Grégory Dufer est le symbole régional du Sporting de Charleroi. Après une petite saison de découverte du foot à Marcinelle, il devenait Zèbre à 10 ans. Il va bientôt fêter son 22e anniversaire et totalise déjà 120 matches en D1. Grégory n'a jamais été une grande gueule. Il a toujours refusé de tomber dans le piège des déclarations assassines. Le jeu du Joker Interdit va-t-il permettre de le faire sortir de sa coquille ?
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Grégory Dufer est le symbole régional du Sporting de Charleroi. Après une petite saison de découverte du foot à Marcinelle, il devenait Zèbre à 10 ans. Il va bientôt fêter son 22e anniversaire et totalise déjà 120 matches en D1. Grégory n'a jamais été une grande gueule. Il a toujours refusé de tomber dans le piège des déclarations assassines. Le jeu du Joker Interdit va-t-il permettre de le faire sortir de sa coquille ? Grégory Dufer : Attaquant. C'est plus compliqué de jouer devant que dans l'entrejeu, surtout quand on n'a pas été formé pour cette fonction. Recevoir des ballons dos au but, c'est nouveau pour moi. Mais, quand Robert Waseige m'a proposé de quitter la ligne médiane pour l'attaque, dès son retour au Sporting, j'ai directement marché dans son plan. Parce qu'un rôle tout devant est toujours susceptible de vous apporter des sensations inégalables : celles du buteur. Marquer un but et enflammer le stade, il n'y a finalement rien de plus beau quand on est joueur de foot. Je demande seulement qu'on me laisse du temps. Cette fonction d'attaquant, je ne la découvre que depuis quelques semaines. Je trouve progressivement mes marques. J'avais joué presque partout dans l'entrejeu : à gauche (parce qu'il y avait alors un très bon Dimitri de Condé à droite et que sa place de titulaire ne pouvait pas être remise en question), dans l'axe et à droite. Même si je suis un pur droitier à l'origine, ça ne m'a jamais dérangé d'évoluer sur le flanc gauche. Je parvenais aussi à déborder puis à donner de bons centres du pied gauche. Il était très mauvais quand j'ai commencé à jouer mais, d'année en année, je passais la trêve hivernale à le travailler. Je ne pensais qu'à cela pendant que mes coéquipiers soufflaient fin décembre, début janvier. Des centres, des tirs, des coups francs : tout du gauche. 4-4-2. C'est le système le plus simple et aussi le plus facile à appliquer. Et il convient à notre équipe. Nous avons toujours joué en 4-5-1 lors des premiers matches de la saison avec Dante Brogno. Par moments, ça ne marchait pas mal, mais il y avait un problème récurrent : en n'ayant qu'une seule possibilité devant, nous étions parfois perdus. Vous ne voyez qu'un attaquant devant vous, et s'il est bien tenu, à qui devez-vous donner le ballon ? Pour contourner la difficulté, nous jouions beaucoup latéralement ou, pire, vers l'arrière. Cela ne rapportait rien. Aujourd'hui, les médians savent qu'ils ont à tout moment deux possibilités en attaque, avec Adekanmi Olufade et moi, et c'est rassurant pour eux. Charleroi-Geel. Ce sont deux défaites marquantes à domicile, mais les conséquences de notre élimination en Coupe de Belgique sont moins graves que les suites d'un non-match comme contre le Germinal Beerschot. Au point où nous en sommes, la Coupe ne pouvait plus être une priorité. Il faut d'abord se sauver, le reste ne compte pas tellement. Nous avons su nous relever à Lokeren, huit jours après la claque contre Geel. Je pensais que nous étions enfin lancés. Imaginez : le Sporting qui commençait à gagner à l'extérieur (il grimace)... Mais, face au GB, ce fut de nouveau le gros crash. Nous avons voulu faire le jeu et nous avons été piégés. Comme Lokeren l'avait été par Charleroi une semaine plus tôt. J'ai de l'explosivité et je tiens à la garder. Tout en faisant beaucoup d'efforts pour m'améliorer dans le jeu aérien. C'est mon