30 points et quatrième, c'est un bilan plus que satisfaisant pour Mouscron à la mi-championnat. Alexandre Teklak n'a participé qu'à doses homéopathiques à la constitution de ce viatique. Opéré en fin de saison dernière d'une déchirure des ligaments, il a dû d'abord attendre sa guérison, puis prendre le temps de retrouver le rythme et ses sensations. Souvent, il s'est morfondu sur le banc, et l'on sait à quel point il vit toujours difficilement ce genre de situation. Pourtant, on n'a guère entendu d'éclats de voix. L'homme s'est-il calmé, a-t-il appris à relativiser ou écoute-t-il docilement les conseils de Georges Leekens, son premier entraîneur de D1, qui l'incite à prendre patience ?
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30 points et quatrième, c'est un bilan plus que satisfaisant pour Mouscron à la mi-championnat. Alexandre Teklak n'a participé qu'à doses homéopathiques à la constitution de ce viatique. Opéré en fin de saison dernière d'une déchirure des ligaments, il a dû d'abord attendre sa guérison, puis prendre le temps de retrouver le rythme et ses sensations. Souvent, il s'est morfondu sur le banc, et l'on sait à quel point il vit toujours difficilement ce genre de situation. Pourtant, on n'a guère entendu d'éclats de voix. L'homme s'est-il calmé, a-t-il appris à relativiser ou écoute-t-il docilement les conseils de Georges Leekens, son premier entraîneur de D1, qui l'incite à prendre patience ? Alexandre Teklak : Charleroi, parce que c'est là que tout a commencé pour moi et que, sans Charleroi, je n'aurais pas pu connaître les joies que j'ai vécues avec Mouscron, comme la finale de la Coupe de Belgique. J'ai tourné la page avec Charleroi. Je ne connais plus grand monde chez les Zèbres, en dehors du staff technique, mais je ne peux pas renier mes origines. La ville, le club et les supporters comptent encore énormément pour moi. Lorsque je suis parti à Mouscron, c'était le changement dans la continuité. J'ai été très bien accueilli, je suis fier d'appartenir à un club qui véhicule une image positive et où l'on peut encore se rendre au stade avec ses enfants sans craindre pour leur sécurité. Lorsque je refermerai le livre de ma carrière, il est clair que le chapitre consacré à l'Excelsior sera également très important. Il me reste encore un an et demi de contrat, jusqu'en juin 2005. C'est un choix difficile, car ce sont deux entraîneurs qui ont énormément compté pour moi. Disons Georges Leekens, parce que c'est lui qui m'a lancé en équipe Première à Charleroi lorsque j'avais 18 ans et qu'il est aujourd'hui mon entraîneur à Mouscron. Mais je conserve également un souvenir extraordinaire de Robert Waseige. Je prends toujours beaucoup de plaisir à le revoir. Récemment, lorsque Charleroi s'est produit au Canonnier, on s'est encore remémoré des moments amusants du passé. Robert Waseige a fait de moi un titulaire en D1 et m'a appris le professionnalisme. A l'époque, les jeunes pénétraient encore dans le vestiaire sur la pointe des pieds. On se faisait tout petit dans un coin et on ne donnait son avis que lorsqu'on le demandait. Tout cela a bien changé, hélas. Je ne veux pas jouer les anciens combattants, mais les mentalités ont fort évolué. Le respect se perd. Il faut dire, aussi, que les jeunes sont de plus en plus nombreux dans les noyaux. Autrefois, le petit jeune qui arrivait en équipe Première était isolé. Aujourd'hui, ils sont cinq, six, parfois plus, et se sentent plus rapidement en position de force. Jean-Pierre Detremmerie, parce que j'ai plus de contacts avec lui en dehors du terrain. Il est plus communicatif que Jean-Paul Spaute, plus présent aussi dans les relations quotidiennes avec les joueurs. Il ne se passe pratiquement pas un jour sans qu'il vienne nous saluer et nous encourager au Canonnier. Jean-Paul Spaute se faisait plus discret, surtout sur la fin. Le bourgmestre de Mouscron veille sur son club comme sur ses enfants. Il est à l'écoute de tous nos soucis. Ses qualités humaines sont exceptionnelles. Un geste m'a particulièrement touché : lorsque