Les ronds de jambe, les crochets, les préliminaires, ce n'est pas trop son truc. Nordin Jbari (28 ans) préfère foncer droit au but. Se positionner et frapper. D'un coup sec. Cette rubrique lui va donc comme un gant. A l'attaque !

Coupe du Monde 2006 ou transfert dans un grand championnat européen ?

Nordin Jbari : Coupe du Monde, sans hésiter. Je mentirais si je disais que je n'ai plus les Diables Rouges dans un petit coin de ma tête. Mais je ne peux pas trop rêver non plus : la dernière de mes deux sélections remonte à 1997, et il y a aujourd'hui une concurrence incroyable pour jouer devant. Wesley Sonck a suffisamment démontré qu'il méritait d'être titulaire. Emile Mpenza aussi. Ce sont déjà deux fameux morceaux. La réussite actuelle d'Emile me fait plaisir parce que je compare un peu mon cas au sien. Tous les deux, nous prouvons actuellement que ce n'est pas parce qu'on n'était pas systématiquement titulaire à l'étranger qu'on est devenu mauvais. Beaucoup de gens ne comprennent pas à quel point il est difficile de s'imposer dans un grand championnat. Emile a souffert à l'étranger... comme tous les autres Belges qui s'y sont essayés. Un bon joueur belge qui joue en Belgique retrouve sa place dans l'équipe dès qu'il revient d'une blessure. Dans les autres pays, mon £il ! Les noyaux sont beaucoup plus étoffés. Je n'étais pas titulaire à Troyes mais j'aime autant vous dire que, pour jouer en France, il faut être beaucoup plus fort que les Français.

J'avais deux grands objectifs en revenant au Cercle : montrer aux dirigeants qu'il avaient eu raison de me faire confiance, et être constant sur une longue période û ce qui ne m'est plus arrivé depuis longtemps. C'est bien parti mais je ne me prends pas la tête. Cette équipe connaîtra tôt ou tard un passage à vide, et personne ne peut dire combien de temps ça durera. En attendant, tout ce qui est pris au premier tour ne sera plus à prendre au deuxième. Nous sommes actuellement comme le basketteur qui a la mainchaude : il continue à tirer, tirer, tirer, pendant que ça rentre. Tant mieux si notre bon parcours se prolonge et me permet de redevenir un candidat à l'équipe nationale. Mais c'est prématuré d'en parler.

Belgique ou France ?

La Belgique parce que j'y suis né et parce que la qualité de vie est meilleure ici qu'en France. Pour le foot, il ne faut pas se voiler la face : la France a un des meilleurs championnats du monde. Et l'art de protéger les siens. Le chauvinisme, là-bas, c'est quelque chose. Pour qu'un grand sportif français se fasse descendre dans la presse, il doit vraiment faire une connerie énorme. Ici, on a directement décidé d'égratigner des grands noms comme Enzo Scifo et Michel Preud'homme quand ils sont devenus entraîneurs. Ce manque de chauvinisme ne pénalise pas que les sportifs. Chez nous, quand on parle d'Axelle Red, on dit que c'est pas mal. En France, c'est une vraie star. Il n'est pas normal qu'on la considère mieux là-bas qu'ici.

" Un ours, Lei Clijsters ? Non, un grand comique "

Jerko Tipuric ou Lei Clijsters ?

Clijsters. Deux hommes que j'apprécie énormément. La seule différence, c'est que je connais très bien Clijsters alors que j'apprends seulement à découvrir Tipuric. A Gand, j'avais une relation très forte avec Clijsters. Et nous sommes restés fort liés. Nous nous appelons, en moyenne, deux fois par semaine. Je peux dire que l'image qu'on donne de lui dans la presse ne correspond pas du tout au personnage. Il passe pour un ours, un gars bourru. C'est complètement faux. C'est un grand comique. On n'arrête pas de rigoler ensemble. Mais il se sent obligé d'être différent avec la presse. Il veut protéger sa fille à fond. Il n'est pas le manager de Kim mais son père : ce n'est pas du tout la même chose. Il a parfois des excès, des déclarations malheureuses, mais tout part d'une bonne intention. Il est terriblement paternel.

