui est un très bon gardien, mais Tomislav Butina était le capitaine du Dynamo Zagreb et avait quasiment offert le titre à son club en gagnant énormément de points à lui tout seul. Dans sa tête, je suis persuadé que Bruges ne devait être qu'une étape vers de plus hautes destinées. Il a commis une bourde de dimension à Dortmund, mais s'était rattrapé lors de la séance de tirs au but. Il a encore gaffé à Lokeren, et depuis lors, il a perdu confiance. Aujourd'hui, beaucoup de gens en Belgique le considèrent comme un mauvais gardien, parce qu'on ne connaît pas ses antécédents. Chacun commet, un jour, une erreur. Oliver Kahn n'y a pas échappé, dans un match de Ligue des Champions très important, contre le Real Madrid. Pourtant, c'est le meilleur gardien du monde. Mais lui, il avait déjà fait ses preuves. Tomislav Butina devait encore les faire. En Belgique, du moins. Car en Croatie, c'est une idole. Alin Stoica est un joueur extraordinaire. Tout le monde affirme qu'il a un mauvais caractère, mais je crois surtout qu'il a été freiné par les blessures. Je ne comprends pas bien la politique de Bruges : lorsqu'on possède un joueur comme lui, en plus de Nastja Ceh, pourquoi engager Jonathan Blondel ? Je ne comprends pas bien non plus le choix de Jo. Il est l'un des plus grands talents en devenir du football belge, mais à son âge, il a surtout besoin de jouer. Il était déjà parti trop tôt à Tottenham et voilà qu'il va se recaser à Bruges, où il risque encore d'être barré. Mbo Mpenza est un footballeur plus complet et plus mûr dans sa tête. En outre, il montre l'exemple sur et en dehors du terrain, alors que je me suis laissé dire qu'Andrés Mendoza était parfois ingérable dans le vestiaire. Mais il nous avait fait très mal lors de la finale 2002 et j'apprécie beaucoup son jeu. Il a un peu le style africain et est doté d'un pied gauche extraordinaire. Nenad Jestrovic est plus âgé et a dès lors plus de maturité. Mais Luigi Pieroni et lui ont tous les deux un sens du but extraordinaire. Ce sont les meilleurs dans ce domaine, avec peut-être Cédric Roussel, mais je n'en vois pas un quatrième dans le championnat de Belgique. Lou a progressé de manière fulgurante. Il a explosé en quelques mois. Incroyable. Il a peut-être profité d'un état de grâce, à un moment donné, car il marquait quasiment les yeux fermés, mais lorsqu'on a inscrit 17 buts, on ne peut plus parler de hasard. Il est bien entouré et n'a pas attrapé la grosse tête, c'est important. Hugo Broos m'a attiré à Mouscron et m'a offert trois contrats successifs. Je n'oublierai jamais les belles années passées sous sa direction. J'adorais jouer dans cette équipe qui pratiquait un jeu magnifique. Ses méthodes de travail étaient différentes : davantage axées sur les automatismes, sur un système de jeu fixe que chacun connaissait à la perfection et sur une équipe immuable. Georges Leekens opère davantage de changements, mais il voit souvent juste. Les trois points conquis in extremis contre La Louvière, c'est à lui qu'on les doit. Et la belle saison réalisée actuellement par l'Excelsior porte également sa griffe. Daniel Devos" La Belgique est mon deuxième pays. Je l'aime. Mais, je reste CROATE AVANT TOUT "