mon beau-frère s'est tué à moto, voici un an et demi, il s'était déplacé jusque dans les Ardennes pour l'enterrement. C'est un geste que je n'oublierai jamais ( l'émotion pointe encore dans son regard lorsqu'il évoque ces moments douloureux). Mais Jean-Paul Spaute était également un très grand président, auquel Charleroi doit beaucoup. C'est un clin d'£il, je suppose ? Alexandre Teklak, cela me paraît évident. Je n'ai rien contre mon équipier. Si vous lui posiez la même question, il plaiderait aussi sa cause, c'est logique : tout joueur veut être sur le terrain. Personnellement, j'ai horreur du banc. Je vis des moments difficiles pour l'instant. Si cela s'était produit il y a quelques années, avec mon tempérament bouillonnant, j'aurais sans doute explosé. Mais j'ai appris à relativiser. Le président Jean-Pierre Detremmerie sait que je ne suis pas content lorsque je ne suis pas titulaire, et chaque fois qu'il me voit, il m'en parle pour essayer de m'encourager. C'est une autre des qualités de notre président. Dans beaucoup de clubs, un joueur est considéré comme un numéro. Pas à Mouscron. Chaque joueur est d'abord un être humain, que l'on considère en tant que tel. Je ne peux pas être content de mon statut de réserviste, mais je ne suis pas du genre à m'épancher dans la presse à ce sujet. Lorsque quelque chose ne me plaît pas, je préfère en parler entre quatre murs avec la personne concernée. Se plaindre auprès des journalistes, cela équivaut à donner à manger à tous ceux qui cherchent à créer du scandale et n'attendent que ce genre de révélations. Et puis, je suis devenu philosophe. Après les blessures que j'ai endurées, après les drames que j'ai vécus, j'accorde désormais beaucoup plus d'importance aux vraies valeurs. Ma famille et ma belle-famille comptent énormément pour moi. Je n'ai pas relégué le football au second plan, loin de là. Mais lorsque j'aurai terminé ma carrière, dans cinq ans, dans dix ans, qu'est-ce que les gens se moqueront du fait qu'à un moment donné, Alexandre Teklak aura été réserviste dans son club ? Filippo Gaone, parce qu'il habite près de chez moi du côté de Courcelles et que, de ce fait, je le connais mieux. C'est un personnage éminemment sympathique, qui ne laisse personne indifférent. Je n'ai jamais eu de contacts avec Abbas Bayat, alors je ne me permettrai pas de le juger. Vu de l'extérieur, il me donne l'impression de gérer d'abord son club en homme d'affaires avisé. Filippo Gaone me semble avoir une plus grande expérience du monde du football, car il est le président des Loups depuis de nombreuses années. On peut lui tirer un grand coup de chapeau, car avec un budget qui est loin d'être le plus élevé de l'élite, il parvient à obtenir de très bons résultats. Et si La Louvière ne roule pas sur l'or, le club m'apparaît sain. Charleroi connaît actuellement des problèmes, mais à la décharge d'Abbas Bayat, il faut reconnaître qu'il a hérité d'une situation difficile au départ. Lorsqu'il a repris le club, il a récupéré beaucoup de vieilles casseroles trouées. Avant de penser à les faire briller, il a dû composer avec des affaires extra sportives et des procès latents. Marc Grosjean. J'ai déjà eu souvent l'occasion de discuter avec lui et j'ai appris à l'apprécier. J'avais senti venir son limogeage : il était programmé de longue date et pas uniquement la conséquence des mauvais résultats du début de saison. Je ne connais pas du tout Sergio Brio, alors, encore une fois, je ne peux me baser que sur des ouï-dire. J'entends, par exemple, que les entraînements sont très longs. Cela ne m'étonne pas : mon ami Olivier Renard, le gardien de l'Udinese, me tient souvent le même langage. La longueur des entraînements, physiquement et tactiquement exigeants, c'est une caractéristique italienne. On répète inlassablement les mêmes exercices, jusqu'à ce qu'on assimile les gestes. Standard. J'ai toujours apprécié ce club lorsque j'étais gamin. Et puis, voici quelques années, j'ai été à deux doigts d'y signer, avant d'aboutir à Mouscron, mais j'ai eu le tort de faire confiance