Pascal Renier (31 ans) rejoue des matches complets, avec Mouscron. Lui-même n'y croyait peut-être plus après trois saisons pourries à Troyes. Un enterrement de première classe en D1 française, après un parcours cinq étoiles chez nous: les débuts pros avec Liège, les trophées avec Bruges, une année au Standard, 13 matches avec les Diables Rouges entre 1994 et 1996 et une présence dans le noyau à la Coupe du Monde aux USA.
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Pascal Renier (31 ans) rejoue des matches complets, avec Mouscron. Lui-même n'y croyait peut-être plus après trois saisons pourries à Troyes. Un enterrement de première classe en D1 française, après un parcours cinq étoiles chez nous: les débuts pros avec Liège, les trophées avec Bruges, une année au Standard, 13 matches avec les Diables Rouges entre 1994 et 1996 et une présence dans le noyau à la Coupe du Monde aux USA.Le natif de Waremme ignore de quoi son avenir sera fait. L'été dernier, il a signé pour une seule année à Mouscron. Il existe une option pour une prolongation de trois saisons, mais Renier a fait cinq apparitions à peine dans l'équipe A, depuis son retour au pays. Il sait que la dernière ligne droite du championnat sera déterminante pour son futur."Lors du stage hivernal, Lorenzo Staelens a été clair avec moi: -Tu pourrais peut-être rester chez nous, mais pour cela, il faudra que tu joues au deuxième tour. Il me connaît très bien puisque nous avons longtemps joué ensemble à Bruges, mais il m'a fait remarquer que ma candidature sera indéfendable si je ne prouve pas que j'ai retrouvé mon niveau. Quand j'ai signé ici, le groupe avait déjà deux mois de préparation dans les jambes et je me suis mis dans le rouge pour être opérationnel le plus vite possible. Résultat: je me suis blessé deux fois aux adducteurs et je ne suis monté que deux fois sur le terrain pendant le premier tour. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'être enfin débarrassé de mes pépins physiques: il me reste cinq matches pour convaincre". Joker interdit: Renier a accepté de jouer notre jeu, de trancher face à des choix parfois délicats. Ses réponses illustrent les bonheurs de ses débuts de professionnel et les malheurs qu'il a connus depuis son départ de Bruges, en 1999.Pascal Renier: Smicard titulaire. Pour le moment en tout cas. Tout dépend de l'âge. Je suis comme la majorité des footballeurs professionnels: on veut jouer un maximum en début de carrière, puis on veut se mettre à l'abri en fin de parcours. Actuellement, j'en suis encore au stade où l'aspect sportif prime. Il ne faut pas croire que j'étais parti à Troyes uniquement pour l'argent. L'entraîneur, Alain Perrin, m'avait tenu un discours ambitieux. Le club venait de monter en D1 et voulait s'y installer solidement. A Mouscron non plus, je n'ai pas signé pour l'argent. Notez que je n'avais guère le choix: on m'avait oublié et je n'avais plus rien. J'avais eu des contacts avec La Louvière, un club allemand et une équipe autrichienne, mais ça n'avait pas débouché sur un contrat. Mouscron me paye beaucoup moins bien que Bruges ou Troyes, mais je dois me relancer. Il viendra un jour où le côté financier primera. Mais je ne m'aventurerai quand même pas n'importe où pour simplement bien gagner ma vie. J'ai reçu récemment une offre de Chine, mais ça ne me paraissait pas très clair et j'ai refusé. Zoran Ban, lui, est parti passer un test là-bas: avec la pneumonie atypique qui frappe pour le moment, il faut oser! Des blacks de 2 mètresAxe. J'ai joué back gauche durant mon année au Standard, mais c'est dans l'axe, avec Bruges, que j'ai connu mes plus beaux moments. J'aime toucher un grand nombre de ballons. Dans l'axe, on a aussi une meilleure vue du jeu, on peut corriger ses coéquipiers et prendre des responsabilités. J'aime ça.Jouer en CFA ou rester le samedi à la maison?Jouer en CFA. Ce fut souvent mon lot à Troyes. Je partais du principe qu'un match, même de CFA, apportait plus que n'importe quel entraînement. Pourtant, j'ai connu de fameuses expériences dans ce championnat. Nous avions parfois rendez-vous à 6 heures du matin au stade pour prendre le car et aller jouer 250 km plus loin. Quand nous arrivions à notre stade, tout était encore fermé et nous devions escalader les grillages. Nous rentrions à Troyes à 2 ou 3 heures, la nuit suivante. Tout cela pour affronter des bouchers, sous la direction d'arbitres complètement dépassés par les événements. Il y a quelques bonnes équipes en CFA, mais aussi beaucoup de clubs amateurs. C'est un championnat purement régional. Nous devions souvent jouer en région parisienne et j'affrontais plein de blacks de 2 mètres! Tout se jouait à l'engagement. J'ai aussi découvert l'islam à l'occasion de nos déplacements. Il y avait beaucoup de Musulmans dans notre noyau. Ils priaient dans le bus. Ils ont essayé de me convertir: ça n'a pas marché! Mais beaucoup de jeunes du club ont franchi le pas. Ils se mettaient subitement à prier cinq fois par jour et il y a eu pas mal de plaintes des parents.Staelens joueur