On dirait un curiste revenu d'un séjour à Marienbad, à Vichy ou à Spa : Robert Waseige (64 ans) a éliminé de son âme les mauvais calculs d'autrui, les peines et les déceptions. Son amour pour le football n'a pas eu besoin d'être régénéré mais cette année sabbatique, par la force des choses, lui a permis de prendre du recul. Robert a emmagasiné du repos, a beaucoup lu, a écouté de la musique classique, s'est consacré à sa famille, a rencontré plus souvent ses amis dont Henri Depireux qui a un restaurant dans le centre de la Cité Ardente où l'ancien coach national aime bien manger un bout avec ses fils. Lors de notre rencontre, William, le plus jeune, l'accompagnait.
...

On dirait un curiste revenu d'un séjour à Marienbad, à Vichy ou à Spa : Robert Waseige (64 ans) a éliminé de son âme les mauvais calculs d'autrui, les peines et les déceptions. Son amour pour le football n'a pas eu besoin d'être régénéré mais cette année sabbatique, par la force des choses, lui a permis de prendre du recul. Robert a emmagasiné du repos, a beaucoup lu, a écouté de la musique classique, s'est consacré à sa famille, a rencontré plus souvent ses amis dont Henri Depireux qui a un restaurant dans le centre de la Cité Ardente où l'ancien coach national aime bien manger un bout avec ses fils. Lors de notre rencontre, William, le plus jeune, l'accompagnait. Robert Waseige a des tas de projets en tête... Robert Waseige : Liège sur le plan familial car j'y ai mes attaches, mon passé, mon histoire mais Bruxelles, c'est l'accès à une autre dimension. La capitale est la porte vers l'Europe et le monde. Bruxelles est une ville plus décontractée que d'autres cités importantes mais a gardé une dimension très humaine avec ses quartiers typiques et éminemment populaires, ce qui est magnifique. On peut trouver mieux mais pire aussi. Je n'ai jamais perçu d'antagonisme entre Liège et Bruxelles. A 24 ans, j'ai quitté le FC Liégeois pour aller jouer au Racing White et travailler dans les assurances à Bruxelles. En tant que Liégeois, on m'aimait bien. Ce fut une des périodes les plus pointues de mon parcours. Nous vivions à Woluwé-Saint-Lambert. Puis, comme c'était plus facile pour ma femme et les enfants, la famille s'est réinstallée à Liège. Je faisais la navette entre Bruxelles et la Cité Ardente. Le matin, je ne ratais jamais le train de...6 h 23 ! A peine 100 km, ce n'est rien mais cela m'a ouvert les yeux, j'ai vu les choses d'un peu plus haut alors que je croyais que le c£ur du football belge battait à Liège. A l'époque où je jouais et travaillais à Bruxelles, j'ai mieux compris la mentalité liégeoise. L'éloignement me fut utile. Bruxelles est aussi synonyme de mon passage à la tête de l'équipe nationale. Ce qui m'intéresse, c'est le jeu et pas un club plutôt qu'un autre. Je ne suis pas atteint par le microbe d'une espèce de chauvinisme. Si je suis pris par une lecture, je la prolonge et regarde la rencontre, un peu plus tard, sur mon magnétoscope. Pour le moment, je laisse mes neurones respirer. J'adore les biographies mais ce sont les vacances. J'ai lu le livre que Jean-Pierre Delmotte a consacré à l'histoire de Seraing-RUL, donc au football dans ce coin où il sera toujours enraciné. Je n'oublie jamais Sport/Foot Magazine, France Football, etc. Depuis ma mise en liberté sans caution au Standard, je me suis libéré l'esprit. J'ai retrouvé plus de légèreté et une forme de sérénité. Les deux. Entraîneur, c'est ma vie, ma passion mais, étant sans contrat, j'adore mon rôle de consultant à Canal +. Cela me permet d'apprécier les qualités de ce football belge injustement snobé, de vivre de près l'intensité d'une rencontre et de partager la fièvre d'un stade. Je ne suis pas journaliste, j'apporte une touche technique, une vision différente, complémentaire. Le consultant est un élément libre ponctuellement qui retrouve, à un moment, sa raison d'exister : le terrain. Le sport peut vivre sans consultants, pas sans journalistes assidus et rigoureux. Deux braves gars. Il y en a un que je connais mieux depuis des années. Il y a une différence sensible sur le plan humain mais je ne dirai pas en faveur de qui. Il n'y a pas d'âge. Je n'ai pas encore intégré ce terme. Je me sens en phase de