Nordin Jbari ou Josip Weber ?

(Il se gratte longuement la tempe). Jbari ou Weber ? Jbari ou Weber ?... Je choisis Weber. Je l'ai côtoyé brièvement à Anderlecht. Un grand monsieur que je respecte énormément. En plus, c'était un buteur exceptionnel, un vrai renard des rectangles. Je veux aussi être un renard, mais je suis moins parfait. Je participe plus au jeu. Weber ne cherchait qu'à marquer.

Club Brugeois ou Cercle Bruges ?

Cercle. Parce qu'ici, je m'entends bien avec tout le monde : les joueurs, le staff, la direction, les supporters. Au Club, j'avais de bons rapports avec quelques joueurs et avec tous les supporters. Mais le courant ne passait pas avec Eric Gerets. Ça n'allait pas trop mal avec Antoine Vanhove, mais il ne m'a quand même pas beaucoup aidé au moment de mes problèmes. Sans doute parce qu'il n'avait rien à dire : Gerets décidait de tout. Enfin, bon, je n'ai aucune rancune.

Derby Club-Cercle ou Anderlecht-RWDM ?

Je me sens toujours bruxellois parce que toute ma jeunesse est dans cette ville, mais si je ne dois penser qu'au foot, je prends le derby brugeois. Au moins, j'en ai joué. Alors qu'avec Anderlecht, je n'ai affronté le RWDM qu'en Réserve.

Belgique ou Maroc ?

Oh p... Là non, pas d'accord : il me faut un joker. Impossible de choisir. Je suis né et j'ai grandi en Belgique, mais je ne peux pas oublier mes origines. Je crois avoir fait un bon mix des deux cultures : j'ai gardé l'ouverture d'esprit et la chaleur des Marocains, et j'ai appris la discipline belge.

" Boskamp ? Rien à dire. Ça veut tout dire... "

Stade Constant Vanden Stock ou Stade Jan Breydel ?

Le stade de Bruges, sans l'ombre d'une hésitation. Au moins, on m'y a laissé jouer... A Anderlecht, on m'a privé de la pelouse principale. J'en crevais d'envie, pourtant. C'était un vrai rêve. Quand, en tant que Bruxellois, vous avez été formé par le Sporting, vous n'avez qu'une ambition en tête : porter le maillot de l'équipe Première à domicile. Johan Boskamp m'a fait découvrir la D1... sur le terrain du Cercle. Il m'a aussi mis une fois sur le banc à Anderlecht, lors d'un choc contre le Standard. Je me suis à nouveau retrouvé réserviste pour un match à l'Antwerp. Et j'ai joué une rencontre amicale contre le Real Madrid, à Alicante. C'est tout. Mon expérience en équipe A d'Anderlecht s'est limitée à cela. Je n'arrêtais pas de marquer en Réserve, mais ça ne suffisait pas. Ne pas avoir joué au Parc Astrid avec le maillot mauve et blanc restera éternellement un manque.

Johan Boskamp ou Eric Gerets ?

Eric Gerets. Parce que c'est un très bon entraîneur, lui... Notre relation, c'était un peu je t'aime moi non plus. Je l'appréciais, il m'appréciait, mais on se rentrait souvent dedans. Parce que nous avons tous les deux un sacré caractère. Je n'ai pas été malin parce que, finalement, Gerets était l'entraîneur alors que je n'étais qu'un joueur. Mais il y avait certaines choses que je n'acceptais pas. L'équipe n'avait pas bien marché en période de préparation et Gerets s'en prenait souvent à moi alors qu'il ne disait rien à un type comme Robert Spehar. Je trouvais ça injuste et j'ai réagi violemment. Et comme il n'était pas du genre à laisser passer les coups de gueule de ses joueurs, ça a fait des étincelles. Mais, le plus important aujourd'hui, c'est qu'on ait fait la paix.