ou Staelens entraîneur?Joueur. Je suis le seul à avoir connu les deux. C'est avec le joueur que j'ai traversé les meilleurs moments. A Bruges, il y avait une grande complicité entre nous et nous nous sommes battus pendant des années pour les mêmes causes: les titres, les Coupes de Belgique, les matches européens, la Coupe du Monde 94. Il en reste forcément quelque chose. Aujourd'hui, il y a une barrière entre nous. C'est normal et je tiens à ce qu'elle reste en place. Je le tutoie en privé mais je le vouvoie devant le groupe. On ne peut avoir que du respect pour un homme pareil. Sa sobriété dans le vestiaire est impressionnante. Il ne parle jamais pour ne rien dire. Mais quand il dit quelque chose, c'est souvent percutant. Il m'a une fois vu péter un plomb et cela l'a marqué. Nous jouions ensemble au golf, je me suis énervé et j'ai cassé mon club contre le sol. Il m'en parle encore parfois: il n'était pas habitué à me voir dans un état pareil.Ecole des jeunes de Seraing ou Futurosport?Seraing. Dès que j'ai signé à Mouscron, Staelens m'a conseillé d'aller visiter le Futurosport. Je suis tombé sur le cul! C'est phénoménal. Mais je dois tout à Seraing et à Francis Nicolay. J'avais débuté comme attaquant. Je n'osais pas mettre le pied et je ne prenais jamais un ballon de la tête. A l'entraînement, Nicolay me collait systématiquement un stoppeur très costaud qui rentrait dans le lard. Il voulait m'endurcir. Cela a marché. Un jour, Nicolay m'a fait reculer au back gauche. L'expérience a été concluante et je ne suis plus jamais retourné devant.Van Himst et ses messages en douceurWaseige. Il m'a incorporé dans le noyau de Liège. Nous étions six stagiaires, il y avait notamment Foguenne, Remacle et Claessens dans la bande. Comme le vestiaire des pros n'était pas assez grand, Waseige nous avait aménagénotre propre local. L'année suivante, nous pouvions enfin nous changer avec les pros. Waseige a toujours été très dur avec moi. J'ai pris pas mal de piques. Durant la semaine qui a précédé ma première titularisation en D1, il a été invivable avec moi. J'estimais que j'étais très bon aux entraînements, mais il me faisait sans arrêt des remarques: -Plus fort, -Au sol, -Plus vite. Je n'en pouvais plus. J'ai confié aux anciens (de Sart, Ernest, Boffin) que j'allais lui sauter dessus! Ils m'ont rassuré et j'ai compris plus tard que Waseige voulait que je sois à 200% pour mon premier match. Van Himst m'a aussi laissé un souvenir indélébile. Il savait faire passer son message. En douceur. Il savait qu'il ne devait rien dire à des personnalités comme Preud'homme, Albert, Degryse ou Grün, que ces gars-là seraient de toute façon au top le jour du match. Il n'a jamais joué au gendarme avec eux. J'étais le plus jeune du noyau des Diables et Van Himst se comportait comme un père avec moi. Mon seul regret d'international est de ne pas avoir pu jouer ne fût-ce qu'une minute aux Etats-Unis. Mais Van Himst avait raison de me laisser sur le banc. Je venais de faire ma première saison comme titulaire à Bruges, j'avais tout joué et j'étais complètement cuit. Van Himst le savait.Le noyau C de Bruges ou le noyau B de Troyes?Le C à Bruges parce que, quitte à être malheureux, autant l'être pas trop loin de chez soi! J'y ai passé quelques semaines. Je rentrais de ma location d'une saison au Standard et il me restait un an de contrat. Les dirigeants de Bruges ne comptaient plus sur moi et voulaient que je trouve vite une équipe pour gagner encore un peu d'argent sur mon transfert. Je savais que, si Troyes ou un autre club ne s'était pas manifesté, cette situation n'aurait pas duré. Bruges aurait dû me réintégrer dans le groupe des pros. J'avais contacté Maître Misson et il leur avait fait comprendre qu'ils n'avaient pas intérêt à pousser la plaisanterie trop loin. Heureusement pour la direction de Bruges qu'il n'existait pas, chez nous, un vrai syndicat de joueurs comme en France. Les clubs français ne jouent pas à ce petit jeu-là parce qu'ils savent ce qu'ils risquent.La ville de Liège ou la ville de Bruges?Bruges. J'ai besoin des deux environnements, mais c'est à Bruges que je me plais le mieux. C'est plus reposant et, ici, la criminalité n'est pas encore entrée dans les moeurs. En arrivant, en 1992, j'ai vécu deux mois à l'hôtel. J'ai directement demandé s'il y avait un parking gardé. La patronne m'a dit que je pouvais laisser ma voiture sans problème dans la rue, qu'il ne lui arriverait rien. Quand je m'éveillais, le matin, je fonçais à la fenêtre avec la hantise de voir ma voiture sans ses jantes, sur quatre blocs de béton! Mais il n'y a jamais eu de problème. Je suis marié à une Brugeoise, je suis revenu ici dès que j'ai signé à Mouscron et il est fort probable que j'y resterai après ma carrière.Vivaldi ou The Cure?The Cure. J'écoute des musiques de styles très différents. Je peux passer sans transition du classique au black metal. C'est le reflet de ma personnalité: je ne reste pas longtemps branché sur une même chose et je suis très curieux. Pierre Danvoye"J'aurais sauté sur Waseige"