récupération. Je découvre, je profite de certains côtés de la vie parce que je peux me le permettre. Je suis gâté par le foot, je suis un privilégié. J'ai souffert car être coach durant 33 ans, presque non stop, c'est quasi inhumain. C'est énorme sur le plan de la pression et de l'équilibre psychologique. J'ai payé la facture : quatre pontages, des maux de dos, etc. Mais cela ne m'avait pas empêché d'entamer ma 33e saison au Standard et je ne savais pas qu'elle se terminerait après deux mois et demi. J'ai intégré et j'ai digéré ma dernière aventure au Standard. J'avais choisi ce défi. La décision de me défenestrer y a été prise après quatre matches, officialisée une semaine plus tard, alors que ce club avait tant insisté pour que je vienne. Je ne pouvais même pas préparer 1 % de la nouvelle saison. Or, c'est essentiel mais je suis parti au Japon le c£ur léger car le club était entre les mains de quelques amis. On m'avait dit qu'un tiers du groupe ne contenait que des champignons empoisonnés. Ils étaient restés et on n'a rien fait quand j'étais au Japon. Je ne voulais pas acheter de doublons après coup car j'estimais que l'avenir passait par un dégraissage et les jeunes... C'est le passé, cette fin de collaboration était trop ridicule pour me nuire. Je n'ai rien perdu de mon intérêt pour le football, au contraire. Cela démontre qu'on ne peut pas réfléchir en tranches d'âge. Certains, dans le monde médiatique, le font mais sont, aussi, les premiers à transformer un bébé coach en entraîneur génial. Je ne vise pas du tout Emilio Ferrera ici. Je viens de fêter mes 64 ans et je me sens plus que jamais d'attaque. Canal + m'a accueilli sans la moindre contrainte. J'apprécie. Mais le Qatar, par exemple, me permettrait d'enrichir mon parcours. Mon désir est de vivre désormais une tranche de vie avec un de mes fils, William, qui entamerait ainsi un parcours d'entraîneur adjoint qui pourrait le mener plus loin dans ce métier. S'appeler Waseige a été un handicap quasiment insurmontable pour lui dans le grand village qu'est Liège. William avait des capacités de footballeur valable mais il y avait ce poids du nom de famille. C'est un problème en sport, pas dans d'autres milieux comme la politique ou les affaires. William a été le plus lésé par ma carrière et la voracité du football. Pourquoi ne pourrais-je pas l'aider ? J'ai été cité au Qatar, à Singapour, en Chine, au Maroc, etc. Pour les deux clubs chinois et l'équipe nationale de Singapour, l'épidémie de SRAS a éloigné ces solutions. En ce qui concerne l'équipe nationale du Maroc, on pourrait en reparler pour les qualifications de la prochaine Coupe du Monde. Une proposition belge me ferait revivre une 34e fois le même épisode d'un feuilleton. Je connais le scénario et le timing changerait un peu, le reste pas. Cela ne signifie pas que je snoberais les clubs fiables ou une entité humble. Je n'ai pas de hiérarchie mais tout réside dans l'envie de collaborer avec une ou plusieurs personnes. Mais, c'est vrai, l'étranger m'intéresserait particulièrement afin de vivre un vrai dépaysement et d'élargir mon horizon de vie avec mon fils. Jordan. Il est plus complet. Jordan maîtrise vraiment bien les responsabilités découlant de son statut de star planétaire, Maradona pas. Cela n'enlève rien à l'éblouissant talent de l'Argentin. Jordan est un mec qui sait ce qu'il ne peut pas faire. C'est la même démarche. La fibre nationale importe. Mais je ne peux pas répondre avec neutralité. Mon deuxième fils, Frédéric, lance le beach soccer en Belgique, en tant que responsable sportif, et je trouve cela formidable. Ce n'est pas évident mais il se tire bien d'affaires. C'est important. En France, Eric Cantona se bat en faveur de ce sport. Marc car je n'ai pas eu le bonheur de vivre quelque chose de commun avec Thomas Buffel. Le gars de Feyenoord a l'air d'être un garçon très bien élevé, délicat et très doué footballistiquement. J'ai vécu des tranches de carrière importantes avec Marc Wilmots, que ce soit au Standard ou en équipe nationale. Il en fut l'élément majeur. Ce furent aussi des tranches de vie, ce qui n'est pas souvent le cas avec les footballeurs. Marc, c'est un tout : un joueur qui a fait de l'ombre à certains jaloux