Pigeon voyageur ou clubman ? Laquelle de ces deux caractéristiques faut-il posséder pour espérer faire une très longue carrière dans notre D1 ? A en croire ce hit-parade très particulier (voir encadré), on a plus de chances de s'illustrer dans la durée quand on ne multiplie pas les transferts. Dans les Top 6 du foot belge, le classement des joueurs ayant disputé le plus de matches en D1, les fidèles se taillent la part du lion. Raymond Mommens, Dany Verlinden et Franky Van der Elst n'ont connu que deux clubs. Guy Vandersmissen ne s'est produit que pour trois employeurs, Eddy Snelders en a connu cinq, et Willy Wellens était le seul à avoir des fourmis dans les jambes (huit équipes différentes).
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Pigeon voyageur ou clubman ? Laquelle de ces deux caractéristiques faut-il posséder pour espérer faire une très longue carrière dans notre D1 ? A en croire ce hit-parade très particulier (voir encadré), on a plus de chances de s'illustrer dans la durée quand on ne multiplie pas les transferts. Dans les Top 6 du foot belge, le classement des joueurs ayant disputé le plus de matches en D1, les fidèles se taillent la part du lion. Raymond Mommens, Dany Verlinden et Franky Van der Elst n'ont connu que deux clubs. Guy Vandersmissen ne s'est produit que pour trois employeurs, Eddy Snelders en a connu cinq, et Willy Wellens était le seul à avoir des fourmis dans les jambes (huit équipes différentes). Dany Verlinden est un des meilleurs Brugeois, cette saison. A 40 ans, mais il ne semble pas à bout de souffle. De quoi viser le record absolu que détient Raymond Mommens ? Dany Verlinden : Le trophée, même si je figure déjà au palmarès. Parce que je sais que je ne dois plus penser aux 614 matches de Mommens. Mon contrat expire à la fin de cette saison. Je n'aurais pas été opposé à une nouvelle prolongation, mais à partir du moment où la direction ne m'en a pas parlé, j'ai compris qu'on ne comptait plus sur moi. Je déteste vivre dans l'incertitude, je veux avoir les idées claires : alors, je décide que ce sera fini en mai prochain. J'intégrerai alors le staff, comme entraîneur des gardiens avec un contrat de trois ans. Cette reconversion me motive. Une finale vu que c'est toujours envisageable pour moi. Mon expérience en équipe nationale me laisse sur ma faim. J'ai été repris une quinzaine de fois mais je n'ai joué qu'un seul match : contre la Norvège, en amical, en 1998. J'étais dans le groupe aux Coupes du Monde 1994 et 1998, mais un footballeur veut avant tout jouer et on ne m'en a pas laissé l'occasion. J'ai toujours eu des monstres sacrés devant moi : Michel Preud'homme, Gilbert Bodart, Filip De Wilde. La concurrence était bien plus rude qu'aujourd'hui. Aucun des gardiens fréquentant l'équipe nationale actuellement n'aurait eu sa place dans le noyau il y a dix ans. Même pas Geert De Vlieger ! Pour les années futures, je vois Logan Bailly et Silvio Proto. Difficile de choisir parce que ce sont deux joueurs très semblables. Ils possèdent tous les deux une technique exceptionnelle... et sont souvent blessés. Je prends Ceh pour tout ce qu'il nous a apporté la saison dernière, mais j'estime qu'il n'a pas encore donné ce qu'on est en droit d'attendre de lui. Je ne suis pas un aventurier et je ne regrette pas du tout d'avoir fait tout mon parcours en Belgique. Quand on a la chance de jouer dans un club comme Bruges, il ne faut pas avoir trop envie d'aller voir ailleurs. Je suis aussi persuadé que je n'aurais pas tenu aussi longtemps si j'avais changé de pays parce que, dans les grands championnats étrangers, on pense continuellement à rajeunir les cadres. On n'aurait sans doute pas gardé en équipe Première un gardien approchant de la quarantaine. Milan, évidemment. Une