A 32 ans, Eric Joly continue à promener son look de mousquetaire, sa classe naturelle, sa bonne humeur, son franc-parler et son abord sympathique sur nos pelouses de D1. Ostende, où il a signé durant le mercato d'hiver après avoir passé quelques mois dans le championnat d'Ecosse (Kilmarnock), en est déjà son cinquième club belge après Courtrai, Gand, Alost et Mons.
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A 32 ans, Eric Joly continue à promener son look de mousquetaire, sa classe naturelle, sa bonne humeur, son franc-parler et son abord sympathique sur nos pelouses de D1. Ostende, où il a signé durant le mercato d'hiver après avoir passé quelques mois dans le championnat d'Ecosse (Kilmarnock), en est déjà son cinquième club belge après Courtrai, Gand, Alost et Mons. Fils de l'ancien pro Jean Joly, qui évolua pendant 18 ans en D1 française (Valenciennes, Avignon, Lens, Nice), il s'est refait une santé mentale après avoir été cassé à Mons par Sergio Brio. Eric Joly : Face à la mer. Ostende n'a pas la face contre terre. Il y a encore énormément de vie dans ce groupe. Je ne savais rien sur ce club quand j'y ai signé mon contrat. Mais je n'envisageais pas une chute en D2. Pourtant, j'ai eu peur lors de ma première semaine ici. Gilbert Bodart a été viré trois jours avant mon premier entraînement. Ma première séance, je l'ai vécue avec l'adjoint, on attendait qu'un nouveau coach soit désigné. Plus inquiétant, j'ai trouvé un groupe amorphe, qui ne croyait plus du tout au maintien. Le tournant de deuxième tour a peut-être été la raclée prise à Bruges : 7-3. Herman Vermeulen a su en tirer des enseignements positifs. Il nous a fait remarquer que nous étions les seuls à avoir marqué trois buts là-bas et que nous avions fait 1-1 sur l'ensemble de la deuxième mi-temps. Le noyau s'est alors révolté et nous avons arraché trois victoires d'affilée qui nous ont remis dans la course. Difficile de choisir, tellement ils se ressemblent. Ils ont travaillé ensemble à Gand et cela se voit au premier coup d'£il. Ils pensent le football de la même façon et ils ont des méthodes de travail fort semblables. Je retrouve à Ostende ce que j'ai connu à La Gantoise. La grosse différence, c'est que nous ne pouvons pas pratiquer un jeu aussi offensif qu'à l'époque de Sollied à Gand. Vermeulen aimerait bien jouer un foot plus positif, mais le noyau n'en a pas les moyens. Il a en tout cas su s'adapter au matériel : peu de coaches sont capables de le faire aussi vite, surtout en pleine saison. Vous rigolez ? Desailly, bien sûr. Sa carrière et son palmarès en font un des plus grands défenseurs centraux de l'histoire du foot, avec Laurent Blanc. Par rapport à lui, Kompany n'a encore rien prouvé. Il a toutes les qualités pour devenir un des plus grands, mais on verra ce qu'il a vraiment dans le ventre quand il évoluera dans une grande équipe européenne. Rien ne permet de dire pour l'instant que son mental sera à la hauteur. J'ai beaucoup aimé la victoire contre le Standard : elle avait vraiment lancé notre saison. Mais les trois points à Anderlecht, c'était encore beaucoup plus fort. Tout le monde nous enterrait, on nous promettait une raclée qui allait rester dans l'histoire. Anderlecht venait de changer d'entraîneur, on avait l'impression qu'il ne pouvait plus rien arriver à cette équipe. Glen De Boeck a fait le malin en criant sur tous les toits qu'ils allaient nous mettre au moins quatre buts. Vous ne pouvez pas savoir à quel point il nous a rendu service. Ce fut sa première grosse gaffe comme adjoint. Entre-temps, il a peut-être compris qu'il fallait payer pour apprendre un