Suspendu, Frank Defays n'a pas participé au match Charleroi-Lierse, samedi dernier. Avec Croatie-Belgique à l'horizon, cela fera donc deux week-ends d'affilée sans football pour le capitaine des Zèbres. Le temps était propice à la réflexion. Le défenseur d'origine namuroise s'est prêté au jeu du "joker interdit". Avec le bon sens qui est le sien, on ne pouvait obtenir que des réponses intéressantes. Mais aussi, pleines de nuances.
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Suspendu, Frank Defays n'a pas participé au match Charleroi-Lierse, samedi dernier. Avec Croatie-Belgique à l'horizon, cela fera donc deux week-ends d'affilée sans football pour le capitaine des Zèbres. Le temps était propice à la réflexion. Le défenseur d'origine namuroise s'est prêté au jeu du "joker interdit". Avec le bon sens qui est le sien, on ne pouvait obtenir que des réponses intéressantes. Mais aussi, pleines de nuances. "Je n'aime pas les avis trop tranchés", précise-t-il. "Rien n'est jamais tout à fait noir ou tout à fait blanc. Et chaque être humain possède des côtés attachants qui méritent d'être soulignés". Mais voilà: il faut choisir.FrankDefays: Aïe! On commence fort...Bon, alors disons qu'avec Dante Brogno, nous avons récolté plus de points. Et, dans notre situation actuelle, c'est ce qui compte. Avec Etienne Delangre, nous étions engagés dans une spirale négative. Et, plus le temps passait, plus il est difficile d'en sortir. Il n'y avait pas de collectif, à cette époque. Beaucoup de joueurs jouaient leur carte personnelle. Mais on peut difficilement comparer les deux entraîneurs car ils n'ont pas travaillé avec le même noyau. Arrière droit ou arrière central?Arrière droit. Depuis que j'évolue à ce poste, le Sporting prend des points. Je commence à me sentir à l'aise avec Mustapha Sama à ma gauche et Grégory Dufer devant moi. Mais l'adaptation n'a pas été facile. Une place dans l'axe offre plus de solutions au niveau de la relance. Comme arrière droit, on n'a que deux possibilités: vers l'avant ou vers l'intérieur.Ibrahim Kargbo défenseur ou milieu de terrain?Défenseur. Il lui est arrivé de jouer comme milieu de terrain, mais il se sent manifestement plus à l'aise comme défenseur. Il a un sens de l'anticipation hors du commun. Avec Mustapha Sama, il forme une bonne paire d'arrières centraux.Défense à quatre ou défense à cinq?Défense à quatre. Lorsqu'elle est bien en place, en zone, on court beaucoup moins. C'est un dispositif qui exige de la complémentarité et de la solidarité. Autant de qualités qui étaient visibles ces dernières semaines: lorsqu'un joueur commettait une erreur, un partenaire s'efforçait toujours de la réparer. La seule fois où nous avons évolué avec une défense à cinq, nous avons été battus 1-6; par le GBA.La mentalité ou le talent?La mentalité. Si une équipe comme St-Trond a longtemps été candidate à une place européenne, elle le doit essentiellement à sa mentalité. Couplée, certes, au talent de Danny Boffin. Pour Bruges, c'est pareil. L'équipe flandrienne possède de très bons joueurs, mais c'est la mentalité qui fait la différence. Pour le Sporting, c'est aussi l'état d'esprit affiché ces dernières semaines qui nous a permis de prendre des points. A contrario, une équipe comme Mouscron prend très peu de points parce que, justement, la mentalité n'est plus ce qu'elle était. Le problème des Hurlus se situe à ce niveau, car l'effectif regorge de talent.La sérénité brugeoiseBruges. Même lorsque nous menions 0-2, j'ai senti beaucoup de sérénité dans cette équipe. Les joueurs flandriens étaient persuadés qu'ils reviendraient à la marque. Ils n'y sont pas parvenus, mais dans leur chef, je pense qu'il s'agissait d'un accident de parcours. A Anderlecht, bien que nous ayons perdu, nous n'avons jamais été mis en difficulté. Nous avons même, par moments, pu développer un football chatoyant sur la pelouse du Parc Astrid, mais un but mauve est malencontreusement tombé à la 45e minute. A Bruges, j'ai vraiment senti une équipe en face de nous. A Anderlecht, c'étaient des individualités.Timmy Simons ou Wesley Sonck?Timmy Simons. Je me reconnais un peu en lui, toutes proportions gardées. Lui aussi a joué en D3: à Diest, avant un passage par Lommel. Au niveau de la mentalité et de la régularité, c'est un modèle. Il va rechercher des ballons aux quatre coins du terrain avec une envie énorme. Je ne l'ai jamais vu jouer un mauvais match. Mais je m'en voudrais de considérer Wesley Sonck uniquement comme l'homme des coups d'éclat. Lorsqu'on tourne autour des 30 buts deux années d'affilée, on est régulier aussi.Eduardo ou Dagano? Eduardo. Je