à mon manager de l'époque, Michel Poels, qui m'a très mal conseillé. L'affaire ne s'est finalement pas concrétisée. Je ne regrette pas du tout d'être venu à Mouscron, mais un footballeur serait hypocrite s'il déclarait qu'il peut demeurer insensible à une offre du Standard. La philosophie du club correspond sans doute davantage aussi à mon tempérament de battant que celle d'Anderlecht. Son stade, au milieu d'un bassin sidérurgique, symbolise le travail, la sueur, l'esprit de sacrifice de tous ceux qui doivent consentir des efforts considérables pour gagner leur vie. Des étapes par lesquelles mes parents et grands-parents ont dû passer. A Sclessin, les supporters apprécient les joueurs qui, lorsqu'ils commettent des erreurs, continuent à se battre et à mouiller leur maillot. C'est aussi mon caractère. Juventus, sans hésitation. La Vieille Dame a toujours eu une place à part dans mon c£ur et je crois que j'en resterai supporter toute ma vie. J'ai grandi en suivant les exploits de Zbigniew Boniek. Je m'identifiais à lui pour diverses raisons, entre autres parce qu'il symbolisait à la fois mon père polonais et ma mère italienne. Les étrangers qui ont réussi à la Juventus sont rares et il fait partie du lot, avec Michel Platini et Zinedine Zidane. Par contre, d'autres joueurs pourtant hyper doués, comme Thierry Henry, ont échoué. C'est un style de jeu particulier. La Juventus est une institution. Le Real Madrid aussi, mais ce côté strass et paillettes me déplaît. J'aime le football pour le jeu, pas pour le business. Je reconnais que lorsque le Real Madrid évolue à son meilleur niveau, c'est beau à voir, mais la Juventus me semble plus vraie. Paolo Maldini. C'est sans doute le choix du défenseur que je suis, mais à mes yeux, l'arrière de l'AC Milan est une véritable référence. Les beaux gestes défensifs passent souvent inaperçus. Lorsqu'un défenseur tackle proprement, en ne touchant que le ballon, un attaquant ultra rapide qui file seul vers le but, on trouve cela presque normal. Et pourtant, c'est extrêmement difficile. En revanche, lorsqu'un attaquant réussit une reprise de volée, l'image repasse en boucle sur toutes les télévisions du globe. Je comprends que les spectateurs se rendent d'abord au stade pour voir de jolis buts, mais l'amateur de football devrait apprécier autant un geste défensif qu'offensif. La longévité de Paolo Maldini est extraordinaire. Il a été très rarement blessé, cela aussi est significatif. Il n'est pas toujours très spectaculaire, mais qu'est-ce qu'il est intelligent, tactiquement. Cela dépend des circonstances. Mais j'accorde plus d'importance qu'on le croit au fair-play. Je ne suis pas un enfant de ch£ur. Lorsque je m'engage, je le fais à 200 %. Mes tackles peuvent parfois paraître agressifs, mais je suis loin d'être un joueur méchant. L'une de mes grandes fiertés est que, malgré tout ce que l'on raconte sur mon tempérament, je n'ai jamais blessé personne. Parfois, malheureusement, la faute nécessaire doit être commise. Pour réparer l'erreur d'un coéquipier, par exemple. Mais je considère cela davantage comme un acte de solidarité envers l'équipe que comme un acte anti-fair-play. Stefan Everts. Je suis un passionné de motocross, un sport que j'ai pratiqué moi-même en compagnie de mon frère lorsque j'étais gamin, sur un terril à Viesville, près de chez moi. Aujourd'hui encore, je suis les GP avec beaucoup de passion et je sais à quel point ce sport est exigeant sur le plan physique, beaucoup plus qu'on l'imagine. Lorsqu'on descend de moto, on est vidé. Ce que réalise Stefan Everts est digne d'admiration. C'est le top. Mais je m'en voudrais de diminuer les mérites de Justine Henin. Etre numéro un mondiale, remporter deux tournois du Grand Chelem sur une saison, ce n'est pas rien. Parfois, j'ai l'impression que l'on commence à banaliser ses exploits, tout comme ceux de Kim Clijsters d'ailleurs, et que l'on considère désormais leurs victoires comme normales. Ne tombons pas dans ce piège-là, car pour un petit pays comme la Belgique, ce n'est pas banal du