nouveau boulot. Bien sûr, nous avons eu un maximum de réussite dans ce match, mais elle n'explique pas tout. Sur le plan du mental, de l'engagement, du courage, nous étions quatre fois plus forts que le Sporting. Tout cela à 10 contre 11. C'était phénoménal mais il est tout à fait inconcevable qu'Anderlecht ne batte pas Ostende à domicile. Certains joueurs bruxellois devraient prendre conscience de la chance qu'ils ont d'évoluer dans un club pareil, par rapport aux gars d'Ostende qui bossent dans des conditions terriblement difficiles. Ils devraient comprendre que le talent est insuffisant si le mental ne suit pas. Je suis obligé d'en prendre un des deux (il rigole) ? Alors, je choisis quand même Remy. Ma relation avec lui était difficile, mais il a au moins le mérite de connaître le foot. J'étais blessé quand il est arrivé à Gand et il a alors lancé Matthieu Verschuere, qui s'est révélé. Donc, le choix de Remy tenait parfaitement la route, même si je râlais sec de ne plus être dans l'équipe. Brio, c'est autre chose. Il m'a éjecté pour des raisons qui n'avaient rien à voir avec le football. Il considérait que j'étais l'homme de Marc Grosjean et me l'a fait payer. J'aurais continué à tout donner avec n'importe quel coach, mais Brio ne comprenait pas cette règle élémentaire du professionnalisme. J'ai vite compris que ça allait mal se passer entre lui et moi. Il me disait souvent que j'étais un bon pro et que je devais me battre pour être le premier aux entraînements. Je l'étais mais je ne jouais pas le week-end. Il guettait la moindre faute de ma part pour m'enfoncer encore plus. On ne peut pas se permettre ce qu'il a fait à Mons. C'était carrément dégueulasse. Il n'y avait aucune concurrence : certains gars devaient jouer, point. Même si d'autres étaient deux fois plus performants à leur place. Brio voulait nous persuader de trucs abracadabrants. Moi, quand je vois du bleu, je dis que c'est du bleu. Vous pouvez me torturer, vous n'arriverez pas à me faire dire que c'est rouge ! C'est dommage qu'on ait laissé Brio abuser d'un petit club sympa comme Mons. Il l'a plongé dans des difficultés sportives et financières terribles. Il possédait un super groupe et l'a fait exploser dans tous les sens. Heureusement qu'il y avait un grand président comme Dominique Leone pour sortir l'Albert de la merde. Roussel parce que c'est un pote. Je l'ai côtoyé à Gand puis à Mons où nous avons vécu une formidable aventure sportive, mais surtout humaine. Il était réserviste d'Aarst à Gand, et chaque fois qu'il montait au jeu, il marquait. Mais le problème de Sollied, c'était qu'Aarst marquait encore plus ! Aarst est plus adroit devant le but mais Roussel parvient à marquer dans n'importe quelle position. J'ai été cité dans les deux clubs quand je jouais à Gand. Je choisis Anderlecht sans hésiter. C'est un club qui m'aurait bien convenu, j'en suis certain. J'aurais pu faire de grandes choses là-bas. Mais j'ai eu le tort de manquer d'ambition. J'ai fait le mort quand j'ai appris que mon manager avait des contacts avec les Mauves et les discussions ne sont pas allées plus loin. Aujourd'hui, avec l'expérience en plus, je leur forcerais la main, j'irais me présenter spontanément. A l'époque, j'étais bien à Gand, on allait jouer la Coupe d'Europe et je me suis contenté de cela. Une erreur. J'aurais dû faire comme Ahmed Hossam, qui est parti à l'Ajax alors qu'on voulait le parquer à Anderlecht. C'est ça, l'ambition d'un vrai sportif. Je cumule les deux rôles mais je me sens plus l'âme d'un offensif. Je ne suis pas un des meilleurs récupérateurs du championnat de Belgique. J'estime que mes