Boskamp ? Rien à dire. Ça veut tout dire... Il ne savait pas me voir. Nous ne nous sommes jamais disputés. Impossible, d'ailleurs, puisque nous ne nous sommes jamais parlé. La seule petite faveur qu'il m'ait faite fut de me laisser participer à quelques entraînements avec le noyau A. Mais mes 40 buts en Réserve ne représentaient apparemment rien pour lui. Quand il a eu besoin d'un attaquant, il a pris Chris De Witte. Un Junior...

Provocation ou discrétion ?

C'est complexe, ça... Ma mère m'a toujours dit : -Il faut qu'on parle de toi, que ce soit en bien ou en mal. J'essaye d'être discret, mais on me voit toujours. Si je provoque, ce n'est pas volontaire. Je fais simplement ce que je pense devoir faire. Si ça plaît, tant mieux. Si ça ne plaît pas, tant pis.

Tatouage ou piercing ?

Tatouage. J'en ai un au niveau de la hanche : le chiffre 18 (parce qu'il m'a toujours porté bonheur et que j'ai toujours joué avec ce numéro-là) et un petit mot que je ne dévoilerai pas, parce que c'est purement personnel.

Salto ou torse nu après un but ?

Salto, évidemment. Je ne sais pas comment cette manie m'est venue, mais j'ai en tout cas été le premier en Belgique à fêter mes buts comme ça. J'ai été pas mal imité depuis lors. Je trouve ça sympa. Un salto, c'est une manifestation de joie spontanée. Je m'abstiens si je marque alors que c'est déjà 3-0 pour l'adversaire. Il faut toujours que le résultat nous soit favorable pour que je me laisse aller.

" Amenez-moi Ben Laden : j'ai quelques questions à lui poser "

Thierry Siquet ou Glen De Boeck ?

Je ne choisis pas parce que je ne veux surtout pas en choquer un des deux. Mais il y a des défenseurs que j'apprécie beaucoup. Tjörven De Brul, Pascal Renier et Bertrand Crasson sont ceux qui m'ont le plus marqué. Des gars qui allaient au duel mais restaient toujours corrects.

Mbo ou Emile ?

Mpenza... Ils sont tellement bons tous les deux. Je prendrais la vista et la technique de Mbo, et la puissance et la vivacité d'Emile.

But ou assist ?

But. Je mentirais si je répondais assist. Un attaquant est toujours un peu égoïste. Je me retrouve complètement dans des propos de David Trezeguet : -Je pense but, matin, midi et soir. Je joue pour marquer, c'est clair. La différence entre un grand attaquant et un attaquant moyen, c'est que le grand est complètement obsédé par le but adverse. Quand on fait le bilan d'un avant en fin de saison, on dit qu'il s'est planté s'il a marqué deux goals et donné une vingtaine d'assists. C'est malheureux mais c'est comme ça. Il faut accepter le système.

Lille ou St-Josse ?

Je vis actuellement à Lille mais je choisis St-Josse sans hésiter. Je suis né là et j'y ai passé les premières années de ma vie, avant de déménager à Jette. Les meilleurs souvenirs de mon enfance sont au Square Ambiorix, à deux pas de l'actuel quartier européen. On jouait au foot sur un petit stade, les poteaux des panneaux de basket nous servaient de buts. Nos matches, c'étaient les Marocains contre les Turcs. Et les Marocains gagnaient toujours, ah ah ah...

Champagne ou ouzo ?