tout. Les études. Je veille particulièrement à ce qu'Alexandra (4,5 ans) et Youri (2,5 ans), mes deux enfants, reçoivent une bonne éducation. C'est primordial. Lorsque je constate la déchéance de la jeunesse, je me dis souvent que les parents en sont en grande partie responsable, et je ne veux pas qu'un jour, on puisse me reprocher d'avoir manqué à mes devoirs. Je suis très protecteur et je me pose déjà beaucoup de questions sur ce que l'avenir réserve à mes enfants. Les montées de l'intégrisme et de la violence dans le monde m'interpellent beaucoup. La vie est une jungle où il faut se battre quotidiennement. Dans le monde du football, c'est pareil. Si Youri a envie de devenir footballeur, plus tard, je ne l'en empêcherai pas, mais je ne le briderai pas s'il nourrit d'autres aspirations. La musique. Depuis deux ans, j'ai d'ailleurs reformé un petit groupe de rock avec mon frère Frédéric, le kiné carolo Eric Dehaze et un ami d'enfance, Gianni. Le groupe existait déjà depuis belle lurette, mais avait interrompu ses activités. Cela nous démangeait et on s'est remis à l'£uvre. On n'a pas d'ambitions démesurées. Le groupe ne porte d'ailleurs pas de nom, alors appelons-le Les Anonymes ( ilrit). On joue uniquement pour le plaisir et on se rassemble une fois par semaine. Mais, lorsqu'on répète, on essaye tout de même de le faire sérieusement. On apprécie beaucoup Placebo parmi les groupes actuels, ou Yes et Deep Purple parmi les anciens. Parmi les groupes plus régionaux, j'ai un faible pour Mirrorball, un petit groupe de la région du Centre que je trouve génial et dont le guitariste, Manu, est le beau-frère par alliance de Marco Casto. Batterie. La guitare, c'est pour Eric. Frédéric joue de la basse et Gianni est au clavier. On recherche encore un chanteur, de préférence un auteur interprète, un gars capable de mettre des paroles sur les morceaux que l'on imagine. Alors, si je peux lancer un appel aux candidats... J'ai commencé à jouer de la batterie à 12 ans. J'ai appris tout seul, en autodidacte. Un peu par hasard : à l'époque, mon frère m'avait fait cadeau d'une vieille batterie. J'écoutais beaucoup de disques et j'ai essayé de reproduire ce que j'entendais. Depuis un an, je suis un peu conseillé par un ami, Jean-Claude, le batteur de Rock en Stock, un petit groupe qui se produit à Houdeng. Aucun des deux. Je rejette forcément les dictateurs, mais je ne peux pas davantage cautionner la politique du président américain. Parfois, on le caricature bêtement comme le maître du monde dans Les Guignols de l'Info, mais je le crois au contraire très malin. Cependant, que connaissons-nous du fond du problème ? Que savons-nous exactement des enjeux économiques dans tout ce qu'il entreprend ? J'ai souvent l'impression que ce que l'on voit à la télévision ne reflète pas la réalité. On nous montre les images qu'on veut bien nous montrer, on nous tient les discours qu'on veut bien nous tenir. C'est de la propagande, dans un camp comme dans l'autre. En allant plus loin, je ne peux pas imaginer que l'on puisse déclencher des guerres au nom de la religion. Cela me fait penser aux sectes, c'est le même principe : on bourre le crâne des gens pour les inciter, ensuite, à jouer aux kamikazes. Père Noël. J'ai déjà un équipement rouge à parements blancs, il ne me manque plus que la barbe... ( ilrit). Sérieusement, qu'y a-t-il de plus beau que le sourire d'un enfant qui vient de recevoir un cadeau ? J'adore offrir des cadeaux et faire plaisir aux gens. Parfois, on peut toucher simplement avec une petite attention ou un petit mot. Voir quelqu'un content me rend moi-même heureux. J'ai l'esprit de famille très développé et j'apprécie tout particulièrement les Noëls blancs, lorsque toute la famille se réunit au pied du sapin. Mais, en même temps, ce sont des moments un peu tristes, car je songe alors très fort à tous mes proches disparus. Et la nostalgie m'étreint. Daniel Devos" Ma fierté ? Malgré tout ce qu'on raconte, JE N'AI JAMAIS BLESSÉ PERSONNE " " La faute nécessaire est UN ACTE DE SOLIDARITÉ ENVERS L'ÉQUIPE "