qualités sont à 60 % offensives et à 40 % défensives. J'ai toutefois fort amélioré mon bagage défensif durant les six mois passés en Ecosse. Je me suis bonifié dans les duels, cela a frappé Vermeulen dès mes premiers entraînements à Ostende. Je me plaisais bien là-bas mais j'ai répondu à l'appel de mon pays d'adoption. Parce que je ne jouais plus depuis un mois et demi, parce que j'étais en fin de contrat, et parce qu'une de mes deux filles souffrait d'une infection au visage et que les Ecossais ne parvenaient pas à la soigner convenablement. Bodart m'a fait venir à Ostende mais je ne le connais pas. Il devait m'appeler dès mon arrivée en Belgique mais le club l'a limogé entre-temps et il n'avait donc plus de raisons de me téléphoner. Titulaire et un seul point. Je n'ai pas un tempérament de réserviste. Encore moins à 32 ans : je veux jouer, jouer, encore jouer. J'ai beaucoup d'estime pour De Wolf, qui m'a fait venir à Courtrai, mais je ne l'ai connu que trois mois car il a été viré en cours de saison. Je prends Grosjean, un type super. Au moment où Mons ratait son début de championnat, la saison dernière, trois joueurs sont allés trouver Dominique Leone pour lui faire savoir qu'il serait stupide de mettre le coach dehors : Olivier Suray, Liviu Ciobotariu et moi. Des rumeurs en ce sens circulaient au club. Nous avons compris que le président avait déjà pris sa décision, et Grosjean a effectivement été licencié deux semaines plus tard. Ma démarche m'a joué un sale tour, j'ai trinqué, mais je ne regrette rien parce que je suis allé au bout de mes idées. Si Grosjean avait eu les mêmes moyens que Brio, Mons tournerait aujourd'hui entre la quatrième et la huitième place. Herpoel. Il gagne régulièrement des points pour La Gantoise et n'en perd jamais. Son seul tort est peut-être de ne pas privilégier le spectacle et les déclarations fortes. S'il avait eu une plus grande gueule, il serait titulaire chez les Diables Rouges depuis des années. Enfin bon, il est resté lui-même et c'est peut-être mieux pour lui. Proto, c'est l'avenir du foot belge. Les brumes écossaises. Je garde un formidable souvenir de ma courte expérience là-bas. Sur le plan humain, ce fut extra. J'y ai retrouvé la mentalité du Nord de la France, où je suis né. Une mentalité comparable à celle des Belges. Des gens ouverts, solidaires, généreux. Les Français du Nord ont la chaleur intérieure qu'ils n'ont pas à l'extérieur. L'atmosphère est tout à fait différente sur la Côte d'Azur. J'ai passé dix ans au centre de formation de Nice, j'ai donc eu tout le temps de cerner les gens de là-bas. C'est beaucoup plus rupin et égoïste. Chacun pour soi, démerde-toi ! Le grand soleil, c'est bien agréable, mais on ne vit pas de cela. Etre entouré de gens sympathiques, c'est bien aussi. Je me suis retrouvé à Nice parce que mon père y achevait sa carrière de pro, et il a ensuite intégré le staff de ce club. Quand j'avais 13 ans, il a décidé de revenir dans le Nord pour ouvrir un bar-restaurant. J'ai alors signé à Lens parce que j'étais encore un peu trop jeune pour intégrer le centre de formation de Nice. J'y suis retourné un an plus tard, seul. Mon père estimait que c'était la meilleure décision pour ma carrière et j'étais de toute façon plus ou moins obligé de regagner Nice, selon les règlements de la Fédération française. Se retrouver abandonné à cet âge-là, à un millier de kilomètres de sa famille, ce n'est pas évident tous les jours. A 14 ans, on se prend pour un homme mais on n'est encore qu'un gamin... J'ai tenu le coup jusqu'à 19 ans. A ce moment-là, je suis revenu sur Lille. Mousquetaire parce que tout