Troyes ou Salonique, si je comprends bien ? Pour la boisson, je prends le champagne. Pour le foot, je prends Salonique. Je n'y ai passé que quelques mois mais ce fut une expérience fantastique. Le foot, la vie, la chaleur des gens, le climat : tout était extraordinaire. J'avais été bien accueilli à Troyes aussi, mais ma vie, c'est le foot. Je ne peux donc pas être tout à fait positif à propos d'une ville où j'ai peu joué.

Oussama Ben Laden ou le Pape ?

Ah ah, je vois où vous voulez en venir. J'ai déclaré un jour que j'aimerais rencontrer Ben Laden. Evidemment, je condamne tout ce qu'il a fait. Et je ne suis sûrement pas fasciné par le personnage. Mais, si je l'avais en face de moi, il y a quelques questions que j'aimerais lui poser. Pourquoi un milliardaire comme lui est-il allé se foutre dans une merde pareille (sic) ? Même après ses attentats contre deux ambassades américaines en Afrique, il a continué à être protégé à fond par les Etats-Unis. Alors, pourquoi a-t-il envoyé des avions sur le World Trade Center ? Autre question que je me pose : pourquoi les Américains ne l'ont-ils pas arrêté après ses premiers attentats ? Pourquoi ont-ils attendu le drame de New York avant de se lancer à sa recherche ?

Ange ou démon ?

Ange. Parce que je veux croire en un avenir meilleur. Il faut avoir les yeux en face des trous : des pauvres, il y en a en Belgique, en France, en Grèce, partout. Et il y en aura toujours. Je ne suis pas politicien, mais je suis certain qu'il est possible d'améliorer la situation. Il est sûrement possible de mettre de nouveaux modèles économiques en route, mais le problème, c'est que les riches ne veulent pas les mettre en route. Parce que ceux qui ont beaucoup en veulent toujours plus. Pourquoi les pays riches n'aident-ils pas efficacement les pays sous-développés ? Parce que ça fait du bien de conserver des petits en dessous de soi. Ça serait plus efficace de construire des hôpitaux et des usines que de donner des dizaines de millions de dollars aux dictateurs. Mais on préfère aider les tyrans. Ce raisonnement-là m'échappe. Si je te donne 50 euros, tu reviendras me voir dans deux semaines parce que tu les auras dépensés et tu me redemanderas la même chose. Par contre, si je t'apprends comment gagner 50 euros, tu progresseras dans la vie. C'est peut-être idéaliste, mais il faut croire à un avenir plus rose, non ?

" Le Cercle est comme le basketteur qui a la main chaude : il faut continuer à tirer pendant que ça rentre "

" Avec Gerets, c'était je t'aime moi non plus "