grande soirée avec, à la clé, une victoire historique. Le match à Dortmund restera une des plus grandes déceptions de ma carrière. J'étais très heureux de la qualification, pour le club et mes coéquipiers. Mais j'avais mal parce que l'entraîneur n'avait pas été correct avec moi. Trond Sollied m'a annoncé deux heures avant le coup d'envoi que Tomislav Butina jouerait. Sans autre explication. Sollied n'a pas été correct sur ce coup-là. Après le match, je lui ai dit tout ce que j'avais sur le c£ur. Sans faire de scandale. Mais je ne sais toujours pas, aujourd'hui, ce qui l'a incité à ne pas m'aligner dans cette rencontre. J'ai repris ma place en championnat contre Anderlecht. Pourquoi ce changement de cap ? Je n'en sais rien. Le titre. Viser une qualification pour le deuxième tour de la Ligue des Champions est très agréable aussi, mais on sait de toute façon que si ça passe, ce n'est quand même que pour disputer û sans doute û deux matches supplémentaires. Dont un seul à domicile. Alors que lutter une saison entière pour le titre procure chaque semaine des sensations grisantes. J'ai été formé au Lierse, j'y suis arrivé à 12 ans et je ne suis parti qu'à 25 ans. Mais je n'ai guère gardé de contacts là-bas. Loin des yeux, loin du c£ur. C'est à Bruges que j'ai vécu mes plus belles années. Alors, je n'hésite pas : je prends le Club. La reconnaissance. J'ai dû attendre 40 ans pour en avoir ! Je suis peut-être en partie responsable aussi. Je suis un gars discret et j'ai toujours refusé de me mettre en avant. J'en suis conscient. Il n'empêche que, par moments, ça fait mal de ne pas être considéré pour ce que l'on vaut réellement. Je n'ai jamais été un chouchou de la presse. Surtout en Flandre. Les journalistes wallons m'ont plus soutenu que les Flamands ! Si j'avais eu la corporation davantage dans ma poche, j'aurais sans doute fait un plus beau parcours chez les Diables. Regardez comme Gilbert Bodart a toujours été poussé par la presse francophone. Preud'homme, lui, faisait l'unanimité au sud et au nord du pays. Il y a des moments où ça aide pas mal. Si j'avais joué au Standard, les journalistes wallons m'auraient sûrement poussé à fond et j'aurais probablement joué plus souvent en équipe nationale. Les Matines. Parce que la Coupe de Ligue n'a jamais eu aucune signification : pas de public, pas d'argent, pas de rayonnement, rien. Les Matines nous donnent l'occasion d'affronter une grande équipe européenne. J'ai joué contre l'Ajax, Barcelone, etc. C'est aussi notre première sortie de la saison à domicile, le public découvre nos nouveaux joueurs. Et ce match est précédé d'une rencontre de vétérans, avec les vieilles gloires du club. C'est très sympa. Van Maele a fait énormément pour Bruges. Sans son arrivée, c'était la faillite. Mais il vient un moment où chaque club doit être géré comme une véritable entreprise. Et pour franchir ce pas, D'Hooghe était l'homme tout indiqué. Il est très souvent près de nous. En un peu plus de six mois de présidence, je l'ai vu plus souvent que Van Maele en 15 ans. Il évite de nous mettre sous pression mais nous fait continuellement remarquer qu'il exige une concentration de tous les instants. Je choisis donc D'Hooghe, mais sans oublier qu'il n'aurait jamais pu devenir président si Van Maele n'avait pas été là avant. Quelques centimètres de plus. Ma petite taille (1m75), j'en ai beaucoup souffert pendant une bonne partie de ma carrière. J'ai dû me battre contre une idée toute faite : Verlinden était trop petit pour faire un bon gardien. Je constate toutefois qu'on le dit moins depuis quelques années. Les gens comprennent sans doute qu'il faut certaines qualités pour rester 16 ans dans un club comme Bruges et être toujours titulaire à 40 ans. J'aurais peut-être