le monde m'appelle D'Artagnan depuis que Sport/Foot Magazine m'avait donné ce surnom. J'aime beaucoup. Gand-Ajax, avec Henk Houwaart qui avait succédé à Trond Sollied. Ce fut une grosse claque, mais cela reste un régal d'affronter des joueurs pareils. C'était le grand Ajax. Nous savions que nous partions à Amsterdam pour du beurre, au match retour, mais nous avons quand même pris notre pied avec Vermeulen qui avait entre-temps remplacé Houwaart. La claque contre Bruges, c'est la plus lourde défaite de ma carrière, toutes catégories d'âge confondues. Se voir dépassé tactiquement, techniquement et physiquement comme nous l'avons été ce soir-là, ça fait très mal. Enfin bon, ça a apparemment fait du bien à Sergio Brio qui en a retenu que Mons était sauvé malgré cette humiliation. Toute la Belgique a été surprise en le voyant partir saluer le public dès la fin du match. Personne ne comprenait cette indécence. Les gens le sifflaient mais il continuait à les provoquer. Pour nous, ce n'était pas étonnant du tout. Nous n'avons même pas été choqués. Son cirque, ses grands gestes et ses éclats de voix, nous y assistions au quotidien. Kraouche est un vrai pote mais j'opte pour Wamberto car, sans lui, Mons ne serait plus en D1 aujourd'hui. Deux excellents présidents. Je prends Leone pour son énorme investissement personnel et financier à Mons. Je ne lui reproche même pas de ne pas m'avoir gardé à Mons. A partir du moment où il avait offert les pleins pouvoirs à Brio, il était prisonnier. Brio avait pris le dessus sur tout le monde dans le club. Il a profité à fond de la carte blanche que le président lui avait donnée. Cette politique concentrée entre les mains d'un seul homme a fait des dégâts, mais je ne m'inquiète pas trop : Mons ne descendra pas, c'est une de mes seules certitudes au niveau de la lutte pour le maintien. Ostende a plus de courage, de caractère et d'envie que Mons, mais l'Albert a bien plus de qualités footballistiques. Deux hommes qui ont joué à Lens avec mon père. Va pour Leclercq. Sa carte de visite internationale en tant que footballeur ne vaut pas celle de Six, mais je suis sous le charme. Il se passe toujours quelque chose avec lui et j'aime les gens taillés dans ce bois-là. A la télé, quand je tombe sur l'interview d'une star, je zappe car je sais que je ne vais entendre que des banalités. Leclercq, c'est tout l'inverse : ce n'est pas une vedette mais il tient des discours qui marquent. J'aurais bien voulu travailler avec lui, même si on sait qu'il a des méthodes particulières : partout où il passe, il provoque les conflits avec ses joueurs. C'est sa façon de les pousser à se surpasser. Il ne connaît pas le compromis. Avec lui, c'est tout noir ou tout blanc. A Lens, plus aucun joueur du groupe ne savait le voir en peinture. Mais il a permis à ce club de gagner les seuls trophées de son histoire. Il tire le maximum de son noyau mais une approche comme celle-là est forcément limitée dans la durée. Cinquième roue de la charrette, même si ce n'est pas dans mon tempérament. Si je disais le contraire, je manquerais de respect envers des gens de ma famille qui font les pauses à l'usine pour un salaire bien moins élevé que le mien. Même si on est réserviste, le foot reste un des plus beaux métiers du monde. Mais je suis passé par la toute petite porte. A Rouen, j'ai connu deux liquidations judiciaires, je ne voyais pas d'issue et j'ai été sur le point de m'engager dans une mairie. Si De Wolf n'était pas venu me chercher pour signer à Courtrai, ma carrière se serait peut-être arrêtée. Pierre Danvoye" J'AI DÉFENDU MARC GROSJEAN à Mons et j'ai trinqué "