Les ronds de jambe, les crochets, les préliminaires, ce n'est pas trop son truc. Nordin Jbari (28 ans) préfère foncer droit au but. Se positionner et frapper. D'un coup sec. Cette rubrique lui va donc comme un gant. A l'attaque ! Nordin Jbari : Coupe du Monde, sans hésiter. Je mentirais si je disais que je n'ai plus les Diables Rouges dans un petit coin de ma tête. Mais je ne peux pas trop rêver non plus : la dernière de mes deux sélections remonte à 1997, et il y a aujourd'hui une concurrence incroyable pour jouer devant. Wesley Sonck a suffisamment démontré qu'il méritait d'être titulaire. Emile Mpenza aussi. Ce sont déjà deux fameux morceaux. La réussite actuelle d'Emile me fait plaisir parce que je compare un peu mon cas au sien. Tous les deux, nous prouvons actuellement que ce n'est pas parce qu'on n'était pas systématiquement titulaire à l'étranger qu'on est devenu mauvais. Beaucoup de gens ne comprennent pas à quel point il est difficile de s'imposer dans un grand championnat. Emile a souffert à l'étranger... comme tous les autres Belges qui s'y sont essayés. Un bon joueur belge qui joue en Belgique retrouve sa place dans l'équipe dès qu'il revient d'une blessure. Dans les autres pays, mon £il ! Les noyaux sont beaucoup plus étoffés. Je n'étais pas titulaire à Troyes mais j'aime autant vous dire que, pour jouer en France, il faut être beaucoup plus fort que les Français. J'avais deux grands objectifs en revenant au Cercle : montrer aux dirigeants qu'il avaient eu raison de me faire confiance, et être constant sur une longue période û ce qui ne m'est plus arrivé depuis longtemps. C'est bien parti mais je ne me prends pas la tête. Cette équipe connaîtra tôt ou tard un passage à vide, et personne ne peut dire combien de temps ça durera. En attendant, tout ce qui est pris au premier tour ne sera plus à prendre au deuxième. Nous sommes actuellement comme le basketteur qui a la mainchaude : il continue à tirer, tirer, tirer, pendant que ça rentre. Tant mieux si notre bon parcours se prolonge et me permet de redevenir un candidat à l'équipe nationale. Mais c'est prématuré d'en parler. La Belgique parce que j'y suis né et parce que la qualité de vie est meilleure ici qu'en France. Pour le foot, il ne faut pas se voiler la face : la France a un des meilleurs championnats du monde. Et l'art de protéger les siens. Le chauvinisme, là-bas, c'est quelque chose. Pour qu'un grand sportif français se fasse descendre dans la presse, il doit vraiment faire une connerie énorme. Ici, on a directement décidé d'égratigner des grands noms comme Enzo Scifo et Michel Preud'homme quand ils sont devenus entraîneurs. Ce manque de chauvinisme ne pénalise pas que les sportifs. Chez nous, quand on parle d'Axelle Red, on dit que c'est pas mal. En France, c'est une vraie star. Il n'est pas normal qu'on la considère mieux là-bas qu'ici. Clijsters. Deux hommes que j'apprécie énormément. La seule différence, c'est que je connais très bien Clijsters alors que j'apprends seulement à découvrir Tipuric. A Gand, j'avais une relation très forte avec Clijsters. Et nous sommes restés fort liés. Nous nous appelons, en moyenne, deux fois par semaine. Je peux dire que l'image qu'on donne de lui dans la presse ne correspond pas du tout au personnage. Il passe pour un ours, un gars bourru. C'est complètement faux. C'est un grand comique. On n'arrête pas de rigoler ensemble. Mais il se sent obligé d'être différent avec la presse. Il veut protéger sa fille à fond. Il n'est pas le manager de Kim mais son père : ce n'est pas du tout la même chose. Il a parfois des excès, des déclarations malheureuses, mais tout part d'une bonne intention. Il est terriblement paternel. (Il se gratte longuement la tempe). Jbari ou Weber ? Jbari ou Weber ?... Je choisis Weber. Je l'ai côtoyé brièvement à Anderlecht. Un grand monsieur que je respecte énormément. En plus, c'était un buteur exceptionnel, un vrai renard des rectangles. Je veux aussi être un renard, mais je suis moins parfait. Je