plus gros point faible. A cause de ma petite taille, évidemment : 1m75, ce n'est pas grand pour un footballeur. Je sais que je ne grandirai plus... donc je dois travailler mon élévation du sol et mon timing. J'essaye de gêner les défenseurs, mais ce n'est pas évident. Mon exemple sur le plan du jeu en hauteur, c'est Wesley Sonck : il n'est pas grand non plus, mais qu'est-ce qu'il peut prendre comme ballons de la tête ! Quand je le vois à l'£uvre, je me dis que ce n'est pas le travail qui manque. Impossible de répondre. Désolé. Bon, Dufer alors. Je ne peux pas me jeter, quand même... Brogno marquait plus facilement, mais j'ai une vitesse de réaction plus intéressante. Charleroi. Le Sporting restera à jamais le club qui m'a formé et lancé en D1 mais, plus important encore, ma famille et mes amis sont ici. J'ai été sur le point de signer à Lorient, il y a quelques mois. Il restait deux obstacles à lever : le prix que Charleroi réclamait pour mon transfert et ma conviction que c'était peut-être une terrible erreur de partir aussi jeune, de me retrouver seul dans un environnement dont je ne connaissais rien. Un autre élément a aussi joué : autant j'étais sûr que j'aurais pu garder ma place en Espoirs tout en jouant en D2 française, autant j'étais persuadé qu'un départ là-bas m'aurait fermé les portes de l'équipe nationale A. Or, les Diables, j'y pensais déjà à ce moment-là. J'y pense encore beaucoup plus concrètement aujourd'hui, d'ailleurs. Oh p... Une première convocation chez les Diables passera par le maintien de Charleroi ! C'est tout ce que je peux répondre. Si je dois absolument choisir, je prends Jean-François de Sart parce qu'il est, officiellement, le coach principal des Espoirs et a donc le dernier mot dès qu'il faut prendre une décision importante. Uniquement pour cela. Parce que, pour le reste, je ne vois que des points communs entre ces deux hommes : le même amour du foot, la même envie d'installer une ambiance positive dans le groupe. Ils nous donnent vraiment beaucoup de bonheur chaque fois que nous nous retrouvons. Euh... Raymond Mommens parce que c'est lui qui m'a fait découvrir la D1. Il a été le premier à croire en moi. Mais l'arrivée de Robert Waseige a aussi été capitale pour moi. Parce qu'il m'a reconverti comme attaquant, mais surtout parce qu'il m'a fait sortir du trou dans lequel je m'étais retrouvé au début de cette saison. Je n'avais plus le moral et je ne trouvais plus mon football. Il y a aussi eu le clash avec Dante Brogno, le soir où nous sommes allés à Beveren. Il m'a reproché de ne pas avoir défendu sur une phase précise. Comme nous avions encore un autre problème relationnel sur lequel je ne veux pas m'épancher, le ton est monté. Au moment où Waseige a débarqué, ça allait très mal pour moi. Sport/Foot Magazine. J'aime bien avoir une vision d'ensemble du football belge et européen. Je lis beaucoup mais je ne me préoccupe pas trop de ce qu'on dit de moi. Je suis assez grand pour savoir si j'ai été bon ou mauvais. Je trouve d'ailleurs que la presse belge, en général, n'est pas trop méchante. J'ai déjà vu des journaux et des magazines étrangers : c'est encore autre chose. Il y a toutefois une constante, ici et ailleurs : tous les journalistes aiment bien mettre leur grain de sel... Les relations entre le Sporting et LaNouvelle Gazette sont bonnes un jour, mauvaises le lendemain. Ce phénomène n'a rien de nouveau. Moi, je m'adapte à ce que nous demande le club. Si on nous dit de ne plus adresser la parole aux reporters de tel ou tel journal, j'obéis. Je suis employé par le Sporting, point à la ligne. Angleterre. Parce que le foot y est vécu de façon plus enthousiaste que dans n'importe quel autre pays d'Europe. J'ai passé des tests à Sunderland et à Middlesbrough. J'ignore si ces clubs ont vraiment eu l'intention de me transférer : il n'y a même pas