mais qui sait, lui, vivre à l'ombre de ceux qui ont mérité la gloire. Si on dressait un jour des statues de grands sportifs belges, il en mériterait une. Marc, c'était le leadership, la force morale et l'intelligence footballistique. Buffel se distingue par la vivacité, la finesse technique, un feeling offensif remarquable. Il aurait bénéficié de mon respect total et j'aurais beaucoup aimé travailler avec lui. Jusqu'à nouvel ordre, je dis Ivica Mornar car son retour, surtout face à St-Trond, a été épatant. Ce soir-là, j'avais désigné Pär Zetterberg comme homme du match pour son apport complet, parfois imperceptible aux yeux des aveugles du football, mais Mornar, de son côté, a été exceptionnel. Le Croate est revenu du Diable Vauvert afin de remplacer Nenad Jestrovic qui était en plein boumavant sa blessure. Il faut le faire. Je connais Rapaic, sa vista, sa frappe sur les balles arrêtées, et son art de la distribution mais, pour le moment, ma préférence va à Mornar. Roger Petit constitue, avant Michel Verschueren, le meilleur gestionnaire du football belge que j'ai connu depuis que je suis dans la famille du football professionnel (de 20 à...64 ans, déjà 44 ans !) avec Constant Vanden Stock et Eddy Wauters qu'on ne veut hélas pas reconnaître. Luciano continue à provoquer une forme d'admiration chez moi par son côté intelligent. Il a perdu des points en me limogeant après deux mois et demi mais, dans la globalité, Luciano D'Onofrio a parfaitement assumé les responsabilités engagées à mon égard. Je regrette juste que ce malin parmi les malins ait été roulé dans la farine par quelqu'un qui était près de lui au Standard. Ni l'un ni l'autre. Je n'aime pas la conception du métier de ces deux rédactions. C'est sans intérêt mais je n'ai pas de rancune, même après ce qui s'est passé au Japon, car quand ils téléphonent, je réponds. J'ai accepté de rencontrer François Colin (ex- Nieuwsblad) même s'il a tenté, sans y parvenir, de me détruire professionnellement durant la Coupe du Monde. Longtemps après avoir appris qu'il avait payé la facture dans son groupe de presse, refuser de lui accorder une explication aurait constitué un manque d'humanité. Il est venu me serrer la main lors des obsèques de Guy Thys. Si cela peut lui faire un peu de bien, tant mieux. Il n'a pas été au bout de ses préméditations. Colin avait promis de révéler les noms des Diables Rouges qui étaient, disait-il, anti-Waseige. Il ne l'a jamais fait parce qu'il ne les avait pas. C'était du sable. Au Laatste Nieuws, j'ai retenu la méchanceté foncière du chef de la rubrique football mais qu'il ne prenne pas cela pour un règlement de compte communautaire car il a son équivalent dans la presse wallonne et liégeoise. Un Liégeois a passé son temps, lors de la Coupe du Monde, à me démolir aux yeux de tous les journalistes qu'il rencontrait dans d'autres groupes que celui de la Belgique. Je n'ai pas besoin d'être au centre de l'attention médiatique mais il y en a qui ne peuvent pas écrire dix lignes sans m'attaquer. C'est éc£urant... Sclessin. J'aime tous les sports mais, pour le football, j'adore les stades où le public est près du terrain. C'est la seule raison car le stade Roi Baudouin est un vrai bijou. Vous rigolez ou quoi ? J'en ai rayé un des deux de ma mémoire. Equipe nationale vu le scénario qu'on a écrit pour moi au Standard. Le temps a passé. J'y suis retourné il y a peu pour Canal + et j'ai apprécié l'accueil, notamment du groupe. A l'exception de l'un ou l'autre, tous les joueurs que j'avais connus là-bas m'ont salué. Rien ne me poussait à quitter l'équipe nationale si ce n'est un ridicule goût du défi dû à l'attachement à un club. Cette plaie mettra du temps à se cicatriser, oui. Brésil-Belgique. De loin. Quand je vois comment on a pu remporter certains titres dans le passé, je préfère de loin Brésil-Belgique. Même avec le résultat qui a clôturé cette rencontre fabuleuse. Ce fut du bonheur pur. On a beaucoup parlé de Marc Wilmots et de son fabuleux but annulé mais la prestation d'un autre joueur me revient évidemment en tête. Je n'oublierai jamais le match que Mbo Mpenza signa ce soir-là : c'était exceptionnel. Pierre Bilic" Preud'homme ou Pfaff ? J'en ai rayé un de ma mémoire ! "