participe plus au jeu. Weber ne cherchait qu'à marquer. Cercle. Parce qu'ici, je m'entends bien avec tout le monde : les joueurs, le staff, la direction, les supporters. Au Club, j'avais de bons rapports avec quelques joueurs et avec tous les supporters. Mais le courant ne passait pas avec Eric Gerets. Ça n'allait pas trop mal avec Antoine Vanhove, mais il ne m'a quand même pas beaucoup aidé au moment de mes problèmes. Sans doute parce qu'il n'avait rien à dire : Gerets décidait de tout. Enfin, bon, je n'ai aucune rancune. Je me sens toujours bruxellois parce que toute ma jeunesse est dans cette ville, mais si je ne dois penser qu'au foot, je prends le derby brugeois. Au moins, j'en ai joué. Alors qu'avec Anderlecht, je n'ai affronté le RWDM qu'en Réserve. Oh p... Là non, pas d'accord : il me faut un joker. Impossible de choisir. Je suis né et j'ai grandi en Belgique, mais je ne peux pas oublier mes origines. Je crois avoir fait un bon mix des deux cultures : j'ai gardé l'ouverture d'esprit et la chaleur des Marocains, et j'ai appris la discipline belge. Le stade de Bruges, sans l'ombre d'une hésitation. Au moins, on m'y a laissé jouer... A Anderlecht, on m'a privé de la pelouse principale. J'en crevais d'envie, pourtant. C'était un vrai rêve. Quand, en tant que Bruxellois, vous avez été formé par le Sporting, vous n'avez qu'une ambition en tête : porter le maillot de l'équipe Première à domicile. Johan Boskamp m'a fait découvrir la D1... sur le terrain du Cercle. Il m'a aussi mis une fois sur le banc à Anderlecht, lors d'un choc contre le Standard. Je me suis à nouveau retrouvé réserviste pour un match à l'Antwerp. Et j'ai joué une rencontre amicale contre le Real Madrid, à Alicante. C'est tout. Mon expérience en équipe A d'Anderlecht s'est limitée à cela. Je n'arrêtais pas de marquer en Réserve, mais ça ne suffisait pas. Ne pas avoir joué au Parc Astrid avec le maillot mauve et blanc restera éternellement un manque. Eric Gerets. Parce que c'est un très bon entraîneur, lui... Notre relation, c'était un peu je t'aime moi non plus. Je l'appréciais, il m'appréciait, mais on se rentrait souvent dedans. Parce que nous avons tous les deux un sacré caractère. Je n'ai pas été malin parce que, finalement, Gerets était l'entraîneur alors que je n'étais qu'un joueur. Mais il y avait certaines choses que je n'acceptais pas. L'équipe n'avait pas bien marché en période de préparation et Gerets s'en prenait souvent à moi alors qu'il ne disait rien à un type comme Robert Spehar. Je trouvais ça injuste et j'ai réagi violemment. Et comme il n'était pas du genre à laisser passer les coups de gueule de ses joueurs, ça a fait des étincelles. Mais, le plus important aujourd'hui, c'est qu'on ait fait la paix. Boskamp ? Rien à dire. Ça veut tout dire... Il ne savait pas me voir. Nous ne nous sommes jamais disputés. Impossible, d'ailleurs, puisque nous ne nous sommes jamais parlé. La seule petite faveur qu'il m'ait faite fut de me laisser participer à quelques entraînements avec le noyau A. Mais mes 40 buts en Réserve ne représentaient apparemment rien pour lui. Quand il a eu besoin d'un attaquant, il a pris Chris De Witte. Un Junior... C'est complexe, ça... Ma mère m'a toujours dit : -Il faut qu'on parle de toi, que ce soit en bien ou en mal. J'essaye d'être discret, mais on me voit toujours. Si je provoque, ce n'est pas volontaire. Je fais simplement ce que je pense devoir faire. Si ça plaît, tant mieux. Si ça ne plaît pas, tant pis. Tatouage. J'en ai un au niveau de la hanche : le chiffre 18 (parce qu'il m'a toujours porté bonheur et que j'ai toujours joué avec ce numéro-là) et un petit mot que je ne dévoilerai pas, parce que c'est purement personnel. Salto, évidemment. Je ne sais pas comment cette manie m'est venue, mais j'ai en tout cas été le premier en Belgique à fêter mes buts comme ça. J'ai été pas mal imité depuis lors. Je trouve ça sympa. Un salto, c'est une manifestation de joie spontanée. Je m'abstiens si je marque alors que c'est déjà 3-0 pour