eu de négociations à partir du moment où le Sporting a fait savoir que je ne partirais pas pour moins de 5 millions d'euros. Pour un jeune, c'était quand même beaucoup d'argent... En tout cas, je m'imaginais bien dans le championnat anglais. Il n'y a pas que des armoires à glace là-bas. Les clubs demandent aussi de la vitesse sur les flancs et cela aurait pu me convenir. L'échec de ces transferts reste un regret. Enzo Scifo parce que je n'ai jamais eu de problème avec lui. J'ai eu plusieurs fois des altercations avec Brogno, mais elles se sont heureusement toujours apaisées. Ils se sont tous les deux intéressés à moi. Broos était à Mouscron, Remy à Gand. Je choisis Broos parce qu'il a été beaucoup plus concret dans son approche. Je me suis carrément déplacé à Mouscron et nous avons parlé chiffres. J'ai toujours apprécié l'homme et l'entraîneur. Encore aujourd'hui à Anderlecht, il montre qu'il a du caractère à revendre. Il laisse Pär Zetterberg sur le banc alors que Roger Vanden Stock a fait revenir ce joueur. Et en plus, ça marche sur le terrain sans Zetterberg. Broos prouve qu'il sait ce qu'il veut et que ses décisions sont bonnes. On lui reproche de ne pas être un champion de la communication ? Moi, j'estime qu'il vaut mieux laisser parler l'équipe sur le terrain, non ? Mendoza. Je le trouve plus complet que Roussel. Il est vif, il dribble facilement, il a le sens du but et il est fort imprévisible. Quand il reçoit le ballon, on ne sait jamais dire ce qu'il va en faire, de quel côté il va partir. Il est capable de tout, des mouvements les plus déroutants qui déstabilisent toute la défense adverse. Roussel, lui, est simplement un buteur qui frappe dans la surface de vérité. Abbas Bayat. Parce que je l'ai régulièrement côtoyé depuis qu'il est au Sporting. Chaque fois que j'ai négocié ou signé un nouveau contrat, c'est en face de lui que je me retrouvais. Je n'ai pas eu l'occasion de bien connaître Jean-Paul Spaute, de lui parler longuement. Il assistait très régulièrement aux matches de jeunes, mais nous n'avions pas de contacts concrets. Sans doute parce que je ne sortais pas du lot. Dans les équipes d'âge, j'étais un joueur comme un autre. Je n'ai jamais été la star du noyau. De tous ceux que j'ai fréquentés pendant ma formation, nous ne sommes que deux à nous être imposés en D1 : Jonathan Bourdon et moi. Pourquoi y sommes-nous parvenus alors que les autres sont restés sur le carreau ? Je vois deux raisons : nous avons eu la chance de nous retrouver aux bons endroits, aux bons moments, mais surtout, nous avons sans doute été plus pros que les autres dans l'approche de notre passion. On ne peut pas compter que sur le hasard pour passer au palier supérieur : si on ne donne pas tout ce qu'on a dans le ventre, on a peu de chances d'y arriver. Cette réalité, je l'ai toujours bien comprise. Thy-le-Château. Je ne renie pas Marcinelle, j'ai plein de bons souvenirs là-bas. Mais j'ai grandi dans un quartier modeste où la vie de gamin n'était pas évidente tous les jours. Je ne dis pas que ça valait les pires coins de New York, mais c'était quand même grave par moments. Quand je me suis imposé en équipe Première du Sporting et qu'on a commencé à parler régulièrement de moi dans les journaux, j'ai compris qu'il valait mieux partir s'installer ailleurs. J'ai vu des gens de plus en plus jaloux, on accostait mes parents, on les menaçait même. Que ce soit pour eux ou pour moi, ce n'était plus tenable. Dès que j'ai commencé à bien gagner ma vie, je leur ai offert notre maison actuelle à Thy-le-Château, à l'extérieur de Charleroi. Là-bas, au moins, on ne nous ennuie pas. On ne nous envie pas non plus. Les gens se moquent pas mal d'avoir un footballeur du Sporting dans leur quartier. C'est beaucoup mieux comme ça. Pierre Danvoye" J'ai eu plusieurs ALTERCATIONS avec BROGNO. Avec SCIFO JAMAIS "