réussi un parcours encore plus beau si j'avais été plus grand. Mais ce n'est pas sûr. Qui peut garantir que j'aurais eu la même explosivité si j'avais fait 10 cm de plus ? Une chose est certaine, en tout cas : la taille moyenne des gardiens de D1 a pas mal augmenté depuis quelques années. C'est compréhensible à partir du moment où les attaquants sont de plus en plus grands. Le jeu est de plus en plus physique et un keeper doit avoir du répondant pour rester maître dans son petit rectangle. Dehaene, évidemment. C'est un passionné de foot, et supporter de Bruges en plus. Nous le voyons souvent et il nous accompagne parfois en Coupe d'Europe. Verhofstadt est plutôt un amateur de cyclisme. Je n'ai pas joué avec Papin mais j'en garde un grand souvenir. Son pied droit était meurtrier, il avait une explosivité incroyable et chaque ballon qu'il recevait dans les 16 mètres pouvait se transformer en but. Farina était encore plus explosif, il avait deux pieds et un excellent jeu de tête, mais il a fait de mauvais choix de carrière. Au contraire de Papin, qui a retiré le maximum. C'est pour cela que je le choisis. Néerlandais. J'estime que ça devrait être la langue véhiculaire dans le vestiaire d'un club flamand. Pourquoi est-ce possible aux Pays-Bas mais pas chez nous ? Je connais des joueurs qui sont à Bruges depuis cinq ans mais ne savent toujours pas tenir une conversation en néerlandais : ce n'est pas normal. Une coupe de champagne avec Trond Sollied ! La bière, ce n'est pas trop mon truc. Houwaart ? Je ne l'ai connu qu'un an. J'étais deuxième gardien et c'était, pour lui, la saison de trop à Bruges. J'en retiens le souvenir d'un gars jovial et d'un coach qui lisait parfaitement la réalité d'un match. Pour intervenir en cours de rencontre, il n'y avait pas plus fort que lui. Par contre, ses entraînements ne m'ont pas marqué. Avec Sollied, tout est beaucoup plus précis. On répète jusqu'au moment où c'est entré dans toutes les têtes et il veut voir en match la reproduction de ce que nous avons cherché à perfectionner en semaine. Il accorde aussi beaucoup de libertés aux joueurs. Il y en a d'ailleurs qui en profitent pas mal ! Van der Elst parce que nous sommes restés en contact. J'ai un peu perdu Staelens de vue dès qu'il a quitté le Club. Mais ils ont été tous les deux extrêmement importants pour Bruges pendant des années. Physiquement, c'étaient deux champions. Staelens planifiait sans arrêt des actions de but pendant que Van der Elst se tapait le sale boulot de récupération. Michel Preud'homme ? Oh mon dieu ! Deux cracks qui ont réussi une carrière exceptionnelle, en Belgique et à l'étranger. Avec les Diables aussi. Je suis plus proche de la personnalité de Preud'homme. Je me reconnais un peu en lui parce qu'il ne recherchait pas la publicité comme Pfaff. J'étais avec lui à la Coupe du Monde aux Etats-Unis. Je savais que je n'avais aucune chance de jouer : j'étais clairement le troisième gardien du noyau. Avant le premier match, contre les Pays-Bas, la différence entre Preud'homme et De Wilde était minime. Mais on ne peut être qu'admiratif devant ce que Preud'homme a réussi dans ce tournoi. Le drapeau tricolore, sans hésiter. Pour un footballeur, le top, c'est l'équipe nationale. Pas une hypothétique sélection flamande. Ce serait ridicule de splitser notre foot. Broos, pour tous les bons résultats qu'il a obtenus à Bruges. Mais je retiendrai aussi l'apport de Sollied, qui nous a qualifiés deux fois pour la Ligue des Champions. C'est grâce à lui que mes entraînements ont été allégés. Avec un autre coach, je serais peut-être à la retraite depuis trois ans. Sollied a prolongé ma carrière de quatre saisons. Pierre Danvoye et Christian Vandenabeele" TROND SOLLIED A PROLONGé ma carrière de quatre ans "