l'adversaire. Il faut toujours que le résultat nous soit favorable pour que je me laisse aller. Je ne choisis pas parce que je ne veux surtout pas en choquer un des deux. Mais il y a des défenseurs que j'apprécie beaucoup. Tjörven De Brul, Pascal Renier et Bertrand Crasson sont ceux qui m'ont le plus marqué. Des gars qui allaient au duel mais restaient toujours corrects. Mpenza... Ils sont tellement bons tous les deux. Je prendrais la vista et la technique de Mbo, et la puissance et la vivacité d'Emile. But. Je mentirais si je répondais assist. Un attaquant est toujours un peu égoïste. Je me retrouve complètement dans des propos de David Trezeguet : -Je pense but, matin, midi et soir. Je joue pour marquer, c'est clair. La différence entre un grand attaquant et un attaquant moyen, c'est que le grand est complètement obsédé par le but adverse. Quand on fait le bilan d'un avant en fin de saison, on dit qu'il s'est planté s'il a marqué deux goals et donné une vingtaine d'assists. C'est malheureux mais c'est comme ça. Il faut accepter le système. Je vis actuellement à Lille mais je choisis St-Josse sans hésiter. Je suis né là et j'y ai passé les premières années de ma vie, avant de déménager à Jette. Les meilleurs souvenirs de mon enfance sont au Square Ambiorix, à deux pas de l'actuel quartier européen. On jouait au foot sur un petit stade, les poteaux des panneaux de basket nous servaient de buts. Nos matches, c'étaient les Marocains contre les Turcs. Et les Marocains gagnaient toujours, ah ah ah... Troyes ou Salonique, si je comprends bien ? Pour la boisson, je prends le champagne. Pour le foot, je prends Salonique. Je n'y ai passé que quelques mois mais ce fut une expérience fantastique. Le foot, la vie, la chaleur des gens, le climat : tout était extraordinaire. J'avais été bien accueilli à Troyes aussi, mais ma vie, c'est le foot. Je ne peux donc pas être tout à fait positif à propos d'une ville où j'ai peu joué. Ah ah, je vois où vous voulez en venir. J'ai déclaré un jour que j'aimerais rencontrer Ben Laden. Evidemment, je condamne tout ce qu'il a fait. Et je ne suis sûrement pas fasciné par le personnage. Mais, si je l'avais en face de moi, il y a quelques questions que j'aimerais lui poser. Pourquoi un milliardaire comme lui est-il allé se foutre dans une merde pareille (sic) ? Même après ses attentats contre deux ambassades américaines en Afrique, il a continué à être protégé à fond par les Etats-Unis. Alors, pourquoi a-t-il envoyé des avions sur le World Trade Center ? Autre question que je me pose : pourquoi les Américains ne l'ont-ils pas arrêté après ses premiers attentats ? Pourquoi ont-ils attendu le drame de New York avant de se lancer à sa recherche ? Ange. Parce que je veux croire en un avenir meilleur. Il faut avoir les yeux en face des trous : des pauvres, il y en a en Belgique, en France, en Grèce, partout. Et il y en aura toujours. Je ne suis pas politicien, mais je suis certain qu'il est possible d'améliorer la situation. Il est sûrement possible de mettre de nouveaux modèles économiques en route, mais le problème, c'est que les riches ne veulent pas les mettre en route. Parce que ceux qui ont beaucoup en veulent toujours plus. Pourquoi les pays riches n'aident-ils pas efficacement les pays sous-développés ? Parce que ça fait du bien de conserver des petits en dessous de soi. Ça serait plus efficace de construire des hôpitaux et des usines que de donner des dizaines de millions de dollars aux dictateurs. Mais on préfère aider les tyrans. Ce raisonnement-là m'échappe. Si je te donne 50 euros, tu reviendras me voir dans deux semaines parce que tu les auras dépensés et tu me redemanderas la même chose. Par contre, si je t'apprends comment gagner 50 euros, tu progresseras dans la vie. C'est peut-être idéaliste, mais il faut croire à un avenir plus rose, non ? " Le Cercle est comme le basketteur qui a la main chaude : il faut continuer à tirer pendant que ça rentre " " Avec Gerets, c'était je t'aime moi non plus "