m'entraîne tous les jours avec lui. Pour un défenseur, il est préférable de l'avoir avec soi que contre soi. Il parcourt énormément de kilomètres. Son adaptation fut difficile. Je me souviens d'une époque où l'on disait de lui qu'il était le seul Brésilien qui ne savait pas dribbler. Mais aujourd'hui, il figure avec Aruna Dindane et Wesley Sonck parmi les trois meilleurs attaquants du championnat. Il aurait sa place à Genk, cela me paraît évident. Mais aussi à Anderlecht. Je lui souhaite de signer demain dans le club de ses rêves. Boeka Lisasi ou Sergio Rojas?Sergio Rojas est, après Jan Koller, le meilleur pivot qui soit passé par la Belgique. Il était aussi capable de décider, à tout moment, de la physionomie d'un match grâce à une action individuelle. Je me souviens d'un but phénoménal qu'il avait inscrit à Molenbeek et qui nous avait valu la victoire alors que l'équipe ne trouvait pas de solution. Boeka Lisasi est un joueur différent. On prétend qu'il inscrit 10 ou 15 buts partout où il passe. Pour l'instant, il est dans la moyenne. Contre Mons, il était passé inaperçu pendant 88 minutes, mais il avait inscrit un but et délivré un assist. Donc, il avait été très bon.Laurent Macquet ou Eric Joly?Laurent Macquet..., c'est mon équipier. Eric Joly et lui ont en commun le fait d'être venus en Belgique en provenance d'un club français très modeste. Eric est super important sur l'échiquier de Mons. Il a un énorme volume de jeu, mais sans trop courir. Laurent court énormément. C'est un petit gabarit, très accrocheur. Il a aussi ce toucher de balle propre aux footballeurs d'outre-Quiévrain. Nos recruteurs ont vraiment bien travaillé durant l'hiver, car lorsque je vois Bertrand Laquait à l'oeuvre, je me demande comment il avait pu se retrouver sans emploi.Les capacités pour la D1D1, cela va de soi. Le Sporting va se sauverparce que nous avons démontré que nous avions les capacités d'évoluer en D1. Durant le premier tour, les commentaires négatifs fusaient. Que ce soit sur la qualité du noyau ou sur les erreurs individuelles inadmissibles qui étaient commises. Cela m'a marqué, parce que les joueurs qui étaient visés par les critiques avaient fait leurs preuves dans un passé récent. Un bon joueur ne peut pas, du jour au lendemain, devenir mauvais. C'était trop facile d'expliquer les défaites uniquement par les erreurs individuelles. Il y avait d'autres problèmes. Lorsqu'un joueur perd le ballon au milieu du terrain, cela ne doit pas nécessairement coûter un but. Or, chez nous, c'était le cas. C'était donc un problème de groupe et d'état d'esprit. Ce problème semble aujourd'hui résolu.Foot amateur ou foot prof?Foot pro aussi longtemps qu'on le peut. Mais sans s'entêter. Je suis pour un plan de carrière qui me mènerait à 35 ans. Un footballeur professionnel exerce le plus beau métier du monde. Certes, les sacrifices sont nombreux. Partir en vacances en juillet ou en août, on ne sait pas ce que c'est. On vit aussi dans un milieu délicat. Il faut faire attention à ce que l'on dit. Ne pas se lier à n'importe qui. A un manager qui ne plaît pas au club, par exemple. Un moment, j'ai été en contact avec Bruno Heiderscheid. Si j'avais signé avec lui, quelle aurait été la réaction du Sporting à mon égard? Mais, à côté de quelques aléas, que d'avantages! Le foot amateur a ses charmes également. Je me suis bien amusé à Namur. En journée, je travaillais chez un concessionnaire automobile. Lorsque j'ai été transféré à Charleroi, j'ai pris une pause carrière de cinq ans, qui va entrer dans sa dernière année. Comme il me reste trois années de contrat, je ne récupérerai probablement pas mon emploi. Il me faudra chercher autre chose. Ce ne sera pas évident.Namur ou Charleroi pour la ville?Je suis né à Namur. J'y reviens toujours. Je m'y sens bien. A mes yeux, c'est peut-être la plus belle ville de Belgique. Mais pour le shopping, je préfère Charleroi. Le choix est plus étendu.Namur ou Charleroi, au niveau du football?Charleroi, forcément. C'est grâce à un club de cette ville que je suis aujourd'hui un footballeur de D1. De nos jours, la réussite en sport est souvent une question de volonté politique. Si Mouscron et Mons ont désormais un club de football en D1, c'est en grande partie grâce à l'intervention de leur bourgmestre. A Charleroi aussi, la Ville a soutenu le Sporting lorsque le club a connu des difficultés. Namur vit beaucoup moins pour le sport, c'est plutôt une ville culturelle. Mais une volonté d'investissement sportif commence à voir le jour, malgré tout. Daniel Devos"Anderlecht ne nous a jamais mis en difficulté""On forme enfin une équipe"